L'étonnante aventure de la mission Barsac

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Au début du XXème siècle, une mission parlementaire française est envoyée en Guinée pour déterminer si la population autochtone est à même de se voir accorder le droit de vote... Le dernier "voyage extraordinaire" de Jules Verne, achevé par son fils, est présenté ici, pour la première fois, avec le texte du manuscrit qui a servi à son élaboration : Voyage d'études. Une lecture d'Antoine Tshitungu en éclaire les lignes idéologiques les plus surprenantes : comme si Michel Verne avait repris à rebrousse-poil la pensée de son père...
Publié le : jeudi 1 décembre 2005
Lecture(s) : 246
EAN13 : 9782336258461
Nombre de pages : 229
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Collection L’AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES dirigée par Jean-Pierre Orban
L’AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES
L’Afrique a été l’objet de multiples éclairages politiques, his-toriques, sociologiques. Mais la littérature a-t-elle un regard spécifique sur le continent africain ? Quel est ce regard ? Com-ment les écrivains, africains ou non, ont-ils appréhendé et sai-sissent-ils la réalité africaine d’hier et d’aujourd’hui ? Comment la recréent-ils ? Quelle parole, littéraire, politique, polémique, journalistique, portent-ils sur elle ? C’est à ces questions que la collectionL’Afrique au cœur des lettresveut répondre. En recherchant et en rééditant ce que les écrivains, célèbres ou moins connus, ont dit de l’Afrique, de son histoire et de son esprit. En publiant ce que les auteurs littérai-res écrivent d’elle aujourd’hui sous diverses formes : du journal de voyage à l’essai, en passant par les articles de presse ou les interventions politiques. Enfin, la collectionL’Afrique au cœur des lettresentend pré-senter, sous un regard critique, des analyses de la parole des écri-vains : comment celle-ci s’intègre dans leur œuvre, comment et pourquoi ont-ils écrit sur l’Afrique ?
Si vous voulez être tenu(e) au courant des publications de la col-lection ou proposer une œuvre susceptible d’y être intégrée, écrivez à L’Harmattan, Collection « L’Afrique au cœur des lettres », 13, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris (France), ou envoyez un message àafrique.lettres.harmattan@wanadoo.fr
L’étonnante aventure de la mission Barsac
Deuxième partie
1 Blackland
Presque au croisement du deuxième degré de longitude ouest et du seizième degré de latitude nord, c’est-à-dire un peu en aval du point le plus septentrional atteint par le Niger, la ville de Gao-Gao s’élève sur la rive gauche de ce fleuve qui, dans cette partie de son cours, marque la limite sud-ouest du Sahara. Au-delà commence le Grand-Désert, qui se continue, dans le Nord, jusqu’au Maroc, l’Algérie et la Tripolitaine, dans l’Est, jusqu’à l’Égypte et la Nubie, dans le Sud, jusqu’aux possessions euro-péennes de l’Afrique centrale, dans l’Ouest jusqu’à l’océan. Les oasis les plus voisines de Gao-Gao, l’Adrar, au nord, l’Aïr, à l’est, en sont encore séparées, la première par quatre cents, la seconde par neuf cents kilomètres de sable. Sur les cartes de géo-graphie les plus exactes et les plus récentes, cette immense éten-due de trois cent soixante mille kilomètres carrés n’est représentée que par un espace entièrement vierge. À l’époque où la mission commandée par le député Barsac subissait les épreuves qui ont été relatées dans la première partie de ce récit, personne ne l’avait traversée, personne n’y avait pénétré. Elle était complètement inconnue. À cette époque, les plus étranges légendes couraient sur cette région inexplorée parmi les riverains du Niger. Parfois, racon-taient les indigènes, on voyait passer, s’enfuyant à tire-d’aile vers ces plaines arides ou en arrivant, d’immenses oiseaux noirs aux yeux de feu. D’autres fois, à les entendre, c’était une horde de grands diables rouges, montés sur des chevaux fougueux dont les naseaux jetaient des flammes, qui sortaient tout à coup de la contrée mystérieuse. Ces cavaliers fantastiques traversaient les bourgades au galop, tuant, massacrant ceux qui se trouvaient
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sur leur passage, puis repartaient dans le désert, emportant en travers de leurs selles des hommes, des femmes, des enfants, qui ne revenaient jamais. Quels étaient les êtres malfaisants qui détruisaient ainsi les villages, pillaient les cases, s’appropriaient les misérables riches-ses des pauvres nègres, et disparaissaient en laissant derrière eux la ruine, le désespoir et la mort ? Nul ne le savait. Nul n’avait même cherché à le savoir. Qui eût osé suivre à la trace, en effet, des ennemis que l’imagination populaire douait d’un pouvoir surnaturel, et que beaucoup supposaient être les féroces divini-tés du désert ? Tels étaient les bruits qui couraient, à cette époque, le long du Niger, de l’Aribinda au Gourma, jusqu’à plus de cent cin-quante kilomètres de sa rive droite. Si, plus hardi que ces nègres pusillanimes, quelqu’un s’était aventuré dans le désert, et si cet audacieux avait atteint, au prix d’un parcours de deux cent soixante kilomètres, le point situé par un degré quarante minutes de longitude est et par quinze degrés cinquante minutes de latitude nord, il aurait eu la récompense de son courage, car il aurait vu ce qui n’avait jamais été vu, ni par les géographes, ni par les explorateurs, ni par les 1 caravanes : une ville . Oui, une ville, une véritable ville, qui ne figurait sur aucune carte et dont personne ne soupçonnait l’existence, bien que sa population totale ne fût pas inférieure, non compris les enfants, à six mille huit cent huit habitants. Si l’hypothétique voyageur avait alors demandé le nom de cette ville à l’un des habitants, et si celui-ci avait consenti à le renseigner, on lui aurait dit, peut-être, en anglais : «Blackland is the name of this city», mais il aurait pu aussi arriver qu’on lui répondît en italien : «Questa città è Terra Nera» ; en bambara : «Ni dougouba ntocko a bé Bankou Fing» ; : «en portugais Hista cidada e Terranegra»; en espagnol: «Esta ciudad es Tierranegra», ou en n’importe quelle autre langue, toutes réponses qui eus-
1.Depuis le moment où ces événements se sont déroulés, la région située dans l’est de Gao-Gao a été enfin reconnue. La suite du récit expliquera pour quelle raison il n’a été trouvé que peu de traces de la ville dont il est ici question.
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