L'oiseau entre ciel et terre

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Centrée sur une image lyrique et symbolique, celle de l'oiseau, cet ouvrage propose un large éventail d'approches concernant la vie du Bourbonnais, mais aussi enracinées dans toutes les traditions culturelles, littéraires et scientifiques de tous les peuples à travers toutes les époques. Des croyances relatives à l'aigle, l'ibis ou le corbeau, et s'attachant à des créatures légendaires comme les Valkyries, voici un tableau coloré où études des religions et de la littérature occupent une place importante.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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EAN13 : 9782296426627
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L'OISEAU
ENTRE CIEL ET TERRE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo. fr (QL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9915-9 EAN: 9782747599153

Collection KUBABA Série Actes VI

L'OISEAU
ENTRE CIEL ET TERRE Editeurs MICHEL MAZOYER, JORGE PÉREZ REY, FLORENCE MALBRAN-LABAT, RENÉ LEBRUN

Association Kubaba, Université de Paris I, PanthéonSorbonne, 12 Place du Panthéon, 75231, Paris CEDEX 05 Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polythechnique 75005 PARIS
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
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Cahiers Kubaba (chez L'Harmattan) Barbares et Civilisés dans l'Antiquité. Comment peut-on être barbare?
Collection Kubaba

Série Antiquité Suppiluliuma et la veuve du pharaon, Jacques Freu. Studia Anatolica et varia. Antiquus Oriens, Mélanges René Lebrun, éd. Mazoyer et Casabonne, 2004 (2 volumes). Les mutilations des ennemis à l'époque préceltique, Claude Sterckx. Série Monde moderne, Monde contemporain Eysteinn Asgrimsson, Le Lys, Poème marial islandais, traduction de Patrick Guelpa. L'Enseignement de l 'Histoire en Russie, Annie Techernych ev.

PRÉFACE
Ami lecteur, La nature est sans charme quand elle est sans oiseaux. L'absence d'oiseaux est un signe de malédiction. Les Grecs et les Arabes, peuples poètes, disent qu'aucun oiseau ne passe ni ne s'arrête dans les régions désolées des rives de la Mer Morte et de celles de l' Averne. Les Evangiles de Matthieu et de Luc, qui reprennent la parabole du grain de Sénevé, disent que ce grain, la plus petite des semences, devient arbre, une fois sa croissance terminée et les oiseaux du ciel s'abritent dans ses branches. L'irlandais Brendan, dans sa quête du paradis, se réfugie sur une île nommée le paradis des oiseaux?

Merci à Michel Mazoyer, à son épouse et à tous les auteurs de venir à Hérisson, nous révéler, la richesse cultuelle, philosophique, scientifique et historique de la gent ailée. Ce livre qui rassemble les textes des journées universitaires de Hérisson de l'année 2004, sera, j'en suis sûr, une référence, consulté souvent toujours avec plaisir, et en bonne place dans votre bibliothèque. Bernard Faureau Maire de Hérisson

THRESKIONIS IETHIOPICUS AUTOUR D'UN MOUVEMENT MIGRATOIRE DE l'IBIS DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE

Cette communication se propose d'étudier la façon dont s'articulaient la migration des ibis à l'approche de la crue du Nil, à partir de la mi-juillet, et les croyances qui leur étaient attachées, du point de vue des Egyptiens de l'antiquité, grands observateurs de la nature. En effet, les migrations animales, signes annonciateurs de bonne ou de mauvaise année, constituaient des indications calendériques précieuses pour les riverains de la vallée du Ni11. Nous verrons, chemin faisant, que certains mouvements migratoires, si ce n'est les espèces qui les composaient ellesmêmes, faisaient l'objet de réinterprétations religieuses associées au Nil. En effet, l'inondation entraîne de profonds changements du biotope dans son aspect et sa composition. J'ai eu la possibilité, à l'occasion d'une communication à Dumbarton Oaks (Washington), de mettre en relief la renaissance privilégiée, à l'occasion de la montée des eaux, du milieu marécageux induisant un ensemble de conséquences sur le milieu et leur exploitation dans les croyances égyptiennes2. La migration des ibis. - Venons-en au phénomène de la migration des ibis proprement en empruntant un passage à Victor Audouin, dans son explication des planches du naturaliste Marie-Jules-César-Lelorgne de Savigny3 :
Les ibis ne rapport des commence s'augmenter nichent pas en Egypte, et, suivant le habitans, ils arrivent dès que le Nil à croître: leur nombre semble considérablement, avec les eaux du

fleuve, pour diminuer ensuite avec elles; et, lorsque l'inondation est passée, ils ont tous disparu. Leur apparition en Egypte a lieu vers la fin de juin, et ils y séjournent environ sept mois, c'est-à-dire à peu près jusqu'au 15 de janvier.

Joignons au passage précédent celui de M. D'Aubusson4, qui, en 1893, dans son «Esquisse de la faune égyptienne », reprenant dans un style fleuri les propos de ses prédécesseurs, offre un tableau se rapportant aux mouvements, lorsque le débordement du fleuve s'annonce, de l'ibis sacré:
Bien que l'ibis sacré ne puisse être compté au nombre des oiseaux qui visitent à I'heure actuelle l'Egypte proprement dite, il a joué un rôle trop considérable dans les mythologies des anciens habitants de ce pays pour qu'il soit permis de le passer sous silence. Si j'en crois d'ailleurs Savigny, l'ibis fréquentait encore le delta, pendant la crue du Nil, à l'époque de l'expédition française. Il n'y venait plus assurément en aussi grandes quantités qu'autrefois, et le célèbre naturaliste prévoyait le jour prochain où il aurait disparu sans retour. La prédiction de Savigny s'est malheureusement réalisée depuis nombre d'années. Aujourd'hui l'ibis sacré fuit l'Egypte. Il ne vient plus annoncer la crue du Nil à la terre bénie des Pharaons, où sa race fut comblée de tant d'honneurs et où dorment encore, dans les nécropoles oubliées, la longue suite des ancêtres, tout un peuple d'ibis, enveloppés de bandelettes et confits dans les aromates. A peine de loin en loin aperçoit-on quelques voyageurs égarés. Fidèle pourtant à sa mission, il précède encore le flot du fleuve nourricier, mais il s'arrête au sud de la Nubie. On dirait qu'il a peur d'entrer en Egypte, ou bien qu'inconsolable de sa gloire abolie, il ne veuille plus franchir le seuil de ce pays où, vivants, 10

les ibis n'ont plus de temples et, morts, plus de tombeaux.

Les espèces et leurs habitudes. - Abordant le problème des ibi~, les différentes espèces qui composent cette famille d'échassiers, même s'ils sont associés à un milieu aquatique, n'ont pas toutes exactement les mêmes habitudes. Il convient dès lors d'énumérer les trois principales connues dont il sera question ici, dans la perspective du commentaire des deux extraits présentés, ces trois espèces étant peu ou prou en relation directe avec le phénomène d'élévation des eaux:

- l'ibis
Latham

falcinelle (Plegadis falcinellus falcinellus
œthiopica)7 ;

L.)6,

- l'ibis sacré (Threskiornis œthiopicus œthiopicus

= Ibis

- et l'ibis

chauve (Geronticus

eremita L.)8.

Threskiornis œthiopicus a la tête noire ainsi que les rémiges, les plumes de la queue et les pattes9, tandis que sur Plegadis falcinellus, L., ces éléments sont de couleur marron foncé1o.TIs'agit-là des deux seuls ibis mentionnés par Hérodote (II, 76)11, les seuls à être embaumés12. La même importance leur a été accordée par le naturaliste Jules-César Savigny, puisque ce sont les seuls ibis reproduits sur la même planche de la Description de l'Egypte, dans -l'édition impériale aquarellée13. Accordons notre attention au dernier - qui livre une tonalité naturaliste toute particulière - avant de nous pencher sur les deux autres. Geronticus eremita, hivernant en Afrique, plus rare, est attaché au concept de ~b « brillant)} et au fourré de papyrus, ~bt14dans lequel il fait son nid. On peut même dire que par affinité, Geronticus eremita fait corps avec la végétation qui verdoie au moment où la crue fait sentir ses effets et que l'Egypte revêt peu à peu sa livrée « automnale ». Venons-en aux deux principales espèces d'ibis en général et à leur séjour en Egypte. Si Savigny a assisté à la chasse aux deux principales espèces - Falcinellus et
Threskiornis

- du

côté de Damiette, Gaillard et Lartet, en 1903,

précisent que les ibis Threskiornis œthiopicus (= I bis œthiopica), aux dires des voyageurs, « ne se montrent que dans le sud de la Nubie, annonçant la crue du Nil1s». Le naturaliste Il

Brehm rappelle que l'ibis «arrive au commencement de la saison des pluies, vers le milieu ou la fin de juillet, il y niche et disparaît avec ses petits au bout de trois ou quatre mois, mais il ne paraît pas émigrer plus loin16». Ainsi, Ibis œthiopicus méritait bien son nom, puisqu'on le trouve plutôt à partir de Khartoum au nord. Plegadis falcinellus, en revanche, est un oiseau sédentaire, qui habitait tout l'année l'Egypte et la Nubie, vivant aux abords des lacs et des marais17. Ainsi, à quelque moment où ont été réalisées les observations sur les ibis, leur migration s'est faite depuis le cœur de l'Afrique vers le Nord, par le couloir de la vallée du Nil, et ce mouvement a cessé avec la fin du phénomène qui la fait naître - la crue du Nil - et dans la mesure où ses prédateurs se sont multipliés. L'ibis et la crue du Nil. - A vrai dire, ce n'est pas la première fois que l'on émet l'idée d'une relation entre l'ibis et la cruel8 ; la Bible s'en fait même l'écho, à en croire le Livre de Job. L'auteur de l'ouvrage prétend qu'il l'annonçait, lui valant une réputation de sagesse 19. Cette relation entre l'échassier et l'inondation était si évidente que les Egyptiens en ont tiré une série de croyances religieuses fondées tant sur cette observation que sur des aspects séléniens de l'oiseau. Elaborées à partir d'une convergence de faits naturalistes, ces croyances étonnent par leur pertinence2o. En effet, l'occupation de l'espace par l'ibis s'effectue en fonction d'un mécanisme immuable que ne manque pas de. rappeler Victor Audouin dans la Description de
l'Egypte21 : A leur arrivée, les ibis se portent d'abord sur les terrains bas, qui sont recouverts par les eaux avant tous les autres; mais quand l'inondation fait des progrès, que les eaux deviennent plus profondes et s'étendent chaque jour les ibis refluent vers des terres plus élevées: ils s'approchent alors du Nil, viennent autour des villages, où ils se posent dans les rizières, les luzernes, le long des canaux, et sur les petites digues dont on environne la plupart des terrains cultivés. Lorsqu'ensuite les eaux, 12

parvenues au terme de leur accroissement, baissent et se retirent peu à peu, les ibis les suivent, et ne s'éloignent même que lentement.

Ce rythme d'occupation et de retrait des ibis, qui s'effectue en fonction du mouvement montant et descendant de la crue du Nil, observé par Audouin, est imprimé dans la mémoire de l'espèce. Il explique l'étroite corrélation entre l'anivée dans la vallée de l'animal de Thor2, la pleine lune et le phénomène de la crue23 se déployant sur tout le pays. Différents témoignages montrent que Threskiomis œthiopicus étendait son vol migratoire jusqu'au Delta, notamment dans les contrées marécageuses littorales qu'il affectionne particulièrement. D'un point de vue égyptien, en période de bons Nils - c'est-à-dire de 28 coudées -, la remontée des Therskiornis dans toute l'Egypte épousait la progression de la nappe liquide d'autant plus qu'ils fi' étaient pas chassés et jouissaient du respect des populations24. Dans l'esprit des anciens Egyptiens, le Nil allait en droite ligne d'Eléphantine à Balamoun dans le Delta, ainsi que le souligne la stèle de la Famine col. 8_9)25: «Il s'élance (ayant) 28 coudées, et se hâte vers Balamoun (ayant) environ 7 coudées. » Eléphantine et Balamoun étaient respectivement considérées comme les deux extrémités sud et nord de l'Egypte. Tout au long de ce trajet, Thot passait pour exercer, par ibis interposé, une influence sur les eaux. Les archives du magicien Hor, à Saqqâra-Nord, dont la majeure partie a été découverte à l'entrée de la galerie où étaient déposées les momies d'ibis, en témoignent. Hor est originaire de Pi-Thot - ville consacrée à Thot -, dans le nome de Sebennytos26, sur la branche Tanitique ; c'est un spécialiste de l'ibis. Un passage de ses écrits27témoigne non seulement du trajet du fleuve mais aussi des cultes rendus à cet échassier sur son parcours:
Celui qui marche sur le chemin <ainsi> nommé (P5 ntj msc /:trt5 mi.t rnlls), il est bon pour sa durée de vie pendant longtemps (nfrll s n p5j IIf (/:tc ws qj) n d'accomplir quelque chose de profitable pour l'ibis 13

depuis Eléphantine jusqu'aux

chapelles de Sm~-

BI;ul.t (= Balamoun) (iw.w ir md.t-nfr.t n p~ hb 1b r n~ wCb.t (n) Sm~-BI;td.t)28. Alors est florissant (>

0yoToyeTy9 Imhotep, fils de Ptah, que l'on invoque dans le double-Pays tout entier à cause de ses pouvoirs magiques (wtwt 1j-m-lJ,tpss PtJ:ti.îr IIW Csnllfn ns ts.wj drl/w r-dbs psjllj-ir-spj).

Ce passage fait sensiblement écho à la stèle de la Famine, un document ptolémaïque, lorsque Djoser pose à Imhotep une question relative à la provenance de la crue:
Chaque être (vivant) étant dans l'hébétude (wnw nb m gm), je me disposai (j'inclinai mon cœur) à me tourner vers le passé (SW/I jbl/ j t;n r-1J,5t), t j e j'interrogeai un homme du personnel de l'ibislIbis, à savoir le prêtre-lecteur en chef Imhotep fils de Ptah-au-sud-de-son-mur (nç},lIj wn-jm jst hb/Hb /:lrj-tpJj-m-lJ,tpS5PtJ:t-rsj-jnbl/f) : « D'où naît Hâpy ? (sb ms n lfpj) Quelle y est la j ville du Sinueux? (m( njw.t lJ,(n)kstjm) Quel dieu y siège de telle façon qu'il puisse me porter
secours? (ptrlltw ntr wn m IJ,tpllf bnmllfnl/}).
»

L'interprétation est délicate. Selon le premier texte, la piété envers les ibis apparaissait comme profitable pour celui qui s'acquittait de ses devoirs: il en recevait un bénéfice de la part de Thot et d'Imhotep, deux personnalités divines en étroite relation avec la crue du Nil, Thot étant le déclencheur du phénomène, Imhotep un intercesseur auprès de Khnoum, dieu d'Eléphantine, ou de Ptah, dieu de Memphis. On apprend entre les lignes l'existence, outre le bienfait résultant d'une attitude de piété, d'une relation implicite entre l'embaumement des ibis et la crue. En d'autres termes, à partir de ces observations concernant implicitement les soins funéraires accordés aux animaux sacrés morts de vieillesse30, domine l'idée que les ibis se déployaient dans la vallée, accompagnant le mouvement de 14

la crue, proportionnellement à l'intérêt que Thot portait à l'Egypte, en vertu des prières qu'on lui adressait et aux soins qu'on dispensait à cette espèce consacrée31. Dans le deuxième texte, Imhotep fait figure de membre du «personnel de 32 l'ibis », une expression consacrée pour désigner ceux qui prennent soin des ibis, à l'exemple de Hor à Saqqâra33,lequel se réclame du célèbre architecte de Djoser, érudit de surcroît et médecin, à l'instar d'Asclepios. L' élevage et l'embaumement des ibis. - Dans plusieurs villes d'Egypte, les clergés entretenaient des tropheia, notamment à Touna el-Gebel et à Saqqâra, c'est-à-dire des lieux où l'on nourrissait quotidiennement des ibis sacrés. Garder des ibis consacrés à Thot, de la même façon que le retour des cigognes annoncent le retour des beaux jours, permettait de tisser une relation « sympathique» avec la lune, d'autant que l'astre exerce son influence sur la crue en fonction de son cycle et qu'Imhotep vu plus haut, lié à Hermopolis, est celui qui intercède tant pour l'inondation que pour la naissance34. Ce personnage divinisé, lié aux ibis, jouait un même rôle à Eléphantine, Philre, et à Memphis. Or, l'Egypte comptait deux nilomètres importants, respectivement situés à Eléphantine et à Memphis, et sans doute à Mendès. Car les cru~s enregistrées y sont respectivement de 28, 14 et 7 coudées, en relation avec les phases de la lune 35. La crue de 14 coudées enregistrée à Memphis apparaît bien comme garante de ses effets dans le Delta. On peut convenir qu'il fallait établir, tout au long de la vallée du Nil, des relais de l'inondation, où se retrouvent Thot, Imhotep et des nécropoles d'ibis. Il semble, en conséquence, que là intervient encore Thot, puisque celui-ci y est vénéré, d'après les épithètes qu'il porte dans les archives de Hor, comme seigneur d'Hermopolis Magna et d'Hermopolis Baqlieh. il se trouve qu'il existait à Saqqâra-Nord deux grandes galeries d'ibis, l'une au sud et l'autre au nord, qui correspondaient aux deux aspects de Thot ibiocéphales en
Egypte36, nommées c.wj-n-/:J,tpn p5-hb «la maison de repos (=

la nécropole) de l'ibis ». On en parle au pluriel: c.wj.w-n-btp37. En effet, lorsque la crue partait sur une base de 28 coudées à 15

Eléphantine (cf. Stèle de la Famine, col. 8), chiffre confirmé par Plutarque (De Iside et Osiride, ~ 43), on peut postuler qu'elle entraînait certainement l'immersion des marais du Delta, notamment dans la région d'Hermopolis Baqlieh qui se trouve au sommet du Delta (cf. supra). Aussi, la plupart des ibis se trouvent-ils, dans l'iconographie égyptienne, dans les fourrés de papyrus, difficiles à pénétrer, où ils nidifient et parcourent les eaux à la recherche de leur subsistance, rendue abondante grâce à la croissance de la biomasse. La présence de nombreuses momies d'Ibis œthiopicus dans la vallée du Nil, en des points-relais stratégiques, contribue à montrer que l'espèce avançait au fur et à mesure que les eaux de la crue se propageaient sur l'Egypte et faisai~nt remonter le niveau de la nappe phréatique dans les pehou38. Ainsi, comme dans de
nombreux autres cas, l'effet

-

la présence

des ibis - était-il

considéré comme la cause. On voyait donc en eux un élément favorable auquel il ne fallait pas toucher, sous peine de mécontenter Thot et de porter atteinte aux effets de la crue. L'ibis, Thot et la lune. - Sur la base de ces observations, il était normal que le premier mois à partir duquel se produisait l'inondation, autour des 5-9 juillet julien, fût considéré comme le mois de Thot39.La fête du dieu, d'ailleurs, était célébrée le 19 Thot40,c'est-à-dire vers la fin juillet. Ce choix n'est sans doute pas arbitraire. On la fêtait, je présume, lorsque les effets de la crue battaient leur plein et que les ibis se répandaient dans toute l'Egypte, d'Hermopolis Magna à Hermopolis Baqlieh, sans oublier Hermopolis Parva (Damanhour), sur la branche Canopique, autre ville consacré à Thot, mais moins connue. Car, sous sa forme de Therskiornis, Thot, précis et calculateur41, si ce n'est la lune lui-même, en tant que Thot-Lunus - l'homme assis à tête d'ibis, surmontée d'un croissant de lune -, passait pour agir sur le cycle de la lune42.Selon Elien (II, 38), «l'oiseau est consacré à la lune»
(tEpa TTlSaEÀllVT)~ 1i OPVlS' ÈcrTl). Plusieurs faits

naturalistes sélénoïde :

associaient

d'ailleurs

son rythme

vital

au

16

- ses plumes noires et blanches, sans oublier que, selon Plutarque (~ 75)43,« l'opposition de teinte et la disposition des plumes blanches dessinent un croissant de lune» ; - la forme de son bec, en forme de faucille, une qualité qu'il partage avec les autres membres de la même famille. On l'appelle Abou Mangel «le père de la faucille» ; - il ferme ses yeux aux éclipses de lune et règle son alimentation en fonction des phases de la lune (ELlENX, 29)44; - la membrane nictitante de l'œil, qui se ferme de la droite vers la gauche45.Cet œil qui apparaît à moitié fermé sur les décors de momies d'ibis, présente ainsi des analogies avec la lunaison46. Cet ensemble de croyances relatives à l'ibis a fait dire à Ph. Derchain47 que «malgré l'absence de témoignages autochtones sur la plupart de ces histoires, on doit en admettre l'authenticité, mais elles proviennent de traditions populaires, dont les écrits sacerdotaux ne tenaient pas compte ». Il est vrai que les explications naturalistes émanant des sacerdotes de l'Egypte ancienne ne sont pas légion. Cependant, ces faits sont réinvestis de façon allégorique. En outre, les échos de ces croyances dans la religion égyptienne sont tellement nombreux qu'on ne peut les tenir pour négligeables, en sorte que l'observation naturaliste sur les espèces animales en conjonction avec des phénomènes est très certainement à la base de telles fables rapportées par les auteurs grecs et latins. Sans oublier que de nombreuses scènes à thème nilotique leur font écho. La crue se produisant au moment de la conjonction entre le lever de Sirius et la pleine lune48, on a considéré l'inondation comme présentant un lien de sympathie avec ces volatiles consacrés à Thot49.Dans plusieurs scènes des temples d'époque ptolémaïque, c'est Thot-ibis qui, menant les divinités assurant le remplissage de la lune à l'aide de minéraux et de plantes prophylactiques, garantit l'épanouissement de l'astre pleinso,qui a son tour entraîne la crueSt. Les lieux inondés correspondent donc à un biotope particulièrement bien adapté à la prolifération de l'espèce qui a besoin d'établir ses nids dans des lieux retirés. D'ailleurs, ElBakliyeh comporte, comme à Kôm Ombo, Abydos, Touna el17

Gebel, Saqqâra - endroits consacrés à Thot-Hermès dans le cours de la vallée du Nil -, une nécropole d'animaux sacrés. Ainsi, la probabilité est grande pour que la région de Touna elGebel eut été également une région de marais qui devait attirer ces oiseaux52. Les galeries de Tuna el-Gebel montrent à plusieurs reprises des silhouettes d'ibis. Il s'agit cependant d'ibis nidifiants53, les pattes pliées sous eux comme ils sont représentés dans un nid de papyrus, sur des représentations naturalistes, et non debout. C'est apparemment Thot-ibis, sous la forme d'un Threskiornis œthiopicus nidifiant qui constitue l'homologue de la statue de Thot-cynocéphale54, à Tonna elGebel. L'ibis nidifiant est une constante, car on le retrouve, dans la section correspondant à Hermopolis, au temple d'Hibis55. Il est probable que ce choix soit intentionnel, car la nidification des ibis induisait la présence de la crue et la croissance des papyrus. Hérodote (TI,67) attire l'attention sur la nécropole d'Hermopolis qui aurait accueilli les momies d'ibis morts dans le pays tout entier. C'est par centaines de milliers que des ibis - sauvages ou élevés à dessein dans des tropheia, parcs où ils étaient nounis - furent inhumés, après leur morr6, dans des poteries avec les hommages qui leurs étaient dus, dédiés à Thoé7, inventeur des hiéroglyphes, habile rhéteur, dieu de l'intelligence et de la science, maître de la médecine58. La momification permettait même, par analogie, de faire revêtir au corps de l'ibis, en égyptien hb, la forme d'un cœur, jb, lieu de la pensée et de la conceptualisation59, au moyen desquelles Thot avait suscité la création 60. Il semblerait même que les Egyptiens, afin de disposer d'un nombre illimité de specimens d'ibis dans leur tropheia61,eussent développé des techniques de couveuse artificielle pour faire éclore les œufs d'ibis62, aussi gros que des œufs de poule63. Sur un plan naturaliste, le babouin ou le cynocéphale, les deux consacrés à Thot d'Hermopolis, jouaient deux rôles analogues de vecteur dans deux registres différents. Le premier, en compagnie de Chou, dans un biotope désertique pour ramener, sur l'ordre de Rê, la déesse lointaine jusqu'à Philre64; le second, prenant son envol sur l'Egypte, et accompagnant la crue au moment où elle se produisait. Par conséquent, ces deux 18

aspects de Thot, relais entre la Nubie et la basse vallée du Nil65, sont essentiellement liés à deux milieux très différents l'un de l'autre66. On a vu que l'axe de migration de Thres/domis œthiopicus se situait entre l'Afrique équatoriale et le nord du Delta, bien qu'il puisse encore migrer aujourd'hui plus au nord. Thresk. œthiopieus, fréquentant les axes des grands fleuves, est lié au biotope correspondant à des zones inondées. «Sa nourriture, explique Georges Bouet, consiste en petits poissons, crustacés d'eau douce ou salée dans les estuaires des fleuves côtiers ou la marée se fait sentir, mollusques, etc67.» Un des principaux endroits où l'ibis était vénéré dans le Delta, se situe à Hermopolis Bakliyeh. Ce lieu même porte un nom de
prédilection,

~

BC/:l,

« le lieu inondé»

68.

L'oiseau et la pureté. - Considéré d'un point de vue écologique, l'ibis apparaît comme un parfait indicateur de salubrité des eaux puisqu'il reflue dès lors que le milieu, où il trouve sa nourriture, est pollué. Un écho s'en trouve chez Plutarque (De Is. et Osir. 75), conformément à ~n fait rapporté par les Egyptiens, qui consignaient que l'ibis est un parangon de pureté «car il ne touche jamais à une eau malsaine ou

empoisonnée et ne s'en approche même pas» (où JTLVEL 'Yàp
11

voaw8E~ Tl 1TEcpapilQYI-!ÉVovoù8è TIpOaELO'L). t même, E selon Plutarque (de [side, ~ 75), les prêtres consommaient l'eau et pratiquaient leurs ablutions rituelles aux lieux où les ibis se rassemblaient et buvaient69; il aurait même enseigné aux hommes le clystère thérapeuthique pour la purgation de l'organisme. En effet, l'ibis était un prédateur des œufs des parasites causateur de bilharzioze, l'hématurie parasitaire70 qui se serait beaucoup développée après la disparition des ibis en Egypte71. L'oiseau patriote. - Sa remontée vers le nord, vers les lieux de nidification et de ponte, et le fait qu'il quitte rarement l'Egypte faisaient dire à Elien (II, 38), excellent connaisseur de la faune égyptienne, que « l'ibis ne quittait jamais l'Egypte» (Tf1~ 8È Al YUTTTOU OÜTTOTE Tr081l1J.El). t (loe.cit.) « la à E 19

raison en [était], selon les anciens, que l'Egypte [était] le plus humide de tous les pays et que la lune [passait] pour être la plus humide de toutes les planètes» (TO ôÈ alTLov, VOTlWT<lTT)
xwpwv aTIacrwv Al)'UTTTOS ÈO'Tl, Kal
1i

O'EÀi]vll 8È

vOTlWTaTTl TWV TfÀ.avwJ.lÉvwv aaTpwv

TTETflaTEuTŒL). Ce ne

sont pas là les seules relations de sympathie avec la lune72, comme on l'a vu. Les propos d'Elien font de lui l'animal patriote par excellence, car non seulement il passait pour ne pas quitter l'Egypte de son plein gré mais au cas où l'on aurait tenté de l'emmener, il se serait laissé mourir de faim73.On peut ainsi comprendre l'attachement singulier des Egyptiens pour l'ibis et le fait que l'armée égyptienne défendant Péluse fut vaincue lorsque Cambyse décida de faire avancer devant ses troupes, pour les protéger, des animaux sacrés dont des ibis74. On notera que le vol des ibis, qui remontent du cœur de l'Afrique, où ils vivent une grande partie de l'année, était annonciateur de la crue et de l'abondance qui en découlait. Seule une crue d'une certaine amplitude, entraînant une croissance des fourrés de papyrus où il élisait domicile pendant la période de l'inondation était susceptible d'entraîner sa migration vers la basse vallée du Nil, où il avait la possibilité de nidifier puis de repartir à mesure que les effets de la crue ne se faisaient plus sentir. Bref, tel un sage, l'ibis - n'est-il pas, selon Elien, l'animal de Thot? - est un patriote et ne quitte jamais l'Egypte, fidèle à la vallée du Nil dans les marais de laquelle il répand ses œufs, gages de fertilité. Pour les Egyptiens, il apportait avec lui la santé, ayant chassé les miasmes de l'été, et faisait reculer la chaleur pour lui substituer l'inondation en ayant réussi à juguler, par la ruse, les effets de la fin de la saison Chemou, auprès de la lionne lointaine. Ayant restauré l' œil - représentation métaphorique de l'Egypte subissant les effets de la crue -, il apparaît ainsi comme un dieu de l'hygiène du corps et de l'hygiène oculaire, car il n'est autre que celui qui veille sur l'œil céleste: la lune qui engendre la crue de 28, 14 et 7 coudées selon le cycle lunaire; d'ailleurs, sa trousse d'opticien se trouve à l'arrière du temple de Kôm-Ombo, montrant qu'il est le médecin d'un œil allégorique qui n'est 20

autre que l'Égypte même. On comprend que, dans ces conditions, Threskiomis œthiopicus fasse partie de l'allégorie nilotique, tant dans l'art alexandrin7s ou dans la fameuse scène de l'adoration de l'eau sacrée d'Herculanum76 ainsi que dans les motifs égyptisants de l'art desjardins77.

Sydney H. AUFRERE FRE 2742 du CNRS
(<< Archéologie

religieuse de l'Egypte ancienne») Université Paul Valéry, Montpellier

Ceci vaut autant pour les poissons, les mammifères que l'avifaune. Nous l'avons mis en lumière pour la loutre (AUFRERE, S.H., « La loutre, le chat, la genette et l'ichneumon dans le fourré de papyrus », DiscEgytp 41, 1998, pp.7-28), le tout dans une perspective de réinterprétation du cycle de la déesse Lointaine. Dans le même état d'esprit, voir le contrepoids de ménât sommé des têtes de Mehyt et d' Onouris de This surmontant, dans la partie arrondie, une image d'un lépidote apparaissant. dans les papyrus, et évoquant la migration des lépidotes à Lépidotopolis. Voir BRUNNER-TRAUT, E., BRUNNER, H., ZICK-THISSEN, 1., Osiris, Kreuz und Habmond. Die drei Religionen Agyptens, Mainz am Rhein, 1984, pp.55-56, n° 41. La police de copte employée dans cet article est due au talent de D. Meeks (Ifao). 2 AUFRERE, S.H., «The Vegetable Universe of Ancient Egypt, its symbiosis and religious re-interpretation », dans M. CONAN, R. KRESS (éd.), Botanical Progress, Horticultural Innovations and Cultural changes. Symposium organisé par Dumbarton Oaks Garden and Landscape Studies et le Smithonian Institution, 6-8 mai 2004, à paraître. 3 AUDOUIN, V., Description de l'Egypte. Recueil des descriptions et des recherches, 2e éd., XXIII. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, p.397.
4

1

D'AUBUSSON, «Esquisse de la faune égyptienne. I. - Oiseaux et

reptiles », BlE 3e série, t. 4, 1893, p.217-238, et spécialement p.223-224, pour la citation. Cet article est passé inaperçu dans la bibliographie dressée par HOULIHAN, P., The Birds of Ancient Egypt, Aris & Phillips, W armins ter, 1986. S AUDOUIN, V., Description de l'Egypte. Recueil des descriptions et des recherches, 2e éd., XXIII. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, pp.392-401.
6

Description de ['Egypte. Recueil des descriptions et des recherches, 2e éd.,

XXIII. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, pp.397-401 ; SAVIGNY, I.-C., « Extrait de l'histoire naturelle et mythologique de l'ibis », 21

ibid., pp.438-442 ; HOULIHAN, P., op.cit., pp.26-27 ; BOUET, G., Oiseaux de l'Afrique tropicale (première Partie), Faune de l'union française (ancienne faune de l'Empire françaiS) XVI, Paris, 1955, pp.124-125 ; Col. MEINERTZHAGEN, R., Nicoll's Birds of Egypt, I, London, 1930, pp.67, 436-437. On trouvera une notice intéressante sur l'ibis dans H. LESETRE, dans DictBibl3, col. 801-802, s. v. «ibis»; ZIVIE, A.-P., dans LA III, col. 115-121, s. v. «ibis ». Les ibis falcinelles ne sont pas légions dans la documentation égyptienne, même si son nom sert à écrire le verbe g m « trouver », sans doute parce que le mouvement de son bec est caractéristique de l'idée, lorsque celui-ci s'abat sur les crustacés dont il fait sa nourriture. Voir le mastaba de Kaemânkh (G 4561), Gîza (cf. HOULIHAN, op.cit., p.27, fig. 33). On connaît un autre nom de l'ibis qui lui vient de son attitude de balancement: tow. 7 AUDOUIN, V., Description de l'Egypte. Recueil des descriptions et des recherches, 2e éd., XXIII. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, pp.401-403; SA VIGNY, J.-C., «Extrait de l'histoire naturelle et mythologique de l'ibis », ibid., p.437 ; HOULIHAN, P., op.cit., pp.28-30 ; BOUET, G., Oiseaux de l'Afrique tropicale (première Partie), Faune de l'union française (ancienne faune de l'Empire français) XVI, Paris, 1955, pp.130-131 ; Col. MEINERTZHAGEN, R., Nicoll's Birds of Egypt, I, London, 1930, pp.66, 437-438. Des représentations naturalistes d'ibis se trouvent dans la tombe de Khnoumhotep III (cf. NEWBERRY, P., Beni Hasan I, ASE, London, 1893, pl. XXXII (1 exemplaire volant), XXIV (2 exemplaires volant et posé sur une ombelle de papyrus dans un fourré dans lequel se trouvent des genettes et une loutre à cou blanc) ; Beni Hasan IV, ASE, London, 1900, pl. IX. De telles représentations sont inspirées de scènes traditionnelles de l'Ancien Empire: DE G. DAVIES, N., The Mastaba of Ptahhtep and Akhethetep, II, ASE IXth Memoir, London, 1901, pl. XIII (un ibis volant, un autre perché sur une ombelle), pl. XIV (ibis volant) ; DE G. DAVIES, N., The Rock Tombs of Sheikh Saïd, ASAE Xth Memoir, London, 1901, pl. XI (ibis nidifiant, étendant ses ailes devant lui) ; BLACKMAN, A.M., The Rock Tombs of Meir I, ASE XXIInd Memoir, London, 1914, pl. fi (ibid nidifant, protégeant ses œufs avec ses ailes) ; nI, ASE XXIVth Memoir, london, 1915, pl. VI (3 exemplaires, volant, posé, nidifiant et agitant les ailes) ; IV, XXVth Memoir, London, 1924, pl. XVII; WILD, H., Le tombeau de Ti, MIFAO LXV, fasc. II, Le Caire, 1953, pl. LXXXII et CXIX (deux très beaux exemplaires, s'envolant, un ibis debout et un ibis nidifiant dans la planche au trait), CXV (ibis s'envolant). Naturellement, l'animal n'est jamais chassé, bien qu'il apparaisse toujours dans un contexte de chasse aux oiseaux. Cela signifie que les chasseurs devaient se montrer prudents pour ne pas abattre un ibis par imprudence. En outre, le hiéroglyphe d'Ibis Threskiomis debout a de nombreuses connotations positives, qui se rapportent à sa forme ou aux qualités qu'on lui prête: jb (cœur), jp (compter), jqr (excellent), c~ 22

(grand), hb (ibis), mnl; (excellent), ntr (dieu), rI; (savoir), lJmn (chiffre 8) (a), tfJ (équilibre), Q/J,wtj (Thot)' (cf. DAUMAS, Fr., et alii, Valeurs phonétiques n, Montpellier, 1983, p.3l7, n° 513. (a) il convient de faire une remarque à ce sujet, car l'ibis vit assez souvent en troupes de huit à 10 congénères (AUDOUIN, V., op.cit., p.399). Cette observation l' a-t-il lié au chiffre 8 qui n'est autre que celui d'Hermopolis Magna? (lJmn.w)
8

HOULIHAN, P., op.cit., pp.31-32 ; BOUE1: G., Oiseaux de l'Afrique

tropicale (première Partie), Faune de l'union française (ancienne faune de l'Empire français) XVI, Paris, 1955, p.132 ; Col. MEINERTZHAGEN, R., Nicoll's Birds of Egypt, I, London, 1930, pp.67, 438-439. On renverra également, pour ces différents types d'ibis, à KEIMER, L., « Interprétation de plusieurs représentations anciennes d'ibis », CdE XXIX, n° 58, juillet, 1954, pp.237-250. (I. - Le diadème à ibis érémite, pp.237-240 ; II. - L'ibis sacré gravé sur un poids de bronze e,n forme de scarabée, pp.240-243 ; Ill. - Les yeux de l'ibis sacré, pp.244-249) ; CdE XXX, n° 58, janvier 1955, p.46. L'ibis chauve, comme valeur hiéroglyphique, se rapporte aux concepts de 5lJ (brillant), slJt (végétation), bw (protection) et dérivés par chute de consonnes (cf. DAUMAS, Fr., et alii, Valeurs phonétiques n, Montpellier, 1983, p.317, n° 509). 9 «Mâle et femelle adultes: plumage blanc, extrémités des rémiges et scapulaires noir beuâtre ; tête et cou nus, peau noir velouté. Pas de plumes allongées en avant du cou. Jeune: cou et tête couverts de plumes noire~ bordées de blanc (les plumes de la tête ne tombent que pendant la troisième année. » (LORTET, Dr., GAILLARD, C1., La faune momifiée de l'ancienne Egypte, Lyon, 1903, p.172). Cette description convient parfaitement à celle d'Hérodote: « Voici la description de l'ibis: il est tout eentier d'un beau noir; HIes pattes de la grue, un bec fortement recourbé, et la taille du crex. C'est là l'ibis noir, qui lutte contre les serpents. Une autre espèce d'ibis (car il y en a deux) se mêle plus familièrement aux hommes: cet oiseau a la tête et la gorge chauves et son plumage est blanc, sauf sur la tête, le cou et les extrêmités des ailes et de la queue, qui sont d'un beau noir; les pattes et le bec ressemblent à ceux de l'autre espèce. » (traduction de Barguet, A., Hérodote-Thucydide. Oeuvres complètes, coll. Pléiade, 1964, p.17l). Sur des scènes évoquant des ibis se tournant vers des serpents: BECA TTI, G., Scavi di Ostia IV. Mosaici e pavimenti marmorei, Rama, 1961, pl. CXXI ; AURIGEMMA, S., Les thermes de Dioclétien et le Musée national romain, Rome, 1969, n° 47, p.29; pl. X-XI; MAIURI, B., Museo nazionale di Napoli, 1957, p.132 ; LEVI, D.,Antioch Mosaic Pavements, Princeton, 1947, I, pp.359-363.
10 «

Mâle et femelle adultes: plumage marron foncé sur le cou, la poitrine, le

ventre et la partie supérieure des ailes; le sommet de la tête, le dos, les rémiges et les rectrices brun noir avec reflets métalliques verts et violet. Les 23

jeunes ont le plumage d'hiver des adultes, c'est-à-dire plumes noires bordées de blanc à la partie inférieure du cou; dos couleur cuivrée avec relfets verdâtres; ventre et poitrine bruns.» ~bid., p.176). Pour la description d'Hérodote, voir note précédente. 11 Cf. supra, n. 5.
12LORTET,
13 14

Dr., GAILLARD,

Cl., op.cit.,

pp.171-177.

Description de l'Egypte, Histoire Naturelle, vol. I. - Zoologie, pl. 7.
KEIMER, L., art. cit., CdE XXIX, n° 58, pp.237-240.

iS

LORTET, Dr., GAILLARD, CI., op.cit., Lyon, 1903, p.174.

16

BREHM, La vie des animaux: les oiseaux, p.619 d'après LORTET, Dr.,

GAILLARD, Cl., loco cit. 17LORTET, Dr., GAILLARD, C1., op.cit., p.176. C'est sans doute de cet ibis dont il est question chez Callimaque et Ovide, qui encombrant les cités égyptiennes, se complaisait dans la saleté, lui valant la réputation d'être impur; cf. BECHER, I., « Der heilige Ibisvogel der Âgypter in der Antike », ActaHung XV, 1967, pp.377-385. Voir ici même BIRR, Y., « A propos de l'Ibis de Callimaque ». 18 Victor Audouin n'écrivait-il pas: «La présence de ces oiseaux aux époques de l'inondation a pu faire supposer des rapports surnaturels entre leur séjour et l'accroissement des eaux du Nil ? » (AUDOUIN, V., Description de [' Egypte. Recueil des descriptions et des recherches, 2e éd., XXITI. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, p.396).
19

Job XXXVTII, 34-36 :

« Elèveras-tuta voixjusqu'à la nue pour qu'une inondat~on submerge? te Lanceras-tu des éclairs et iront-ils? Et te diront-ils: Nous voici? Qui a mis dans l'ibis la sagesse (i1~~Çi nin~~

n~-"Q),

ou qui a donné au coq l'intelligence? » (Trad. DHORME, E., La Bible II. L'Ancien Testament, coll. Pleiade, Gallimard, Paris, 1959, p.1334, et n. 34-38). Dans le contexte du verset 36, le mot «ibis» serait rendu, selon Dhorme, par l'hébreu ninC9, qu'il associe, or, comme s'il s'agissait d'un décalque, au nom de Thot (ewe) dont ce serait là la seule transcription hébraïque. Cependant, voir GESENIUS (éd. E. Robinson), 376a (inward parts). TIs'agit d'un apax.
:!)

Les liens que les Egyptiens ont établis entre un biotope spécifique

vallée du Nil et la naissance de concepts religieux sont de mieux en mieux cernés grâce à une littérature spécialisée On renverra naturellement, mais pas exclusivement, à S.H. Aufrère (éd.), L'encyclopédie religieuse de l'Univers végétal. Croyances phytoreligieuses de l'Egypte ancienne (ER UV I et II), Montpellier, 1998, 2003.

-

- la

24

21

AUDOUIN, V., Description de l'Egypte. Recueil des descriptions et des
2e éd., XXIII. Histoire Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828,

recherches, pp.399-400.
22

C'est bien l'animal de Thot; cf. le nom du dieu dans GRIFFITH, Fr. Ll., A collection of Hieroglyphs. A contribution to the History of Egyptian Writing, ASE VIth Memoir, London, 1898, pl. IX, n° 168. On verra également, sans indication de couleur, DE G. DAVIES, N., The Mastaba of Ptahhtep and Akhethetep, ASE VllIth Memoir, London, 1900, pl. VilI, n° 101. 23 Voir DRIOTON, É., dans Egyptian Religion I, July 1933, nr 2, pp.39-40, où l'auteur publie un scarabée (Louvre E 3408), où il est dit : «Menkheperrê est dans le ciel comme la lune (Mn-fJ,pr-Rc m p.t mj J(;/:1,)le Nil est à son ; service (ps /fpj m .. .nfl, il ouvre sa caverne pour donner la vie à l'Egypte (wnnftpJ:z.tllf r-rdjt cnfJ, T5-mrj) » Dans le petit texte, la relation de cause à n effet - Lune> Hâpy > crue> vie> Egypte - est manifeste. Dans la chapelle de la Jambe d'Edfou, considéré comme chapelle de Khonsou, l'organe d'où s'écoule la crue, Khonsou, dieu lunaire, est nommé: «Khonsou vénérable sortant en tant que Noun, Thot sous sa propre forme» (Edfou 1,252, Il). Par ailleurs, il est nommé: «Khonsou d'Edfou, Iôh vénérable, le double du disque (solaire) dans le ciel» (ibid., 253, Il). Dans la même chapelle, c'est Thot qui « donne Hapy parfait, possesseur de céréales» (ibid., 259, 17 ; 264, 6). Thot donne «l'eau au début de l'année» (ibid., 260, 1). Sur le rôle de Thot dans la chapelle de la Jambe, voir CAUVILLE, S., op.cit., p.66. Concernant le rôle lunaire de Thot: BOYLAN, P., Thot the Hermes of Egypt. A Study of some Aspects of Theological Thought in Ancient Egypt, London, 1922, pp.62-87.
24
25

Plegadisfalcinellus pouvait occuperles espaces aquatiquestoute l'année.

BARGUET, P., La stèle de la famine à Séhel,BdE XXIV, 1953, p.19. On verra surtout, sur les relations établies par les anciens entre Thot et la crue, BONNEAU, D., La crue du Nil, divinité égyptienne à travers mille ans d'histoire (332 av.-641 ap.J.-C.), Paris, 1964, pp.234-236, 244. On apprend que, selon le traité d'Aristote, le de inundatione Nili, et selon Pline (HN V, 9), que le Nil se mettait à couler plus fort au renouvellement de la lune ou du dernier quartier, ou celui-ci commençait à croître à la lune nouvelle qui suit le solstice d'été (ibid., p.234). 26 Cf. RA Y, J.D., The Archive of H or, Texts from Excavations, Second Memoir of The Egypt Exploration Society, London, 1976, pp.l1, 98. TIne s'agit pas de Baqliyeh, mais d'une Hermopolis qui se trouve près de l'!séum (Behbeit el-Hagar) et de Sebennytos (cf. p.118).
1J

RA Y, 1., The Archives of Hor...,

p.62.

28

BARGUET, P., La stèle de la famine à Séhel, BdE XXIV, 1953, p.19. L'expression est revient une autre fois dans les archives de Hor ; cf. RA Y, J., The Archives of Hor..., p.65.

25

'B

wtwt < wsçJwsg,(ERICHSEN 106; cf. CRUM 493b). Le verbe signifie « être vert, verdoyer, être verdoyant », d'où, ici, « être florissant ». Je me demande si on ne pourrait pas traduire « être ragaillardi ». L'arrivée de la crue du Nil, à laquelle Imhotep est lié, ne serait pas sans effet sur ce personnage divinisé. ~ Il en est de même du culte d'Apis. Ceux qui veillaient à jeûner et à accompagner le cortège funéraire d'Apis jouissaient du privilège de faire graver une stèle commémorative. 31 L'inhumation des ibis, consacrés à Thot, ne pouvait plaire qu'au dieu dont
c'était là l'animal attribut, dans la mesure où l'ibis est «le ba de Thot trois fois grand » (RAY, 1., op.cit., p.77, p.92, p.137).
32«

Personnel de l'Ibis ou de l'ibis» ? J'ai déjà abordé cette question (voir

infra, n. 34).
33

Hor porte plainte à la cour d'Alexandrie contre ceux qui leur dérobent leur

nourriture : RAY, 1., op.cit., pp.37, 97, 99. n demande que l'on diligente une enquête (ibid., p.lOI). Hor invoque le fait qu'on vole la nouniture des ibis alors que ce sont les « enfants de Thot» et qu'ils veillent sur les sanctuaires d'Egypte (p.37).
34

AUFRERE, S.H., «Imhotep et Djoser dans la région de la cataracte. De
», BIFAO 104,2004, pp.1-20.

Memphis à Eléphantine
3S

Cf. DRIOTON, É., «Le roi défunt, Thot et la crue du Nil », Egyptian Voir le plan donné dans RA Y, 1., op.cit., pp.152-153, fig. 3-4. RAY, 1., op.cit., p.139.

Religion 1/2, 1933, pp.46-47.
36
':fi

38

Sur les pehou, voir AUFRERE,S.H., « Le "territoire cultivé" (ouou) et la

"réserve aquatique" (pehou) dans les monographies des nomes de l'Egypte ancienne », dans La campagne antique.' espace sauvage, terre domestiquée, Cahiers KUBABANum. V, Paris, 2003, pp.9-44. Cette montée des eaux se fait par infiltration de la nappe aquifère, induisant le principe selon lequel, la crue venait sous les pieds du dieu. 39 Est-ce pour la même raison que, selon Plutarque, la première lettre de l'alphabet passait pour le hiéroglyphe de l'ibis (PLUTARQUE, Quœst. conv.
IX, 3, 2
«)

=F 264)

? La première lettre, le yôd (~), se lisait en effet J)/J,wtj.

AUFRERE, S.H., « Fêtes, processions et rites égyptiens dans le De Iside et Osiride de Plutarque », dans M. Mazoyer (éd.), La fête. La rencontre du Sacré et du Profane. Deuxième colloque international organisé par les cahiers KUBABA (Université Paris I) et l'Institut catholique de Paris, 6 et 7 décembre 2002, coll. KUBABA, Paris, 2004, p.24 (cf. PIO 68). TIs'agit du 16 septembre d'après le calendrier révisé. Lors du 19 Thot, on commémore le jugement d'Horus et de Seth que Thot a départagé (cf. CAUVILLE, S., Essai sur la théologie du temple d'Horus à Edfou, BdE CII/l, Le Caire, 1987, p.61, avec références sur le 19 Thot). Cette journée est celle où les progrès de la crue (Osiris- Lunus) sont tels que les effets du désert (Seth) ont été repoussés. 26

Il conviendra également de voir, sur la fête du 19 Thot, la monographie du Papyrus de Tebtynis (OSING, J., ROSATI, G1., Papiri geroglifici e ieratici da Tebtynis, Firenze, 1998, pp.153-182, et spécialement pp.171-178).
41

Selon Audouin , «ils vont pas à pas» ; cf. AUDOUIN,V., Description. de
Histoire

l'Egypte. Recueil des descriptions et des ree herches, 2e éd., xxm. Naturelle, Zoologie (suite), Paris, 1828, p.399.
42

AUFRERE, S.H., «Taches lunaires, phases de la lune et fécondité des

règnes. Lagomorphes, félins divins et hybridations », dans Res Antiquœ (ResAnt) 1, Louvain, 2004, pp.3-65. On vena, sur les liens de Thot et de la lune, DERCHAIN, Ph., «Mythes et dieux lunaires en Egypte », dans La lune: mythes et rites, SO 5, 1962, pp.36-46.
43

44 4S

Cf. ELlEN X, 29. HANI, J., op. cit., pp.402-402.

KEIMER, L., «Interprétation de plusieurs représentations anciennes d'ibis », CdE XXIX, n° 58, juillet, 1954, pp.237-250, et spécialement fig. 37, p.243, et pp.248-249. La membrane nictitante est représentée par les décorateurs de momies de Threskiornis, indiquée par un croissant de couleur blanchâtre.
46

Voir, sur ce phénomène, l'explication de MEEKS, D., «Les oiseaux marqueurs du temps », Bull. du Cercle lyonnais d'égyptologie, n° 4, 1990,
pp.37-52, et spécialement pp.49-50.
41 48

DERCHAIN,

Ph., art. cit., p.40.

Cela est parfaitement décelable sur le tableau se trouvant au plafond de la chapelle d'Osiris de l'ouest sur le toit du temple de Dendara ; BRUGSCH, H., Thesaurus lnscriptionum Aegyptiacum, 1882, I, pp.62-63 ; AUFRERE, S.H., op.cit. infra, p.293. Cette scène se déroule sous la voûte céleste représentée par Nout dont les jambes représentent l'est et la tête l'ouest. Dans l'espace formé par un escalier à 14 marches se dirigeant vers l'est se trouvent les deux constellations d'Orion et de Sôthis-Sirius. A l'aplomb de Sims se trouve une tortue du Nil qui matérialise la crue, juste sous un disque solaire placé sur un support sous un dais. A côté, sur la gauche, se dresse l' œil oudjat sur une colonnette de papyrus, vénéré par Thot, conduisant les 14 dieux. La tortue, la crue, est nommée t'S-/:tnkt «pain bière »puisque l'abondance naît d'une inondation profitable. Il s'agit d'une métaphore pour désigner l'inondation (cf. GUTB DB, A., «La tortue animal cosmique bénéfique à l'époque ptolémaïque et romaine », dans Hommages à la mémoire de Serge Sauneron, BdE LXXXI, 1979, pp.391-435). Sur le cycle de la lune, voir VON BOMHARD, A.-S., Le calendrier égyptien, une œuvre d'éternité, Periplus, London, 1999, pp.78-79. 49 Des divinités, qualifiées de gs-tpj.w (= les demi-têtes) (BRUGSCR, H., op.cit., p.59), les gs-tpj.w gsr.w dnj.t, sont associées au 7e jour lunaire. Il s'agit de divinités ibiocéphales, l'ibis étant considéré comme le « demi-tête» en raison de son aspect. 27

S)

Ce remplissage de la lune a été traduit et commentédans AUFRERE,S.H., Le remplissage de la lune, réduite en quatorze morceaux, présente des

L'univers minéral dans la pensée égyptienne I, BdE ev, Le Caire, 1991, pp.197-303.
51

analogies avec le corps d'Osiris, qui a fait l'objet d'une division similaire. C'est Thot d'Hermopolis qui rend la vie à Osiris-Lunus (AUFRERE, op.cit., p.206). On renverra au tableau évoquant la pêche de la lune assimilée à Osiris par Chou et Thot, accompagnés de deux ibis debout dans une barque de papyrus (MARIETTE, A., Dendérah II, pl. 44 ; Dendara II, pl. 127 ; Edfou
IX, pl. 69, en haut, à gauche

=Edfou

ITI, 209-210, où Horus et Thot sont dans

une barque en papyrus, mais les ibis ne figurent pas). Cependant, cette barque, surmontée d'un ciel dans lequel apparaissent le soleil et la lune (à Dendara et à Edfou), n'est autre qu'une métaphore de l'Egypte arpentée par les ibis au moment de la crue (les deux ibis debout). Cette pêche fait allusion à la récupération du corps d'Osiris dans les papyrus. Cette scène a fait l'objet d'une tentative d'explication; cf. DERCHAIN, Ph., « La pêche de l'œil et les mystères d'Osiris à Dendara », RdE 15, 1963, pp.11-25. Dans cet article, la présence des ibis, marchant à pas comptés, n'a pas été prise en compte.
52

Sur le nom Touna « t5-l:z.nt le lac») et bien d'autres, voir les exemples «

rassemblés par YOYOTTE, J., «Notes de topographie égyptienne », MDAIK 16, 1958, pp.413-430, et spécialement pp.423-430. Quelques termes sont rassemblés par CALDERINI, Ar., Dizionario dei Nomi Geografici e
topografici
53

dell'Egitto Greco-Romana n, Milan, 1977,fase. 4, p.301. KESSLER,D., Tuna (op.cit.),pl. 26, 34, 62, 70. C'est la représentationdes

reproductions d'ibis en bronze, juchés sur des pavois est fréquente; cf. Ces drôles d'animaux. Musée d'archéologie de Marseille. Château Borély 23 novembre 1985-23 février 1986, nOs 92-93 ; Les animaux dans l'Egypte ancienne, Muséum de Lyon, 6 novembre 77 au 31 janvier 78, p.88 ; PAGEGASSER, M., WIESE, A.B., Egypte. Moments d'éternité. Art égyptien dans les collections privées suisses, Mainz am Rhein, 1998, p.255, n° 169 ; BRUNNER-TRAUT, E., BRUNNER, H., ZICK-THISSEN, J., Osiris, Kreuz und Habmond. Die drei ReligionenAgyptens, Mainz am Rhein, 1984, n° 14, p.26 ; n° 20, p.34; GRENIER, J.-C1., Les bronzes du Museo Gregoriano egizio, Città deI Vaticano, 2002, nOs 325, 333 ; SCHOSKE S., WILDUNG, D., Gott und Gotter im Alten Âgypten, Mainz am Rhein, 1992, pp.112-116, nOs 79 (ibis au repos auprès de deux babouins en vis-à-vis)-80 (avec un orant) ; Life and Death under the Pharaohs. Egyptian Art from the national Museum of Antiquities in Leiden, The Netherlands, Leiden, 1998, p.33, n° 14 ; H. WILLEMS, W. CLARYSSE, Les empereurs du Nil, éd. Peeters, 2000-2001, p.273, n° 204. Cette position, typique de l'ibis nidifiant, n'est jamais comprise comme telle. On trouve souvent «oiseau couché» ou « oiseau se reposant ». La position debout est également attestée par de très nombreux exemples (bel exemple naturaliste dans H. WILLEMS, W. 28

CLARYSSE, op. cit., p.277, n° 208). On notera encore que la position «nidifiant» est également attesté pour les hérons (cf. Life and Death under the Pharaohs., n° 130, p.92) et pour les vanneaux sur leurs corbeilles " (MARIETTE, Dendérah ITI,pl. 77), qui évoquent l'humanité égyptienne des époques anciennes qui vivait dans les roseaux. Dans sa position couchée, l'ibis, comme hiéroglyphe, sur pavois ou non, avec ou sans flagellum, avec ou sans plume, a souvent la valeur de ntr (dieu) (DAUMAS, Fr. et alii, Valeurs phonétiques IT,Montpellier, 1983, p.320). Assez souvent, on voit une plume de Maât fichée devant le bec de Thot, si ce n'est Maât elle-même. Cette figure renvoie à l'idée selon laquelle Thot est également le gardien de la justice; cf. DERCHAIN, Ph., «L'œil, gardien de la justice », zAS 83, 1958, pp.75-76. 54 Ibid., pl. 61-62, 70. Cf. MARIETTE, Dendérah IT,pl. 85. Même si le nom

de Thot emploie la silhouettede l'ibis debout ~, marchant,ne serait-ce que
dans les enseignes, il est assez souvent écrit à l'aide de l'ibis nidifiant:
(MARIETTE,
55
56

Dendérah

I, pl. 10) ;

~ (ibid.,

~

pl. 13).

KESSLER, D., Die heilige Tiere ..., p.190, fig. 12. RAY, J.D., op.cit., p.139.

57

Cependant, d'assez nombreuses espèces se trouvent dans les galeries de

Touna el-Gebel ; cf. BOESSNECK (éd.), op.cit. 58 Des hypogées du même genre existaient à Saqqâra-Nord, dans la mesure où ces hypogées apparaissaient comme un double septentrional d'Hermopolis: MARTIN, G. T., The sacred animal necropolis at North Saqqara, London, 1981. Un parc d'ibis (tropheion) était entretenu dans la région de Memphis. Un document avance le chiffre de 60.000 animaux à la nourriture (!J.r.! > copte Z.p€) desquels il fallait veiller (RAY, lD., op.cit., pp.139, 189, index B, 6 : !s-l:J,r.t ns-hb.w. TIsétaient nourris par des t~lo~oaKot, « nourrisseurs n d'ibis» Qbid., p.142), qui ne correspondent pas aux ns-sdm.w-'J n ns-hb.w « les serviteurs des ibis» (p.142). Les animaux et leurs petits sont gardés et protégés contre la chaleur (p.142). Sur l'administration du culte des ibis, qui induit des moyens importants, voir ~ 4 (op. cit., pp.136-144): The administration of the Ibis-cuIt. Il est difficile de se faire une idée de la façon dont fonctionnait un trophéion, étant donné le mode d'alimentation des ibis, mais on verra cependant EPRON, L., DAUMA8, Fr., Le tombeau de Ti, MIFAO LXV, Le Caire, 1939, pl. VI-VIII, XXVIII-XXIX, XXXnI-XXIV. Voir aussi, sur les liens entre l'ibis, Hermopolis, Imhotep et Saqqâra, dans la mesure où Imhotep est un intercesseur pour la crue du Nil : AUFRERE, S.H., «Imhotep et Djoser dans la région de la cataracte. De Memphis à Eléphantine », BIFAO 104, 2004, pp.1-20.
51

KEIMER, L., Interprétations de quelques passages d' Horapollon, Voir HANI, l, op.cit.,pp.402.
KESSLER, D., Die heilige Tiere..., pp.197, fig. 13. 29

00
61

CASAE 5, Le Caire, 1948, pp.33-49, au sujet d' Horapollon I, 36.

62

MEEKS, D., « Les couveuses artificielles en Egypte », dans D. Meeks et D.

Garcia (org.), Techniques et économies antiques et médicales: le temps de l'innovation. Colloque internationale (CNRS), Aix en Provence, 21-23 Mai 1996, pp.132-134.
63

Quiconque était accusé d'avoir tué un ibis était condamné à mort, selon Hérodote (II, 67) et Diodore de Sicile (l, 83). 64Thot-Rê est d'ailleurs appelé, dans le remplissage de l'œil oudjat, celui «qui apaise la lointaine, grand cérémoniaire dans la Butte divine (Biggeh) » (AUFRERE, op.cit., p.258). On voit bien que le cycle de la lune est également associé au cycle de la déesse lointaine. L' œil oudjat dans une corbeille est d'ailleurs donné à Tefnout, fille de Rê, pour l'inciter à rentrer au pays: «prends pour toi l'œil oudjat, aspect de la majesté de l'œil de Rê afin qu'il voie grâce à toi. » (GUTBUB, A., Kôm Ombo, Ifao, Le Caire, 1995, n° 26). 6S Thot est comparé à un palmier down: « 0 grand palmier douro de soixante coudées, qui porte des noix. TIy a des noyaux à l'intérieur des noix et de l'eau à l'intérieur des noyaux. » (DAUMAS, Fr., BARUCQ, A., Hymnes et prières de l'Egypte ancienne, LAPO 10, Paris, 1980, p.359). Thot est celui qui, dans le désert, vient en aide à l'assoiffé. TI« est la fontaine douce à l'homme altéré dans le désert.» (ibid., p.360). C'est en vertu de son apparence de cynocéphale, capable de découvrir les points d'eau, qu'il est ainsi interpellé. On notera que dans les hymnes dédiés à Iôh-Thot (contrôle effectué dans DAUMAS, Fr., BARUCQ, A., op.cit. ; LEBAUD-KAHN, G., Culte et hymnes aux dieux Iâh et lâh- Thot dans l'Egypte du Nouvel Empire, Université Paul Valéry (Montpellier Ill, 1997-1998 ; HERBIN, F.-Fr., «un hymne à la lune croissante », BIFAO 82, 1982, pp.237-282) il n'est jamais question de lien direct entre l'ibis et la lune. En fait ce lien ne transite que par le nom de Thot lui-même dont la silhouette revêt celle d'un ibis. La structure relais entre le cynocéphale et l'ibis (= lôh- Thot = Thot -Lunus) est exprimée par la stèle de Turin n° 50046 (TOSI, M., ROCCA TI, A1., Stele e altri epîgrafi di Deir el-Medina, Catalogo del Museo Egizio di Torino, Turin, 1972, n° 50046), où Thot-Cynocéphale vient apporter l'œil oudjat à lôh-Thotibis, dans une situation analogue à celle de Rê. En fait, cette stèle reprend le Mythe de la destruction des hommes en attribuant à Thot-Lunus le rôle de RêAtoum, ce que l'on voit de façon évidente dans la stèle Bankes n° 6. On voit bien que sont développées, dans de tels monuments de Deir el-Médîna, les analogies possibles entre la lune et le soleil. Dans l'un des textes où il est le plus question des ibis - les archives de Hor de Sebennytos à Saqqâra - (cf. RAY, J.D., op.cit. infra), il n'est fait allusion qu'à l'entretien des animaux sacrés et à leur momification, comme activité quotidienne, en relation avec des pratiques d'incubation auprès de la nécropole des ibis Saqqâra (cf. p.131132).

30

66

Les deux animaux sont enterrés dans les galeries souterrainesde Touna el-

Oebel : 1. BOESSNECK (éd.), Tuna el-Gebel I. Die Tiergalerie, RAB 24, Hildesheim,1984; KESSLER, D., Tuna el-Gebel. Die Paviankultkammer GC-C-2, HAB 43, Hildesheim, 1998 ; id., Die Heiligen Tiere und der Konig I : Beitrage zu Organisation, Kult and Theologie der spatzeitlichen Tierfriedhofer, AAT 16, Wiesbaden, 1989, pp.194-219. Des chambres sont spécialisées pour le culte du cynocéphale, où l'on vénère des statues de culte de Thot-cynocéphale et de Tho~-ibis (KESSLER, D., Tuna, op.cit., pp.118121. Cette idée est sans doute exposée dans une scène du temple de Daqqeh, en Nubie (ROEDER, G., Der Tempel von Dakke, Les temples immergés de la Nubie, Le Caire, 1930, pl. 115). Dans la partie basse, on aperçoit Thot qui, sous l'aspect d'un cynocéphale, s'avance vers la déesse Tefnout, représentée sous la forme d'une lionne. Dans la partie haute, l'animal de Thot est représenté sous la forme d'um ibis couché sur deux pylônes avec deux lions, qui représentent l'Orient et l'Occident. Faut-il y voir la métaphore de l'accès à l'Egypte, l'ibis étant le gardien de la vallée du Nil et de sa végétation. ôl BOVET, G., Oiseaux de l'Afrique tropicale (première Partie), Faune de l'union française (ancienne faune de l'Empire français) XVI, Paris, 1955, p.131. 68 GAUTHIER, H., Dictionnaire des noms géographiques contenus dans les textes hiéroglyphiques II, Le Caire, 1925, p.16. Pour les différents toponymes
BCIJ"voir ibid., pp.15-18. marécageux, le plJ,w.
f9

Le nom, en général,

fait allusion

à l'arrière-pays

il est à croire que les effigies d'ibis à côté des fontaines avaient pour but de signaler la qualité de l'eau. Une effigie d'ibis a été signalée à la fontaine de Nîmes; cf. LOUIS, M., BLANCHET, A., Forma Orbis Romani, Carte archéologique de la Gaule romaine, Gard, fase. VIII, Paris, 1941, XIX, p.10S, n° 85, 151. ~ DIAMANTIS, A., BlE Se série, 1. X, fase. 1, 1916, pp.207-216 ; 1. XI, fasc. 1, 1917, pp.127-129 ; BidE XII, fase. 2,1930, pp.129-147. 71 Information de Marie-Ève Colin. 7J. En effet, il accroît où diminue sa nourriture selon la croissance ou la décroissance de la lune (ELlEN II, 35), sans oublier qu'il ne fait éclore ses œufs au cours du même nombre de jours que la lune prend pour croître et décroître (ELlEN II, 38). Selon Jean Lydus, il était consacré à la lune (De
mens.
73

III,

11

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697 et IV, 76

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« De son propre chef, l'ibis ne quitterait jamais l'Egypte et au cas où un homme mettrait la main sur lui et l'emporterait de force, il se défendra 31

contre son agresseur et réduira tout son travail à rien, et il se laissera mourir de faim et rendra vaines les tentatives de celui qui l'a capturé. » 74 AUFRERE, S.H., «Les destructions des Perses en Egypte et de Cambyse en particulier. Topos ou réalité? », dans J.-M. Marconot (éd.), L'iconoclasme, à paraître. 75 ADRIANI, A., Divagazioni intorno ad una coppa paesistica del Museo di Alessandria, Rama, 1959, p.21, fig. 5. 76 CUMONT, Fr., Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1963, pl. VII, 2. Les ibis attestent de la pureté de l'eau.
TI

Les ibis font partie intégrante du paysage égyptien, avec les combats de

grues et de pygmées, et les animaux nilotiques: GRIMAL, P., Les jardins romains, 2e éd., Paris, 1969, p.288. Voir aussi SCRANTON, R., «Crinthian Kenchreai », L1£ÀT21,B'l, 1966, pp.141-145.

32

LA CRUE DU NIL ET LES OISEAUX MIGRATEURS DESCENDANT DU NORD

En complément à l'approche de l'ibis Threskiornis œthiopicus et de sa migration singulière à l'instar des autres membres de son espèce, puisqu'ils remontent du sud vers le nord en suivant la progression de l'él~vation du niveau du Nil pendant la saison Akhet1, il con vient d'aborder ici l'interprétation de la corrélation entre la crue, la fraie des poissons vers le Delta2 et la migration vers la vallée du Nil des diverses espèces ailées effectuant leur trajet en sens inverse3. Ce phénomène reflète une caractéristique fondamentale de la vie de l'écosystème de la vallée du Nil signalée à quelques reprises dans des textes égyptiens. En effet, l'idée que la crue saisonnière du Nil entraîne la migration des oiseaux est exprimée dans plusieurs passages de textes se rapportant au fleuve et aux activités qui découlent de l'inondation. Rappelons que les concepts d'antagonisme et d'alternance ont trouvé en Egypte un lieu d'application idéal, les biorythmes même du pays étant placés sous l'emprise de forces climatiques opposées cadencées par le calendrier des saisons, un mouvement noté à maintes reprises dans le De [side de Plutarque comme explication au mythe de la lutte entre Typhon-Seth et Horus4 représentant respectivement les masses d'air du sud et du nord tentant alternativement d'imposer leur empire sur la basse vallée du Nil. Les louanges au Nil du Gebel-Silsileh5, endroit où l'on vénère Hâpy, évoquant la force de la crue, font écho, quoique de façon très succincte, à ce phénomène saisonnier qui se résume à quelques mots-clés se rapportant à des notions dont le sens sera fourni par d'autres textes plus explicites. Le thème se décline de plusieurs façons:

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CkdILJ ~~ ~ :ita~~~

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dj Km.t m rsf

Tu es le seigneur des poissons, abondant en céréales, qui gratifie l'Égypte d'une provende de poissons et d'oiseaux chaque jour6.

Il est semblablement développé dans la louange au Nil de l' oGardiner 28 (lignes 3-4)7 :
'C7~ ~ <=::>~~Do
0 ë:::J~

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nb rm.w cS55pd.w [jnllf bt] "fnbt 5b wnm" tw{ jw /:t5tj. n4m w jw nlr.w m /:tb

nçJm-jbn Km.t m h5Wl/k
sw rsf rCnb

.

Le seigneur des poissons, aux nombreux oiseaux, [il apporte] tous ses [produits] bénéfiques que l'on consomme, les cœurs étant adoucis, les dieux étant en fête. Le bonheur de l'Égypte est sa proximité, car elle (= la proximité) (constitue) une provende de poissons et d'oiseaux chaque jour.

34

Dans les deux passages précédents, on notera que le rsf relève d'une activité spécifique à une vocable saison bien précise. Bien que le terme ne fasse pas figurer, dans toutes ses occurrences, les deux déterminatifs se rapportant aux gents à écailles et à plumes, il s'agit d'une prise conjointe d'oiseaux et de poissons8, attachée à l'événement saisonnier que représente une période précise au cours de la saison de l'inondation. Ce prélèvement dans la biomasse se pratique dans toute l'Egypte, ainsi que contribuent à le montrer plusieurs passages. L'expression résonne comme le signe de l'abondance alimentaire et les exemples montrent à l'envi qu'il peut alterner avec des termes désignant les aliments (@.w, k~.w) (Belegst. II, 449, 4-5). Une expression, m-hrw rsf« au jour de la provende d'oiseaux et de poissons» figure dans le Dialogue du Désespéré (90), où le contexte fournit cependant une précision calendérique :

~ ~~

~ ~ ~~ooo1Ç\ ~<=>jè ~'81~E1~

0(1 Ji

rn-hrw rsf p.t t~ t(j),
/I

«le jour de la provende (de poissons) et d'oiseaux, le ciel étant (encore) brûlant », car le texte montre bien que cette prise s'effectue lorsque la chaleur est encore étouffante, ce qui correspondrait bien à la saison d' Akhet, une idée que l'on retrouvera dans un document mentionné plus bas. Toutefois, comme on le verra, on attendrait plutôt une négation avant le passage « le ciel étant brûlant », puisque la condition sine qua non de l'arrivée des oiseaux migrateurs est justement que la chaleur se soit calmée, que l'essentiel des masses d'air chaud de Chemou et d' Akhet aient reflué vers le sud, et que les vents du nord-ouest soufflent, une condition que l'on retrouve dans le Grand Hymne au Nil (cf. infra, p. 36). C'est pour cette raison que je propose de rajouter « encore» entre parenthèses, pour souligner que la chaleur émanant du brasier nubien n'est pas tout à fait apaisée lorsqu'arrivent les oiseaux (migrateurs). Et rsf, d'une certaine manière, connote l'ouverture de la chasse et de la pêche, qui ne s'effectue qu'une fois que les hôtes du milieu ont commencé à 35

nidifier dans les marais à papyrus alors que les poissons ont fmi de frayer. Des souhaits de profiter de cette manne passagère figurent dans les formules d'offrande (Belegst. II, 449, 5). Le Nil en est clairement le fournisseur, ainsi que le note un texte d'Abou Simbel: «le flot frais viendra pour toi chargé de sa
provende d'oiseaux (et de poissons) (qb}:z br jj n'1k or rsf/lf)
9

;

on dit également que « Hâpy est le possesseur de la provende d'oiseaux et de poissons» (lf'Fj m nb rsf) (Fiche du Wb Med. Habu <771> ; cf. Belegst. II, 449, 6). Mais le roi et les dieux en sont également les garants, puisque le souverain est alternativement qualifié de wr rsf ou de C:sssf « abondant en r provende d'oiseaux et de poissons» (à côté de nb çJfi.w « seigneur des aliments») tandis qu'Osiris est le nb rsf bn.tj rspr.w «seigneur de la provende d'oiseaux et de poissons au devant des temples» (Belegst. II, 449,4). C'est donc le Nil (Hâpy) qui, par son débordement, provoque, d'une manière générale, tant le mouvement des poissons qui se manifeste par une remontée vers le nord et la présence d'oiseaux qui sont désignés d'une façon générale, en sorte que l'abondance découlant de la pêche et de la chasse se situe dans le même temps. Dès lors, le terme rsf étant expliqué, on comprend mieux ce thème d'une pêche et d'une chasse providentielles qui ne figurent qu'exceptionnellement dans les hymnes à Amon, au titre d'une parenté entre ce dieu et Hâpy, le Nil. Une prière récitée en faveur d'un scribe, au P. Anastasi IV 10, 6-10, 710, souligne cette idée, faisant écho au Grand Hymne au Nil:

~~~0~
~QQ 8c==:D0=:
C70.RoD~~~ 8:===t olb..A
~<t=::)

x~

cu

0

'0 0 0

~~~~
C~I~~~I

~~P~~:C7PÔ~~
36

Jmn-R( psjll k-lJ,pj-(5tif dww nb rm.w (is spd.w
nmhw nb SSIlW

Amon, ton grand Nil submerge les montagnes, seigneur des poissons, aux nombreux oiseaux, dont tout pauvre est rassasié Il.

Le propre des hymnes ou des prières est bien de condenser une information prenant un tour métaphorique, ne délivrant que peu de détails naturalistes qui ne sont pas essentiels à son efficience. Cependant, l'expression nb rm.w (ss spd.w somme toute assez banale, est encore là l'occasion de rappeler indirectement le grand carnage annuel auquel correspond le rsf et qui permettait à quiconque, fût-il pauvre, de se nounir, idée que reprend l'oDelM 1675 (cf. infra, p. 38). Les conditions dans lesquelles cette abondance se manifeste au moment de la crue du Nil est mieux précisée dans le Grand Hymne au Nil connu par maintes copies sur papyrus ou ostraca12. C'est là qu'intervient la notion des oiseaux migrateurs qui s'abattent sur les étendues marécageuses où croît la végétation et procurant parfois un abri illusoire aux oiseaux contre les prédateurs nombreux que leur présence attire 13 :
pSallier II, rOX : I

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