L'Horloger de Proust...

De
Publié par

Quel est le dénominateur commun entre une jeune joggeuse courant sur la digue et Marcel Proust? Le temps! Iris s'entraîne pour le marathon du pont de Normandie et l'écrivain se presse d'écrire son chef-d'oeuvre dans sa chambre au grand hôtel à Cabourg. Cette quête du temps est aussi une enquête autour d'une étrange montre qui provoque le télescopage des époques. De Dives-sur-Mer à Rouen en passant par le Havre, Honfleur, Illiers-Combray, vous allez être embarqué dans une incroyable aventure temporelle. Si vous aussi vous courez après le temps ce livre est pour vous. Il va vous réconcilier avec l'instant, ce concentré d'éphémère et à l'ombre des cadrans sans heure, vous découvrirez le secret du temps perdu...
Publié le : mercredi 6 mai 2015
Lecture(s) : 21
Tags :
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342037371
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342037371
Nombre de pages : 182
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Du même auteur
Aux éditions du Seuil L'Année des Deblok, 1993 Les Deblok rient, 1994 Aux éditions Ouest France Ce petit chemin en Normandie, 2008 Envie de Normandie, 2008 Marin pêcheur c'est pas pour toi, 2010 Vacances écolo en Normandie, 2011 Lieux mystérieux en Normandie, 2012 Fier d'être normand, 100 bonnes raisons, 2013 Livre d’art Kazimierz Dzyga : portes ouvertes sur le rêve
Christiane Lablancherie L’HORLOGER DE PROUST…
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120211.000.R.P.2014.030.31500 ère publication par Mon Petit Éditeur en 201Cet ouvrage a fait l’objet d’une premi 5
Retrouvez l’auteur sur son site Internet : http://christiane-lablancherie.monpetitediteur.com
Cinq minutes, qu’est-ce que cinq minutes ? Une poignée de secondes, un éclat fugace, un trait de craie sur l’horizon, pour moi c’était juste énorme ! C’était du temps en trop, une masse amorphe, un amas de glaise molle, que je devais éliminer à tout prix pour finir honorablement le semi-marathon du Pont de Normandie auquel je m’étais inscrite. Cinq petites minutes qu’il me fallait absolument grignoter au fil des kilomètres. Le premier marathon auquel j’avais participé l’année précédente m’avait privée du bonheur de faire un « temps ». Ces cruelles minutes s’étaient transformées en poison, elles m’avaient ralentie, plom-bant définitivement ma foulée. Mon classement fut peu glorieux et j’avais bien l’intention de prendre ma revanche. Ces cinq mi-nutes métalliques qui ne m’avaient pas épargnée je devais les dissoudre, les pulvériser lors de cette nouvelle édition de ce semi-marathon programmé en novembre. Voilà à quoi je pensais en ce joli matin du mois d’août en courant le long de la plage sur la digue de Cabourg. Des petites foulées dans la brise, je me sentais légère, c’était déjà ça ! Cela faisait trois jours que j’avais recommencé mon entraî-nement. Je louais une maison le temps des vacances à Dives-sur-Mer, une résidence loin de la plage idéale pour s’extraire de la foule estivale tout en profitant de l’écume des vacances, cette mousse d’insouciance et de liberté temporaire. J’avais coupé mon téléphone, laissé mon ordinateur au bureau, je n’avais plus aucune obligation hormis celle d’améliorer mon temps. Quelle drôle d’expression « améliorer son temps » comme s’il s’agissait d’assouplir son rythme implacable, d’une recette de cuisine dans laquelle il suffisait juste d’introduire les ingrédients adaptés pour
7
L’HORLOGER DE PROUST...
la rendre plus délectable : un peu plus de souffle, une pincée de rigueur, un soupçon de chance. Quelle prétention que de tenter de l’apprivoiser, cette extravagante envie de le soumettre. Le temps est un comme un animal sauvage, indomptable, il file, passe, glisse, avance, court, progresse, s’emballe, se dérobe inexorablement mais les coureurs ne doutent de rien et tous ceux que je fréquente m’assurent qu’on peut en faire un allié pourvu que l’on fournisse quelques efforts. Devenir maître du temps cela ne me déplaisait pas. Je trouvais même que c’était là un objectif très louable. Je me sentais soudain très chanceuse et tellement libre, un sentiment qui prenait ses aises s’étirant jusque dans l’horizon, portée par l’immensité du paysage, la mer, le sable, le ciel ouvert comme une scène avec sa horde de nuages catapultés au hasard, autant de merveilles sans cesse renouvelées dans une immortalité latente qui vous tolère parce que vous, vous n’êtes que de passage. Ce que j’aime à Dives c’est son supplément de décor : ses dunes originelles qui n’ont pas été détruites, une réplique minia-ture du désert où les oyats frémissent sous la caresse du vent, où les lapins creusent des chapelets de terriers et s’affolent au passage d’un promeneur. Les dunes offrent l’opportunité de surprendre la mer différemment : flaque miroitante derrière un talus de sable, lac paisible au travers d’un rideau d’herbes ébou-riffées par le vent ; la mer comme une mosaïque piquée de reflets changeants. Le bruit des vagues est tamisé quand on se promène dans les dunes, le vent en génial arrangeur offre une symphonie cadencée, ponctuée d’un cri de mouettes qui tombe du ciel, d’un roulement de brise qui enfle sur le chemin. Ce pay-sage jamais définitif dessiné de collines que rien ne fixe, ces monticules en mouvement ont quelque chose de rassurant, un écrin de ouate où j’aime venir régulièrement grappiller des mor-ceaux de soleils couchants. Tandis que je courais sur la digue le décor s’ouvrait devant moi au rythme de ma foulée : une villa, sa barrière écaillée, un
8
L’HORLOGER DE PROUST...
banc, une villa un banc et la mer en marge. J’absorbais ce pay-sage familier tout en allongeant ma foulée, mes yeux picorant dans l’espace. Quelques années auparavant quand j’avais commencé à cou-rir sur la promenade, les joggeurs avaient l’habitude de se saluer entre eux, un signe de la tête, une parole d’encouragement, un commentaire météo. Aujourd’hui ce temps est définitivement révolu ; les coureurs sont plus nombreux mais chacun court dans sa bulle, souvent un casque sur les oreilles. Tant pis ! Ils n’entendent plus le bruit du vent qui enfle et s’essouffle en même temps qu’eux, ni le métronome tacite de la mer. Ils cou-rent nimbés d’indifférence ; leurs pieds foulent le sol en tristesse, c’est leur affaire ; moi j’aime courir légère sans être entravée, à l’affût d’un échange éclair et je continue à opiner du chef au passage d’un congénère filant. De Dives à Varaville, la distance flirte avec les six kilomètres, de quoi contenter les coureurs boulimiques ; c’est la plus grande digue d’Europe, le vrai bonheur pour les avaleurs de kilomètres à pied car ils sont assurés de ne croiser ni véhicule, ni même un vélo échappé des rues transversales, rien que des lampadaires, des géants sur leur socle et des piétons plantés sur leurs deux jambes, dans une parfaite harmonie des genres. Parfois aussi il y a des chiens ; habituellement ils se ressem-blent tous, minuscules, à poils longs, entre la peluche et le sac à main en fourrure tirés par des laisses élastiques aussi longues que la muraille de Chine reliées à un poignet scintillant. Il arrive qu’un chien moins chic arpente la promenade. Il déambule sans entrave au pied de son maître. Qu’il ne s’avise pas d’aller à la rencontre de l’un de ses compagnons de poche, c’est comme avec les joggeurs, il n’est désormais plus de bon ton de frayer avec les promeneurs de tous poils qui fréquentent la digue, le pauvre risque de se faire mordre ou pire ignorer ; c’est chacun pour soi, chez les canidés aussi !
9
L’HORLOGER DE PROUST...
Ajoutez à cette faune du bord de mer quelques mouettes blasées aux cris jamais aboutis dispersés par le vent ; avez-vous déjà remarqué que la note stridente s’éparpille sans que jamais vous ne puissiez la saisir tout entière, enfin c’est ce que je cons-tatais me convaincant que je devais courir trop vite pour la percevoir totalement, elle se dispersait dans l’air avant d’atteindre son but ; courir plus vite que le cri d’une mouette finalement ce n’est déjà pas si mal ! Vous pouvez aussi admirer sur la plage, le matin, unique-ment l’élégant ballet des chevaux venus des haras de la région dans le but d’agrémenter leur entraînement hebdomadaire, de renforcer leur musculature. Au pas, au trop, au galop ils écra-sent la vague pulvérisant l’écume dans de spectaculaires jets d’eau. Ils emportent les kilomètres grisés par le vent, ivres d’espace à peine troublés par cet environnement inhabituel, les champs verts métamorphosés en terrains dorés, rien à brouter, rien à mâcher, désert de sable, flaques d’algues, mais qu’importe pourvu qu’on leur laisse la bride sur le cou ! Mon trot il faut l’avouer était beaucoup moins alerte et moins gracieux que le leur mais je bénéficiais comme les che-vaux de ce même air iodé qui gonflait mes poumons, me donnant l’impression d’avoir des ailes : Pegase en baskets. J’arrivais aux abords du mini-golf de Cabourg qui affiche fière-ment ses origines « Golf depuis 1953 ». Comme d’habitude il était pris d’assaut par les familles. Ici les générations se mélan-gent, s’interpellent, partagent un moment ensemble, une véritable prouesse à l’heure des rencontres virtuelles. Le par-cours proposé par ce mini-golf est une vraie promesse de voyages. Il permet à ses clients d’évoluer sur une planète minia-ture, leur offrant pour six euros, un tour du monde des capitales. La balle ricoche sous les arcades de la tour Eiffel, re-bondit au pied de la tour de Pise, caracole dans le jardin d’une pagode chinoise. Pas de précipitation, ici on apprend la patience car parfois ça bouchonne aux abords de Big Ben, un itinéraire
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant