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L’Autre Silence
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56819-8 EAN : 9782296568198
Leïla HAFYANE
L’Autre Silence Roman
L’Harmattan
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« Il y a ce que l’on connaît, qui est étroit. Il y a ce que l’on sent, qui est infini. Ce que l’on connaît flotte au-dessus de ce que l’on sent, comme une petite bête morte dessus les eaux profondes. »
Lettres d’or,Christian Bobin
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ÀShem’s, à Ghali...
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À quelques heures de ta mort, tu ne ressembles plus du tout à ce que tu étais. Ton visage a perdu son expression et ton corps sa vigueur. On aurait dit une marionnette qui, à la fin du spectacle, perd la vie : un chiffon coloré et inerte. Vestige d’une parole.
Tu es dans ton lit. Ton regard absent flotte. Il me perturbe. Il n’a pas de trajectoire précise. Son chemin est errance. Ton corps dont le gras a fondu t’encombre d’un énorme tissu ventral, mou et pâteux, fait de plis et de replis. Ta peau comme la résonnance d’une cloche vibre longtemps après que le mouvement ait cessé. Désespérant sur tes épaules, ta tête tient à peine. Elle bascule exactement comme un pantin.
Tu attends au seuil de l’inconnu. Sans attention.
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Je veux partir, c’est fini maintenant. Partir pour me reposer ou pour mieux vous voir, vous aimer peut-être. Partir pour ne plus respirer, me libérer. Je me vide de mes selles comme on sent les larmes vider le corps de ses tensions ou les mots vider l’âme de ses ombres. À découvert. Le plastique chaud répand mes odeurs et répond à ma caresse. Je veux partir. C’est l’heure. Vos larmes ne m’émeuvent pas. Partir.
À présent, tu gênes ceux qui t’entourent. Un petit corps est plus facile à porter, à manipuler. Un corps grand pèse. Il désespère.
D’une voix méconnaissable, tu demandes qu’on te change de position, qu’on te cale des coussins, sous la nuque, entre les jambes, au creux des reins, sous les bras. Partout.
Une reine déchue.
Ma mère.
Désormais, tu ne crieras plus :
« Totooooo ! sale gosse ! »
Oui, je réponds au surnom grotesque de « Toto ». Tu aimes ce surnom, il t’amuse quand tu
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