L'éphémere Flamboyant une Simple Missive

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Un train de nuit emmène un homme vers son destin. Il s'installe dans un hôtel niché dans la montagne au coeur de l'hiver. Que va-t-il chercher dans ce lieu grandiose, cependant, hostile ? Imprégnés de souvenirs sublimés par le présent, les jours creux défilent. Puis la nuit de Noël, il rencontre Stella. Premier maillon tragique d'un enchaînement de personnages, cet homme renaîtra, sans le savoir, dans le bleu profond de yeux orphelins.
Publié le : lundi 1 juin 1998
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EAN13 : 9782296364455
Nombre de pages : 110
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L'EPHEMERE FLAMBOYANT *
UNE SIMPLE MISSIVE

@ L'Harmattan,

1998

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Hannattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y lK9 L'Harmattan, Italia s.r.I. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-6660-5

Philippe

NOWACZYK

L'EPHEMERE

FLAMBOYANT
*

UNE SIMPLE MISSIVE

L'Hartnattan

Collection Écritures dirigée par Maguy Albet

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L'EPHEMERE FLAMBOYANT

Je ne suis qu'un homme qui vagabonde volontiers pieds nus. Ma barbe croît plus vite que mon savoir, mes cheveux plus blancs que ma sagesse, mon amour plus lentement que l'herbe folle des champs. Je regarde les chênes grandir en cherchant la lumière sans pouvoir les imiter; j'observe les mouettes dériver dans les vents contraires sans comprendre leur obstination; j'écoute la pluie tomber et je pense qu'elle abreuve la terre dans laquelle, un jour, je dormirai.

Qui prononcera les paroles apaisantes et affectueuses que l'on aime entendre lorsque le couvercle de la nuit écrase ses volutes de charbon sur la conclusion de nos jours pleins? Toi? Elle? Une autre de ces nymphes qui se pavanent au cœur de nos villes à la recherche d'un bonheur temporaire?

Je fus garde dans un site où les tapis roulants se succédaient, protégés par des pergolas rehaussées de luminaires. Des petits parcs accueillants mettaient leurs bancs romantiques à la disposition des flâneurs qui pouvaient s'y assoupir en respirant le parfum des fleurs omniprésentes.
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Il n'y avait ni rues, ni trottoirs, juste des espaces aux contours flous et galbés comme des hanches féminines où les gens déambulaient nonchalamment en ayant l'air d'errer. Partout, une musique douce diffusée par des haut-parleurs camouflés dans le décor et la végétation parvenait fluidement aux oreilles et s'insinuait dans le cerveau en le ramollissant. Tous les engins évoluaient lentement avec des bruits feutrés, sans heurts, en respectant le mouvement universel qui semblait animer toutes les choses et tous les êtres. Les portes n'étaient garnies d'aucune serrure. Nulle clé, nul verrou n'entravait la progression des visiteurs aux traits détendus, vêtus de toutes sortes d'étoffes et de tissus bariolés composant des tenues pratiques et réjouissantes. Les bavards ne se parlaient qu'à demi-voix, sans cris et sans animosité. Les limonades étaient colorées de tons pastels et les pizzas, façonnées en forme de fleurs, d'étoiles ou de poissons. Les couverts en plastique ne pouvaient blesser et il était impossible de trouver une arme ou un quelconque objet qui puisse en devenir une. Des jets d'eau et des fontaines invitaient au répit, des halls de gare propres et lumineux aidaient les voyageurs à attendre des trains qui n'allaient nulle part...

Et, aujourd'hui, je me retrouve dans un train qui emporte l'insouciance de la jeunesse vers des jeux de neige aux plaisirs revigorants, un train qui m'emmène vers mon destin. Mais je ne crois pas au destin; invention subtile de l'homme pour justifier ses écarts et ses échecs, il se prostitue en étant capable de singer mille visages. Le monde est plein de sorcières, de geishas et de poupées! Des éclats de rire cristallins crèvent la montgolfière de mes songes et me voilà de nouveau prisonnier de l'attraction
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terrestre qui me coince au fond du siège d'un compartiment douillet. Je vois défiler des paysages sans cesse renouvelés, différents et pourtant semblables parce que marqués du sceau humain qui les défigure mais qui nous rassure au sujet de notre utilité. Ces jeunes gens qui profitent de l'hiver pour communier avec la montagne en zébrant ses flancs vierges d'arabesques m'insufflent un peu de fraîcheur. Je me surprends à espionner leurs conversations que je connais pourtant pour les avoir, moi aussi, ressassées en vain par le passé. Mais elles constituent un passage obligé pour ceux qui désirent, un jour, n'avoir rien à regretter.

En face de moi, une jeune fille s'est endormie et je n'ose pas la fixer. Le sommeil est un échantillon de la mort qui nous permet, cependant, de renaître plus vif sans souvenir et sans conscience. Sorte de parenthèse, il a peut-être été créé pour nous habituer journellement au repos éternel qui nous attend. Je ne voudrais pas qu'elle puisse, en se réveillant, déceler une lueur de concupiscence dans mon regard. Je l'observerai lorsqu'elle aura émergé. J'aime tant ces visages vivants où pétillent des prunelles aux couleurs chatoyantes, pareilles à des lambeaux de terre ou d'océan éclaboussés d'étincelles de pierres précieuses. Son parfum discret me chatouille les narines, embaume mes pensées et enivre doucement mes facultés. Le printemps dort devant moi dans un écrin de laine drapé d'un manteau de soleil. Les femmes ont parfois, sur le listel des plages de leur corps, cette odeur que, seuls, peuvent également exhaler les nouveaux nés.

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Je regarde par la vitre et, déjà, apparaissent les premiers plis de terrain et les anfractuosités qui annoncent les contreforts d'une chaîne montagneuse. L'hiver y règne en despote pendant six mois avant de laisser la place à un court été dont les vives lumières se délaient lentement dans un automne nostalgique et flamboyant. Maintenant, le train, riche de sa collection d'inconnus, traverse la nuit sans faiblir et des aiguilleurs aux lourdes paupières le dirigent au gré d'itinéraires prévus et d'horaires précis. J'écoute l'écho que me renvoient régulièrement les jointures des rails qui ont l'air d'égrener ma vie en un chapelet infini, parfois interrompu et sublimé par une bifurcation. La chaleur artificielle m'étouffe; l'indolence généralisée de mes compagnons de voyage assoupit mon esprit et je glisse, imperceptiblement, vers quelques heures d'absence dans une incommensurable sérénité.

Je me promenais dans une ville inerte. En passant devant une boutique de mode dont l'étalage était éclairé, mon attention fut immédiatement attirée par un joli mannequin qui portait une robe printanière. Je me suis approché de la vitrine pour la détailler. Ses yeux étaient fascinants et ses cheveux flottaient dans les remous d'un ventilateur. Je suis resté de longues minutes à l'observer et, soudain, elle a bougé, m'a pris par la main et nous sommes partis en balade à travers la nuit. Nous avons marché longtemps le long des grands boulevards et j'ai mis ma veste sur ses épaules pour ne pas qu'elle prenne froid. Au petit matin, nous nous sommes retrouvés enlacés sur les quais. Nous avons regardé le soleil se lever et les premières péniches glisser sur l'eau encore engourdie. Puis, j'ai voulu l'embrasser mais elle a mis

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doucement un doigt sur mes lèvres, s'est levée sans rien dire et a disparu dans le brouillard.

Le train pénètre la ville. Contrairement aux autres moyens de transport, il s'y enfonce sans dévier et arrive en son cœur par un couloir obligé. Tout en étant violée intimement, elle n'a, alors, livré que quelques façades arrières de maisons et de constructions souvent lépreuses, quelques jardinets où des haies de sapins côtoient les sémaphores et servent de paravents à des villas et chalets laiteux. Les wagons rutilants déversent leur flot de touristes énervés qui courent à l'infini sous la grande verrière translucide de cette gare terminus. Je laisse passer tous ces énergumènes pressés, impatients d'arriver quelque part. Je me dirige calmement vers le buffet où j'hésite entre un café et un vin blanc... Vu l'heure matinale, j'opte pour un café noir qui devrait dissiper les brumes nocturnes. J'allume une cigarette dont le bout incandescent grésille à chaque aspiration et je savoure pleinement ces instants de volupté consacrés par le mariage des fumées de la boisson chaude et du tabac.

Il

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