L'impromptu d'Alger

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296315808
Nombre de pages : 70
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L'IMPROMPTU

D'ALGER

Jean-Michel Deshaires

L'IMPROMPTU

D'ALGER

Éditions L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Collection Écritures

MERIDIEN Alain, Un matelas par terre, 1995. DUVIGNAU Marie, Vingt chroniques garlinoises plus une, 1995.
RABINOVITCH Anne, Comme si les hommes étaient partis en voyage, 1995.

AOUAD BASBOUS Thérèse~ Mon roman, 1995. HAGHIGHAT Chapour, Le chant nocture des voyageurs, 1995. CLANCY Genviève, TANCELIN Philippe, L'été insoumis, 1970-1984, 1995. LO NYOMBO Samba, Dakar Transgress, 1995. FLAHAULT Daniel, Une blouse blanche sous le boubou, ...en Afrique et à l'OMS, 1995. ZIANI Rabia, Le secret de Marie, 1995. STARASELSKI Valère, Le Hammam, 1995.

1996 ISBN: 2-7384-4059-2

@ L'Harmattan,

1990. Un après-midi de merde sur les Champs-Elysées, je rencontre Omar. Trente ans après, c'est comme un coup de soleil. Plus de crachin d'automne, plus de trottoirs froids et visqueux, seulement son sourire chaud comme les pierres sur lesquelles j'aimais à poser mon ventre et ma joue, très fort, comme pour me fondre dans la minéralité de midi. Notre émotion nous fait faire l'économie des choses accessoires: "Je ne t'aijamais oublié, dit-il, même aux heures les plus sombres de la guerre." Je lui prends le bras et nous marchons en silence. Des images se bousculent dans ma tête, des noms au bord de mes lèvres. Il me devance à sa façon discrète et généreuse: "Te souvienstu, Jean-Mi, de cette étrange nuit d'Alger dans la salle de l'Union des femmes où nous avons vécu quelques heures l'essentiel de la déchirure qui allait nous meurtrir et nous séparer pendant sept ans ?" Si je me souvenais... Il me force à m'arrêter, me tourne vers lui et plonge ses deux grands yeux noirs dans ma mémoire: "C'est cette histoire-là que tu devrais écrire. " Il m'a fallu un peu de temps et le courage de faire revivre quelques fantômes, mais l'histoire est désormais écrite, Omar. Telle qu'elle est, je te la dois, comme aux sept autres qui nous accompagnaient dans cette nuit prémonitoire: Alize, Gérard, Andrée, Rhalib, Manu, Georges, Ramos, Franck.

7

I.
Alger, la nuit. On se calme. Il ne s'agit pas d'un énième retour à Alger bouffée de mémoire pied-noir vieillissant sur fond de front islamique. ("Où qu'elle est la maison de ta mère? Qu'est-ce qu'ils en ont fait, Maurice? Et le cimetière, dis, le cimetière ?") La guerre d'Algérie n'a pas eu lieu, les casseroles sont restées dans les cuisines, les paras à Pau, dans les casernes de la BTAP, les casinos n'ont pas explosé, les couilles n'ont pas été éclatées, électrocutées dans la lumière blanche de quelque villa Suzini. Alger, la nuit. Les intellectuels n'ont pas été humiliés. Bab-el-Oued vote communiste, les fils de la république espagnole n'ont pas adhéré à l'OAS. Alger, la nuit. Torrent d'étoiles. Pas de la stardusterie de bazar !...Explosion nucléaire silencieuse sur la baie. Ce qui s'est passé, un jour, sur Bételgeuse, se reflète dans l'eau noire où les lucioles s'essaient à donner la réplique silencieuse aux danseuses étoiles de l'univers. Alger calme. Alger ventre. Alger berceau. ("Et ta rue, Maurice? Ta rue ?") Les Arabes sont rentrés dormir dans les collines, les cafés exhalent leurs dernières odeurs d'anisette, dans les bordels de la basse ville et de la Casbah, les filles sont à la besogne... Rhalib Didjelli s'en fout bien des bordels, il descend vers la 9

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