L'explosion inévitable du volcan somnolent

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Le lit, la vitesse et le temps. Puisqu'il semble que la meilleure manière de s'échapper reste encore l'évasion des normes temporelles, lorsque la fuite dans l'espace n'est plus possible. Présent, passé, avenir. Un homme et ses souvenirs. Un homme et ses souvenirs. Plis complexes d'une nappe vieillissante, portée par les remous d'une herbe terre et apaisante. Sans véritable, grande et unique histoire. Un libre. Un fou. Et donc un homme vivant, puis mort.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782296678675
Nombre de pages : 151
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À Arlette et François Perennez

À la scientologie, et à tous ces usurpateurs de la mendicité, qui
trouvent dans la détresse humaine, une richesse illimitée.

« La photographie du réel vaut-elle mieux que la toile qui
l'interprète ? »
« Lerêve humain est-il plus précieux qu'un langage
informatique ? »
« Le voyage intérieur dans la tête d'un fou se résume t-il à
un tour du monde en fermant les yeux ? »

« Regarde, regarde, je suis bercé par la fortune.L'anneau a
été trouvé.
L'homme me tendait le bras, il arborait les yeux de la folie et
le manteau du honteux.
– Il a le poinçon, dix-huit carats, regarde !
Devant sa misérable insistance, je m'approchai de ce
personnage. La grosse bague étincelante m'apparut.
– Regarde !Elle n'est pas pour moi, j'ai de trop petites
mimines. Guarda cazzJe te l'offre mon ami, je so !uis italien.
Bonne journée. »
Et l'individufuit. En cinq petites minutes, trois cents
grosses secondes, j'étais devenudétenteur d'un objet en or à
multiples carats, qu'un personnage fantôme m'avait offert. (La
journée commençait bien, me disais-je). Je repartaisvers mes
joyeuses pensées. Mais le pauvre me rattrapa.
« –Tun'aurais pasun peud'argent mon frère? Amico
mio !
– Non, sec et grave.

– Si. S'il te plaît. Regarde le cadeau que tu as reçu.
Donnemoi du fric pour manger. Pour avalerun panino.
– Je n'ai rien amigo, sec puis grave. »
Je sortis mon portefeuille touffuoùles billets d'avions
témoignant de mes derniersvoyages (signes d'une échappatoire
rêvcôtoée ?)yaient les relevés de comptes et les cartes de
restaurants que j'aimais à collectionner.
« Je n'ai rien je te dis !
– Allez! Regarde dans la dernière poche frère, j'yai aperçu
quelques centimes.
– Nontute trompes. Je peuxt'offrir seulementune
cigarette.
– Etta carte de crédit mon ami? Le distributeur n'est pas
loin. Il nousyappelle gentiment.
– Non. Seulement quelques blondes...
– Redonne-moi l'anneau! »

Je le lui redonnai et il s'en alla. Cet épisode date de quatorze
ans. Quatorze longues années que je me remémore ce passage
lorsque je n'ai rien à faire. Cette histoire semble depuis peu
réoccuper mesvieuxrêves. Et si l'anneauavaitvaluplus de
deuxeuros quarante-sept ?Pourquoi ne l'avais-je pas accepté
moyennantune somme modiqu? L'homme l'ae d'argentvait
réellement trouvé oun’était-ce qu’une manigance pour me
soutirer de la monnaie ? N’était-ce pas de cette manière qu’un
porte-bonheur s’immisçait dansvotrevLa remarqie ?ue qui
mevenait d'une amitié lointaine et fragile, fut de constater que
je réagissais ausentiment de l'appropriation, synonyme de

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perdition. Cette sensation me hanta pendant un certain
temps. La puissance de la richesse caractérisée par un cercle de
métal doré. Cela pouvait rendre fouet triste. Je savais que le
passé ne pouvait se traverser, mais j'espérais à nouveaupouvoir
toucher cet anneauavant ma mort. Ce dernier trop gros que
j'avais obtenu, en tout et pour tout,une minute dans ma main
blanche. J'avais même souvent eule sentiment qu'il m'avait
laisséune trace indélébile, de la forme d'un bouchon d'eau
minérale sur ma paume sensible. Comme ces tatouages éternels
quevous laissent chacune devos expériences bouleversantes,
cicatrices d’un temps encaissé.

Cet instant fut peut-être le départ de ma dégénérescence
mentale. Jevoulais être riche, drôlement riche, à envomir. Je
voulais être riche, j'en étais devenufou. Désormais, aumoindre
mot en trop, je me rendais compte que je ne possédais plus
assezde larmes pour rire, ni de rames pourvivre...

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Chapitre 1: Calme globalisé
(ou somnolent)

La lumière symbolise lavérité. La lumière éblouit

Toute cettevague impression que laissaient les couleurs de
lavie me rendait gris sans pour autant en être enivré. Je rêvais
de sexe, de cul féminin, de rondeur asiatique, de temps en
temps. Trop souvJe rêent !vais d'Internet, de journaux,
mensuels. De ces ensembles d'artifices qui me ramenaient à ce
réel problème. Je ne savais toujours pas communiquer. Alors je
baragouinais, extirpant des mots compréhensibles à tous, mais
auxconséquences impensables. Je rêvais.

Présentation :Armand, âge oublié, cadre moyen. Même si
cela perdait de son sens devant ce phénomène de cadralisation
sociale. J'étais l'exemple typique dugars qui avait subi la
pression de la demande. L'archétype de l'être humain désirant
vivre àune autre époque. Croyant quevingt années en arrière,
l'inacceptable l'était moins.

I.

Lavie est belle, le monde ne l'est pas. Phrase simpliste qui
permettait d'exclure la culpabilité dudivin dans l'affaire de la
misère mondiale, ce masque naturel de l’homme. Cadre bien
pensant, l'image que me renvoyait lavie était cette chambre
d'enfant dotée de charme et de malice. Mais confronté devant
tant de mauvaises raisons, de fois qui construisaient le monde,
je restais chien. J'évacuais tout sentiment de culpabilité
possible. La Terre pouvait continuer de souffrir cela ne
m’atteignait plus. Je priais Dieu. Ce grand individuqui n'avait
pas reçusuffisamment de matériel pour offrirun toit à la
majorité de son peuple (cela impliquerait-il qu'il existeune
chose plus grandiose qu? La baleine blee le cachalotue...). Ce
grand-père que les historiens idéologues avaient jugé bon de
représenter commeun individude race blanche avecune
longue barbe lui servant de canne. Toutes ressemblances avec
les intégristes islamistes étaient évidemment à exclure.
Enfin je priais le seul objet neutre, ouje me priais.
L'important c'était de ne pas êtrevuseul. Brave solitude
accompagnante.

Je n'ai pas connubeaucoup de femmes dans mavie. Voire
comprises aucune mais possédées plusieurs. Un petit groupe de
princesses déchues me laissèrent entrer dans leur corps, au
grand bonheur de mes recherches insatiables dusavoir.
D'ailleurs, que de mémoire d'homme, je ne connaissais rien de
plus existant que le point de conquête d'un rayon de soleil
féminin. Dans les sociétés occidentales, malgré le masque des

parfums, le jeu circulait par les mots et les yeux, la
communication implicite du corps faisait le reste. Avec les
mains en chef d'orchestre. Tout restait sans fin. Conquérirune
femme ne résidait pas dans le fait de communiquer ausens
bilatéral que cette parole pouvait engendrer. Mais tout
bonnement la laisser parler d'elle, jusqu'à l'épuisement des
mots, autour d'un dialogueunilatéral, sans échange. La laisser
nous narrer ses problèmes familiauxsousun air de
romantisme, tout en hochant la tête, en contemplant ses lèvres
prometteuses d’orgasmes. L'homme se définissait par nature
comme égoïste. Interrogez-le, soumettez-le auxdemandes
inquisitrices, ilvous aimera dufait devotre intérêt pour lui. Le
grand génie avait osé le dire. Plus de doute. L'amour n'existait
plus. Il ne devenait plus d'actualité, il était mort. Depuis trop
longtemps il s'était transformé en araignée agonisante dans le
coin dumur. Il restait à tout jamais cette montre sans aiguilles.
Cela promettait. Dans mon bureau, le décor se permettait de
sentir bon le désespoir, cette odeur de sueur capturée que
même les courants d'airs ne pouvaient en rien modifier. Tout
me rapprochait dusexe. Le cadre familial, moi avec mes
parents, la photo duchien de mes dixans (qui répondait au
beaunom de Roccoco), celle de mes diplômes. Mon téléphone
gris métallique, lui rappelant son rôle robotique et mon travail
mécanique, m'offrait la possibilité de joindre la secrétaire que
je pouvais prendre à chaque instant. Et pourtant, devant tant
de banalité, tant de certitude, lavie n'avait plus que pour moi
un goût de déjà-vu. En sommeunevie de rêves pourun
quadragénaire. Unevie de rêve rêvée pourun mâle mal.
Des fois il estvrai, j'avais honte de me plaindre, oudu
moins d'essayer. J’osais alors m’imaginer ornantune jambe
arrachée par cette folie meurtrière (oùderrière se cachait des
plus grandes sources d'instabilité: l'eau, la maîtrise de l'énergie

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et la guerre de l'image), avecune gueule de poilureflétant
toutes les merdes que les pays riches, aunom d'un patriotisme
pervers, avaient déclenchées. Me réconfortant dans l'idée que
je pouvais être aussi malheureuxqu'un miséreux. Lui
connaissait la souffrance physique, moi je ressentais mes
violences morales. Tout en admettant que ce serait prendre les
africains pour des cons (et mes préjugés pourunevérité).
Je me rappelle d’une journée oùj'étais en train de travailler
sur des chiffres fournis parun logiciel, monventre s'exprima
parun râle affectueuxmais on ne peut plus significatif. Ces
données concernaient l'obésité dans le monde. Ce fléau
« interplanétaire » (je m'en doutais bien, je ne pensais pas que
les extraterrestres puissent être concernés), comme le
définissaient les alarmistes. Ce phénomène deglobésité
procurait la nette impression que la Terre allait exploser.
Répondant à l'appel de mon appareil digestif. Je partis
déjeuner.
À la cafétéria, on pouvaitydistinguerun halo de mots
inutiles. Desvagues transparentes de pensées floues, qui
s'évanouissaient contre les murs jaunis de la cantine. Je me
croyais dansune basse-cour de poules parlantes. Oùles mêmes
choses étaient répétées à l'infini dans des tonalités différentes.
Ce jour-là je remarquai que si la plupart des clients se
goinfraient, cela traduisaitune peur relative à la phobie du
manque. Comme s'ils ne finissaient pas leur assiette de frites
trop grasses, ils subiraient le même sort que les huit cent
millions de famineux. L'homme moderne ne pensait qu'à se
nourrir. Trois repas par journée était-cevraiment naturel ?
Était-ce les commerçants qui nous l’avaient imposé depuis trop
longtemps ?En mangeant nous applaudissionsun processus
bien particulier. Celui d'encourager les conséquences et les

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