L'Élu de Milnor : La fuite d'Almus -Tome 1

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Depuis son plus jeune âge, Almus s'entend répéter la Prophétie : il est l'Élu qui sauvera le monde quand viendra l'Ennemi. Il apprend donc la magie auprès des Sages. Mais voilà qu'un jour, ses maîtres découvrent qu'ils se sont trompés d'Élu.

Humilié et rejeté, Almus cherche à rejoindre le lointain domaine de ses parents. Mille dangers le guettent sur la route et, sans ses pouvoirs magiques, il n'est plus qu'un adolescent ordinaire.

Publié le : vendredi 25 mars 2016
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EAN13 : 9782374531328
Nombre de pages : 237
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1. L’imposteur
Almus, renfrogné, referma brutalement son livre d’arcanes. Son maître, le Sage Lero, leva les yeux au ciel et réprima de justesse le soupir qui lui venait aux lèvres. Il s’efforça de se montrer patient et demanda d’un ton calme :

— Qu’y a-t-il ?

Almus haussa les épaules, croisa les bras sous ses aisselles et se tourna vers la fenêtre d’où montaient les bruits des préparatifs de la Célébration d’hiver. L’irritation de Maître Lero se dissipa. Un sourire fleurit dans sa barbe grise.

« Après tout, ce n’est qu’un gamin » songea-t-il à part lui.

Comme en écho à ses pensées, Almus, les joues très rouges, lâcha soudain :

— Travailler, toujours travailler ! Tout le monde s’amuse en bas et moi, je suis coincé là avec un bouquin poussiéreux et autres vieilleries.

— Merci, rétorqua le précepteur, un peu piqué.

— Oh ! Pardon, je ne voulais pas vous manquer de respect, Maître ! s’empressa de s’excuser le jeune garçon, confus. C’est seulement que…

À court de mots, Almus se tut et désigna d’un geste du bras la salle ronde, située dans la tour ouest du palais des Sages. Il jeta un regard implorant vers son mentor qui continua à sa place :

— Tu aimerais, juste une fois, oublier qui tu es et te mêler aux autres.

— Oui, s’écria avec force Almus. S’il vous plaît ! Juste une fois ! Personne n’en saura rien !

Pensif, Maître Lero étudia longuement son élève. Âgé de treize ans, les cheveux ébène, comme tous les natifs des Vieilles Terres, le jeune garçon avait hérité de la haute taille et des yeux verts de sa mère, descendante d’une prestigieuse lignée de guerriers d’Haïg, et des traits réguliers de son père, le duc de Varsh. Pour l’heure, Almus se penchait sur sa chaise, suppliant. Le Sage inspira profondément, étouffa la pitié que l’adolescent suscitait en lui et répondit, pontifiant :

— Tu es l’Élu et tu dois prendre conscience…

— De mes différences et de mes responsabilités envers tous les habitants de Milnor, coupa Almus avec colère. Je sais tout cela ! Vous et vos semblables passez vos journées à me le rabâcher sur tous les tons. Parfois, la nuit, je me surprends à me le répéter, quand je rêve de liberté. Rendez-vous compte ! Vous m’avez volé mes songes ! J’en ai assez !

Le jeune garçon se leva avec brusquerie, renversant sa chaise, et quitta la pièce sans un regard derrière lui.


Resté seul, le Sage remit le livre d’arcanes à sa place. Mais son esprit était ailleurs. Les éclats d’Almus se faisaient plus fréquents depuis quelques lunes ; le jeune garçon revendiquait de plus en plus âprement le droit à n’être qu’un adolescent de treize ans et, en tant que tel, à s’amuser. Il devenait difficile à contrôler.

Dire que le salut de Milnor dépendait de cet enfant ! Comment Almus pourrait-il accomplir la Prophétie s’il rechignait à travailler ? Ce n’était pas de gaieté de cœur que ses mentors le privaient de liberté : toute distraction lui aurait fait prendre un retard considérable dans ses études.

Lorsque l’Oracle avait révélé la Prophétie, il avait livré des détails qui permettaient d’identifier à coup sûr l’Élu tout juste né. Malgré cela, les Sages avaient mis deux ans à trouver Almus. Deux précieuses années ! Un retard impossible à combler ! Et pourtant, il le faudrait bien, pour sauver Milnor.


  Almus, les joues et les oreilles en feu, monta en tapant des pieds les marches menant au sommet de la tour. Lorsqu’il émergea à l’extérieur, le froid lui fit du bien, et après quelques minutes passées à bougonner dans la neige, il fut bientôt trop transi pour ruminer encore sa colère. Il envisagea un bref instant de transformer sa tunique de laine en un épais manteau, mais la dépense d’énergie nécessaire le poussa à renoncer. Cinq minutes à l’air libre ne le tueraient pas ! Et s’il tombait malade, ce serait la faute des Sages. Peut-être que s’il passait à deux doigts de la mort, ils réfléchiraient la prochaine fois qu’ils lui refuseraient une distraction.

Almus se reprocha sa puérilité, puis sa colère revint quand il songea que les Sages lui avaient tellement bourré le crâne qu’ils n’avaient même plus besoin de le gronder : il s’en chargeait désormais tout seul.


Et puis zut ! Il avait treize ans et il pouvait bien se permettre des réactions infantiles. Le jeune garçon façonna quelques boules de neige et bombarda les merlons de la tour en imaginant qu’il visait la tête des sept Sages. Il eut la satisfaction d’atteindre cinq de ses cibles ; seuls Maître Lero et le Grand Maître Zad en réchappèrent.

Enfin calmé, Almus s’assit sur un créneau et regarda en bas. Des hommes érigeaient contre les murs du palais des tentes aux couleurs des guildes de l’île d’Obélane : vertes pour les magiciens, garance pour les voyants, moutarde pour les guerriers, et d’autres encore. Tout au bout du champ de toile bigarrée, Almus aperçut même une tente noire, couleur des assassins.


Dans deux jours, au solstice d’hiver, on fêterait la Célébration. Ce serait l’occasion de réjouissances, de banquets et de danses. Les habitants d’Obélane, d’Haïg et des Terres Pourpres amèneraient leurs enfants dans l’espoir qu’ils seraient remarqués par les chefs des guildes les plus prestigieuses. Les parents d’Almus feraient le voyage depuis Varsh, dans les Vieilles Terres. Un an qu’il ne les avait pas vus ! L’adolescent enragea derechef à l’idée qu’il ne pourrait pas arpenter avec eux les avenues de la ville de tissu qui se dressait à ses pieds, qu’il ne pourrait, cette année encore, choisir lui-même les cadeaux destinés à ses parents ou à sa sœur. Il faudrait qu’il reçoive sa famille ici, à l’intérieur du palais, et toujours en présence d’au moins un Sage.
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