L'épine du bonheur

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Un fonctionnaire consciencieux résiste aux pratiques de corruption qui affectent tous les services de l'Etat au Zaïre de Mobutu. Mais face à la rareté des salaires et la misère qui s'ensuit, Ngoy sacrifie son fils cadet pour une promotion; et celui-ci tombe malade... Ce roman est basé sur une histoire vraie.
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296478930
Nombre de pages : 167
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L’ÉPINE DU BONHEUR
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56791-7 EAN : 9782296567917
JEAN M. DIKIMA L’ÉPINE DU BONHEUR Roman L’Harmattan
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Blommaert KEMPS,Confidences d’un mari désabusé, 2011. Nacrita LEP-BIBOM,Tourbillons d’émotions, 2011.Eric DIBAS-FRANCK,Destins maudits, 2011. Zounga BONGOLO,L’arbre aux mille feuilles, 2011. Otitié Kiri,Comme il était au commencement, 2011. Mamadou SY TOUNKARA,Trouble à l'ordre public,2011. Liss KIHINDOU,L’expression du métissage dans la littérature africaine. Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, 2011. Jacques ATANGANA ATANGANA,Les fourberies d'Essomba, 2011. Frédéric TRAORE,La guerre des pauvres et le destin de Hassan Guibrilou. La dent de l’aïeule, tome III, 2011. Frédéric TRAORE,Les affres de l’enfer. La dent de l’aïeule, tome II, 2011. Frédéric TRAORE,Chassé-croisé sur Fadougou. La dent de l’aïeule, tome I, 2011. Lulla Alain ILUNGA,La gestion du pouvoir, 2011. Esther GAUBERT,Brukina, rose du désert, 2011. er Marcel KING JO 1 ,Tina ou le drame de l’espèce humaine, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,La Tourmente. Les aventures d’un circoncis, 2011. Robert DUSSEY,Une comédie sous les tropiques, 2011. Alexis KALUNGA,Vivre l’asile, 2011. Nenay QUANSOI,Souvenir d’un jeune Africain en Guinée et en Tunisie, 2011. Nadine BARI et Laby CAMARA,L’Enfant de Xéno, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,Une mort temporaire, 2011. Édouard Elvis BVOUMA,L’amère patrie. Nouvelles, 2011. Roger FODJO,Les Poubelles du palais, 2011. Jean FROGER,La Targuia, 2011. Pierre LACROIX,Au chevet de l’Afrique des éléphants. Fable, 2010. Jeanne-Louise DJANGA,Le gâteau au foufou, 2010.
Chapitre I
La case du féticheur
ls sortirent de la case qui allait faire d’eux, ou plutôt de lui, I Ngoy, l’un des hommes les plus nantis de son quartier. Larmes aux yeux, debout devant la case du féticheur, Ngoy leva son regard vers le ciel. Et les larmes coulaient ; les larmes de la joie ; les larmes de la réussite ; les larmes de la douleur. Durant toutes ses années de souffrance, elles avaient toujours coulé du fond de son être. Mais là, elles mouillaient son visage et tout le monde pouvait les voir ; tout le monde pouvait s’en rendre compte. Qu’avait-il à cacher encore ? Il avait soigné sa plaie intérieure. Le sang de son fils l’avait guéri, se disait-il. Pourtant, il l’avait seulement soignée mais pas guérie. « Seul le contentement guérit les blessures du cœur » disent les sages. Mais Ngoy qui croyait avoir remué toutes les voies de droiture, n’adhérait plus à cette théorie.
Et, avec sa femme à ses côtés, toujours devant la case du féticheur, Ngoy se mit à réfléchir sur les instructions reçues de son sauveur. À entendre la simplicité du rituel à performer pour changer la vie du fonctionnaire, même le pasteur le plus doué dans l’art biblique pouvait fléchir. De son côté, bien que ne parvenant toujours pas à établir un lien logique entre la situation de pauvreté dont son mari avait fait un générique de leurs conversations matinales et leur visite à cette case bourrée de marmites, d’os et d’autres trucs
bizarres on dirait un tombeau à ciel ouvert, Mamu avait, sans arrière-pensée, accepté d’accompagner son mari pour se donner le repos.
Le lendemain de leur passage chez le féticheur, Mamu acheta un coq qu’elle égorgea selon les instructions du féticheur. Pour elle, c’était juste une cérémonie de purification. Une simple cérémonie de purification, selon la formulation de Ngoy. Elle ne savait pas que par cette ‘‘simple cérémonie de purification’’, elle venait comme Hérode avec Jean Baptiste, de sacrifier son fils sur l’autel de la souffrance, l’autel de la mort.
Depuis son premier entretien avec Ngoy, le féticheur avait tenté d’analyser les mobiles qui avaient amené le fonctionnaire à envisager une telle option. Il se posait toujours cette même question chaque fois qu’un client lui dévoilait le motif de sa présence chez lui. Et un seul élément lui revenait toujours dans ses réponses : l’impatience. Mais avec Ngoy, c’était plus que cela. C’était un mélange très homogène d’impatience et d’égoïsme. Un mélange tellement bien réussi que le diable lui-même n’avait pas eu un grand rôle d’interférence à jouer.
Au jour du rendez-vous de la deuxième phase du rituel, Ngoy et sa femme réunirent ce qu’il fallait pour la dernière étape de la cérémonie de purification selon ce que croyait toujours Mamu. Ils se rendirent tous les deux chez le féticheur et ils lui présentèrent les articles requis. La cérémonie se passait dans la case du féticheur. Alors que ce dernier s’était perdu dans les incantations, Ngoy arpentait la chambre d’attente. Il s’efforçait de contenir ses émotions et attendait poings fermés la fin de la cérémonie pour voir sa vie se transformer. Il s’efforçait de contenir sa joie comme un vieux dictateur en attente des résultats des élections, confiant de sa méthode de tricherie, mais soucieux de présenter à la face du monde, une image de démocrate.
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La cérémonie dura quelques heures. Quand elle prit fin, Ngoy et sa femme sortirent de la case suivis du féticheur. Il faisait déjà nuit et les étoiles dansaient loin dans un ciel sans nuage. Elles célébraient son renouveau, selon l’interprétation du fonctionnaire. Le féticheur nota l’excitation de Ngoy et hocha sa tête. Il prit sa main, le tira à l’écart et lui dit :
— Tu ne récolteras que ce que tu as semé ! Je dois reconnaître que tu as fait preuve d’un courage exceptionnel. Je t’en félicite monsieur ! Mais sois absolument certain, mon cher ami, que l’avenir t’en demandera beaucoup plus.
Dans vingt-cinq ans de carrière comme féticheur, il avait acquis la certitude que ceux qui cherchent en dehors d’eux-mêmes, en dehors de ce qu’ils connaissent comme valeur, de ce qu’ils ont comme conviction, ne connaissent pas ce qu’ils cherchent, car ceux qui savent ce qu’ils cherchent se font toujours face à eux-mêmes sur le plan intérieur ; ils font toujours confiance à ce qu’ils ont établi en eux comme conviction.
Il était 22h00 quand ils arrivèrent à la maison. Ils trouvèrent leurs enfants entassés devant le petit poste téléviseur noir et blanc dont les images dansaient au rythme des chutes de tension. Réalités du Zaïre de Mobutu. Mobutu qui ne s’était jamais gêné une seule occasion, de vanter, de sa vibrante voix, la grandeur du barrage hydro-électrique d’Inga et sa capacité à subvenir aux besoins énergétiques du grand continent Africain.
Avant de se coucher, pudiquement, Mamu s’agenouilla pour rendre grâce à Dieu. Pour elle rien n’avait changé à sa foi. Ce qui n’était pas le cas avec Ngoy. Le secret qu’il gardait sur son passage chez le féticheur le gênait ou peut-être, il avait honte de Dieu ou du moins, parce qu’il s’était tourné vers ses ancêtres et ne fût-ce que par probité spirituelle, il ne pouvait pas amalgamer entre les deux. Aux
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yeux de sa femme, il évoqua comme raison : la fatigue. Cette fatigue dont il avait seul le secret bien sûr. Le matin, toujours fidèle à leur devoir spirituel, Mamu tenta de réveiller son mari pour la prière matinale. Celui-ci se cacha encore derrière sa fatigue que lui-même savait ce qu’elle était. Elle fit, elle, sa prière et sortit de la chambre. Comme d’habitude, elle se contenta de faire le ménage avec plus d’intelligence de mère que de moyens matériels.
Dieu leur avait fait don de huit enfants, dont deux filles et six garçons. Kabu, le cadet, l’éternel bébé, avait douze ans. Les autres avaient déjà l’âge adulte ou presque. Ses deux filles, respectivement l’ainée et la troisième et son fils le plus âgé étaient mariés et s’occupaient de leurs familles.
En bonne mère, l’intérêt de Mamu se portait principalement sur ses enfants et sa maison. Elle s’efforçait de cajoler ce qui pouvait encore l’être dans cette maison, dont l’ameublement vermoulu, semblait dix fois plus vieux qu’elle-même. Il y avait aussi deux filles dans la maison, deux gamines âgées l’une de six et l’autre de huit ans. Elle les avait adoptées pour ses propres enfants par amour pour Ngoy, mais aussi et surtout pour ne pas faire porter aux pauvres gamines une croix qui n’était pas la leur de porter. Son mari les avait amenées, au soir d’un certain dimanche, en donnant des longues explications et en faisant des éloges sur les qualités de mère de sa femme. La vraie raison étant que sa jeune deuxième femme s’était fatiguée d’un mari qui revenait toujours avec des mots. Elle s’était trouvé un cadre de la Gécamine (la générale des carrières et des mines), une société qui payait sans défaut ses travailleurs. Elle ne voulait donc pas que les enfants du fonctionnaire gênent ses moments de bonheur avec son amant. Mamu avait donc sept enfants sous son toit.
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