L'Excisée

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L'Excisée, femme mutilée symboliquement par la religion, femme témoin de l'amputation sexuelle d'autres femmes, femme qui tente d'échapper à l'enfermement dans un Liban défiguré par la violence, dans des pays arabes dominés par la violence dont les mâles oppriment la femme à leur tour. Où peut aller cette femme ? L'amour entre un musulman et une chrétienne est-il possible ? Ecriture où le biblique et le coranique s'entrecroisent donnant la place au chant.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782296239548
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L'excisée

The excised

EVELYNE ACCAD

L'Excisée The Excised

Traduction: Cynthia Hahn

L'Itmattan

@ L'Harmattan,

1982 ISBN 2-85802-223-2

@ L'HARMATTAN,

2009

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-10201-9 EAN: 9782296102019

Lettres du monde arabe Collection dirigée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan

Mohammed TALBI, Rêves brûlés, 2009. Karim JAAFAR, Le calame et l'esprit, 2009. Mustapha KHARMûUDI, Ô Besançon. Une jeunesse 70, 2009. Abubaker BAGAD ER, Par-delà les dunes, 2009. Mounir FERRAM, Les Racines de l'espoir, 2009. Dernières parutions dans la collection écritures arabes N° 232 saveur, N° 231 N° 230 N° 229 N° 228 N° 227 N° 226 2008. N° 225 N° 224 N° 223 El Hassane AÏT MûH, Le thé n'a plus la même 2009. Falih Mahdi, Embrasser les fleurs de l'enfer, 2008. Bouthaj.na AZAMI, Fiction d'un deuil, 2008. Mohamed LAZGHAB, Le Bâton de Moïse, 2008. Walik RAûUF, Le prophète muet, 2008. Yanna DIMANE, La vallée des braves, 2008. Dahri HAMDAOUI, Si mon pays m'était conté, Falih MAHDI, Exode de lumière, 2007. Antonio ABAD, Quebdani, 2007. Raja SAKKA, La réunion de Famille, 2007.

Du même auteur

Femmes du Crépuscule. Paris: L'Hannattan, 2008. The Wounded Breast: Intimate Journeys through Cancer. Melbourne: Spinifex Press, 2001. Voyages en Cancer (préface Yves Velan). Paris: L'Hannattan, Tunis: Aloès, Beirut: An-Nahar, 2000. Prix Phénix, 2001. Blessures des Mots: Journal de Tunisie, Paris: Côté femmes, 1993). Edition anglaise: Wounding Words: A Woman's Journal in Tunisia (Oxford: Heinemann, 1996). Des femmes, des hommes et la guerre: Fiction et réalité au ProcheOrient. Paris: Côté femmes, 1993. Edition espagnole: Sexualidad y Guerra. (Indigo ediciones, 1997). Prix ADELF: France-Liban, 1993. Sexuality and War: Literary Masks of the Middle East. New York: NYU Press, 1990 (paperback edition, 1992). Coquelicot du massacre. Paris: L'Hannattan, 1988. Edition bilingue, traduction anglaise et préface de Cynthia Hahn, Poppy from the massacre. Paris: L'Hannattan, 2006. Contemporary Arab Women Writers and Poets, avec Rose Ghurayyeb. (Monographie). Beirut: IWSAW, 1986. L'Excisée. Paris: L'Hannattan, 1982 (deuxième édition 1992). (Première traduction anglaise. Washington: Three Continents Press, 1989, Deuxième édition, The Excised, avec introduction de l'auteur, 1994). Edition allemande: Die BeschniUene. Bonn: Horlemann Verlag, 2001. Montjoie Palestine! or Last Year in Jerusalem (édition bilingue, traduction du poème dramatique de Noureddine Aba avec introduction et notes.) Paris: L'Hannattan, 1980. Deuxième édition bilingue augmentée avec It Was Yesterday Sabra and Shatila (traduit par Cheryl Toman), 2004. Veil of Shame: The Role of Women in the Modem Fiction of North Africa and the Arab World. Sherbrooke: Naaman, 1978.

Pour mes nièces Lynn, Cécile, Rania, Leïla, pour qu'eIles reprennent le flambeau Et spécialement ma sœur Jacqueline, Co-Fondatrice de Beit el Hanane, (Centre pour Femmes abusées à Beyrouth).

For my nieces Lynn, Cécile, Rania, Leila, So they wiIl pick up the torch And especiaIly my sister Jacqueline, Co-Founder of Beit el Hanane, (Center for abused women in Beirut).

Note de la traductrice
L'Excisée, premier roman d'Evelyne E. Accad, est un cri de révolte. C'est aussi 'une prière, triste mais non sans espoir.' (E. Accad, A/-Raïda, No. 118-119: été/automne 2007: 12). Il se déroule dans deux espaces narratifs, le Liban, déchiré par la guerre civile, et un pays désertique au delà de la mer. Ces deux espaces donnent lieu à des parallèles et des répétitions remarquables. E., femme, personnage principal, renvoie en partie à Evelyne Accad elle-même, à la première femme selon la Bible, Eve, et aussi, en français, à toute femme, au travers du pronom, ''Elle''. E. s'identifie à la douleur subie par les jeunes filles excisées dans le roman; le prénom coupé au plus court, E., est aussi une "excision" textuelle d'un prénom, non accompagné d'un nom de famille, élément narratif qui renvoie au titre, L'Excisée/The Excised. Le titre évoque non seulement les femmes excisées physiquement, corporellement, mais en même temps le sens métaphorique, la coupure des possibilités du développement de soi et de son expression personnelle. Le roman entier est une interrogation des obstacles au développement de la femme, obstacles thématiquement reliés aux pratiques et croyances religieuses et sociales, et au dynamique du couple et de la famille. Le prénom E. est aussi en opposition textuelle avec celui du personnage mâle central, P., qui évoque le pouvoir, Papa, le Père tout-puissant, le phallus et le Patriarcat. Traductrice, j'ai essayé de préserver dans la version anglaise du texte, la prolifération des P., puisqu'elle suggère l'oppression paternelle associée par E. au père exprimant un Dieu/Père protestant et autoritaire, ou bien au mari palestinien et musulman qui assume ce rôle autoritaire par la suite. Le P. Y représente aussi plus généralement tout élément social de "pouvoir" opprimant, vu surtout contre un fond de guerre civile au Liban. Les références bibliques et coraniques dans ce roman (qui ne sont pas des citations exactes de textes religieux) y ajoutent une dimension mythique, et Accad souligne les liens entre ces textes sacrés dans son deuxième roman, Coquelicot du massacre/Poppy From the Massacre, centré sur la réponse des femmes à la guerre civile au Liban (L'Harmattan,1988; éd. bilingue, 2006). Dans la première moitié de L'Excisée, le personnage principal, E., affirme son identité personnelle et crie sa révolte (allant jusqu'à quitter maison et famille) ; dans la seconde moitié, E. développe et ré articule ce cri de révolte, après les désillusions. E. atteint un nouvel état de compréhension, en traversant cultures et religions; elle constate des similarités entre les deux mondes concernant l'exclusion des femmes d'une position d'autorité, et les

difficultés qui les empêchent d'effectuer des changements sociaux. E. finit par rejeter la société musulmane qu'elle rencontre, et E. embrasse plutôt la mort à travers la mer libératrice (en tant qu'espace entre deux cultures, mer reliée aux aspects maternel et créateur dans ce texte). E. se libère en libérant une jeune fille du village en lui faisant traverser la mer pour atteindre une Suisse "neutre." Le roman d'E. Accad se termine ainsi de façon cyclique, en repartant de nouveau avec la jeune fille. Ainsi, Accad suggère que la mort sacrificielle d'E. dans ce contexte se voit justifiée par les nouvelles possibilités de vie pour la jeune fille. L'Excisée d'Evelyne Accad reflète une préoccupation d'auteure de longue durée, à travers l'écriture et la chanson, avec l'idée de 'parler pour d'autres' (AI-Raitla 10. La première édition de ce roman date de 1982 (L'Harmattan) après qu'E. Accad eut soutenu sa thèse doctorale à l'U niversité d'Indiana laquelle comprenait une section consacrée à une discussion de l'excision. La première moitié du roman est en partie autobiographique; elle raconte l'atrocité de la guerre civile, au cours de laquelle le personnage principal, E., fille de prêcheur protestant libanais, n'est offert d'autre choix que de suivre les règles de conduite de l'église du père, et d'éviter tout contact avec le mal, c'est-à-dire, l'Autre. En effet, Evelyne Accad traite la problématique de l'intolérance de l'Autre dans la totalité de son oeuvre, et suggère une libération des contraintes sociales pour la femme, ainsi qu'une réconciliation des cultures et religions qui permettrait l'épanouissement social pour tous. Dans ce texte, comme d'autres d'Accad, la chaleur extrême, ici reliée au désert caractérisé comme nuisible, est placée en opposition antithétique avec la guérison, avec les références à l'eau/au fleuve/à la mer comme source de régénération. Dans l'Excisée, la possibilité du renouvellement des personnages existe par la traversée d'expériences douloureuses et comprend l'auto affirmation verbale. Il se fait à partir du rejet de la situation opprimante, et du retour symbolique aux eaux créatrices. La transformation de la jeune fille du texte commence par sa volonté de quitter son enceinte vec E., d'affirmer cet acte libérateur et de traverser la mer afin de pouvoir créer une nouvelle vie (la Suisse, il faut noter, est le pays d'origine de la mère d'E. Accad). Soulignons ici que plus tard alors qu'E. Accad luttait contre un cancer du sein, elle a composé une chanson où l'eau est encore force de guérison: ''Emmène-moi sur le fleuve qui mène à la mer. Emmène-moi vers la guérison." (AI-Raitla 12). Dans ce contexte postérieur au roman, l'E. de L'Excisée acceptée par le fleuve qui mène à la mer, est régénérée par E. Accad dans une chanson sur la 'submersion' du cancer et la renaissance d'un corps libéré du cancer. Evelyne Accad crée du nouveau, tout en utilisant une forme d'écriture traditionnelle arabe, le "zajal." E. Accad s'approprie de ces éléments en 10

français, mélangeant poésie et prose. Ce genre mixte convient au chemin choisi par le personnage principal, à la recherche de sa propre voix. La focalisation changeante de la narration passe par des détails précis diégétiques du monde physique d'E. aux références intertextuelles (e.g. des textes religieux, entre autres) et aux personnages extra-diégétiques (e.g. le dragon, Layla). Le tissage textuel des références mythiques (le dragon) et l'emploi des vers poétiques, ainsi que la répétition des paroles d'une chanson (Layla à la fm), tout comme l'emploi de la troisième personne (E.) pour désigner le personnage principal, laissent au lecteur la place de construire des interprétations qui dépassent l'expérience d'une seule femme, et invitent à créer des liens avec un contexte social plus étendu. Ce roman reste provocateur, sur les plans culturel et social, et pertinent dans le monde de nos jours, pour illustrer une politique sexuelle et sociale. Telle est peut-être la raison pour laquelle ce roman en est déjà à sa quatrième édition (dont deux éditions en anglais, traduction de David Bruner, Three Continents Press, 1989,1994, et une édition allemande) et mérite cette édition bilingue. E. Accad a noté qu'elle avait écrit L'Excisée à cause d'une 'fixation sur la douleur' (AI-Raiiia 11); sa découverte de la pratique de l'excision alors qu'elle était étudiante l'avait rendue physiquement malade (AI-Raiila 10), mais le roman comprend beaucoup plus que l'expression de la douleur; il tente d'exorciser les formes variées d'oppression vécue et observée; c'est un cri, ou une prière pour la guérison, pour la construction de ponts de tolérance traversant des lignes sociales, culturelles, religieuses et de genre, thème central de tous les écrits d'E. Accad. C'est une tentative de créer des liens, comme le fait E. avec ses mains à plusieurs reprises dans le texte, comme le fait la petite fille qui suivra son chemin. Cette tentative traverse des frontières, conduit fmalement à la construction d'une société tolérante et plurielle, associée à un Liban d'avant la guerre civile. L'œuvre critique d'E. Accad, SexualitY and War. Literary Masks of the Middle East (NYUP, 1990, trad. Les Femmes, les hommeset laguerre, Côté-femmes, 1993) explore le concept du "fémi-humanisme," basé sur la possibilité d'une société paisible de cohabitation, des femmes et des hommes travaillant ensemble. Le rêve d'E. et de P., dans ce roman, vise une telle société, et E. Accad en parle de maintes façons dans ses textes et chansons. Blessures des mots: Journal de femme/Wounding Words: A Womans Journal in Tunisia (Côté-femmes, 1993; trad. Hahn, Heinemann 1996), dont l'histoire se déroule principalement en Tunisie, souligne aussi l'idée de la difficulté de construire une société de femmes en confiance mutuelle, s'entraidant à l'affirmation à haute voix, et à la destruction des aspects oppressifs. Les œuvres d'E. Accad, tout en introduisant des moments qui soutiennent un idéal, ne manquent pas de raconter une réalité plus tragique. Ce point de vue variant donne le pouls narratif de tout roman d'E. Accad, comme ses textes racontent la beauté fragile de la vie réelle et de ses tragédies communes, tandis que les narrateurs cherchent toujours 11

l'unification généreux.

avec d'autres pour engendrer

un monde

plus égalitaire et

La métaphore du "carrefour" que l'on rencontre souvent dans la voix poétique des romans d'E. Accad, capte bien l'essence de leur structure narrative. Les personnages principaux d'E. Accad, tels que E., arrivent au point culminant de leur vie; ils cherchent des chemins dont ils espèrent qu'ils permettront de construire une vie meilleure pour eux-mêmes; ils cherchent la vie et non la destruction. Les chemins qu'ils suivent, peuvent les mener à la mort, mais ils parviennent à une meilleure connaissance du rôle essentiel qu'ils jouent en tant qu'individus. Ils continuent à avancer dans l'échange inter-culture~ dans le "carrefour" de la communication et de la compréhension. En dépit des événements tragiques que parcourent les romans d'E. Accad, il s'y trouve toujours assez d'optimisme, indiquant que le monde, à chaque génération, peut changer pour le meilleur. La force des personnages d'E. Accad est d'interroger les croyances existantes, et les hiérarchies en place; elle reflète son point de vue sur le monde: la politique est en fait personnelle, et les individus doivent faire l'effort de se lier à d'autres pour améliorer les conditions de leur société. Bien des articles ont été inspirés par ce roman et par toute l'œuvre d'E. Accad; je mentionne ici deux collections récentes: On EvelYneAccad: Essqys in Literature, Feminism and Cultural Studies (Ed. Cheryl Toman, Birmingham, AL: Summa Publications, 2007) et EvelYneAccad: explorations(Ed. Dierdre Bucher Heistad, L'Harmattan, 2004). E. Accad elle-même a rédigé beaucoup d'articles et d'œuvres critiques sur le contexte surtout littéraire de la femme et des rapports de pouvoir en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. J'ai l'honneur d'avoir traduit ce roman, L'Excisée, le texte littéraire qui m'a le plus influencé en tant qu'étudiante de doctorat et étudiante d'E. Accad à l'Université d'Illinois. Je la remercie vivement pour son soutien constant à travers ces longues années, comme mentor, compagne de route, et amie précieuse. Je remercie aussi Richard Nowson, mon partenaire dans l'amour et dans la vie. Mes derniers remerciements vont à Lake Forest College pour son soutien universitaire continu de mon travail de traduction littéraire. Bio-Sketch: Dr. Cynthia Hahn est professeure de français titulaire à Lake Forest College, une université d'Illinois; elle y enseigne la traduction, la création littéraire et les cultures et littératures francophones. Elle a obtenu le doctorat ès lettres en littérature francophone à l'Université d'Illinois en 1990. Elle a traduit trois des romans d'E. Accad; en plus de celui-ci, elle a traduit Coquelicotdu massacre/PoppyFrom the Massacre (L'Harmattan, 2006) et Wounding Worth, A Woman~ Journal in Tunisia (Heinemann Press, 1996). Elle a aussi traduit le 12

roman de l'auteur algérien Noureddine Aba, Lost Song of a Rediscovered Country/Le Chant perdu d'un Ms retrouvé(L'Harmattan 1999), et Anosmia: Nostalgia for a Forbidden Sense par l'auteure libanaise Ezza Agha Malak (University Press of the South, 2008), ainsi que plusieurs poèmes et nouvelles par des auteurs africains. Elle publie des études analytiques dans les domaines de la traduction littéraire et de la littérature francophone, et elle a déjà publié une quinzaine de ses poèmes en français et en anglais.

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Translator's

Note

Evelyne Accad's first novel, L'Excisée, is a cry of revolt. It is also a "sad, hopeful prayer" (Accad, AI-Raiiia, Vol. 118-119: summer/fall2007: 12). It is two narratives in one, the first in war-tom Lebanon, the second in a desert country across the sea, that both parallel and overlap in interesting ways. E., the main female character, is based on Evelyne Accad in part, and the Biblical first woman Eve, as well as "Elle" (every woman, "she" in French). E. identifies with the pain of the girls excised in the novel; the truncated first name, E. in fact is an "excision" of her first name, attached to no last name, a narrative element which refers back to the novel's suggestive title, L'Excisée/The Excised. This title refers not only to excised women on a physicallevel, but carries with it the metaphorical meaning of being cut off, of having no outlet for development and self-expression due to religious, societal or male oppression. E. is contrasted with P., evoking power, Papa, the all powerful Father God (père tout-puissant), phallus and Patriarchy. As a translator, I have tried to preserve this proliferation of the P. in the English translation, as it evokes a kind of paternal oppression E. associates not only with her father and his expression of a Protestant authoritarian God/father (père), in a parallel with her oppressive lover and his society, but also with any forces of "power" and oppression, expressed in particular here through the backdrop of civil war in Lebanon. The invocation of both Biblical and Koranic references (not meant to be exact citations and therefore not translated as such) is provocative, and links between these religious references are also seen in Accad's second novel, Coquelicot du massacre/PoppyFrom the Massacre,centering on women's response to the civil war in Lebanon (L'Harmattan,1988; biling. ed., 2006). While the main character E. develops a sense of self and emits a cry of revolt in the first half of L'Exicsée, eventually choosing to leave her home and family, she also develops and re-articulates this cry for revolt, after a disillusionment followed by new understanding, in the second half, as she crosses cultures and religions and witnesses similarities in a desert country in the exclusion (and excision) of women from a position to effect change. In rejecting this new Muslim society and embracing the sea (a space between two cultures, associated with the maternal and with new creation in this text), while liberating a young girl and making it possible for her to cross to a "neutral" Switzerland, Accad's novel ends in a cyclical way, from death to a new beginning. Accad's ending suggests that E.'s sacrificial death in this context is justified by the young girl's new opportunities to live.

Evelyne Accad's fu:st novel, L'Excisée, reflects a life-long preoccupation in her writing and song, with giving voice to others (A/-Raïda 10); the first edition of this novel in 1982 (L'Harmattan) appeared after Accad defended her PhD thesis at the University of Indiana, which included discussion of excision. The first half of this novel is semi-autobiographical and recounts the atrocities of civil war, within which the only oudet offered to the main character E., daughter of a Lebanese protestant preacher, is to follow strict religious observance and non-interaction with the evil "Other". Accad underscores the problematic intolerance of the Other in all of her work, and suggests a liberation of social constraints for women, as well as a reconciliation of cultures and religions that would allow for a flourishing society for all. As in other of her writings, the oppression associated with extreme heat and desert, is antithetical to the healing and regenerative references to water/river/sea. In l'Excisée, renewal for the characters through difficult or painful solutions offered, involves speaking out, refusing an oppressive situation, reintegrating with the waters of creation, and crossing the sea to new life (often represented by Switzerland, home of Accad's mother). Interestingly, during her later bout with breast cancer, Accad composed a song related to water as a healing force: '''fake me to the river going to the sea. Take me towards healing" (Al-Raitla 12). In this later context, the E. from L'Excisée who is willingly taken in by a river leading to the sea has been 're-generated' by Accad in a song about the "submersion" of cancer and act of re-birthing a cancer-free body. Accad's writing is unconventional, yet it also adapts the traditional Arabic form, "zajal," into French, mixing poetry and prose. This mixed genre is particularly appropriate for the main character's journey to fmd her own voice. The shifting narrative mode reflects the shifting lens the narrator takes, as she passes from specific diegetic details of E.'s physical world to intertextual references (e.g. religious texts and others) and extra-diegetic characters (e.g., dragon, Layla). The interweaving of mythical references (dragon), the use of poetic lines, and repetition of lyrics (e.g. song of Layla in the end) as well as the use of the third person (E.) for the main character, all leave room for the reader to construct interpretations that rise above the telling of one woman's experience, and invite connection with a much wider social context. The novel remains both culturally and socially provocative and relevant to our contemporary world in its illustration of sexual and social politics; this is perhaps why Accad's novel has survived four editions of printing (including two editions in English, transI. David Bruner, Three Continents Press, 1989, 1994, and a German one) and why it merits this final bilingual edition.

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Accad notes that she wrote L'Exisée due to a "fixation with pain" (AIRaiiJa 11); discovery of the practice of excision as a graduate student made her physically ill (A/-Raiiia 10), but the novel is much more than an expression of pain in an attempt to exorcise various forms of experienced and witnessed oppression; it is a cry or "prayer" for healing, for building bridges of tolerance across societal, cultura~ religious and gender lines, a theme central to all of Accad's writing. It is a reaching out, as E. does with her hands several times in the nove~ as does the little girl who will follow in her path; this reaching out crosses borders, leading ultimately to the reconstruction of a tolerant, pluralist society associated with Lebanon before the civil war. Accad's critical work, SexualitY and War. Literary Masks rif the Middle East (NYUP, 1990, transi. Les Femmes, les hommes et la guerre, Côtéfemmes, 1993) explores the concept of "femi-humanism," based on a peaceful society of co-habitation, women and men working together. E. and P.'s dream, in this novel, is for such a society, and Accad speaks to this concept in a myriad of ways across her texts and songs. Blessuresdes mots: Journal defemme/Wounding Words:A Woman:rJournal in Tunisia (Côté-femmes, 1993; transi. Hahn, Heinemann 1996), while set primarily in Tunisia, also speaks to the difficult building of a society of trust, of women helping each other to speak out, and of attempts to destroy oppression. Accad's works, while presenting moments that aspire to an ideal, do not avoid accounts of a more tragic reality. This alternating view provides the narrative impetus for Accad's novels, as they are set in reality with its fragile beauty and its commonly tragic outcomes, while the narrators continually seek to unite with others to generate a more egalitarian, loving world. The metaphor of the "crossroads" often seen in the poetic voice of Accad's novels, aptly captures the essence of their narrative structure. Accad's main characters, such as E., come to turning points in their lives, they look for paths they hope willlead them to constructing better lives for themselves and others; they seek life and not destruction. The paths they take may lead them ultimately to death, but they come to a greater realization of the essential part they do playas individuals in continuing to move forward in cross-cultural exchange, the "crossroads" of communication and understanding. Despite tragic occurrences in each of Accad's novels, there is always a spark of optimism that the world may change for the better, with each generation. It is the power of Accad's individual characters to question existing beliefs and hierarchies that reflect Accad's world view, that the political is in fact, persona~ and that individuals can and must strive to connect with others to improve their society. Finally, many articles have been inspired by this novel and Accad's writing as a whole, and I refer the reader to two recent collections for further study: On EvelYne head: ESSt~s in Literature, Feminism and Cultural Studies (Ed. Cheryl Toman, Birmingham, AL: Summa Publications, 2007) 17

and EvelYne Accad: exphrations (Ed. Dierdre Bucher Heistad, L'Harmattan, 2004). Accad herself has written many critical works and articles on the context of women and power relations in North African and Middle Eastern literature, such as the two noted earlier. I feel privileged to have translated this novel, L'Excisée, the most influential piece of literature I read as a graduate student, and student of Evelyne Accad at the University of Illinois. I thank her for her continued support throughout the years, as mentor, traveling companion, and treasured friend. I also thank Richard Nowson, my partner in love and in life. A final thanks goes to Lake Forest College for its continued academic support of my efforts in literary translation. Bio-Sketch: Dr. Cynthia Hahn is a Full Professor of French at Lake Forest College, in Illinois, teaching courses in translation, creative writing and francophone cultures and literatures. She received her PhD in Francophone Literature at the University of Illinois in 1990. She has translated three of Accad's novels: The Excised (2008), PoppyFrom the Massacre(L'Harmattan, 2006) and Wounding Words, A Womani Journal in Tunisia (Heinemann Press, 1996). She has also translated Algerian author Noureddine Aba's novel, Lost Song of a Redircovered Country/Le Chant perdu d'un P'!Ysretrouvé(L'Harmattan 1999), as weIl as other poems and short stories by African writers. She publishes articles in the fields of translation studies and francophone literature, and also writes original poetry for publication.

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Préface

de l'auteur
Ectomie

Evelyne Accad Je ne suis parvenue aux vérités sauvages, primitives de la vie qu'après des années de lutte. Nawal El Saadawy L'instant où j'ai pris connaissance de l'excision et de l'infibulation, cette pratique cruelle de mutilation sexuelle dont souffrent des millions de femmes au travers du monde, plus particulièrement en certains pays d'Afrique et du Golfe arabe, a provoqué dans ma vie un grand ébranlement, marqué le développement de ma carrière, constitué un point de fixation ou de cristallisation déterminant le centre et le but de mon écriture. Je préparais à l'époque une thèse de doctorat à l'Université d'Indiana, et j'en entendais parler pour la première fois. Je connaissais bien des pratiques d'oppression de la femme; certaines m'avaient conduite à quitter mon pays natal, le Liban, mais pour moi, l'excision se situait au delà de l'imaginable. J'en fus malade pendant plusieurs semaines, ma thèse prit un nouveau tour, le titre de mon premier roman fut fixé : L'Excisée. Les premières études sur la circoncision des femmes remontent à la fin du I9ème siècle. Michel Erlich, médecin qui a travaillé de nombreuses années à Djibouti où, très jeunes, les femmes étaient sujettes à l'infibulation a analysé ces études dans un ouvrage, La femme blessée: Essai sur les mutilations sexuelles fémininesl. Il en retrace l'histoire jusque dans ses « origines incertaines» et en donne les interprétations sociologiques et psychologiques. C'est un des ouvrages importants sur ces pratiques; il est très utile en ce qu'il prend en compte et synthétise la plupart des recherches tant orientales qu'occidentales sur le sujet. Au cours des années récentes des médecins et intellectuels africains et arabes ont pris conscience des conséquences désastreuses de la mutilation. Ils ont cherché les moyens d'éradiquer des coutumes qui estropient des millions de femmes en Afrique et dans le monde arabe, les diminuent pour toujours physiquement et psychologiquement. Une recherche approfondie et sérieuse sur la pratique des mutilations génitales a

1 Erlich, Michel, La femme blessée: L'Harmattan, 1986).

Essai sur les mutilations

sexuelles

féminines

(Paris:

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été conduite par Fran Hosken que l'on peut considérer comme l'une des premières militantes dans le domaine. 1) Fran Hosken distingue trois formes de l'opération: La circoncision (mana) est la suppression du prépuce clitoridien et du sommet du clitoris. Le mot arabe B!!lru! signifie tradition. L'excision ou clitoridectomie est la suppression de tout le clitoris, habituellement avec les petites lèvres, et parfois de tout l'appareil génital externe, à l'exception de parts des petites lèvres. L'infibulation ou circoncision pharaonique est la suppression de tout le clitoris, des petites lèvres, et d'une part des grandes lèvres; les deux côtés de la vulve sont mises à vif puis cousues l'une à l'autre, l'entrée du vagin est obstruée à l'exception d'un petit canal pour permettre le passage de l'urine et des menstruations2.

2)

3)

Deux travaux importants de femmes africaines ont été publiés par Zed Press. Woman. Why do you Wee.p?3 est l'œuvre d'une femme médecin soudanaise, Asma El Dareer qui a longtemps été active au Soudan dans le domaine de la santé et du développement, et y travaille comme Directeur adjoint des Statistiques de santé et de la recherche au Ministère de la santé. Le livre s'ouvre sur un récit très émouvant qui rappelle The Hidden Face of Eve4 de Nawal EI-Saadawy. Elle y décrit sa propre circoncision, les complications qui en ont résulté ainsi que la terrible souffrance de l'opération subie par sa sœur qui, davantage encore, lui a fait haïr l'ectomie et l'a décidée à poursuivre des recherches et à écrire sur le sujet. De façon remarquable, à la fois chez EI-Saadawy et El Dareer, c'est la mutilation d'une sœur qui les a conduites à se révolter avec la dernière énergie et décidées à agir contre la pratique, comme si être témoin de la souffrance d'une proche, leur commandait de protester plus fortement, de façon plus véhémente, leur donnait plus de force dans le combat pour toutes leurs sœurs du monde. El Dareer a parcouru tout le Soudan pour ses recherches, interviewé des femmes et des hommes, des sages-femmes et des infirmières diplômées ou non diplômées qui pratiquaient l'opération. Elle observe, comme Hosken, trois types d'opération et, au moment de sa recherche, établit qu'au Soudan, en 1981, 83% des femmes sont circoncises sur le mode pharaonique, 12% sur le mode intermédiaire et 2.5% selon la sunna. Son

2 Hosken, Fran P., The Hosken Renart (Lexington, Mass:

Win News, Third Revised

Edition, 1982) p. 27. 3 Asma El Dareer, Woman. Whv do you Weep? (London: Zed Press, 1982). 4 Nawal EI-Saadawy's The Hidden Face ofEve (Boston: Beacon Press,1981). 20

intérêt se porte principalement sur les problèmes de santé engendrés par la coutume: saignements, trauma, inflammation, fièvre, infection de la blessure, impossibilité de guérir, rétention urinaire, douleurs, keloids, abcès vulvaire, kystes, infection récurrente du canal urinaire, infection chronique du pelvis, difficulté de la pénétration, douleur de l'acte sexuel, difficulté des menstruations. 50% des femmes ne connaissent pas le plaisir sexuel, et considèrent l'acte sexuel comme un devoir. 23.3% sont totalement indifférentes à la sexualité et les autres n'y trouvent qu'occasionnellement plaisir. El Dareer propose enfin un récit fascinant de l'éventail des attitudes des femmes et des hommes soudanais vis à vis de l'excision. L'autre ouvrage, Sisters in Afflictions, est écrit par une femme, Raqiya Haji Dualeh Abdalla, Directrice de la Culture au Ministère somalien de la culture et de l'éducation supérieure. Ses recherches de terrain ont été conduites en Somalie. Elle y observe aussi les trois formes de l'excision, analyse les complications physiques et psychologiques, relève les explications idéologiques de la coutume, sans oublier les références à la religion, et traite de ses dimensions économiques. Les deux ouvrages retracent les campagnes entreprises pour abolir la coutume, leurs succès et leurs échecs, et proposent des recommandations quant à l'éducation et aux mesures à prendre. L'un et l'autre, venant de femmes africaines qui ont elles-mêmes subi l'excision, sont très émouvants et montrent combien il est important d'écrire à son sujet pour l'épargner aux autres femmes. En 1978 et 1983, j'ai voyagé en Egypte, dans le Golfe Arabe (Bahreïn et Emirats arabes unis particulièrement), au Soudan, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Plus récemment, en 1993, je suis retournée au Caire. Au cours de ces voyages, j'ai rencontré des femmes de toute classe sociale. J'en ai interrogé beaucoup à propos de leur vie, de leur façon de faire face à leurs difficultés, orientant mes questions plus particulièrement sur l'excision. Les résultats de mes entretiens et recherches feront l'objet d'un prochain ouvrage. Dans mon roman, j'ai adopté le terme excision parce qu'il reflète mieux les aspects physiques et psychiques de la mutilation qui me paraissent étroitement liées et relever de la même oppression. Lorsque je parle du Soudan, je préfère utiliser le terme d'infibulation, plutôt que mutilation génitale, circoncision ou excision parce que, même s'il s'agit de l'une des formes de l'opération, elle y est utilisée dans 90% des cas, et c'est contre elle que les femmes centrent leurs luttes. L'infibulation est la forme la plus radicale de la mutilation génitale. Lors de la nuit de noces, la femme subit une double défloration, l'ouverture de la vulve cousue grâce à un objet tranchant ou par le pénis masculin et la rupture de l'hymen.

5 Raqiya Haji Dua1eh Abdalla, Sisters in Affliction (London: 21

Zed Press, 1982).

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