7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99Ź/mois
ou

Publications similaires

Le Journal de Mr Knightley

de milady-romance

Disparue

de oxymoron-editions

Frédéric Livyns
L’obscur
Roman
L’obscur
Livres libres collection dirigée parMarc Bailly
Une collection oĂč vivent plaisir, libertĂ©, imaginaire et qualitĂ©. Le plaisir de la lecture.Trop souvent oubliĂ© dans un monde qui file Ă  la vitesse du numĂ©rique, le plaisir de la lecture offre pourtant une fenĂȘtre sans limite sur le monde qui nous entoure. Pour certains, synonyme d’apprentissage, d’élitisme, de difficultĂ©, la lecture plaisir a trouvĂ© sa collection. La libertĂ©. De ton, de style, de genre, d’écriture. Une collection qui se veut sans barriĂšre, sans limite, sans Ă©tiquette. Les auteurs seront libres de dĂ©velopper leur univers, d’exploiter leurs idĂ©es, de faire naĂźtre aux dĂ©tours des pages, des galeries de personnages fascinants
 Pour des lecteurs qui pourront, en toute libertĂ© se plonger dans des rĂ©cits riches, joyeux, tristes, dangereux, excitants, bondissants, drĂŽle, terrifiants
 L’Imaginaire au pouvoir ! Qu’estce que l’Imaginaire ? Mais finalement, qu’estce qui n’est PAS Imaginaire. Une collection qui se permet tout, ne se refuse rien et qui ouvre grandes les portes d’une vĂ©ritable aventure littĂ©raire aux parfums exquis ! La qualitĂ©. Livres Libres se veut une collection de qualitĂ© et exigeante, qui ne publiera que le meilleur, au service d’une littĂ©rature de qualitĂ© (mais accessible), et d’un lectorat tout aussi exigeant
 Livres Libres propose des ouvrages inĂ©dits d’auteurs belges qui partagent une volontĂ© tant de qualitĂ© que de divertissement. Livres Libres, finalement n’est pas une collection ! C’est une expĂ©rience littĂ©raire.
DĂ©jĂ  parus :
‱ Hugo Poliart,Superflus, 2015. ‱ Marc Bailly (sous la dir.),La Belgique imaginaire – Anthologie tome 1, 2016. ‱ MariePaule EskĂ©nazi,Walter ou NaĂŻm, hĂ©ros ou assassin, 2016. ‱ Sophie et Jacques Mercier,Toute une vie d’amour, 2016.
FRÉDÉRIC LIVYNS
L’obscur
R O M A N
La collectionoĂč vivent plaisir, libertĂ© et imaginaire.
D/2016/4910/34
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN : 9782806120291
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procĂ©dĂ© que ce soit, rĂ©servĂ©s pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Chapitre 1
Morts nocturnes
28 août 1965
Tibburce se rĂ©veilla en sursaut. Le rĂ©veil aux aiguilles fluorescentes indiquait qu’il Ă©tait une heure passĂ©e de six minutes. Sa main tĂątonna quelques secondes sur le mur, Ă  la recherche du commutateur Ă©lectrique. Lors-que la lumiĂšre jaillit, il prit de plein fouet la dure rĂ©a-litĂ© Ă  laquelle il avait Ă©chappĂ©, le temps d’un songe. Il avait beau vivre depuis prĂšs d’un an dans cette maison, il ne s’y habituait toujours pas. La demeure de son grand-pĂšre, austĂšre et glaciale, Ă©tait en tout point diffĂ©rente du cocon familial qu’il avait toujours connu. Mais son pĂšre et sa mĂšre n’étaient plus lĂ  dĂ©sormais et il avait Ă©tĂ© confiĂ© aux bons soins de l’unique parent qu’il lui restait : son aĂŻeul. L’homme Ă©tait distant et froid,tout l’opposĂ© de ce que l’on pouvait attendre d’une personne recueillant son petit-fils orphelin. Il Ă©tait mĂ©prisant et ne manquait jamais une occasion de faire sentir Ă  l’enfant Ă  quel point il Ă©tait un poids. MalgrĂ© sa petite taille, son aspect voĂ»tĂ© et sa dĂ©marche hĂ©si-tante, il dĂ©gageait quelque chose de dangereux. MĂȘme la gouvernante qui avait Ă©tĂ© engagĂ©e peu de temps aprĂšs son arrivĂ©e, une femme d’un certain Ăąge que peu de choses semblaient pouvoir effrayer, se mĂ©fiait du vieillard. Cela se sentait dans la dĂ©fĂ©rence appuyĂ©e
5
6
lorsqu’elle s’adressait Ă  lui, comme si elle craignait qu’ilne lui saute au visage. La demeure Ă©tait envahie par le silence que seul troublait le tic-tac rĂ©gulier des aiguilles du rĂ©veil. Mais l’enfant Ă©tait certain que ce calme pesant avait Ă©tĂ© prĂ©-cĂ©dĂ© par le hurlement de la vieille dame. Il n’avait qu’une seule envie : se pelotonner sous les couvertures afin d’attendre le lever du jour et sa lumiĂšre rĂ©confor-tante. Il se fit violence et sortit de son lit. Peut-ĂȘtre la gouvernante avait-elle fait une chute ? Ou un malaise ? Il inspira profondĂ©ment, rassemblant de la sorte tout son courage, et enfila ses chaussons. Il sortit douce-ment de la chambre. Par chance, la maison n’était pas entiĂšrement plongĂ©e dans l’obscuritĂ©. Les lumiĂšres du couloir Ă©taient allumĂ©es et il voyait sur les murs de la cage d’escalier qu’il en Ă©tait de mĂȘme pour le rez-de-chaussĂ©e. L’adolescent s’avança lentement jusqu’en haut des marches plongeant vers le niveau infĂ©rieur. Il se pencha au-dessus de la rampe. Il avait une vue d’ensemble sur le hall d’entrĂ©e. Il n’avait qu’une seule crainte : croiser son grand-pĂšre ou, pire encore, l’homme qui l’accom-pagnait en permanence. Il patienta quelques secondes et, voyant qu’il n’y avait nul mouvement, s’enhardit. Il s’immobilisa Ă  nouveau en posant le pied au rez-de-sol. Il Ă©tait tendu, prĂȘt Ă  bondir vers sa chambre en cas de danger. Il avait beau avoir prĂšs de dix-huit ans, il vivait toujours dans la crainte constante du vieil homme. Il avança Ă  pas feutrĂ©s vers le centre du hall et s’arrĂȘta net en dĂ©couvrant le spectacle. Au centre de la piĂšce, dans une mare de sang, gisaient les corps de sa gouvernante et de l’ami de son grand-pĂšre. Mais il n’y avait nulle part trace de son aĂŻeul.
Chapitre 2
Le massacre de Francheville 31 octobre 2008
L’homme remontait d’un pas pressĂ© l’allĂ©e bordĂ©e d’arbres. Le sac plastique qu’il tenait Ă  la main battait contre sa cuisse Ă  chaque enjambĂ©e, rythmant ses pas. Il se dĂ©pĂȘchait de regagner la maison. Il avait laissĂ© ses enfants seuls, cĂ©dant Ă  leur dĂ©sir, contre toute pru-dence. Il pestait contre le temps perdu dans l’épicerie du village et cette propension qu’avaient les personnes ĂągĂ©es Ă  compter difficilement leur menue monnaie. Il faisait Ă©trangement calme. MalgrĂ© le temps radieux et la vĂ©gĂ©tation abondante, il n’entendait aucun bruit. Une chape de silence s’était comme abattue sur les lieux. Il allait arriver au tournant derriĂšre lequel se trouvait la maison lorsque les hurlements retentirent. L’homme sentit son cƓur se serrer dans sa poitrine. Le cri avait cristallisĂ© ses craintes ! Il se mit Ă  courir et lĂącha mĂȘme son sac de victuailles, devenu fardeau trop encombrant.Sous l’effet de l’angoisse et l’effort soudain auquel il n’était pas habituĂ©, son souffle se fit court. La demeure Ă©tait maintenant en vue, distante de tout au plus une centaine de mĂštres qui paraissaient interminables. Il regarda autour de lui tout en courant et eut con-firmation de ce qu’il redoutait : le cri Ă©tait bien celui de sa fille ! Terrible et presque ininterrompu, il s’arrĂȘtait
7
8
juste le temps d’une respiration pour reprendre de plus belle. Dans son empressement, l’homme trĂ©bucha sur la derniĂšre marche du perron et s’étala de tout son long. Sa main s’empala sur un vieux clou mal enfoncĂ© dans le plancher et la douleur le fit se relever d’un coup. Tout en actionnant frĂ©nĂ©tiquement la poignĂ©e de la porte d’entrĂ©e qui rĂ©sistait, il jeta un Ɠil Ă  la paume meurtrie de son autre main. L’entaille Ă©tait profonde et le sang coulait abondamment. Le battant finit par pivoter sur ses gonds et il se retrouva, haletant, dans l’entrĂ©e. La maison Ă©tait plon-gĂ©e dans une obscuritĂ© relative, la luminositĂ© du jour ne filtrant que difficilement Ă  travers les fins rideaux tirĂ©s. L’homme avança prudemment. Il s’attendait Ă  ce que l’un de ses compagnons ne lui saute dessus Ă  l’im-proviste. Ses muscles Ă©taient tendus, prĂȘts Ă  la riposte en cas d’agression. Il marqua un temps d’arrĂȘt devant la grande fresque recouvrant le mur Ă  sa gauche et Ă©carquilla les yeux. Il avait d’abord crĂ» Ă  un jeu de lumiĂšre, un reflet mais il devait se rendre Ă  l’évidence. Sur la peinture, il y avait Ă  prĂ©sent une reprĂ©sentation de ses enfants. Elle n’y figurait pas le matin mĂȘme, il en Ă©tait certain ! Il y posa sa main, caressant le visage de sa fille sans prendre garde au sang s’écoulant de la blessure. Il Ă©tait comme hypnotisĂ©. Le hurlement reten-tit Ă  nouveau et agit comme un coup de fouet. Il sortit de sa contemplation et se prĂ©cipita vers la source du cri : la cave.
*
Bernard lisait son journal tout en sirotant son cafĂ© du matin. Une cigarette Ă  moitiĂ© grillĂ©e fumait dans le cendrier. Il s’étira et bĂąilla Ă  s’en dĂ©crocher la mĂąchoire. Cela faisait plusieurs nuits d’affilĂ©e qu’il dormait extrĂȘmement mal. Un cauchemar rĂ©current le
tirait du sommeil Ă  chaque apparition et le laissait, pan-telant, couvert d’une sueur glacĂ©e. Il Ă©tait certain que ces mauvais rĂȘves Ă©taient dus au rĂ©cent dĂ©cĂšs de son Ă©pouse. L’absence de celle qu’il aimait et la vie solitaire qu’il menait depuis Ă©taient choses nouvelles pour lui. Il but une gorgĂ©e du breuvage brĂ»lant et la tasse lui Ă©chappa des doigts lorsque le hurlement retentit. Le liquide s’étala sur le journal en une tache brunĂątre. Bernard se leva d’un bond et se dirigea vers la fenĂȘ-tre donnant sur la maison voisine. Il vit un homme courir Ă  perdre haleine vers la demeure, chuter et se relever avant de s’acharner sur la porte d’entrĂ©e. Quel-ques secondes plus tard, l’individu pĂ©nĂ©trait dans la demeure. Bernard hĂ©sitait quant Ă  la conduite Ă  adopter. Il resta ainsi Ă  guetter durant le petit temps qu’il passa Ă  tergiverser. Les dĂ©tonations le firent se prĂ©cipiter vers le tĂ©lĂ©phone.
*
– C’est vous qui nous avez appelĂ©s ? demanda l’ins-pecteur de police. – Oui, murmura Bernard Neuville. Ce dernier regardait, blanc comme un linge, les ambulanciers sortir un corps, le troisiĂšme dĂ©jĂ , sur une civiĂšre. Il Ă©tait entiĂšrement recouvert d’un drap blanc. L’inspecteur Vernan, ĂągĂ© d’une quarantaine d’annĂ©es, suivit Ă©galement le brancard des yeux. Son regard gris acier oĂč ne transperçait aucune Ă©motion, ce regard propre aux hommes de terrain qui ont vu trop de morts ou d’horreur pour encore s’en Ă©mouvoir, se reporta sur Bernard. – Celui-lĂ  est mort aussi, dit l’un des ambulanciers Ă  l’adresse d’un des agents de police.
9