L'ETERNITE , BIEN SÛR

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Je touche l'épaule de Margot et le contact de mes doigts la fait frissonner. Je les glisse sous la bretelle de sa robe ornée d'un feston rouge grenat. Ses yeux brillent par dessus le morceau de peau timide que je cherche encore. J'ai Chaud… Margot sera immortelle, enfin, et sa robe, comme un coquelicot, dansera autour de son corps pour l'éternité.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296376298
Nombre de pages : 112
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rÉTERNITÉ, BIEN SÛR

Collection Écritures dirigée par Maguy Albet

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BRIGITTE GIRAUD

eÉTERNITÉ,

BIEN SÛR

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan lm:. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Enfonce-toi dans l'inconnu Oblige-toi à tournoyer.

qui creuse

René Char

A Dominique Boudou

@ L'Harmattan, ISBN:

1998 2-7384-72521- 4

Plusieurs fois et par jeu, je commis dans mon existence quelques incongruités comme celles d'observer la dissolution lente de trois ou quatre sucres dans trois ou quatre gouttes de café, de répéter le même mot jusqu'à l'infini de sa résonance, ou encore de placer dans une conversation ordinaire. un vers de Rimbaud, le titre d'un roman, une phrase telle que: "Il s'agit là d'une pensée glauque qui me tarabuste l'échine".

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Je ne le quitte pas des yeux, sinon ce serait terrifiant : les approches, les questions qui ne ressemblent à rien, les regards en angle aigu, tout ce qui fait la familiarité entre un autre et moi, tout ce qui tient à si peu d'abord, tout ce qui est en surface, sur la peau, et qui en reste là. Il suit la cassure des trottoirs. Quand son pied dérape, il sait se rattraper, en une seule fois. C'est comme un accent qui ponctue sa marche, juste un peu en travers. Il repart toujours droit. Il ne garde pas, comme moi, l'angoisse de la chute libre. Il sait faire. Il ne comprendra pas ce qui m'amène. Notre rencontre sera inopinée. Il croira à ce hasard. Une cigarette, quelque chose comme l'urgence d'une cigarette, le corps qui s'immobilise, le vent qui éteint la flamme, la première bouffée comme de l'eau, je suis devant lui et il m'a vu. "...et toi ?" C'est comme ça que j'ai choisi Luka, à son insu et presque sans motif apparent. Je ne sais plus comment tout s'est agencé, comment 7

cette situation est née, ni de quoi. Bien sûr, il y a l'histoire, maiselle ne peut être, à elleseule,l'élément logique qui fait que. J'ai de moins en moins de certitudes quant à son origine. Je crois qu'au fond, en JUXtapositionà tout le reste, il y a la confession d'une faUte, imaginaire ou non, qui fait que toUt petit j'élaborais des textes en forme de pardon, m'obligeant par la suite à leur récitation laborieuse. Mes genoux étaient inéluctablement attirés vers la terre, mes mains se nouaient derrière mon do~ et je maudissais le ciel quand je trébuchais sur un mot. Je crois bien que j'étais un enfant malade, je crois aussi que je jouais à l'être. Il y avait là quelque chose d'essentiel et toujours prêt à surgir finalement en maintes bizarreries. Le fait est: je songeais à un contrat. C'était une nuit où il faisait chaud et je me rappelle que j'étais seul à goûter l'air lassé du soir quand l'idée m'a jailli dans la tête. Il n'y avait pas de bruit, toUt juste quelques frottements d'insectes, quelques frôlements d'ailes et un mouvement d'eau. Dans le ciel, c'était un tourment de bleu, de vert, de rouge et de rose indien. L'idée d'un contrat s'imposait à moi en même temps que cette frénésie de couleurs. Le lendemain et les jours suivants, elle s'installa doucement. Très vite, je devins prisonnier de l'idée. Je la sentais pousser en moi et tendre ses racines tubéreuses que je nourrissais généreusement. Je devenais la proie d'une obsession. Je ne me défendais pas. Je la laissais faire. Nous étions complices l'un de l'autre. Je l'entretenais largement et elle m'alimentait en retour: j'étais bel et bien rhizophage. 8

Je m'appuyais sur elle. Je me débattais avec l'idée, en bonne intelligence,croyant en elle comme en un bien nécessaire, qui me ferait être et durer, seul face à l'humanité entière, plus seul que je ne l'avais jamais été mais singulièrement calme. Le contrat que je passais avec Luka était une question de survie, et par là même, il flinait avec la mort. Qu'y a-t-il donc de plus important que survivre ? Je ne pensais plus qu'à ce contrat. Je me disais que mon expérience amoureuse, l'Histoire, servirait les autres dans l'abandon, le plaisir ou l'obscur intérêt qu'ils auraient à la lire. Mais pour être tout à fait sincère, j'avais surtoUt besoin de ne plus être à couteaux tirés avec moi-même. On ne fait jamais don impunément de ce par quoi l'âme s'aiguise, du mot qui cloue à la chaise ou d'une voix qui résonne en écho. Luka dit qu'il tUera ce "cauchemar".

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Derrière moi, il y a des bribes entortillées que ma mémoire démêle par sursauts disloqués. Alors je fais des gammes, tantôt pour le bercement de la petite mélodie du souvenir qui traîne, tantôt pour le tempo envoûtant de l'évidence de ma vie. Je suis sous un arbre. Je cours. Je marche. Je dors. J'ai dix ans, vingt ans, trente ans. Je vois du soleil sous une véranda, un joueur d'échecs sans visage, un bourrelet de neige, une terre aveugle. Mais l'araignée de ma tête ne tisse pas en rond! Comme un funambule ivre qui se balance sur son fil, elle se débat dans ses mouvements spasmodiques et finit, suspendue par un cheveu de soie invisible et fragile, au-dessus d'une poche de vide. C'est comme ça. A cause de l'araignée, les visages s'égarent, les évènements s'isolent, les lieux se superposent à d'autres lieux, et moi, bringuebalé d'images incertaines en visions morcelées, je crois entendre des tam-tam. Et ça souffle rauque) ça tambourine, ça vibre de partout. Alors, quand mes yeux peu à peu s'engourdissent et que 11

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