L'Arche des Poètes

De
Publié par

     Sur Psyrôn, le pouvoir passe par la culture des dirigeants et l'ignorance des peuples soumis. Le Savoir n'est qu'un rêve inaccessible pour le commun des mortels, une denrée rare qui a été confisquée par de puissants empereurs.      Mais des lettrés aux personnalités attachantes, cinq hommes et femmes avides de liberté, vont faire de la résistance avec la seule arme dont ils disposent: le Verbe.      Malheureusement, c'est compter sans la curiosité de dieux étranges qui, les observant dans l'ombre depuis bien longtemps, ont mûri de mystérieux desseins à leur égard.      L'Arche regroupe les écrits de ces érudits. Des textes qui finiront par lever le voile sur la destinée hors du commun de ces poètes d'un autre monde et d'un autre temps.  
Publié le : jeudi 18 février 2016
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791032500149
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Anthony BROCARD
L'Arche des Poètes
© Anthony BROCARD, 2016
ISBN numérique : 979-10-325-0014-9
Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com
Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
C’est une loi : souffrir pour comprendre. Eschyle
AVANT-PROPOS
La Commission a cru bon de consigner en préambule de l’ouvrage intitulé « L’Arche des Poètes » une transcription écrite d’un extrait audio de la mission archéologique terrienne Vindic sur la planète Psyrôn. D’étranges murmures brouillent l’extrait et nous n’en comprenons pas encore toute la portée. Nous laissons toute latitude aux chercheurs pour tenter de trouver une explication à cette singularité. Cependant, et c’est heureux, les outils dont nous disposons nous ont permis de transcrire en totalité les propos tenus par cette voix inconnue. Le texte de l’Arche, quant à lui, a été entièrement traduit.
La campagne de fouilles s’est finalement révélée catastrophique car nous y avons perdu deux de nos plus éminents confrères. Néanmoins, leur sacrifice n’aura pas été vain. Nous avons ramené à bord du vaisseau Vindic plusieurs objets précieux, parmi lesquels une armure et un masque dont les propriétés demeurent obscures, ainsi que le texte de l’Arche qui nous est parvenu dans son intégralité. Il s’agit, en vérité, d’une compilation d’écrits sacrés, d’aucuns diront « Evangiles » avec maladresse, ayant été rédigés par de grands penseurs de Psyrôn. La Sainte Bible, le Coran, entre autres textes jadis sacrés, ayant été en leur temps et ici, sur Terre, les piliers de bien des croyances, nous nous interrogeons sur la portée de l’Arche sur ce monde lointain.
Actuellement, les objets récupérés sont sous haute sécurité dans les sous-sols du musée Tanauzer, en Floride, et le texte que vous tenez entre les mains n’est qu’une copie de l’Arche, agrémentée de courtes annexes.
Que le travail de Lawrence et Halden Torenze soit salué par tous nos confrères.
Nous rendons ici hommage à leur dévouement.
Voici leurs derniers mots.
* * *
Transcription de l’extrait audio n°5214/Vindic.
Lawrence Torenze, archéologue premier échelon.
Halden Torenze, archéologue premier échelon.
Empreinte vocale entité inconnue.
[Piste endommagée] Grondement lointain des turbines du vaisseau d’exploration Vindic. Parasites sur la ligne. Voix vaguement audibles. Hurlement. — …rence ! Où es-tu ? Lawr…ce, merde !…ponds-moi !
[Transcription incertaine… Voix multiples et confuses]
— … que c’… que ça ?... as entendu ? Lawrence !
Rire[supposé]
— Halden, aide-m… ! Je suis …bé au f… de ce foutu puits !
— J… te vois plus. Attends un peu. J’arrive ! … suis là, ne bouge pas.
— Je crois … suis cassé qu… chose. J’ai la cheville droite en compote… attention à toi … desc…dant !
Aspiration[non attribuée aux frères Torenze]
— Je n’arrive …ment pas à te voir… noir là-dedans !
Expiration[non attribuée aux frères Torenze]
— Moi, je te vois ! Avance encore…
Je suis là, près de toi. Nous sommes là, nous, je, eux…
— Halden, bon d… Il y a … chose … obscurité, pas très loin d’ici. Derri… moi. Il faut que tu me tires d’ici… une voix ! … quelqu’un…
— Je descends !
Eux, je, nous, eux, ensemble.
— Non, non, attends… C’est dangereux. R… où tu es. Je préfère…
Aspiration/ expiration. — Puisque je te dis que je descends ! Je … pas le temps de chipoter. Si tu es en danger… de temps à perdre… pas l’intention de jouer ta vie à p… ou face ! Là, là, tout près. Tout près. Tout près.
— Ecoute… continue d’entendre ce truc….les jetons !
— Je l’entends auss…. Tiens bon, bordel ! Eboulis. — Là, …rence, tu v… faisceau de lumière ! Ton visage est le nôtre, le mien. — Ou… Oui, oui. Et moi, tu me vois ? Je bouge les bras, là !
Un nouveau cycle.
— Ouais, frangin ! C’est bon…suis là, j’arrive.
Eboulis. Regarde avec mes yeux, nos yeux. Nous sommes trois ici, nous sommes des milliers[le son est plus net, mais de nombreux rires sont perceptibles en fond] — Garde ton calme ! … quelques mètres à parcourir … serai bientôt avec toi. Hurlements. Lawrence ? Silence. Aspiration.
Lawrence ?Expiration.Bon dieu…Rire.Pourquoi… réponds pas ? Merde, qu’est-ce que c’est que ça ? Non, non, non…Rire. Ton visage !… te bouffer ! Non !Toi aussi. Rejoins-moi.Jamais !Rejoins-moi.Laissez mon frère ! Je…Ne résiste pas.Je ne… .Succombe, mortel.N… Nooon. Je…Tu es à moi, à présent…
Long silence.
Grésillements. Bruits inconnus. Phrases inaudibles.
L’infini t’attend.
[Message incompréhensible/ Fin du document]
L’ARCHE DES POÈTES
GÉNÉSIS
Aux origines, il y eut l’Armure des Destins et le Grand Masque.
Prisonniers de la roche des montagnes Scées, ils composaient l’Artefact.
Couvert de moitié par l’herbe et la terre, affleurant en surface de poussière, l’Artefact cachait déjà en lui le dieu Prime, père de la magie, solitaire et patient.
En ce temps-là, le ciel n’appartenait qu’aux oiseaux primitifs et l’Homme n’était qu’un être mû par l’instinct, un animal. La roche, l’eau et la végétation recouvraient le monde et y régnaient en maîtres absolus.
Le Grand Masque voyait seulement se succéder les jours et les nuits, la vie et la mort des êtres vivants, sans ciller. Ses yeux nébuleux reflétaient l’univers et les étoiles lointaines. Ils observaient tranquillement les alentours.
On raconte que l’Armure et le Masque vinrent des Cieux, dans une pluie de feu, un jour d’apocalypse, et que notre monde, depuis lors, en fut définitivement changé.
Car un jeune berger, dit-on, âgé de vingt-cinq ans, s’approcha de ces choses mystérieuses. Son âme engluée dans la plus tenace des curiosités, il avança prudemment, mais inexorablement, vers les deux objets, songeant trouver là quelque fabuleux trésor. Le curieux ne fut pas déçu car, au contact du mystérieux métal, le jeune inconscient fut possédé par la puissance de l’Artefact, et le dieu Prime s’empara de son corps et de son esprit pour en faire ses marionnettes. Panathéos naquit ainsi sur notre monde ; et le visage du berger devint son premier visage. Il joignit les mains et arracha de terre, par la simple pensée, des montagnes entières qu’il fit disparaître dans un autre plan. Là-bas, hors d’atteinte des Hommes, il les façonna selon son bon vouloir et fit éclore un nouveau monde : l’Olympe Noir.
Là où avait disparu la roche prit place un vaste océan qui aujourd’hui se fait appeler « le Berceau ». C’est sur les rives du Berceau que fut bâti le village de Frèl’nn, des siècles plus tard. De petite bourgade regroupant de délicates maisons de terre, elle devint rapidement plus étendue, avec des bâtisses de pierre blanche et des temples dédiés à Panathéos. Elle développa un artisanat réputé qui fit sa renommée en exportant des coquillages taillés et peints, devenus rapidement bijoux de luxe, dans les cours royales se multipliant çà et là sur tout le continent. De nombreuses guerres se succédèrent, certains rois dévorant d’autres rois, les vainqueurs gonflant en renommée et s’accordant ainsi des territoires plus vastes. Les rois devinrent alors plus orgueilleux que de coutume et se nommèrent Empereurs. Cela perdura jusqu’à devenir Loi.
Les cours impériales attirèrent alors les grands esprits et, les siècles se succédant, virent naître ce qui fut appelétechnologieen capitalisant tous les Savoirs du monde. Les Empereurs devinrent mécènes et, forts de leurs richesses et du pouvoir qu’elles procuraient, développèrent de grandes cités technologiques et de nouvelles créatures nomméesrobots, vouées à la servitude. Puis, les robots devinrent plus perfectionnés, s’approchant progressivement des comportements humains, jusqu’à devenirandroïdes.
Alors l’Olympe vola le Savoir de l’Homme et en fit de nouveaux prodiges : la magie féconda la technologie, et les androïdes devinrent parfois dieux...
Frèl’nn se développa, prenant le nom de Phrilène sous le règne d’Arkès III Philocrysis, et développa de grandes relations commerciales avec Sôôn, l’une des grandes cités des arts et des sciences des terres intérieures. En ce temps-là se renforça l’obscurantisme, et les lettrés furent condamnés à rester dans les cours impériales, sous peine de persécution. Les universités furent fermées, tout discours public fut sanctionné, la lecture et l’écriture furent prohibées.
Les décennies se succédèrent, épuisant les ressources intellectuelles des masses, laissant alors l’ascendant aux puissants. C’est dans ce contexte que naquit le recueil sacré de l’Arche ; et c’est dans ce contexte que certaines femmes et certains hommes, artistes, poètes, lettrés, décidèrent de briller aux yeux de tous, montrant aux empereurs méprisants et aux dieux invisibles ce qu’était le vrai courage.
Ils rêvèrent tout haut, parlant passion et culture, partageant avec le peuple leur soif de connaissances. Ils furent acteurs, peintres, écrivains, curieux de tout, avides de progrès. Ils affrontèrent avec leurs esprits les froides stratégies impériales. Ils firent s’épanouir un peu partout sur le continent des envies d’autre chose, et éclore des désirs depuis trop longtemps enfouis.
Ils rêvèrent et firent rêver.
Mais, bien que peu nombreux, ils transformèrent le monde.
Aussi l’Olympe lui-même les observait-il depuis une éternité !
L’Olympe Noir, ainsi que la mère de tous… Destinée.
0 Les mots de l’historien
Extrait du discours
prononcé en 527 CE (Calendrier d’Empire)
par l’historien Philistas, dans l’enceinte
du Grand Amphithéâtre de Phrilène. « […] L’Histoire ne souffre aucune approximation ! Elle se nourrit de sources avérées, et non de spéculations hasardeuses. Son ciment ne peut être une vaste supercherie basée sur le mensonge et la duperie [brouhaha dans la foule]. L’Arche, ce recueil de manuscrits précieux, sacrés pour certains d’entre vous, est en grande partie faussée, je l’affirme, par l’ajout d’annexes ultérieures à la disparition de ses premiers créateurs. Combien de nous ici, pendant longtemps, ont cru en ces fariboles impies, à ces textes écrits avec fébrilité, incohérents ? Il n’y a aujourd’hui dans l’Arche que quelques bribes manuscrites originales. Le reste n’est que mystification. Et il est évident que beaucoup des castes qui se sont réclamées de l’Arche et de sa Vérité sont désormais obligées de s’avouer ignorantes des faits historiques réels. Vous, Eveillés, Théoscientistes, Mécanistes [colère de la foule], vous qui avez utilisé l’Arche comme bannière pour enrôler les esprits fragiles dans vos légions, vous qui avez falsifié le sens de l’Arche afin qu’elle se plie à vos propres théories [crachats et insultes], vous qui avez réinventé les textespurs en nous faisant croire qu’ils avaient été écrits par les cinq poètes des origines, je certifie que votre légitimité ne repose sur rien ! Et les dieux de l’Olympe Noir ne sauraient tolérer ce manque d’humilité ! [jets de pierre] Les faits sont vérifiés, à présent ! Vous ne pouvez […] »
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Julien

de librinova

WAR 2.0

de librinova

suivant