L'autre rive

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Dans cet ouvrage, le travail du romancier est essentiellement axé sur l'identité déchirée entre deux rives symétriques - voire diamétralement opposées - sur le plan de la culture et de la civilisation et ron,gées par la répulsion et le fefus réciproque, la rive nord et la rive sud de la Méditerranée. Dans cette suite de péripéties, le narrateur expose un ensemble de questions ayant trait aux droits humains mais aussi aux questions d'actualité que sont notamment l'émigration, l'islamisation, l'évangélisation.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782296434592
Nombre de pages : 185
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L’AUTRE RIVE
Lettres du monde arabe Collection dirigée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan Lahsen BOUGDAL,La petite bonne de Casablanca, 2010. El Hassane AÏT MOH,Le Captif de Mabrouka,2010. Wajih RAYYAN,De Jordanie en Flandre. Ombres et lumières d'une vie ailleurs, 2010. Mustapha KHARMOUDI,La Saison des Figues, 2010. Haytam ANDALOUSSY,Le pain de l’amertume, 2010. Halima BEN HADDOU,L’Orgueil du père, 2010. Amir TAGELSIR,Le Parfum français, 2010. Ahmed ISMAÏLI,Dialogue au bout de la nuit, 2010. Mohamed BOUKACI,Le Transfuge, 2009. Hocéïn FARAJ,Les dauphins jouent et gagnent, 2009. Mohammed TALBI,Rêves brûlés, 2009. Karim JAAFAR,Le calame et l’esprit, 2009. Mustapha KHARMOUDI,Ô Besançon. Une jeunesse 70, 2009. Abubaker BAGADER,Par-delà les dunes, 2009. Mounir FERRAM,Les Racines de l’espoir, 2009.Dernières parutions dans la collection écritures arabes N° 232 El Hassane AÏT MOH,Le thé n’a plus la même saveur, 2009. N° 231 Falih Mahdi,Embrasser les fleurs de l’enfer, 2008. N° 230 Bouthaïna AZAMI,Fiction d’un deuil, 2008. N° 229 Mohamed LAZGHAB,Le Bâton de Moïse, 2008. N° 228 Walik RAOUF,Le prophète muet, 2008. N° 227 Yanna DIMANE,La vallée des braves, 2008. N° 226 Dahri HAMDAOUI,Si mon pays m’était conté, 2008. N° 225 Falih MAHDI,Exode de lumière, 2007. N° 224 Antonio ABAD,Quebdani, 2007. N° 223 Raja SAKKA,La réunion de Famille, 2007.
Sami ALNASRAWI
L’AUTRE RIVE Tome II
Traduit de l’arabe par Driss El Baouchari
Du même auteur Sadâ al-samt (L’Echo du silence), Roman, édition Al Hilal, Rabat, 1988 et édition Babil, Rabat, 1991 Al-su‘ûdu ila al-manfâ (Montée vers l’exil), Roman, éd. Dar Al Amane, Rabat, 1988 Mâ warâ’a al-sûr (Au-delà du mur), Roman, éd. Babil, Rabat, 1989, traduit en russe, éd. Tsitadile, Moscou, 1996 Al-Dawwâmah (le Cercle vicieux),Roman, éd. Babil, Rabat, 1990 Zakhkhâtu al-Tâ‘ûn (Averses de peste),Roman, éd. Babil, Rabat, 1991 Al Mukâfa’ah (la Récompense),Roman, éd. Babil, Rabat, 1995 Lawahât mina al- wâqi’ (Tableaux du réel),Recueil, éd. Babil, 1996 ‘alâ hâfati al ’âkhirah (Au seuil de l’au-delà), Roman, éd. Babil, Rabat, 1996 Awrâq al Zaman al dâ’i‘ (Feuillets du temps perdu), Recueil, éd. L’Orientale, Rabat, 2006 Churûkh fî ‘aswâr Baghdâd (Fissures dans les murailles de Bagdad), Roman, éd. L’Orientale, Rabat, 2009 Ahl al Kahf (Les Gens de la caverne), Recueil, éd. L’Orientale, Rabat, 2009© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13536-9 EAN : 9782296135369
1 - Ton frère et ta soeur ont disparu, lui dit sa grand-mère d’une voix tremblante et inquiète. Il essaya d’en savoir davantage, mais la communication fut interrompue sans que le numéro ne soit affiché sur l’écran de son téléphone portable. La nouvelle fut un choc pour Michel. Elle secoua tout son être, si bien qu’il frémit d’effroi. Il ne manquait plus que cet épisode à la terreur et aux malheurs qu’il vivait. Que ses actions n’aboutissent pas, il s’y attendait et pouvait supporter une telle situation ; mais qu’il affronte tant de mystères, voilà ce qu’il ne pouvait supporter. Il était comme celui qui jetait une pierre dans un océan de ténèbres sans en connaître le sort. Il trouvait que cet événement était plutôt étrange. En effet, les deux enfants vivaient chez leur grand-père, qui les avait revendiqués et parcouru les tribunaux pour les récupérer de chez leur grand-mère. Mais voilà qu’ils disparaissaient tout d’un coup ! Aucune explication raisonnable ! Il ne savait plus à quel saint se vouer, ni quel comportement adopter, ce qui aggravait sa perplexité ! Il arpentait la chambre de l’hôtel de long en large dans l’attente d’un nouveau coup de fil de sa grand-mère, mais en vain. Le silence de celle-ci l’inquiétait. Elle aurait succombé
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au choc, d’autant plus qu’elle était très âgée, de santé fragile et incapable de supporter davantage de malheurs… Ce qu’elle avait vécu suffisait à terrasser une montagne, si géante fût-elle.
L’idée d’aller lui rendre visite lui traversa l’esprit. Mais il se rappela qu’elle l’avait mis en garde de ne pas s’approcher de sa maison car les sabreurs étaient à l’affût, prêts à le tuer pour son apostasie. Ils croyaient que le fait d’attenter à sa vie, lui qui selon eux avait renié la religion musulmane, méritait une récompense divine inégalable : l’entrée au paradis.
Il mit son costume et quitta l’hôtel pour errer dans les boulevards et tuer le temps dans l’attente de midi, l’heure où l’avocat Al-Nâssi‘ avait l’habitude de se réveiller les jours fériés. Les cloches de l’église qui tintaient l’attirèrent vers le lieu du culte où il espérait trouver une consolation à sa peine.
Il s’assit sur un banc, en face de l’autel de l’église, pour écouter les notes de l’orgue précédant les psaumes. Il sentait que les airs tristes émanant de l’instrument remuaient ses plaies et attisaient l’état d’errance qui l’enveloppait. En effet, depuis qu’il avait atteint l’autre rive, il s’était retrouvé dans un tourbillon sans début ni fin. Dès qu’un événement survenait, ses enchevêtrements se multipliaient et, à chaque fois qu’il s’efforçait de trouver une solution à une affaire, il perdait les fils susceptibles de lui frayer un chemin possible vers le salut. Sa famille, qu’il avait laissée en France, s’était dispersée. Son père et sa sœur Diane avaient été dévorés par les flammes alors que sa mère adoptive Janette avait rallié le couvent pour y passer le restant de ses jours. Dans sa patrie, il n’avait pu voir sa mère arabe qui avait rendu son dernier souffle avant même qu’il ne la rencontre. Son demi-frère et sa demi-sœur étaient à présent séquestrés chez leur grand-père qui les haïssait et ne reconnaissait pas leur filiation. Sa grand-mère endeuillée pleurait à chaudes larmes la mort de sa fille Al-Batoul, déchirée par le bistouri du médecin, négligée et
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abandonnée à son triste sort dans le service des urgences sans le moindre soin ni le moindre secours. Elle pleurait aussi le sort de Khalid, son fils toxicomane condamné à perpétuité. Elle pleurait encore celui de Fayçal, son autre fils ayant rallié les sabreurs.
En écoutant l’air lugubre de l’orgue, il avait l’impression de se détacher de la vie d’ici-bas et de s’élever vers cet absolu que les humains n’ont jamais encore atteint. Cet instrument lui rappelait son enfance, la messe célébrée en hommage à l’âme de sa grand-mère, lorsque son cadavre avait été étendu dans un cercueil de bois brillant et posé dans la salle de l’église du Berceau, tout près de l’autel et entouré de bouquets de fleurs artificielles. Il faisait mauvais temps, un temps pluvieux et triste. Le nombre de fidèles était assez important. Il semble que la grand-mère était aimée de tous vu sa bonté et sa magnanimité. Son cadavre, après une journée à la maison, fut transporté à l’église, le visage découvert. Les proches parents et les amis, qui étaient venus lui faire leurs derniers adieux, lui embrassaient le front. Quant à lui, il ne s’était pas approché d’elle. Il avait peur et tremblait. Sa mère lui avait fait comprendre qu’un mort ne faisait de mal à personne et que l’âme de la défunte était montée au ciel alors que le corps qui était de terre y revenait après la mort. L’âme qui est un souffle divin ne pouvait que reprendre le chemin d’où elle était venue. Quand il se fut approché de sa grand-mère pour lui baiser le front, il en sentit la température glaciale…
Le soir, tous ceux qui l’avaient aimée se rassemblèrent pour commémorer son souvenir en formant un cercle. Les larmes aux yeux, on parlait de ses qualités. On lui adressait la parole comme si elle était encore en vie. A l’église, le père Emmanuel lui avait mis une couronne en papier doré sur la tête. Sa mère lui avait dit que c’était son passeport pour le paradis. Après la lecture de quelques versets du Livre Saint, on écouta de sobres notes d’orgue avant de jeter un dernier
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regard sur la défunte. Graves et amplifiées, les notes de l’instrument donnaient à Michel l’impression que sa grand-mère s’était envolée dans son cercueil pour rejoindre les anges, là-haut, dans le ciel.
Après le décès de la vieille femme, il se sentait déraciné et seul. En effet, il était si attaché à cette femme qui l’avait aimé autant qu’il l’aimait à son tour. Il lui avait tenu compagnie et dissipé sa solitude et son chagrin. D’une certaine façon, il lui avait même permis de se libérer de son complexe d’infériorité dû au fait que la famille n’avait vu naître que des filles depuis des générations. N’ayant pas cru ses yeux en le voyant pour la première fois, elle s’était mise à prendre le plus grand soin de lui en le tenant entre ses bras et en le gavant de bonbons et de pâtisseries qu’elle lui préparait elle-même, si bien qu’il était devenu obèse, semblable à une boule de chair. Après la mort de sa grand-mère, sa mère Janette l’avait soumis à un régime alimentaire sévère.
Pour lui, le son de l’orgue était associé au décès de sa grand-mère, mais voilà que le hasard l’avait poussé vers une église pour retrouver ce son qui lui manquait depuis longtemps, loin de sa patrie française. Ce son inondait son être rongé par la souffrance, l’illusion et la déception.
Sur l’estrade en bois, à côté de lui, se tenaient les fidèles qui, d’après leur aspect vestimentaire, étaient dans leur majorité de pauvres gens démunis. Immobiles, ils écoutaient les notes de l’orgue accompagnant les psaumes. Les voix du chœur étaient tristes et semblaient émaner de personnes que l’on asphyxiait. Il eut l’idée d’êtres errant dans un univers angélique à la recherche de la signification de ce péché originel ayant souillé l’humanité après que leur ancêtre Adam n’ait pas résisté à la tentation satanique.
Son cœur se serra à l’écoute du sermon prononcé par le père Guitsel, qui mettait l’accent sur l’amour et la tolérance prêchés par Dieu et les apôtres, et qui tendait la main au-
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