L'INCENDIE DE BOUKASSA ROMAN

De
Publié par

Tout allait bien dans la ville africaine de Boukassa jusqu'à cette sombre nuit où brûla la mairie... Dès le matin suivant, l'évidence apparut : une importante somme d'argent avait disparu dans le sinistre. Qui pouvait croire à la fatalité ? Les policiers venus de la capitale bouclèrent rapidement leur enquête. Seul Aboubacar ne put se résoudre à cette fin, il entama discrètement des recherches qui relanceront l'enquête jusqu'au dénouement final.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
Lecture(s) : 90
EAN13 : 9782296461901
Nombre de pages : 222
Prix de location à la page : 0,0118€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Lèincendie de Boukassa
Pierre Castillou
Lèincendie de Boukassa Roman
Du même auteur :
Regards sur le chemin de Compostelle.Princi Negue. 2002 La Voie dArles. Pyrémonde. 2004 Chemin et Histoire Cathares. Pyrémonde. 2006 Guide de lAragon en 54 balades. PRNGéditions. 2011
Ce livre est une fiction inspirée dun fait divers réel, cependant toute ressemblance entre les personnages de ce roman et des gens existants ou ayant existéserait pure coïncidence.
Malgré le soin apporté à la correction de son ouvrage, il peut arriver que l’auteur laisse passer coquilles ou fautes d’orthographe. Nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.
© LÈHarmattan, 2011 5-7, rue de lÈEcole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54962-3 EAN : 9782296549623
À Mona, Nadiaet Jean-Luc Pruvost, Monique Kaborette et Gérard Desmoulins, Bernard et Annick Bénéteau-Kaboré, Josiane et René Ginoux, Laure, Magali, Alain et tous les autres
Mes remerciements les plus chersàmon ami Bernard Didier pour ses corrections et ses conseils avisés.
- Quel est cebruit inquiétant, que signifient ces cris ?
Aboubacar s’étire sur son lit, réveilléen pleine nuit.«BonDieu ! Quelle heure est-il ?» Linstituteur de l’école centrale sextrait péniblement de la moustiquaire qui pend du plafond comme un parachute percé. Lhomme tend le bras vers le tabouret en bambou qui lui sert de table de nuit et regarde sa montre fluorescente en maugréant :«une heure dix ! Ce nest pas vrai, ce nest pas possible ! Mais que se passe-t-il ? Quel est ce tintamarreàune heure pareille ?». Lhomme demeure assis quelques instants sur le matelas de mousse posé à même la terre battue. Il reste ainsi,àmoitiéendormi, ses longues jambes repliées comme les mandibules dune mante religieuse,àrefuser ce chahutPourtant les cris se répètent ! Les appels des femmes le disputentàceux des hommes.«Y a-t-il eu un coup dÉtatàla capitale ? Non ce nest pas possible, le Président est un bon démocrate, aimépar son peuple, ce nest pas cela, pour savoir, une seule solution, il faut que jaille voir», cogite Aboubacar. Le jeune enseignant chercheàtâtons son pantalon et son tee-shirt jetés en boule sur son coffre, unique meuble de sa case oùil range son patrimoine. Le confort est spartiate chez linstituteur. Ses vêtements pendent àune corde qui traverse la pièce comme du linge qui sèche, pas de chaise ni de table, pas davantage d’électricité, juste une lampeàpétrole pour s’éclairer. Aussi, comme sous ces tropiques la nuit tombe brutalementà18 heures, souvent le maître d’école reste tard en classe pour corriger les copies de sesélèves. Par chance, son groupe scolaire bénéficiant de panneaux solaires offerts par une O.N.G., Aboubacar ne rejoint sa modeste case en piséque pour dormir. Son salaire de fonctionnaire ne lui permet pas de se payer le logement plus spacieux dont il rêve. Dans Boukassa, les offres de location sont rares,«elles ne se trouvent pas sous les sabots des bourricots» dirait son vieux père restéau village de Youfo, situé àune trentaine kilomètres par la piste. Ainsi, sans parentéqui puisse lhéberger localement, le jeune instituteur se contente de vivre dans cette case sans confort, en attendant des jours meilleursLa foule le cueille sur le seuil de sa porte. Une vague humaine se dirige vers lentrée de la ville où, bien quen pleine nuit, le ciel rougeoieétrangement. Le flux abondant lui rappelle le jour de la Tabaski quand la majoritédes fidèles vontàla mosquée pour la prière. Une femme tout excitée lui crie : - Venez vite monsieur linstituteur, la mairie brûle, il faut aller aider les autres, dépêchez-vous ! Tous les bras sont nécessaires pouréteindre le feu !
7
Sans attendre, le maître d’école enfile ses tennis et fileàtoutes jambes vers lhôtel de ville sans même prendre le temps de nouer les lacets.«Attention ! Méfie-toi des ravines et de ces ornières perfides creusées par les pluies» pense-t-il en courant. Il a raison car des cicatrices profondes balafrent la piste ; la municipalitétraîne toujours pour les faire combler, il faut enjamber ces pièges, les contourner, et lobscuritéaccentue le danger, ce nest pas le moment de se tordre une cheville ! La foule attirée par lincendie sattroupe comme les papillons de nuit autour dun lampadaire. Lessaim humain freine la progression du jeune enseignant. Des femmes trottinent en ajustant leurs boubous Certaines ont confiéleur bébé àla vieille grand-mère restéeàla case. Cest lavantage de lAfrique où, sans maisons de retraite, les anciens demeurent au sein de la concession familiale. Ainsi, les jeunes soutiennent leurs vieux qui rendent des services selon leurs possibilitésLa solidariténest pas une légende. Aboubacar comprend lempressement des villageois, tous partagés entre la curiositéet linquiétude : les distractions sont si raresàBoukassaLa plupart des hommes sont partis les premiers pour organiser une chaîne de seaux deau qui se tortille comme une chenille et lutte contre les flammes. Mais la noria paraît dérisoire, la partie semble perdue davance, trop inégale, trop déséquilibrée ! Le feu a pris trop davance ! Il gronde et rugit comme un fauve, sa rage dévore l’édifice. Les langues enflammées comme celle dun dragon sapent l’édifice et jaillissent hors des murs comme des lance-flammes. Hélas, dans ces contrées, personne ne possède le moindre extincteur et il nexiste quun seul puitsàproximité. Sa pompe manuelle paraît insignifiante. Malgréleffort soutenu des hommes les plus costauds qui actionnent son brasàtour de rôle son débit nexcède pas un seau deau par minute ! Une goutte pour les flammes qui se réjouissent et progressentà grande vitesse ! Par chance, lhôtel de ville s’élève au centre dune large esplanadeLe brasier ne pourra pas sauter vers dautres constructions ni déclencher un feu de brousse.
- Quelquun a-t-il prévenu les pompiers de Dougou ? crie Aboubacaràla cantonade en regardant les bouffées de fumée qui s’échappent sous les tôles comme lorsque la vapeur soulève le couvercle de la marmite.
- Oui, oui, cest fait ! Cest monsieur Diaby, le secrétaire général de la mairie qui sen est chargé, répond une voix anonyme.
- Il y a combien de temps, poursuit linstituteur ?
-Ça doit faire dix minutes ou un quart dheure, intervient Norbert déjà présent sur les lieux.
Les reflets du brasier teintent de rouge et jaune les cheveux blancs du premier adjoint. 8
- Et legardien de nuit, oùest-il, est-ce que quelquun la vu, il nest pas au moins resté àlintérieur ?
- Non, non, il est dehors, cest lui qui a prévenu notre secrétaire général de lincendie.
- Il ny a personne là-dedans, cest sûr ?
- Non, non, il ny a personne, répond le premier adjoint.
- Vous enêtes certain ? insiste lenseignant.
- Oui, absolument, de toute façon, la mairie est toujours ferméeàclé! Même le veilleur de nuit na pas la possibilitédy entrer pendant sa garde. Il est impossible que quelqu! Et si cun y soit ’était le cas, ce ne pourraitêtre quun cambrioleur et dans ce cas le voleur naurait que ce quil mérite !
- Que voulez-vous dire monsieur Norbert ?
- Rien, rien, je ne veux rien dire. Pour moi, il n! Il y a dy a personne ûy avoir un court-circuit ou alors cest peut-être un mégot maléteint
- Un court-circuit ? Avec les panneaux solaires ? s’étonne linstituteur.
L’éclat du feuéblouit la population. Uneépaisse chaleur se dégage. Les flammes miroitent dans les yeux des curieux et leurs reflets dansent une sarabande sur leur visage. Des odeurs de plastique et de caoutchouc brûlés imprègnent latmosphère. Les enfants qui accompagnent leurs parents restent bouche bée et se demandent sils doivent croireàce quils voient ou se pincer : si tout est vrai ou pure magie ? La nuit amplifie lintensitéet la taille des flammes qui dévorent goulûment l’édifice public dans un grand fracas. Des craquements sinistres montent du brasier géant comme si,àlintérieur, un mauvais génie sacharnaitàtout casser en activant son grand soufflet. Les tôles du toit sempourprent, noircissent, se tordent, se contorsionnent avant de s’écrouler dans le brasier en se libérant de leurs attaches. Des gerbes d’étincelles jaillissent etéclatent en bouquets dantesques. Ce feu dartifice émerveille les gamins qui clignent leurs yeux ou cachent leurs mirettes derrière leurs petites mains. Les habitants se tiennentàdistance. Les pompiers improvisés ne sapprochent plus du brasier devenu trop violent et déversent inutilement leurs seaux deau loin des flammes. La chaleur est intense ! David affronte Goliath, mais le géant triomphe !
- Cest beau, murmure la petite Aminata cramponnéeàla main de sa grande sœur Asseytou qui répond :
- Oui, cest beau maisàmoi la fumée me pique les yeux. 9
- Et à moi lagorge, oh ! Entends les pétards !
- Que tu es bête, ce ne sont pas des pétards, cest le bois qui pète.
- Maisça ne pète pas le bois !
- Ouiça pète !Ça pète quandça brûle ! Tu entends ?
- Oui,ça fait comme le vieux Souleymane quand il mange trop dharicots ou darachides !
Les yeux de lenfance ne réalisent pas lampleur du désastreL’évidence est pourtant là! Dramatique réalitédevenue fatalité. La mairie de Boukassa part en fumée et les pompiers de Dougou arriveront trop tard !
- Cest une catastrophe, elleétait quasi neuve dit un homme dépité àson voisin quiégrène son grigri entre ses doigts pour implorer clémenceà quelque dieu du feu.
Plus loin, une chrétienne se signe ; vaine prière dans la nuit. Il est trop tard ! Le vieillard martèle rageusement sa canne, il comprend quil ne reste plus rienàsauverAprès la stupeur, linquiétude et leffroi, les interrogations pointent. Face au désastre, la population sinterpelle et discute dans un chahut indescriptible. Chacunéchafaude son hypothèse, expose sa théorie sur lorigine du feu et répète ses explicationsàquiconque veut lesécouter. Lexcitation monte. Vivre un telévénement n! Certains villageois searrive pas tous les jours désolent, dautres deviennent sceptiques, mécontents et en colèrePourtant si tous réalisent que cetévénement dramatique les concerne directement, la plupart comprennent que lincendie ne les affectera finalement que peu, car dans le fond, la destruction de lhôtel de ville naggravera pas le quotidien du peuple. Que le maire, ses adjoints et les secrétaires naient plus de bureaux pour travailler, cela est leur problème. InchAllah ! Quils se débrouillent ! Cette objectivité, froide mais réaliste, pousse certains hommesàplaisanter,à raconter des blagues. Très vite des railleries fusent. Chacun en prend pour son grade : il faut bien rire de tout ! Près dAboubacar, un groupe de jeunes fait des commentaires désobligeants sur les pompiers qui tardent, dautres, mécontents de laction municipale, profitent des circonstances pour critiquer tel ou telélu, le clan du maire, son train de vie et que sais-je encoreDans cette ambiance, la majoritéde la foule reste patiemment sur place. Personne ne veut manquer lapothéose finaleLe spectacle dantesque ne sachèvera quaprès l! En attendant, lesintervention des soldats du feu questions et les réponses rebondissent :
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.