L'ENFANT DES MASQUES

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Cinq nouvelles sur l'enfance nous arrivent du plus profond de l'Afrique Centrale, envoûtantes, déroutantes, captivantes. Mais au delà du ludique ces récits, écrits dans une langue poétique et musicale, revêtent une importance capitale. Refusant de reléguer les cultures traditionnelles au rang de folklore, Ludovic Emane Obiang construit un patrimoine solide, charpenté, des éléments les plus riches et secrets de la culture fang.
Publié le : vendredi 1 octobre 1999
Lecture(s) : 30
EAN13 : 9782296880023
Nombre de pages : 163
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LudovicEMANEOBIANG
L'ENFANT DES MASQUES
NOUVELLES
ÉDITIONS NDZÉ
Collection Nouvelles
Je suis vraiment de bonne foi, collectif, 2001.
Collection Essais
Elmamouni Mohamed Nassur et Youssouf Saïd Soilihi,Ali Soilihi, l’élan brisé ?2000.*
Luc Ngowet,Petites misères et grand silence, 2001**
Collection Théâtres Dirigée par Florent CouaoZotti
Ludovic Obiang,Péronnelle, 2001. Florent CouaoZotti,La diseuse de maléspérance,2001.*
Collection Romans Dirigée par Carole Blanche
Elimane Ched,L’enfance d’Attila N’Diaye, 1995. Elimane Ched,Une vie comme ça, 1996. Jean Divassa Nyama,La vocation de Dignité, 1997. Michel Cadence,Ségalière, 1999. Munkonda Mbuluku Mikiele,Lianes d’amour,2001. Janis Otsiemi,Tous les chemins mènent à l’Autre, 2002.**
À paraître :
Jean Divassa Nyama, Le bruit de l’héritage. Munkonda Mbuluku Mikiele,L’eau de la liane.
* Coédition avec L’Harmattan (France). ** Coédition avec les Éditions Raponda Walker (Gabon).
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L'Harmattan
CollectionEncres noires dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions
N° 177 Léopold Rosenmayr,Le Baobab. N° 178 Boubakar Diallo,La nuit des chiens. N° 179 C.M IstasseMoussinga,Aïna ou la force de l'espérance.
N° 180 Yacouba Diarra,Du Kouttab à la Sorbonne (Itinéraire d'un Talibé).
N° 181 Angèle Kingué,Pour que ton ombre murmure encore...
N° 182 Denis OussouEssui,Vers de nouveaux Horizons. N° 183 Nicolas Ouwehand,Le monument sur la colline.
N° 184 N.N. Ndjekery,Sang de Kola.
© L'Harmattan et Editions Ndzé 1999
ISBN : 2738483631
Photo de couverture : Studio "Pierre Copain", Libreville.
Couverture : Elimane Ched
L'Harmattan 57, rue de l'Ecole Polytechnique 75 005 Paris FRANCE
L'Harmattan Inc 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9
Éditions NDZE BP. 188 Libreville GABON
Distribution: ALFA 55 Bd. Soult 75 012 Paris FRANCE
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– Dismoi, Lucienne, ne ris pas de moi aujourd’hui. Même si je te parais saugrenu, ne ris pas. En ce jour, je voudrais plonger, plonger en moi, au plus profond de moi, sans pudeur. Je voudrais tant savoir si j’ai seulement rêvé de tout ce bonheur dont je me souviens, ou s’il a existé. – Je ne rirai pas : Quel bonheur ? [...] – Lucienne, ce décor, c’est du faux ! derrière, il y a mille fois plus beau, mille fois plus vrai ! Mais je ne retrouve plus le chemin de ce monde.
Ckeikh Hamidou KANE
L'ENFANT DESMASQUES
Sommaire
L’Enfant des Masques.................................. 7 Comment se quittent les tourterelles ?........ 69 Ce que chuchote la mangrove..................... 89 La Casa del Señ111or Engomo à Ebebeyin.. Biang Mekè............................................... 121 Glossaire................................................... 159
À Emmanuelle…
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ous sortionsEva*et moi d’une exposition de Masques anciens, originaires de son pays. Au l’idéNe de m’accompagner, craignant de se sentir mal à départ, il avait montré peu d’enthousiasme à la vue de telles autorités que notre ignorance déva luait, rabaissait à de simples vestiges. Il aurait préféré éviter le reproche de leur regard, le mépris qu’ils n’auraient pas manqué d’affecter à l’encontre de sa propre démission, de sa lâcheté de “petit Blanc”. J’avais dû l'assurer de son authenticité à lui, de son indépendance d’esprit, pour le décider à venir.
Dans la salle, il s’était montré très discret, glis sant silencieusement d’une pièce à l’autre. Seul un éclair dans ses prunelles attestait l’intérêt qu’il prenait à retrouver ces témoins rancuniers de son histoire.
Au dehors, il avait prolongé ce mutisme, me laissant le soin du commentaire, jusqu’à ce qu’il m’in terrompe soudain, comme s’il émergeait d’un songe. “Quand j’y pense, Emmanuelle, ça me tue ! J’ai vécu avec ces Masques, avec la plupart d’entre eux !Il disait ça, les yeux repris par la fièvre d'avant, en hochant doucement la tête. Je le regardai fixement, inquiète de le voir s'échapper tout à fait. Mais il ne se laissa pas démonter. C’est à peine s’il s’en aperçut. Il continuait, emporté par sa vision ; loin de moi, loin
* Eva : c.f. glossaire page 159
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de toute entrave du commun ; pareil à un de ces oracles qui s'expriment au nom des dieux. – Je les ai vus. Je les ai connus. Comme je te vois toi, maintenant. Ils sont aussi vivants que nous. Ils souffrent, ils pleurent, ils rient de la même façon que nous, mais ce ne sont pas des hommes ; ce sont des Esprits. Je t’assure Emmanuelle, je les ai connus. J’ai vécu parmi eux. J’ai été leur ami, comme je suis le tien aujourd’hui. Ils m’ont nourri, choyé, gâté… J’ai beaucoup souffert de notre séparation ; je ne m’en suis jamais remis. Chaque seconde qui passe accentue leur vide. Je ne pensais plus les revoir ; surtout pas de cette façon, immobiles et disciplinés, pareils à des singes empaillés. Il se tut à ces mots, dans un sanglot étouffé ; la communication était terminée… mais son effet loin d’être achevé. Ce soirlà, toutefois, en le raccompa gnant chez lui, je fis en sorte de ne pas le relancer. Luimême ne semblait pas y tenir ; sa lubie lui était elle passée ? Mais je connaissais bien mon ami. C’était quelqu’un d’entier. Je le fréquentais depuis suffisamment longtemps pour déceler son embarras. Là, il n’y avait aucun doute – ces paroles lui avaient échappé, comme si elles lui étaient dictées par une volonté extérieure ; il n’avait pas pris le temps de les construire ou de les embellir. Il était allé d’un trait. Incontestablement, un souvenir d’une portée fabu leuse le liait aux Masques. Une expérience qui, si je pouvais me l’approprier, reculerait au grand vertige les barrières de mon existence. Je devais forcer ses confidences ; il fallait qu’il parle. Ce qu'il se garda bien de faire. Toutes mes tentatives – indirectes ou franches – pour ramener les
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Masques entre nous avortèrent les unes après les autres. Pourquoi ? Qu’estce qu’il me cachait ? Ce n’était pas un homme à prétexter d’un interdit ou d’un opprobre – il avait toujours parlé librement de son passé. Parce que, disaitil, aucun acte ne mérite pour luimême d’être étouffé. Tout dépend des circonstances. Alors, mon heure n’avaitelle pas encore sonné ? Je ne voulais pas l’admettre, je me sentais offensée. Puis le temps a rempli son office d’amnésiant ; nos rapports retrouvèrent leur ordre habituel, jusqu’à ce qu’il achève ses études et s’en retourne en Afrique.
Ce n’est que bien plus tard, après un long échange de lettres banales qu’il m’expédia une grosse liasse de feuilles noircies, introduite par le mot suivant :
Chère Emmanuelle, Les révélations qui vont suivre ne déclenche ront certainement aucun écho en toi et ça ne sera pas un grand mal. Je te les envoie bien plus en signe de contrition que pour réveiller ton ancienne curiosité – elle doit s’appliquer aujourd'hui à des choses bien plus sérieuses. Il s’agit de ces Masques dont tu t’étais enti chée à Paris et qui se sont glissés entre nous comme une ombre complice mais tyrannique. Ici, je les ai retrouvés. Mais la joie de les revoir n’ac centue que plus la nostalgie que j’ai de toi. Je comprends alors que, dans une certaine mesure, tu auras été pour moi, toi aussi, le guide d’un autre pays à mystères. Simplement, la communication restant possible entre nous deux, j’en profite pour te parler au maximum, t’entretenir de tout et de
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