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L'Île errante

De
117 pages
Qui sont les vingt-quatre écrivains de ce recueil ? Certains vivent à Cuba, d'autres pas. Certains sont dissidents, d'autres pas. Certains sont jeunes, d'autres… moins. Certains, diffusés de par le monde, traduits, restent inconnus dans leur pays natal. Tous évoquent Cuba, certains directement, avec une double casquette d'écrivains et de journalistes ; d'autres, la plupart, empruntent des chemins de traverse.
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Daniel Cohen éditeur www.editionsorizons.com Littératures,une collection dirigée par Daniel Cohen Littératures estune collecon ouverte, tout enère, àl'écrire,qu'en soit la forme : quelle roman, récit, nouvelles, autoficon, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l'édion elle-même. S'il est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d'avoir eu le goût des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que, prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescripons et de ces concepons ailleurs, ont, jusqu'à un degré crique, asséché le vivier des talents. L'approche deLittératures, chezOrizons, est simple —il eût été vain de l'indiquer en d'autres temps : publier des auteurs que leur force personnelle, leur aachement aux formes mulples du liéraire, ont conduits au désir de faire partager leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l'écrit porté par le souffle de l'aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères supposant déterminer l'œuvre liéraire, le style. Flaubert écrivant : « J'esme par-dessus tout d'abord le style, et ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain professant : « c'est toujours le goût qui éclaire le jugement », ils savaient avoir raison contre nos dépérissements. Nous en faisons notre credo. D.C. Fabrication numérique : Socprest, 2012 Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre ISBN : 978-2-296-08791-0 © Orizons, Paris, 2011
L'Île errante Nouvelles cubaines
DANS LA MÊME COLLECTION Marcel Baraffe,Brume de sang,2009 Jean-Pierre Barbier Jardet,Et Cætera,2009 Jean-Pierre Barbier Jardet,Amarré à un corps-mort,2010 Michèle Bayar,Ali Amour,2011 Jacques-Emmanuel Bernard,Sous le soleil de Jerusalem,2010 François G. Bussac,Les garçons sensibles,2010 François G. Bussac,Nouvelles de la rue Linné,2010 Patrick Cardon,Le Grand Écart,2010 Bertrand du Chambon,La lionne,2011 Daniel Cohen,Eaux dérobées,2010 Monique Lise Cohen,Le parchemin du désir,2009 Eric Colombo,La métamorphose de Ailes,2011 Patrick Corneau,Îles sans océan,2010 Maurice Couturier,Ziama,2009 Charles Dobzynski,le bal de baleines et autres fictions,2011 Serge Dufoulon,Les Jours de papier,2011 Raymond Espinose,Libertad,2010 Jean Gillibert,À demi-barbares,2011 Jean Gillibert,Exils,2011 Jean Gillibert,Nunuche, suivi de Les Pompes néantes,2011 Gérard Glatt,L'Impasse Héloïse,2009 Charles Guerrin,La cérémonie des aveux,2009 Henri Heinemann,L'Éternité pliée,Journal, édition intégrale. François Labbé,Le Cahier rouge,2011 Didier Mansuy,Cas de figures,2011 Gérard Mansuy,Le Merveilleux,2009 Kristina Manusardi,Au tout début,2011 Lucette Mouline,Faux et usage de faux,2009 Lucette Mouline,Du côté de l'ennemi,2010 Anne Mounic,(X)de nom et prénom inconnu,2011 Béatrix Ulysse,L'écho du corail perdu,2009 Antoine de Vial,Debout près de la mer,2009 Nos autres collecons :Profils d'un classique, Cardinales, Domaine li8éraire secorrèlent au substrat li;éraire. Les autres,Philosophie —La main d'Athéna, Homosexualitésmême et Témoins,ne peuvent pas y être étrangères. Voir notre site (décliné en page 2 de cet ouvrage)
L'Île errante Nouvelles cubaines Sélection et traduction de l'espagnol (Cuba) Liliane Hasson Postface Armando Valdés-Zamora
2011
Pour Carlos Victoria In memoriam
Antonio Benítez Rojo Le petit-fils El nieto L 'homme devait être l'un des architectes chargés des travaux de restauraon du bourg, car il allait dans tous les sens, avec des crayons et des feutres de couleurs plein les poches. Il pouvait avoir dans les trente ans, guère plus, à en juger par sa barbe fournie d'un châtain uniforme ; il avait plutôt belle allure avec son pantalon de travail moulant, sa chemise à carreaux, ses bo%es espagnoles, son rouleau de plans dans la main, sa vieille casque%e vert olive, passablement délavée. Il était midi, c'est pourquoi il n'y avait pas de maçons sur les échafaudages, ni à côté des moncules de sable et de gravats, ni sur l'armature en planches qui laissait à peine entrevoir la façade de la grande maison, édifiée depuis bien longtemps en haut de la place aux pavés d'époque. Le soleil découpait les corniches aux tuiles rouges déjà restaurées des bâments voisins et dardait ses rayons sur la maisonne%e basse aux murs lézardés, fichée dans l'enfilade des constructions ravalées, comme une dent gâtée. L'homme descendit la rue, arriva devant la maisonne%e, se retourna pour observer la place et peut-être pour contrôler l'avancement des travaux de la grande maison. Ensuite, il déplia le plan, observa encore le haut de la rue, l'air mécontent, en laissant le plan s'enrouler de lui-même. Il s'aperçut alors que le soleil tapait fort, car il qui%a la rue pour s'adosser contre la fenêtre fermée de ce%e maison ; il s'épongea le front avec son mouchoir et, une fois de plus, il regarda les travaux. — Désirez-vous un verre de limonade ? demanda la vieille dame à tête ronde, qui avait entrouvert le volet. L'homme fit volte-face, surpris, la remercia d'un sourire et accepta. Aussitôt, la porte s'ouvrit et une aimable silhouette trapue se présenta sur le seuil et l'invita à entrer. Sur le moment, l'homme disnguait mal l'intérieur du salon, car il heurta un rocking-chair au cannage défoncé, troué par endroits, qui alla se balancer en grinçant. — Asseyez-vous, dit la femme en souriant. Je vous apporte tout de suite votre limonade. Je vais d'abord piler de la glace, ajouta-t-elle comme pour s'excuser par avance de le faire attendre. L'homme stoppa le balancement du siège, l'examina et s'assit prudemment. Déjà adapté à la pénombre, il regarda autour de lui : la console au miroir piqué, l'autre rocking-chair, le canapé au dossier à médaillons, les paysages ternes accrochés aux murs. Son regard indifférent glissa sur les autres objets de la pièce mais, soudain, il se figea sur la photo d'identé posée sur le guéridon du milieu dans un petit cadre d'argent. Précipitamment, l'homme se leva et s'empara du portrait qu'il approcha de ses yeux. Il resta ainsi, le faisant tourner dans ses mains, jusqu'au moment où il entendit marcher dans le couloir. Alors, il le remit en place et alla se rasseoir avec des gestes hésitants. La vieille dame lui tendit un verre posé sur une soucoupe. — Vous en désirez un autre ? demanda-t-elle de sa voix claire et cordiale, pendant que l'homme buvait d'un trait. — Non, merci. Il se leva pour poser son verre à côté de la photo. Il fait frais chez vous, dit-il sans trop de conviction. — Enfin, si on ne laisse pas passer le soleil sur le devant, on est bien. Derrière, dans la cour, pas de problèmes avec le soleil ; à la cuisine non plus. — Vous vivez seule ? — Non, avec mon mari, répondit-elle. Il est très content que l'on répare les maisons, par ici. Il est allé faire les courses à l'épicerie... Est-ce que vous savez s'ils ont l'intenon d'arranger
notre maison ? — Eh bien, c'est à voir... Elle l'interrompit d'une voix ferme : — C'est ce que je dis à mon mari. Ce%e maison n'est pas muséable. Ce n'est pas comme ça qu'on dit ? J'ai lu ça dans un magazine. L'homme sourit avec embarras et prit congé. Il se dirigea vers la sortie, suivi de la femme. — Je vous remercie beaucoup. Votre limonade était délicieuse. — Ce n'est rien, répondit-elle en ouvrant la porte sur la fulgurance de la rue. Si vous êtes encore dans les parages demain et si vous avez soif, frappez sans vous gêner. — Ce%e personne sur la photo... c'est un proche ? demanda l'homme comme s'il avait du mal à trouver ses mots. — Mon pet-fils. Ce%e photo date de l'époque où il comba%ait la dictature dans nos montagnes. Maintenant, il est marié et il vit à La Havane. L'homme se contenta de hocher la tête et se hâta de sorr. Dans la rue, il s'arrêta, cligna des yeux sous le soleil ardent et regarda la porte, déjà refermée. — Allez-vous réparer notre maison ? lui demanda un vieillard qui portait deux grands sacs en papier calés sur son bras ; une flûte de pain dépassait. — Nous essaierons. Mais vous savez comment ça marche, ces choses-là... Enfin, il me semble que oui. D'ailleurs, elle en vaut la peine. — Elle ferait mauvais effet par rapport à l'ensemble, fit le vieil homme. Elle jurerait par rapport aux autres, ajouta-t-il, non sans malice. — Oui, vous avez raison, répondit l'homme, les yeux tournés vers la maison. J'ai examiné l'intérieur. À l'intérieur, elle n'est pas mal. — Eh bien, tant mieux. Le problème, c'est le toit, hein ? Mais ça ne serait pas un grand problème, n'est-ce pas ? Celle d'à-côté n'avait pas non plus de toit de tuiles et maintenant, regardez comme elle est belle. Soudain, le vieillard s'approcha de l'homme et, bouche bée, il scruta longuement son visage. — Vous êtes..., commença-t-il d'une voix étranglée. —Oui. — Vous a-t-elle reconnu ? demanda le vieil homme en s'humectant les lèvres. — Je ne crois pas. Il faisait un peu sombre à l'intérieur. Et puis, les années passent et maintenant, j'ai une barbe. Le vieux avança tête basse vers le banc près de l'entrée, déposa ses emple%es sur la pierre et s'assit péniblement à côté. — Nous habions à La Havane, mais nous sommes tous les deux d'ici. C'est une bourgade ancienne. Nous avons voulu passer ici nos dernières années ? Nous n'avons pas eu d'enfants. C'est normal, n'est-ce pas ? dit le vieillard en fixant le bout tordu de ses chaussures usées. Le jour même de notre retour... Juste ici — il désigna un point sur le tro%oir — juste ici, se trouvait la photo. Vous habitiez à côté ? — Non, j'étais dans les montagnes. Mais parfois, je descendais au bourg. J'avais une pete amie qui habitait... J'aimais bien me promener sur ce%e place, dit l'homme avec un geste vague vers le haut de la rue. Je crois comprendre la situation, ajouta-t-il en laissant retomber son bras. — Mais non, vous ne pouvez pas comprendre. Vous n'êtes pas en âge de comprendre... Les voisins d'en face, ceux d'à-côté, ils se figurent tous que vous êtes son pet-fils. Elle-même, peut-être. — Pourquoi seulement son petit-fils ? — L'idée vient d'elle. Elle a toujours été invenve, oui, très invenve et un peu romanesque. Dommage que nous n'ayons pas pu fonder une famille. Elle... comprenez-vous ? — Je suis désolé. Qu'allez-vous faire ? demanda le vieux en regardant l'homme d'un œil vide. — Eh bien, allez dire aux voisins d'en face et à ceux d'à-côté que le pet-fils de La Havane est venu travailler ici un certain temps. Le vieillard sourit, ses yeux s'illuminèrent. — Est-ce que ça vous dérangerait beaucoup de venir passer la nuit ici ? L'homme l'aida à se relever. — Ça serait normal, vous ne trouvez pas ? répondit-il en lui tendant ses sacs.