Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

L'épopée de Robert le Diable

De
0 page

La première version écrite de l'aventure de Robert le Diable date du XII° siècle. Le Dominicain Étienne de Bourbon en fait un exemplum. Les Croniques de Normandie s’ouvrent sur la biographie de ce héros. Pourtant aujourd'hui encore, les rumeurs sont nombreuses et contradictoires autour du personnage.

Puisant à la source première, Jean-Patrick Beaufreton a composé en 2000 un spectacle intitulé « L’épopée de Robert le Diable ».

Tel un troubadour médiéval, seul sur scène, il interprétait tous les personnages : le duc, la duchesse, Robert, le pape, l’ermite, l’empereur et la princesse amoureuse. Lumières, bruitages, brefs poèmes contemporains à la manière médiévale, musiques d’époque...

Depuis, le conteur s’est tu, le texte s’est endormi. Aujourd’hui, il reprend vie pour être lu comme un monologue à transmettre avec passion et élan.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

La Coche

de librairie-droz

img

L’ÉPOPÉE DE ROBERT LE DIABLE 

Jean-Patrick BEAUFRETON

2000

 

Éditions La Piterne – 2014

 

Couverture : Scène V de l’opéra de Giacomo Meyerbeer

Extrait du tableau de François-Gabriel Lepaulle (1804-1886)

Introduction

 

Le nom de Robert-le-Diable est célèbre.

Un fier château dressé en surplomb de la Seine, en aval de Rouen, bordé par l’autoroute de Normandie le partage avec un chétif papillon brun.

Il se retrouve dans des aménagements médiévaux de la Sarthe.

Les Normands ont voyagé, des peintures illustrant l’histoire de ce personnage ornaient les voûtes d’une église de Palerme et une tour de Londres reçut ce nom.

Un groupe rock s’est baptisé de son nom et une bande dessinée l’a pour titre.

 

La première version écrite date du XIIe siècle. Le Dominicain Étienne de Bourbon en fait un exemplum. Les Croniques de Normandie s’ouvrent sur cette biographie. 

Les jongleurs en font un Dit de Robert le Dyable comportant 254 strophes de quatre vers monorimes (réédité à Rouen en 1835), avec lequel ils animent foires et parvis. 

Puis il devient un Mystère pour la représentation scénique et un Miracle de Nostre-Dame de Robert le Dyable, fils du duc de Normandie, à qui il fut enjoint pour ses méfaits, qu’il fait le fou sans parler et depuis ôté Notre-Seigneur, merci de lui, et épousa la fille de l’empereur (Tel était le titre intégral !) Le XIVe siècle est alors florissant. Le sens moral primitif s’est affaibli ; le dénouement perd son austère signification : Robert épouse la fille de l’empereur, à une époque où la pratique de l’érémitisme disparaît et où la femme gagne en considération ! 

Au-delà des frontières françaises, le XVe siècle voit s’épanouir une version allemande conservée dans quatre manuscrits à Munich et les Anglais lisent un roman en vers, Sir Gowther, inspiré du même contenu. La prose conteuse succède à la poésie chrétienne. L’imprimerie commence à propager les romans en prose. La plus ancienne édition de cette histoire date de 1496, elle est sortie des presses de Pierre Mareschal et Bernabé Chaussard à Lyon. Au cours des quatre-vingt années qui suivirent, dix autres éditions se succèdent ; un véritable phénomène de librairie. 

Au XIXe siècle, la Bibliothèque Bleue de Troyes publie une nouvelle mouture, diffusée dans les chaumières que visitaient les colporteurs. En 1831, Giacomo Meyerbeer compose un opéra, sur un livret de Scribe et Delavigne. L’action se déroule en Sicile, vers 1300 (en couverture, extrait du tableau de François-Gabriel Lepaulle montrant l’acte 5 de l’opéra de Meyerbeer, avec les interprètes de la première représentation : Nicolas Levasseur, Adolphe Nourrit dans le rôle de Robert et Julie Dorus-Gras). 

 

À la fin du siècle dernier, alors que je contais volontiers les légendes normandes, je me mettais en quête de ce personnage remarquable. Les indices présentaient une extrême variété, tant dans la formulation que dans la situation géographique, elles m’intriguaient. Aucune explication unique et rationnelle n’a pu recueillir l’unanimité. C’est un faisceau d’observations qu’il me fallait tisser et croiser pour comprendre ce personnage extraordinaire.

Puisant à la source première, j’ai composé en 2000 un spectacle intitulé « L’épopée de Robert le Diable ». Tel un troubadour médiéval, j’étais seul sur scène et jouais tous les personnages : le duc, la duchesse, Robert, le pape, l’ermite, l’empereur et la princesse amoureuse. Lumières, bruitages, poèmes contemporains à la manière des octosyllabes médiévaux, musiques d’époque…

Depuis, le conteur s’est tu, le texte s’est endormi. Aujourd’hui, je lui redonne vie et vous invite à le lire comme un monologue à transmettre avec passion et élan.

 

Jean-Patrick Beaufreton

Oyez belles dames

 

Oyez nobles messires, l’histoire incroyable, l’épopée fabuleuse d’un homme qui vécut dans le digne duché de Normandie. Robert était son nom ; son surnom était le diable !

1 – L’enfance

 

L’amour des parents descend et ne remonte pas.

 

Avant même sa naissance, Robert a une histoire… mais il en ignore tous les traits ! Quand la belle duchesse, dame Inde, met au monde l’enfant qu’elle désire tant, ce n’est que fêtes et réjouissances au château du duc Aubert : l’âge des deux parents avance quand, enfin, est annoncée la grande nouvelle qui enorgueillit l’homme et anoblit la femme.

Ce jour illustre s’accompagne de terribles prodiges. Le ciel se couvre de nuages, la foudre gronde, les vents hurlent, comme si un tempestier avait libéré l’ouragan au-dessus de la Seine, des vertes collines et des riches pâturages. Le palais des ducs de Normandie paraît en flammes, les murs tremblent, une tour s’écroule même.

Dans la chambre de la duchesse, une chauve-souris entre et, de ses ailes noires, elle éteint les lumières, plongeant l’enfant et sa mère dans le plus sombre des ténèbres.

 

Le duc, tout à sa joie, ne remarque rien de ces augures funestes.

Pourtant, quand il fait baptiser son fils du nom de Robert, le nourrisson jette des cris affreux au contact de l’eau bénite sur son front. Pourtant, l’enfant éternue trois fois et trois dents sortent de sa mâchoire ; les autres viennent en quelques heures. Pourtant, quand sa nourrice veut l’allaiter, Robert la mord, avec rage, comme le ferait un cannibale atroce et sanguinaire.

Son air féroce, ses cris rauques, ses dents aiguës effraient tant les femmes que rares sont celles qui acceptent de donner le sein. De plus, une corne est nécessaire pour protéger leurs mamelles.

 

Dès qu’il se tient debout, ses colères s’enveniment.

À un an, il marche...