L'homme qui n'aimait pas les fleurs

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Rentrant à paris après une mission humanitaire d'un an, Etienne s'interroge sur son identité et aspire à se poser. Mais la tentation de l'ailleurs le démange encore. Doit-il repartir soigner des victimes à l'autre bout du monde ou bien construire sa vie en France?

Publié le : lundi 1 novembre 2010
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EAN13 : 9782296709492
Nombre de pages : 193
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Paris, le 12 septembre
ne ville en France s’appelle Paris. Au centre de cette U ville se trouve une grande place. Au centre de cette place s’élève un grand totem, une stalagmite ou un phallus géant. Bienvenue à la Concorde !
Tout près, il y a un parc. Dans ce parc, il y a des arbres. Près des arbres, il y a des bancs. Des arbres sont dans le banc, mais nul banc n’est dans les arbres. Je m’assieds. À Paris comme dans la jungle, on s’assied sur des arbres.
Il fait nuit. Il fait noir. La tour Eiffel scintille : il doit être une heure pile. Onze heures ? Minuit ? Je ne sais pas, mais il est tard. Et je n’ai plus de montre. De toute façon, je n’aurais pas entrepris de rotation du bras : quand je suis bien, je ne bouge pas. Je regarde la nuit, noire, les arbres, verts, et le vert dans le noir. L’herbe est fraîche et je la sens. Je voudrais m’y tapir, me coucher dans le vent. Paris, la nuit, est un éveil aux sens.
Les phares, les lumières, les feux rouges : tout bouge et tout scintille. Les avions et les étoiles aussi. Seuls les lampadaires gardent un air impassible.
Sous ces ombrelles, des gens marchent. Puis ils se cachent, ils sont dans l’ombre. Puis ils réapparaissent sous
8 L’HOMME QUI NAIMAIT PAS LES FLEURSla lueur prochaine. Tout est lumière la nuit. Sauf le ciel. La nuit, tout le ciel est gris. Il me revient alors ce bout de poème écrit au cours de mon adolescence :
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Sauf moi, parce que l’heure tourne. Demain, dans quelques heures, ce sera Roissy, la famille, les amis ; les en nuis. Voilà ce qui m’attend. Si les passants savaient, ils se raient moins insouciants.
Une semaine ! Cela fait donc déjà une semaine que je suis rentré. Une semaine si redoutée, une semaine si vite passée.
***
Un an. Jour pour jour, un an après. Le 12 septembre était un dimanche l’année dernière. L’avion était à cinq heures ; Clara avait trente ans. Chez elle, ce soirlà, ou plutôt la veille, le 11 septembre, tout le monde était là : Matthieu, Florence, Hugues, Nicolas, Clara... Sauf que je n’ai pas réussi à lui dire « joyeux anniversaire ! ». Trente ans est un âge irréel, presque absurde, entre une jeunesse qui s’évade et un vieil âge encore trop loin. On est jeune ou on est
 L’HOMME QUI NAIMAIT PAS LES FLEURS 9 vieux, mais on n’a pas trente ans. Trente ans n’est pas un âge : trop vieux pour être jeune, trop jeune pour être vieux. Bref, on est hybride. On se sent vide à trente ans si on n’a pas d’enfant, ce qui était notre cas.
Clara, pour moi, elle a toujours dixhuit ans ; ou maximum dixneuf. C’est toujours la fille avec les couettes que j’ai connue au lycée, la fille entreprenante de la bande ; celle qui arrive souvent en retard en cours et qui pourtant embête tout le monde pour s’asseoir au milieu du deuxième rang ; celle qui réussit tout, tout en ne foutant jamais rien ; celle connue surtout pour n’être jamais en manque d’amis ou de bons plans. Des mecs, elle en avait partout, elle sor tait gratuitement. Faut dire qu’elle était belle. Des lèvres fines et souples, toujours ouvertes. Derrière, deux petites dents toutes blanches à peine trop écartées et un regard noisette. C’était vrai qu’elle était belle. Pour se faire des amis, ça aide, il paraît. Ça dépend quels amis... Clara, au fond, elle sortait avec tout le monde et elle sortait avec per sonne. On l’appelait « l’hirondelle » : la fille qui passe par tout, vite, sans se poser. La fille qui plane partout, toujours, sans s’arrêter. Ça plaît beaucoup aux mecs... pour un temps.
Elle était belle et l’est sans doute encore. En tout cas, l’an dernier, du moins le 11 septembre, le soir de ses trente ans, elle nous éblouissait. Une femme jeune, fine, élancée. Celle dont on rêve. La femme moderne des maga zines :!, drôle et branchée. Clara... Je n’ai pas pensé à toi une seule fois depuis douze mois, mais ce soir,
10 L’HOMME QUI NAIMAIT PAS LES FLEURSun an après, tout ton être revient à moi. Si j’étais une femme, je voudrais être toi.
***
Le vent se lève à la Concorde. Enfin, un léger souffle. Les feuilles frissonnent dans le noir et j’aime ça. Si seulement vous saviez comme j’aime ça ces petits frissons de vent, comme des maracas encore lointaines qui jacasseraient ici et là : être à l’écart de la fête mais jouir encore des éclats lumineux dans le ciel ainsi que des cris de joie.
***
Chez Clara, tout à coup, un petit groupe se forme autour de moi car je pars en voyage. C’est Clara qui leur a dit, mais ils savaient déjà pour la plupart.
bas ?
? Tu sais ce que tu vas faire làTu n’as pas peur
Non, je ne sais pas. Les gens trouvent ça bizarre que je ne veuille pas savoir. C’est où le Katanga ? En Afrique, l’Afrique des grands lacs, à deux pas du Kenya. Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes regards. C’est bête les discussions d’avant départ : les gens
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