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L’Étang de la Peur

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De la peur à la terreur, il n’y a qu’un pas, celui de l’angoisse.
Octobre 1976
Six jeunes gens (une fille et cinq garçons unis par les liens indéfectibles de l’amitié, de l’amour et du sang) s’apprêtent à passer un nouveau week-end de liberté à « l’Étang », dans le Loiret où il fait si bon vivre…
Au détour d’un virage, alors que les aventuriers s’engagent dans un chemin qui mène à l’Étang, la foudre frappe devant leurs yeux ébahis, ouvrant une béance sur l’inconnu.
Les amis pourraient faire demi-tour, mais la témérité propre à leur âge l’emporte sur toute autre considération. Ils s’enfoncent résolument dans la forêt qui ne tardera pas à se refermer inexorablement sur eux.
Livrés à eux-mêmes dans cette nature hostile, ils doivent faire face à des phénomènes spectaculaires, allant crescendo jusqu’à tutoyer l’irrationnel.
À maintes reprises, les amis tentent de se replier dans la frêle cabane proche de l’étendue d’eau, priant pour qu’elle fasse office de rempart aux dangers qui les menacent. Les faits se chargent de leur démontrer qu’il n’en est rien.
Leur destin est désormais lié à un mécanisme irréversible qui s’est enclenché dans les abysses de l’Étang.
Il faudra patienter une vingtaine d’années pour comprendre ce qui s’est passé ce week-end d’octobre 1976…
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Patrice Oudot
L’Étang de la Peur

© Patrice Oudot, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1288-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une
utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par
quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est
illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de
la propriété intellectuelle.
Avant-propos
Chère lectrice, cher lecteur,
La période durant laquelle se déroule l’action de ce roman pourra paraître, selon les
critères de chacun, récente ou lointaine  ; je pense notamment à celles et ceux nés dans
les années 2000.
À toutes fins utiles, je précise qu’en 1976, point de départ de cette aventure, Internet
et la téléphonie mobile n’existaient pas, du moins, pas sous leur forme actuelle. Certes,
ces inventions bouillonnaient dans la « grande marmite du progrès », mais elles
n’étaient pas accessibles au commun des mortels.
Ce petit rappel met en exergue les moyens de communication d’une époque,
pourtant pas si lointaine, qui peut laisser perplexes celles et ceux ne l’ayant pas vécue.
Prologue
Samedi 22 novembre 1997 — 17 heures
« Scotché » par l’interprétation magistrale de « Caruso » du tandem Lucio
DALLA/Luciano PAVAROTTI, j’errai dans un demi-sommeil onirique, quand la sonnerie
du téléphone m’arracha à mes songes extatiques et me fit redescendre cruellement sur
terre.
À regret, je me levai afin de répondre à l’importun. J’eus à peine le temps de
décrocher le combiné, qu’une voix de femme assaillit mon tympan droit d’un ton
péremptoire :
— Allez ouvrir la porte, vous verrez un paquet sur le sol, il est pour vous, veuillez
respecter les consignes que vous y trouverez !
Puis avec une intonation légèrement infléchie, elle ajouta :
— Bonne chance…
— Qui ? Qui est à l’appareil ? balbutiai-je.
Pour seule réponse, un déclic se fit entendre, suivi d’une sonnerie lancinante,
insupportable… Je restai là, planté bêtement, avant de reposer le combiné d’un geste
mécanique.
Un long moment me fut nécessaire pour chasser l’engourdissement qui m’avait saisi.
Je pris alors la décision de vérifier l’authenticité de cet étrange appel.
En ouvrant la porte, je perçus un grincement lugubre avant que l’huis du palier ne
claque sur les ténèbres du couloir.
Dans un élan, je me ruai dans l’escalier. Rien ni personne ! Un frisson me parcourut
l’échine. Je crus qu’il s’agissait d’une plaisanterie idiote.
Alors que je revenais sur mes pas en maugréant, mon regard fut attiré par un objet
déposé à côté du paillasson. C’était donc vrai !
Sans réfléchir, je saisis prestement le paquet, ignorant que le destin venait de
s’immiscer dans ma vie.
Après une hésitation, je vins m’asseoir et ouvris le colis de taille moyenne emballé
dans du papier Kraft, afin d’en inventorier le contenu.
Le tout était composé d’un carnet usagé, d’une liasse volumineuse de feuilles au
format 21/29,7 griffonnées avec nervosité et… d’une enveloppe à mon nom.
Intrigué, je pris la lettre insérée à l’intérieur. L’écriture hachée correspondait à celle
des notes de la liasse.
Cher Patrice,
Aussi étrange que cela puisse paraître, ce paquet vous est bien destiné, à vous et
à vous seul.
Il faut que vous rédigiez un livre à partir des éléments que vous y trouverez, livre
que vous devrez par la suite publier.
Pour comprendre les raisons de ma requête, il est impératif que vous respectiez
scrupuleusement les instructions suivantes :
Commencez par lire mes notes, de la première à la dernière. Elles sont datéesafin de vous éviter toute erreur.
Enfin, inventoriez le contenu du carnet.
Je compte sur vous et vous en remercie par avance.
Séverine Bollend
P.-S. Ce que j’ai accompli, vous l’accomplirez.

Malgré l’en-tête paradoxal « Cher Patrice », les termes directifs du courrier à l’instar
de l’appel téléphonique anonyme, suivi du post-scriptum sibyllin, zébrèrent mon dos
d’un spasme glacial.
Alors, tentant de me rassurer, je préférai croire qu’il s’agissait d’un canular d’un goût
douteux, dont je ne comprenais pas bien l’intérêt.
Enfin quoi ! Quelqu’un que je ne connaissais absolument pas m’intimait d’écrire un
livre « moi qui n’avais jamais étalé plus de trente lignes sur une feuille ».
Je restai songeur un long moment.
Ce fatras de documents intrigants me faisait peur et m’attirait à la fois. Je ne savais
si je devais le mettre au feu ou…
La curiosité l’emporta !
D’une attitude qui se voulut malgré tout nonchalante, je lus la première note, puis la
deuxième, la troisième…
Au bout de cinq minutes, je ressentis une étrange sensation, celle d’être entré dans
une affaire dont je ne pourrai sortir.
Quatre heures plus tard, j’avais tout dévoré. De la première à la dernière ligne…
Lundi 4 janvier 1999
Les évènements intervenus ce samedi de novembre 1997 m’avaient réellement
troublé. Les écrits que recelait le paquet m’avaient décontenancé.
Néanmoins, au bout de quelques jours, ne sachant que faire, vraisemblablement par
peur, lâcheté ou superstition, j’avais décidé d’enfouir cet « encombrant » colis au fond
d’un placard en souhaitant ne plus jamais y penser.
J’avais presque fini par en occulter l’existence, quand ce matin, à la suite d’un
phénomène déconcertant, j’ai exhumé la boîte de son logis et, fiévreusement, ai tout
relu.
J’ai alors compris la signification du mot destin…
Avertissement
Chère lectrice, cher lecteur, vous ne pouvez entrer impunément dans cette
histoire. Moi-même n’en suis pas sorti indemne !
Il vous est encore loisible de refermer ce livre et l’oublier à jamais.
Néanmoins, si d’un index volontaire, vous décidez malgré tout, de tourner la
page « réelle ou virtuelle », eh bien soit… Suivez-moi en ce jour d’octobre…
Week-end
Vendredi 22 octobre 1976 — 17 h 30
Le ciel empesé de lourds nuages noirs estompait les contours de la ville en cette fin
de journée automnale.
De la fenêtre de son bureau, Jérôme Corbet, 20 ans, suivait d’un regard distrait la
lueur vacillante d’un réverbère épouser les bourrasques qui balayaient par intermittence
cette petite rue parisienne. Quelques rares passants, le nez collé à l’asphalte,
marchaient d’un pas rapide pour s’échapper aussitôt de son champ de vision, happés
par l’obscurité dévorante.
La sonnerie du téléphone vint l’arracher à la douce torpeur qui l’envahissait. Tout en
saisissant le combiné, il consulta sa montre, 17 h 30 !
Qui pouvait bien avoir l’outrecuidance de le déranger à cette heure crépusculaire, un
vendredi de surcroît ?
Quand il reconnut son interlocuteur, il mit la paume de la main sur le microphone et
souffla furtivement à Jean-François assis en face de lui :
— C’est cet emmerdeur de Larignon ! Tu le prends ?
Son collègue, avec un geste de dénégation, se leva aussitôt, et, de peur que Jérôme
ne lui refilât le bébé, endossa à la hâte un imperméable d’un gris peu ragoûtant avant
de lancer à mi-voix :
— Bonne bourre, mon gars !
Sur ce, il tourna les talons et disparut en s’esclaffant, visiblement content de lui.
Larignon faisait partie de ces vieux clients, gentils, mais casse-pieds. Quand il vous
avait ferré, il ne vous lâchait plus. Cette fois, il s’agissait d’un retard de livraison.
Jérôme, après d’interminables palabres, finit par se débarrasser de l’importun. Il
raccrocha en bougonnant et songea qu’il valait mieux se sauver de suite vers des
horizons plus réjouissants.
Aussitôt dit, aussitôt fait, il enfila sa veste avant que ce maudit téléphone ne sonnât à
nouveau.
Enfin dehors ! Libre ! Jérôme estimait que son travail (gestionnaire de commandes
dans une société de transports) correspondait à une certaine forme d’aliénation. Tous
les lundis matin, invariablement, il disait aux rares collègues qu’il appréciait dans la
place :
— J’hiberne pour la semaine.
Et, effectivement, malgré sa jeunesse, les employés voyaient fréquemment
déambuler dans les couloirs cette grande carcasse légèrement voûtée, lestée de
semelles en plomb.
Au contact du monde extérieur, il sortit de sa torpeur hebdomadaire, et pour ce faire,
aspira à pleins poumons l’air à peine pollué de la capitale. Il fut saisi par le froid humide
qui donnait une couleur de bise à Monsieur le Vent. La pluie en embuscade ne tarderait
sans doute pas.
Peu importe, rien ne pouvait altérer son humeur joyeuse. Pour preuve, il n’y avait
qu’à voir le sourire radieux illuminer son visage émacié, à la peau mate, encadré de
longs cheveux noirs et bouclés. La transformation du personnage était radicale.D’un pas alerte, il s’engouffra dans une bouche de métro et se retrouva dans la
cohue lasse des banlieusards exténués par une dure semaine de labeur. Il monta dans
un wagon et, chance exceptionnelle, put s’asseoir sur une banquette à côté d’une
femme accorte à la figure violacée.
Il comprit vite pourquoi personne n’avait pris cette place. La dame en question
chuintait, sifflait, soufflait, et qui plus est, suintait par tous les pores de la peau en
dégageant une odeur âcre. En outre, elle marmonnait, psalmodiait avec force gestes
mystérieux, incantatoires, des paroles aussi inintelligibles qu’énigmatiques. Bref, elle
représentait à elle seule toute la misère indicible du monde.
Peu importe, Jérôme pouvait là, s’adonner avec jubilation à l’un de ses passe-temps
favoris, à savoir la contemplation de « l’homo sapiens vulgaris ».
Ce soir, il était particulièrement gâté. Il n’eut pas à en examiner d’autres, tant cette
brave dame le fascinait. Il faillit même rater son changement de station et dut « jouer
des coudes » pour sortir à temps de la rame de métro, échappant de justesse à la
vindicte populaire.
Au bout d’une heure de ce périple quotidien, Jérôme descendit du réseau express
régional en gare de Nogent-sur-Marne. Il lui restait à peine cinq cents mètres de
marche pour regagner son domicile.
En quelques minutes, il se retrouva au début de la Grande Rue devant un immeuble
cossu. Il ouvrit le lourd portail en fer forgé, franchit le superbe hall somptueusement
illuminé, puis poussa la porte vitrée donnant accès à une vaste cour lugubre plongée
dans le noir total (contraste absolument saisissant).
Le propriétaire n’avait pas jugé utile d’installer un éclairage qui eût servi à quoi ?
Sinon à mettre en exergue l’aspect misérable d’une construction d’un étage, située en
fond de cour, qu’il avait vraisemblablement fait édifier à la hâte dans les années 1950,
en pleine crise du logement, afin de s’acheter probablement une conscience tout en
rentabilisant son affaire immobilière…
Toujours est-il que depuis, aucuns frais n’avaient été engagés pour entretenir ce
corps de bâtiment. Cela aurait pourtant contribué à lui donner un visage plus humain.
Le revêtement de l’arrière-cour et la façade lépreuse semblaient issus du même
matériau grisâtre, à savoir un conglomérat à base de ciment, cloqué, craquelé, ravagé
prématurément par les intempéries.
Après avoir poussé l’huis délabré de la bâtisse, le jeune homme monta quatre à
quatre un escalier en bois aux marches usées. Il fit grincer le parquet d’un long couloir
sinistre, sale, éclairé par deux ampoules jaunâtres qui agonisaient au bout de fils
électriques torsadés et crasseux. Jérôme ne prêtait plus aucune attention à ce décor
hallucinant.
Il entra légèrement essoufflé dans son vaste studio de… 12 m².
La porte à peine refermée, il s’ébroua comme un chien mouillé afin de chasser
l’engourdissement de son corps. En un clin d’œil, il se délesta de ses vêtements qu’il
essaima sur la moquette à poil ras et se rua dans la salle d’eau « Ah ! Une douche bien
chaude ! » pensa-t-il en ouvrant les robinets.
« Merde ! »
C’est vrai, il avait oublié un instant que le chauffe-eau l’avait lâché depuis deux ou
trois semaines. Il avait négligé d’en avertir le propriétaire.
« Bah ! Après tout », se dit-il, « une douche glacée, rien de tel pour se remettre les
idées d’aplomb ».À vrai dire, il ne s’éternisa pas plus que de raison sous le jet dru et vivifiant…
En un instant, il s’extirpa de la minuscule pièce d’eau et se sécha vigoureusement à
l’aide de ce qui avait sans doute été un jour une serviette. Ensuite, il s’habilla avec
frénésie afin d’éviter un malencontreux coup de froid.
Une fois prêt, en jean, tee-shirt et baskets, Jérôme endossa son gilet de laine mauve
qu’il portait été comme hiver. Il se mira dans une glace avec une moue évasive. (Il
n’appréciait pas les traits de son visage, mais s’en accommodait avec philosophie.)
Ce bref examen narcissique achevé, il dévala avec fougue l’escalier qui le reliait au
monde extérieur, au monde dit « civilisé ».
À cette heure, la Grande Rue de Nogent-sur-Marne restait animée avec ses
lèchevitrines assidus aux regards vaguement illuminés par ce doux mélange d’envie et de
frustration propre au banlieusard moyen (jamais riche, jamais pauvre).
La chaussée bruyante était encombrée d’automobiles « fumantes, hargneuses,
klaxonantes », prêtes à passer sur le corps des imprudents et des lambins en mal de
vivre.
Jérôme, rompu à cette corrida citadine se faufilait habilement parmi ces monstres
d’acier.
Il slaloma ainsi vers le carrefour le plus proche où trônait une cabine téléphonique
isolée. Il s’y propulsa avec le concours d’une rafale de vent. Sans réfléchir, il composa
le numéro de son copain Pierre :
— Allô ! Piotr ? (Un surnom qui lui était venu au fil du temps sans que l’on sût
vraiment pourquoi.)
Une voix rocailleuse grommela un vague « mouais », qui phonétiquement, donnait à
peu près cela « mououêêhhh ».
— Tu te souviens ?
— Mouais !
— Nous allons à l’Étang ce soir ?
Voilà, le mot était lancé : l’Étang, un lieu magique dans les environs de Courtenay,
petite ville du Loiret (berceau de Bruant) où ils s’évadaient souvent entre amis.
Les principaux atouts de ce lieu de prédilection se résumaient ainsi : « air vivifiant de
la forêt, pêche, cueillette de girolles, farniente, convivialité, bonne chère… »
Pierre, peu loquace, comme à l’accoutumée, lui fit comprendre en quelques
onomatopées qu’il était déjà sur le pied de guerre. Rassuré, Jérôme regagna, le cœur
léger, son domicile. Il passa en revue « les automobiles fumantes, hargneuses,
klaxonantes, le grand hall éclairé, la cour sinistre, l’escalier raide, le couloir triste », qui
virent à peine l’ombre de cet escogriffe les pourfendre.
Arrivé dans son cagibi, il dénicha, des divers décombres entassés sous son lit, un
sac de toile verte, acheté deux mois auparavant dans un surplus américain. Après
l’avoir « épousseté » en le frappant contre une cloison qui fut à deux doigts de
s’effondrer, il entreprit d’y jeter en vrac les affaires d’absolue nécessité pour ce genre
d’expédition, dont quelques vêtements… Et la brosse à dents, sans laquelle il se serait
senti à moitié nu.
L’hygiène presque obsessionnelle dont faisait preuve Jérôme contrastait avec les
tenues négligées qu’il arborait en permanence « c’était une manière de se démarquer
de ses congénères », pensait-il.