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L’ART DU CONTEUR DANS LES CAFES TRADITIONNELS EN IRAN
ÀGilles RIGOURDpoursesencouragements,sonsoutienetsonaidedansmaviepersonnelleetprofessionnelle
SHADI OLIAEI
LOARTDUCONTEUR DANS LESCAFES TRADITIONNELSEN IRAN
LHarmattan
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanado.frharmattan1@wanadoo.frISBN : 978-2-296-10423-5  EAN : 9782296104235
«AucommencementétaitleverbeEtlesmots,tissésenhistoires,fondèrentlatrame dumonde.Etsurcettetrame,chaqueconteurbrodequelquespointsde lagrandesagadeshommes. Ilditleursjoies,Ilditleurspeines,Leursriresetleurslarmesleurspeurs...Ilporteleurparolepourquevive,faceàladémesurede l'univers,unepetitechose,unepetiteflamme, uneétincelled'humani.»
FrançoisVERMEL
NOTE LIMINAIRE
PERSE - IRAN
« La Perse » est le nom utilisé par les Grecs dans l'Antiquité pour désigner la province duFârs, berceau historique de l'Iran actuel, appelée Pârsaen vieux persan etPârsen moyen persan. Plus généralement, le nom de « Perse », pour désigner l’ensemble du territoire iranien, a continué à être utilisé en dehors du pays jusqu'en 1934. e Au III siècle, sous la dynastie Sassanide, apparaît le motIrân ou Irânšahr, qui signifie « pays des Aryens », c'est-à-dire « pays des Iraniens ». e Au VII siècle, après la chute des Sassanides, le pays reprend le nom de « Perse », qui reste utilisé jusqu'en 1934, date à laquelle ReĪâ Pahlavi demande aux représentations diplomatiques internationales d'appeler le pays « Iran ». Durant l'Antiquité, le puissant empire perse des Achéménides a livré plusieurs guerres aux Grecs. Plus tard, les Arabes conquièrent la région et y introduisent l'islam. Les Iraniens continuent cependant à parler persan, et se différencient des musulmans orthodoxes (sunnites), car ils sont majoritairement chiites duodécimains (divergence provenant d'un problème de succession à la mort de Moammad). Dans cet ouvrage nous avons choisi par commodité d’employer le mot « Iran », car nous y faisons référence à la légende nationale iranienne et au Livre de roisFerdowsi, dans lesquels le mot employé pour désigner le de pays est « l’Iran » et le nom des habitants est « Iraniens ».
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INTRODUCTION La récitation orale et l'art du conteur en Iran ien que de nombreuses recherches soient consacrées à l'art du B théâtre en Iran, très peu ont évoqué l'aspect pourtant très important de la récitation orale dans ce pays et son lien avec le théâtre. Il n’existe pas non plus, en Iran, beaucoup d’études sur le rôle du 1 conteur dans la société, la valeur culturelle du conte ou le lien entre les histoires orales et écrites. 2 Quelques articles ont été publiés sur le conte en Iran, mais ils tendent à le considérer comme une image pittoresque des temps passés et une préservation des vieilles traditions en ignorant le rôle social que cette activité possède encore aujourd’hui. Des folkloristes travaillant sur d’autres parties du monde, se sont 3 intéressés aux formes et aux messages de la littérature orale des premiers conteurs populaires ou, dans le cas précis de l’Iran, à la récitation publique desconteurs dans les cafés traditionnels. Des universitaires, tels que Robert 4 Georges, se sont rendu compte que les histoires n’existent pas au départ sous une forme parfaite qui admettrait ensuite des variantes mais que, par 1 Bien qu'ils traitent des sujets périphériques à cette étude, deux articles devraient être mentionnés ici. Un article qui inclut une étude de divers genres de contes et mentionne lenaqqâliest celui de BLUM Stephen, « The Concept of theދašeq in northern Xorâsân », inAsian Music, n° 4, 1972, pp. 27-47.Voir aussi ALBRIGHT Charlotte F., «The Azerbaijâni ‘ašiq and his performance of a dâstân », inIranian Studies, n° 9, 1976, pp. 220-247. (L'étude traite du chanteur de contes qui raconte ses histoires en Aari avec une musique d’accompagnement.) 2  Voir DUSTXÂH Jalil, « Naqqâli : honar-e dâstân sarâ’i melli » [Naqqâli : l’art de raconter l’histoire nationale], inJong-e E܈fahân, 1967, pp. 73-77. Voir aussi KÂZEMI SeydދAli, « Naqqâli va Šâh-nâme xâni » [Conte et récit du livre des rois], inHonar os va Mardom, n 153 et 154, Téhéran, 1982, pp. 142-148. 3 Nous désignerons ainsi les conteurs qui transmettaient leurs récits sans recourir à des formes écrites de leurs histoires. Voir KELLOG Robert, « Oral literature », inNew Literary History, n° 5, 1973, pp. 55-66. 4 GEORGES Robert A., « Toward an understanding of storytelling events », in Journal of AmericanFolklore, n° 82, 1969, pp. 313-328.  9
contre, elles ne deviennent des histoires à part entière que lorsqu’elles sont racontées. Robert Georges constate cependant qu’une tradition centrée autour de l’acte de réciter plutôt que sur l’histoire elle-même ne peut exister que dans les endroits où les textes écrits n’ont pas influencé les conteurs.
Une analyse du vocabulaire lié aux lexèmesxândan(‘lire’),neveštan(‘écrire’) etdarۊâfeze negah dâštan (‘mémoriser, mémoire’), ainsi qu’un 5 examen par Philip Huyse des informations sur les scribes et archives, e e comme sur les aèdes à la cour royale des Mèdes (VII -VI siècles avant e e JC)siècles) ont permis d’évaluer l’importance deaux Sassanides (III -VII l’oralité en Iran ancien. Jusqu’à la fin de l’époque préislamique en Iran occidental, la société iranienne est restée une société à alphabétisation restreinte, dans laquelle l’écriture était plus ou moins limitée à des scribes e professionnels. Ce n’est qu’à partir du VI siècle de notre ère que les indices témoignant d’un apprentissage plus répandu de la lecture et de l’écriture se multiplient. Même si nous avons une certaine connaissance de l’Iran ancien grâce aux sources écrites, elles n’en restent pas moins imprégnées de la tradition orale, avec une manière de penser et de s’exprimer très différente de celle des sociétés alphabétisées.
Pour essayer d'en savoir plus sur ce sujet, notre intérêt s'est tout de suite porté sur l'art du conteur traditionnel en Iran en général et sur le conteur «naqqâl» en particulier. Jusqu'à présent, cette catégorie de conteur n'a pas 6 reçu de la part des chercheurs ni la place ni l'intérêt qu'il méritait. Au cours de ce travail, nous nous efforcerons de décrire ce genre théâtral et littéraire caractéristique de la culture iranienne. Notre étude portera également sur le rôle dunaqqâl dans l'histoire et sa relation étroite avec les traditions culturelles et les coutumes nationales. Ainsi, l'art dunaqqâl, folklore riche et populaire, s’est développé pendant des générations sous la forme d’un art proche du théâtre. Toutefois, comme d’autres formes de spectacle traditionnel, il est à l'heure actuelle un art menacé de disparition en raison de l'émergence d'autres formes et techniques artistiques et de communications
5  Extrait du projet de recherche de Philip Huyse, « Histoire orale et écrite en Iran ancien », dans le cadre du programme 2005 – 2008,Tradition orale et expression identitaire dans le monde iranien, du département Mondes iranien et indien, au CNRS. 6 Ce sujet a néanmoins été traité dans la thèse de Soheylâ NADJM,L’Art du conteur en Iran,soutenue à l’Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle en 2006 sous la direction de Georges BANU.  10