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L'île aux étoiles

De
178 pages
Sarah est une jeune femme dont le mari, Jérémie, est nommé en Nouvelle-Calédonie dans les années 1984. L'implication de celui-ci dans les événements politiques qui précèdent le conflit sera lourde de conséquences sur leur destinée. Des premiers barrages de l'insurrection kanak jusqu'au drame qui frappe Jérémie et au retour de Sarah à Sydney, ce roman décrit vingt ans de la vie d'une femme à la recherche de son bonheur perdu.
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L'ILE AUX ETOILES
Nocturne australien

A

,

Avertissement Cette œuvre est fictive, toute ressemblance avec des personnages ou événements réels serait fortuite. Les événements historiques mentionnés servent de trame à l'intrigue du roman. Toutes les citations non signées au début de chapitres sont d'Alain Bashung.

@ L'Harmattan,
5-7, ruede l'Ecole

2009

polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattall1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08124-6 ~:9782296081246

Hélène Savoie

L'ÎLE AUX ÉTOILES Nocturne australien
roman

L'Harmattan

Du même auteur
Poésie Rêve Océanien, éditions du Lagon, 1987 Voyage en île Bleue, éd. du Lagon, 1988 Les Chants de Boat Pass, éditions du Lagon, 1998. Voiles blanches, sable rouge (White wings, red sands), éditions du Lagon (bilingue),1999. Chemin insolite de Nouvelle-Calédonie (textes) édition Footprint Pacifique, 2004. Poèmes publiés in Encyclopédie poétique, éd. Grassin, (Le Temps, La route, la nuit, etc) 1986 à 2000. Anthologie poétique de Nouvelle-Calédonie, éd. Orphée. Nouvelles Les Terres de la demi-lune, (nouvelles) éditions l'Harmattan, collection Lettres du Pacifique, Paris, 2005. Du Rocher à la voile Récits, contes et Nouvelles (recueil collectif du CAP), l'Harmattan, Lettres du Pacifique. 2006. Critique littéraire Edition critique de l'œuvre de Paul Bloc: « Le Colon Brossard », éditions Société des Etudes historiques/Hachette Calédonie. Edition critique: «Le Dernier voyage du Thétis» de Jean Mariotti, éd. association Jean Marotti/Université Française du Pacifique.

L'inspiration canaque dans l'œuvre de Jean Mariotti, in revue « Notre Librairie» (Littérature de Nouvelle-Calédonie, sous la drection de Blandine Stefanson, Université Australie.) Publications universitaires

Le Voyage dans la littérature Néo-Calédonienne, éd. Actes du colloque Corail, Université du Pacifique (UFP) Littérature de Nouvelle-Calédonie: l'influence des traditions orales Kanak dans la littérature calédonienne, colloque littérature francophones du Pacifique, Université de NSW, 1997. Le Temps, la Parole, les symboles marins dans l'étude comparatiste des mythes canaques (de actes du colloque Corail, éditions Harmattan, Université Française du Pacifique).1987 à 1997. « L'étranger» dans les mythes kanaks (in actes du colloque sur la Littérature Francophone « Third millenium », Université de Sydney, 1999. Fondatrice et Directrice de la publication « Flamboyant Imaginaire », première revue littéraire de Nouvelle-Calédonie.

***

7

À la mémoire de mes parents Calédoniens qui m'ont transmis leur amour des îles du Pacifique, et m'ont inspiré les caractères de Marina et de Simon. Pour Alexandre, Jennifer, Lucile et Apolline, À la mémoire d'Alain Bashung, Nino Ferrer, et Robert Desnos, mort au camp de Terezin.

8

Ils s'éteignirent l'un après l'autre comm£ des étoiles brillantes devant le soleil. Rien d'eux ne demeura, que le souvenir de leur rayonnement et de leur gloire. Ils coulent en moi maintenant comme un vaste fleuve tout strié d'étoiles filantes. Ils forment le fleuve noir qui maintient l'axe de ma vie en état de révolution constante. De cette noire ceinture de nuit jaillit l'aube éternelle. Henri Miller

Les étoiles pâlissaient comme si elles s'étaient retirées dans les profondeurs glacées de l'infini. Joseph Conrad.

S'il suffisait de partir Comme un voleur à la tire Rejoindre là-bas les troupeaux de regrets Est-ce aimer, est-ce aimer? S'il suffisait d'orner la douleur D'une plage de silence... Bashung

9

J'ai tellement rêvé de toi J'ai tellement marché, tellement parlé, Tellement aimé ton ombre, Qu'il ne me reste plus rien de toi, Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres, D'être cent fois plus ombre que l'ombre, D'être l'ombre qui viendra et reviendra Dans ta vie ensoleillée.
Robert Desnos (dernier poème)

10

Ouverture En 1998, visitant Prague pour la première fois, je fus impressionnée par le charme et la poésie de la vieille capitale tchèque, où je découvris le palais de l'ancienne dynastie des Habsbourg, le plus ancien cimetière juif d'Europe dont les stèles étaient enfouies sous un linceul de neige, les cathédrales baroques aux statues de stuc, les opéras aux coupoles dorées, et tant d'autres merveilles. J'y ai visité aussi le Musée de Terezin, ce camp de la mort où mourut Robert Desnos. Voyageuse au long cours venue des antipodes, je déambulais sans me lasser dans cette cité avec l'impression de l'avoir toujours connue. Mon île du Pacifique me semblait alors si lointaine, presque irréelle, avec ses drames et ses tensions, et toute cette douleur qui avait explosé dans la violence en 1984. Ce conflit, qui nous a si profondément marqués, s'imposa comme toile de fond de ce roman qui n'a pas pour objet le rappel de faits historiques, mais donne un aperçu de l'ambiance et des événements majeurs de cette sombre période qui prit fin en 1988, date de la signature des accords Matignon. Il

Dans la petite chambre de l'hôtel de Na Kampè (décrite dans le roman), j'écrivais au cœur des nuits, et peu à peu tandis que le fleuve scintillait dans la brume hivernale, certains souvenirs ont lentement reflué, des personnages ont pris forme, qui m'imposaient leur volonté et leur histoire. Dans les ruelles du vieux Prague, Sarah marchait à mes côtés, me racontant son histoire. Dans une première version, le roman s'achevait sur sa disparition, avec la mort en filigrane, car il me semblait que c'était dans la logique de sa destinée, mais elle m'a imposé un autre dénouement. Pas aussi sombre que celui que j'avais imaginé, mais incertain, ni triste ni heureux, comme la vie en somme, et ce fut une lutte entre nous pour savoir qui l'emporterait d'elle ou de moi, finalement je crois que c'est elle, l'optimiste, qui a gagné, l'amour triomphe, et je lui concède cette victoire. Sarah, c'est juste un personnage imaginaire, une ombre, une autre, et pourtant, je ne serais pas étonnée de la croiser un jour quand je retournerai à Sydney.. elle, et puis Wanda, Geoffrey et les autres.., Car écrire ce n'est pas un jeu de hasard ni un passe-temps anodin. On écrit pour survivre. On écrit pour demain. On écrit pour après.

Prague 1998- Nouméa 2006. 12

I
Montre-moi d'oÙ vient la vie OÙ vont les vaisseaux maudits?

Près d'un an après son voyage en Tchécoslovaquie, Sarah cherche un enregistrement de Prokofiev au rayon musique de la FNAC de Montparnasse lorsqu'elle reconnaît dans la foule à quelques pas d'elle, un homme qui avait attiré son attention à Prague parce qu'elle le savait impliqué dans un fait-divers. Sa curiosité l'emporte sur toute autre considération, elle l'aborde sous un prétexte quelconque, et lui demande s'il est tchèque. - Comment l'avez-vous deviné? Il lui lance un regard étonné, avec une pointe d'amusement. Il parle un français correct, teinté d'un accent un peu chantant.
-

Il Y a un an, je vous ai vu à Prague un

soir de février, dans une Ceveria des vieux quartiers près du palais Hradcany. - Celle où l'on voit un gros bonhomme rouge et vert suspendu au plafond? C'était bien celle-là, en effet. 13

- Je vous félicite pour votre excellente mémoire! En effet j'y allais souvent en sortant du Conservatoire de musique, cela me semble si lointain à présent. - Vous visitez Paris? - Non, actuellement j'y travaille: je suis violoniste. Je me présente: Stefan Hars. Acceptez-vous de prendre un café avec un étranger perdu dans cette grande ville? - Je suis désolée, j'ai un rendez-vous. Elle commence à regretter d'avoir engagé la conversation avec l'étranger, et cherche les mots qui lui permettront d'y mettre fin. - Au moins acceptez une invitation pour assister à mon prochain concert! J'étais justement venu à la FNAC déposer les cartons de mes invités, dit-il avec un singulier sourire. Son regard brille. Cette attention la touche et la gêne, car elle s'apprêtait à l'interroger sur l'incident de Prague auquel il était mêlé, mais elle ne sait comment aborder le sujet. En parlant ils sont sortis de la FNAC et marchent vers le quartier latin en se frayant un chemin à travers le flot des passants toujours pressés, dans l'habituelle cohue des fins de semaines. Il insiste à nouveau pour qu'elle accepte de prendre un café avec lui, elle finit par se laisser convaincre, ils pénètrent dans le premier établissement qui se présente, sans prêter attention au décor fade de la salle pleine et bruyante, où ils doivent se frayer un chemin jusqu'à une table minuscule. Après avoir commandé deux 14

cafés ils reprennent leur conversation: - J'espère que vous aimez Brahms? sourit: fait-il allusion au roman de Sagan? Elle

-Je ne peux accepter votre invitation. J'irai très volontiers à votre concert, à condition d'acheter mon billet. - Non, acceptez je vous prie, faites-le en souvenir de Prague, à propos je ne vous ai pas demandé vos impressions sur cette ville? - Vous me prenez nante, secrète! au dépourvu: fasci-

Elle va peut-être pouvoir risquer cette question qu'elle aimerait lui poser depuis qu'elle l'a reconnu. Mais ilIa devance : - L'histoire nous a appris la méfiance, vous avez sans doute lu Milan Kundera, un compatriote en exil ?

- Oui, tous ses romans, j'admire son talent, la finesse et la terrible précision de ses analyses, son art de la dissection, tout particulièrement dans L'insoutenable légèreté de l'Etre. Je suis étonnée que relativement peu de Français aient lu ce remarquable écrivain qui est pourtant connu jusqu'en Australie.
- Vous êtes allée en Australie? Vous êtes une grande voyageuse! -Pas vraiment, ney et Melbourne. je n'y ai visité que Sydque vous aimez

-Je suis heureux de savoir l'oeuvre de Kundera. 15

l'évoquer silence !

Pourtant quand il m'arrivait de à Prague, je me heurtais à un mur de

- Vous, les Occidentaux, ne pouvez nous comprendre, vous ignorez l'effet destructeur de la peur, elle nous tient encore dans ses griffes longtemps après que l'événement qui en fut la cause a disparu. Sfexiler - Alors ne vaut-il pas mieux comme le fit Kundera, que de perdre sa liberté? L'honneur et la liberté sont des concepts que l'on peut très vite oublier quand on devient l'esclave de la peur, de la honte et quand l'humiliation devient le lot commun, au nom de la sécurité de l'État. - Oui, j'ai nettement ressenti cette crainte et cette méfiance sans qu'un mot soit prononcé. Un seul de vos compatriotes m'en a parlé, mais je ne peux en dire plus, après tout, qui me dit que vous n'êtes pas vous-même l'un de ces espions venus du froid? Il sourit. Son visage, plutôt sombre est éclairé par ses yeux verts qui filtrent sous des paupières obliques et qui, par moments, jettent des lueurs cruelles. Son sourire révèle - autre ressemblance féline - des dents aigües de carnassier. Elle se tait, hésitant à lui poser la question qui l'obsède car elle ignore quelle sera sa réaction, de crainte de briser à jamais le fil ténu qui lui permettrait de découvrir la vérité. Prenant prétexte de son rendez-vous, elle prend rapidement congé. Il observe sa silhouette mince qui s'éloigne dans la rue. Un instant elle semble hési16

ter comme pour se retourner vers lui, mais se perd bientôt dans la foule dense du Boulevard Saint Michel. Elle semble fuir quelqu'un ou quelque chose. Car chacun de ses pas lui remet en mémoire un détail précis de son séjour à Prague, comme si elle remontait le temps jusqu'à ces heures de tristesse et de solitude.

***

17