L'étonnante enfance d'Inotan

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Inotan est un enfant très précoce. Ses parents s'installent à Warri, chef-lieu, où l'enfant se trouve mêlé aux conflits ethniques entre Urhobo et Itsekiri. Inotan, grâce aux " pouvoirs " dont il est doté, contribue au rétablissement du cessez-le-feu. Ce roman nous fait découvrir le monde des croyances, des conceptions et des attitudes sociales de l'ethnie Urhobo qui vit dans le delta du Nigéria anglophone.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296272842
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Anthony Omoghcne BIAKOLO

L'ETONNANTE ENFANCE D'INOTAN
roman nigérian

J3ditions

L'Harmattan

5-7, rue de l'.I3cole Polytechnique 75005 Paris

ISBN

~ 2-85802-163-5

Dédié à mes enfants. Hommage au dévouement maternel, surtout à celui de ma mère et de ma femme.

CHAPITRE PREMIER

Depuis deux jours, Anijula était en couches. Son mari était absent. Tous les visiteurs commençaient à s'inquiéter. Malgré ses douleurs, ils lui posaient d'innombrables questions. Avait-elle eu les mêmes difficultés à son premier accouchement? Croyait-elle qu'elle allait mourir? Comment s'appelait le village où elle avait enfanté sa fille aînée, Enireka ? Pouvaiton trouver un témoin de son premier accouchement pour leur conseiller les démarches à faire? Avait-elle besoin de quelque chose qui pût faciliter ce deuxième enfantement? Devaient-ils appeler le docteur fétichiste du village? A toutes ces questions, Anijula ne répondait que par des gémissements. Mais sa voisine, Onakama, expliqua aux visiteurs qu'Anijula et son mari Werdan étaient des Chrétiens. Selon elle, les Chrétiens ne devaient pas consulter le docteur fétichiste. Elle ajouta que le Bon Dieu des Chrétiens allait effectuer l'enfantement pour Anijula. Le mari d'Onakama, Inikpo, intervint vivement: Toi, Onakama, tu ne cesses de débiter des bêtises! Nous sommes des Chrétiens comme eux; mais as-tu jamais vu le Bon Dieu descendre sur terre pour effectuer l'enfantement de qui que ce soit? - Emmenons-la donc à l'hôpital, reprit Onakama. - Tu divagues encore. Où se trouve l'hôpital? - A Warri.

-

7

- Saisctu combien de kilomètres il y a entre Warri et notre village, Orherhe ? - Dix kilomètres seulement! - Tu dis « seulement» ! Oui, seulement! Seulement, en effet! Mais as-tu un moyen de locomotion? - On peut chercher une bicyclette. - Combien de bicyclettes y a-t-il dans ce village? N'est-ce pas Werdan qui a la seule bicyclette d'Orherhe ? Maintenant qu'il est parti en tournée d'évangélisation, où trouverait-on une autre bicyclette? - Que faire alors? demanda Onakama avec lassitude. Tu entends les gémissements d'Anijula! Que faire? Les gémissements devenaient de plus en plus aigus. En les entendant, la petite Enireka se mit à sangloter. Onakama la prit dans ses bras pour la dorloter. Puis, elle se retourna vers son mari et lui demanda encore pathétiquement: «Que faire?» - Ecoute-moi bien, lui répondit Inikpo. Tu sais que je suis membre du conseil des anciens d'Orherhe. J'ai demandé à Inedu, doyen du conseil, de convoquer tous les anciens d'urgence. Je vais maintenant à cette réunion. Avant le coucher du soleil, nous saurons que faire. En attendant, arrête tes mie-mie-mie ! Il faut agir selon la décision du conseil.
Inikpo partit pour la réunion. Cette agware avait lieu sous un arbre gigantesque qui s'appelle iroko. Bien que les feuilles de l'iroko fussent mortes à cause de la saison sèche, ses sarments étaient assez larges pour protéger les assistants du soleil. Les sièges de baobab étaient rangés en cercle. Celui d'Inedu, okpako et président du conseil, se trouvait au milieu de l'assemblée. Quelques minutes après l'arrivée d'Inikpo, on annonça celle d'Inedu. L'okpako avait presque la centaine. Ses dents grinçaient 8

de manière musicale. Mais il marchait très rapidedement. Inedu s'assit et commença son discours d'ouverture : - Agware, mi yerawa !

Après cette salutation, Inedu s'éclaircit la voix. Un des anciens l'interpella par son pseudonyme: pondit-il. Puis, il poursuivit son discours: «Agware, ado-o! Si la nuit le coq chante, il annonce un malheur et mérite la mort. Quand le lièvre sort de sa tanière et court les rues en plein jour, nous savons que quelque chose ne va pas très bien chez lui. Si on ressent le besoin d'évacuer des excréments sans parvenir à le faire, on est malade. Il semble en effet que quelque chose commence à mal tourner dans notre village. Jamais nos ancêtres n'ont vu le cas d'une femme restant en couches deux jours de suite. Nos femmes sont si travailleuses que, même lorsqu'elles sont enceintes, les enfants ne frappent pas avant d'entrer dans ce monde. On m'a dit - plus précisément, Inikpo me l'a expliqué - que l'épouse Werdan est une des femmes les plus travailleuses du village. Je ne la connais pas très bien. Elle vient d'arriver dans notre village, bien que son mari soit là depuis deux ans. Son village conjugal est Usi. Mais, à cause des nombreuses tournées qu'effectue souvent son mari dans les autres villages de ce clan, elle est venue s'installer temporairement chez nous. D'ailleurs, l'épouse Werdan est originaire de notre clan. Son. père est le commerçant puissant d'Ophori qui a rétJssi à chasser les commerçants blancs et libanais deWarri. Mais

- Eheh! - Mi yerawa. - Eheh !

- Je suis celui qui se déplace sans effort! ré-

-

Odi!

cJl

il a été ruiné récemment par l'administrateur blanc de cette région occidentale du Nigeria. Voilà pourquoi il est retourné dans son village, alité par une maladie mystérieuse. J'ai entrepris toute cette explication pour vous faire savoir, qu'à mon avis, l'épouse Werdan quel est son prénom déjà, Inikpo ?

-

- Anijula.
- Oui, Anijula n'est pas la première venue. Quand l'arbre a de bonnes racines, les sarments fleurissent. Nous ne devons pas laisser tomber le serment. Anijula a aussi une très bonne réputation. Le bruit de sa générosité est parvenu d'Usi jusqu'ici. Il faut donc l'aider à traverser cette crise. Ce devoir nous incombe d'autant plus que la mort en couches est toujours chose abominable dans notre clan d'Agbarho. A ma connaissance, un tel décès ne s'est jamais produit dans ce village. Il faut donc l'éviter par tous les moyens disponibles. Voilà pourquoi je vous demande de me suggérer les mesures qui s'imposent. Le discours fut chaleureusement applaudi. Plusieurs hommes répétèrent le pseudonyme du doyen: « Odi I » Il répondit de la même façon qu'auparavant. Puis, un autre vieillard prit la parole: Le sacrifice qui exige du sang ne se satisfait pas d'eau. Ce problème demande une solution urgente. Il ne faut pas le discuter longuement. Chaque instant perdu peut être gagné par la mort. Heureusement, nous avons à Oherhe un obo qui possède l'élixir capable de guérir tous les maux du monde. Il faut le convoquer tout de suite pour qu'il aille aider Anijula dans son accouchement. Inikpo intervint: Le seul inconvénient est que les Werdan pro-

-

10

fessent la foi chrétienne. Ma femme m'a rappelé ce fait avant cette réunion... - Depuis quand les femmes font-elles la loi sur cette terre? riposta le même ancien qui avait pris la parole après Inedu. Je constate que depuis l'arrivée du Blanc avec sa religion étrange nos coutumes se perdent. Prenons ton cas personnel, Inikpo. Tu as épousé Onakama, il y a cinq ans. Elle ne t'a pas encore donné d'enfant. Du temps de nos ancêtres, une femme stérile cherchait pour son mari une autre femme qui soit fertile. Mais avec la religion du Blanc que toi et Onakama avez embrassée, tu ne peux avoir une seconde épouse. Tout est sens dessus dessous chez toi. Tu attires sur toi tous les soupçons imaginables. - Okoh, je te préviens que je ne tolérerai pas ton ingérence malencontreuse dans mes affaires personnelles. On n'a pas convoqué cette réunion pour parler de moi, mais pour trouver une solution valable à une question de vie et de mort. Si ta tête ne marche pas très bien, tu dois te taire ou aller toi-même voir l' obo. Le ton d'Inikpo montait. Pour prévenir la contreattaque d'Okoh, Inedu s'interposa: - Quand deux coqs poursuivent la même poule, ils finissent par se battre pour obtenir ses faveurs. Je ne veux pas que vous continuiez cette discussion sur ce ton hostile. Pour rétablir l'amabilité et la cordialité, laissez-moi fractionner ces noix de cola que j'avais commandées avant notre réunion; elles viennent d'arriver. Je prierai sur les noix et sur ce vin de palme. Puis nous mastiquerons les noix et boirons le vin. Enfin, nous prendrons une bonne décision en toute sérénité. Inedu prit chacune des dix noix de cola, les fractionna en lobes, mit les lobes dans un plateau et les donna aux benjamins du conseil pour la distribution. 11

Il ordonna aux mêmes hommes de remplir les gourdes des assistants avec le vin de palme. Il se mit

alors à prier:

«

Toi, Osolo le Suprême, daigne regar-

der d'un très bon œil ces noix de cola et ce vin que nous t'offrons avec nos âmes et nos corps. Reçoisles dans ta bonté ineffable. Qu'ils te plaisent. Qu'ils plaisent aussi à nos ancêtres qui nous ont précédés auprès de toi. Purifie nos cœurs. Aide-nous à trouver facilement la meilleure solution à ce problème qui nous préoccupe maintenant.» Il jeta par terre un des lobes et une petite partie du vin. Il conclut

la prière ainsi:

«

Toi qui gouvernes l'univers, exauce
comme tu as toujours
«

nos supplications

exaucé cel-

les de nos ancêtres. Isé. » Toute l'assistance répéta

quer les noix de cola et à boire le vin de palme. Pendant quelques minutes on causa bruyamment, tout en mâchant et en mangeant. Enfin, le doyen reprit la parole: - Puisque les noix et le vin ont restauré notre bonne humeur, nous pouvons tenter de résoudre définitivement le problème. D'abord, je rends mon jugement sur le petit point qui opposait tout à l'heure deux membres honorables du conseil, Inikpo et Okoh. Nos ancêtres ont toujours préconisé la liberté personnelle de choisir sa façon de vivre tranquillement. Donc, il ne faut pas blâmer Inikpo d'avoir abandonné le culte ancestral pour embrasser la foi et les pratiques du Blanc. Si Inikpo était notre orheren et devait assurer la perpétuité du culte ancestral, ç'aurait été différent. En ce qui concerne la question de l'obo, Okoh a raison de dire que les femmes ne doivent jamais dicter aux hommes ce qu'il faut faire. Elles peuvent exprimer chez elles leurs opinions sur n'importe quel sujet proposé par leurs maris; c'est tout. Onakama ne doit donc pas nous empêcher d'expédier chez Anijula l'obo qui 12

Isé » et se mit à masti-

« Eheh ! » Okoh ajouta: vient de parler! »

lui permettra d'accoucher en toute sécurité. Agware, ado-oo ! D'une seule voix, toute l'assistance répondit :
«

C'est la sagesse même qui

On envoya chercher l'obo. Celui-ci résista d'abord aux émissaires. Mais lorsqu'on lui dit qu'on venait de la part du conseil des anciens, il se précipita pour les suivre. Arrivé auprès d'Inedu, il se mit à genoux en disant: - Migwo, Oseme. - Vré do, lui répondit Inedu. Nous te confions une mission importante. Va permettre que l'épouse Werdan accouche sans difficulté. Voilà deux jours que son enfant tarde à respirer l'air de notre village. Il faut l'aider à voir le jour demain matin. - Mon père et mes aînés, vous savez très bien que Werdan et moi nous ne nous entendons pas du tout. Werdan prêche que ma pratique est diabolique, alors que j'assure la transmission de la connaissance profonde des herbes de la forêt. C'est Werdan qui veut détruire tout ce que nous chérissons. Il faut donc le chasser de notre village. Si je me mêle de ses affaires et qu'il arrive un malheur quelconque à sa famille, il dira que j'ai empoisonné les siens. Ayez le bon sens de me dispenser de cette mission trop délicate pour moi. Inedu le regarda tendrement avant de dire: - Mon fils, nous comprenons tes sentiments. Si ta connaissance des herbes était malfaisante, tu aurais accepté sans hésiter la mission délicate que nous te confions; tu aurais saisi avec joie l'occasion de nuire à la famille de ton soi-disant ennemi. Mais nous savons que ta connaissance est bienfaisante. Elle vient directement des ancêtres qui n'ont jamais 13

voulu nuire à personne. C'est pour cela que nous insistons sur la nécessité de t'acquitter dignement de cette mission. Que l'esprit de nos ancêtres te suive et te guide. - Si une fillette envoyée par sa mère se brûle le doigt en tentant d'allumer un feu de charbon, elle est sûre d'attirer la sympathie de la mère, poursuivit le docteur avec soumission. De même, s'il survient une mésaventure au cours de ce devoir difficile que vous me confiez, je peux compter sur votre compréhension et votre protection. Je ferai donc de mon mieux pour aider l'épouse Werdan. Inedu remercia le docteur qui partit ensuite avec Inikpo. Arrivés chez Anijula, Inikpo et l'obo constatèrent que l'épouse Werdan était toujours en travail. Elle gémissait de façon pitoyable, à perdre haleine. En la voyant marcher en tous sens dans le salon, le docteur dit à Onakama de l'aider à se mettre au lit dans la chambre à coucher. Onakama pria son mari de s'occuper de la petite Enireka, prit la main d'Anijula et la conduisit doucement dans la chambre. Inikpo et le docteur les suivirent. Mais le docteur dit à Inikpo de s'en aller avec Enireka et de le laisser seul avec Anijula et Onakama. Après la sortie d'Inikpo, le docteur ouvrit son sac à manche et y chercha une bouteille remplie de liquide noir. Il appliqua le liquide sur le ventre et le bas-ventre d'Anijula et se mit à les masser tout en chuchotant des incantations. Onokama le dévisageait avec curiosité. Après plusieurs minutes de massages et d'incantations, le docteur dit à Onakama de s'asseoir devant Anijula et de mettre son bas~ ventre contre celui de la femme en travail : Mais qu'est-ce que ça veut dire? protesta Onakama. Tu vas faire accoucher deux femmes en même temps? Mais, je ne suis pas enceinte!

-

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Femme, tu n'as jamais été enceinte. N'en parle donc pas. Fais seulement ce que je te dis. Non seulement tu aideras ainsi ta voisine à mettre son enfant au monde, mais qui sait si ses vibrations fertiles ne remédieront pas à ta stérilité? - C'est étrange, commenta Onakama qui obéit pourtant aux instructions du docteur. Celui-ci ordonna ensuite à Anijula de se décontracter jusqu'au moment où il lui dirait de pousser. Il recommença le massage et les incantations. Lorsqu'il se mit à plonger continuellement ses mains dans le ventre d'Anijula, Onakama lui demanda, inquiètê : - Que fais-tu là ? Tu veux tuer l'enfant dans le ventre de sa mère? - Puisque tu n'as jamais enfanté, lui répondit le docteur, tu ne sais pas ce que je fais. Tu n'as qu'à te. taire. - Non, je ne me tairai pas. Si tu continues comme ça, je vais appeler au secours. - Femme, je te mets en garde. Ne cherche pas à causer un scandale inutile, au détriment de l'accouchement de ta voisine. - J'exige une explication; autrement, je vais hurler. - Ecoute, femme ;puisque ta stérilité et ton manque d'imagination te rendent bête, je vais t'expliquer. En mettant les mains dans le ventre d'Anijula, je ne tente pas de tuer l'enfant, mais je cherche sa tête pour la mettre en bonne position avant la naissance. N'as-tu jamais entendu nos anciens dire:
«

-

On vient au monde par la tête, et on s'en va par

la tête» ? Laisse-moi donc faire tranquillement mon travail. L'obo recommença de plus belle le massage, les incantations et les « plongeons» des mains. Enfin, il mit les deux mains près du bas-ventre d'Anijula et lui commanda:

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de toutes ses forces jusqu'à ce qu'elle se fatiguât. Le docteur lui dit de se reposer un peu. Après cinq minutes de repos, Anijula dit à l'obo qu'elle était prête à pousser de nouveau. Le docteur la massa encore légèrement près du bas-ventre. Il la prit par les hanches et il ordonna à Onakama d'écarter les jambes et de remettre son basventre contre celui d'Anijula. Cela fait, l'obo, d'une voix autoritaire, commanda à Anijula : - Pousse fort! Cette fois, l'enfant sortit et se recroquevilla sur le bas-ventre d'Onakama. Anijula, épuisée par les efforts, s'évanouit. Mais elle fut réveillée quelques instants après par le cri joyeux d'Onakama : - Alleluia! Omochare est né ! Effectivement, c;'était un garçon qui venait de naître. Le docteur le constata. Dès son réveil, Anijula le vit aussi et s'en réjouit. Elle savait que, chez les Urhobo, on adorait les garçons. Elle se sentait maintenant complètement femme: n'avait-elle pas donné une fille (Enireka) et maintenant un garçon extrêmement beau à son mari? Sauf pour le nez, qui était presque écrasé à cause des difficultés de son accouchement, le nouveau-né avait l'air d'un ange. Mais il manquait quelque chose pour rassurer Anijula : l'enfant n'avait pas encore poussé le cri habituel après la naissance. D'une voix à peine audible, elle demanda au docteur: Pourquoi mon enfant n'a-t-il pas crié? Seraitil mort-né? Le docteur scruta la poitrine du bébé. Il s'aperçut que le cœur du nouveau-né battait doucement. Il prononça alors son opinion: Loin de là! L'enfant n'est pas mort-né. Il y a des nouveaux-nés qui ne poussent le premier cri qu'au moment d'être lavés pour la première fois.

- Pousse! Anijula poussa

-

-

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C'est peut-être le cas de ton bébé. Rassure-toi: il est vivant, sa respiration est normale. Que ta voisine aille le laver soigneusement tout de suite. On verra s'il ne crie pas. Pour moi, je vais partir. - Mais attends qu'on te donne d'abord à boire et à manger, lui dit Anijula. Onakama va maintenant laver l'enfant. Après ça, elle te donnera à boire et à manger. C'est une question de quelques minutes. - Ne t'en fais pas, Anijula, répliqua le docteur. Je n'ai pas le temps d'attendre maintenant. - Si tu ne peux pas attendre qu'elle lave d'abord le bébé, laisse-moi aller te chercher à boire et à manger. - Non, non, ne fais surtout pas ça. Repose-toi. Onakama va te nettoyer. Tu ne dois pas bouger jusqu'à ce que tu prennes ton dîner. Et même après, tu dois te reposer pendant huit jours, selon notre coutume. Et toi, Onakama, lave très soigneusement l'enfant. Il faut le frotter avec l'éponge épineuse, le sable et le savon indigène. Il faut lui enlever toute trace de sa naissance. - Mais tout ça ne va pas lui faire mal? interrogea Onakama. - Il vaut mieux lui faire mal que de le laisser traîner une mauvaise odeur avec lui toute sa vie. D'ailleurs, il n'a pas encore crié. Bon, au revoir! - Je te remercie de tout mon cœur, obo. Au revoir! dit Anijula.

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CHAPITRE 2

Le lendemain matin, le nouveau-né était toujours muet. Il n'avait pas encore poussé le premier cri. Anijula s'inquiétait toujours. lnikpo et Onakama n'étaient pas non plus rassurés. On avait violemment lavé l'enfant à plusieurs reprises, mais il n'avait pas crié. On l'avait même légèrement piqué avec une épingle; il avait un peu saigné, mais il était resté muet. Ni Inikpo, ni Anijula, ni Onakama ne savaient plus que faire. Ils invitèrent à nouveau le docteur. Celui-ci leur proposa les mêmes trucs qu'ils avaient déjà essayés en vain. L'obo prit brusquement l'enfant par les deux pieds et le secoua avec violence. Pas de résultat positif. - Le mutisme de cet enfant me dépasse! avoua le docteur. Je crois qu'il faut encore convoquer le conseil des anciens. Cet enfant est bizarre. Je constate qu'il est en excellente santé. Mais il ne veut pas crier. Nos anciens nous diront si pareil cas s'est jamais produit et que faire. - Tu as raison, dit Inikpo. Je vais de ce pas demander à Inedu de convoquer de nouveau le

conseil des anciens.

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Arrivé chez Inedu, lnikpo se rendit compte que le doyen du village travaillait dans son jardin. - Migwo, osèmè! salua Inikpo. - Vre do, omome! répondit Inedu. - Tu travailles déjà! Tu es matinal, à ton âge! Que veux-tu que je fasse autrement? Si j'étais

-

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