L'Ombre de l'homme

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Toutes les "histoires" qui jalonnent ce recueil de nouvelles sont authentiques. Tout ce qui est rapporté quant aux situations limites de l'humain plongé dans l'extrême est véridique, mais bien en deçà de la réalité historique. C'est vrai pour Histoire humaine, c'est vrai pour Manuscrit de 1946. Il a fallu lire l'Histoire, relire des histoires pour ne pas manquer la vérité historique. Mais en littérature, le mensonge est vrai puisque l'in-humain est inimaginable. C'est dire que tout est faux,inventé.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296807389
Nombre de pages : 204
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 © LHarmattan, 2011 5-7 rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris ,  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54769-8 EAN : 9782296547698
 
 
LOmbre de lhomme
Essai
Du même auteur
Le concept de langoisse chez Martin Heidegger, Presses universitaires du Septentrion, Lyon, 1999. Laporie du travail du deuil chez J. Derrida, inEnseignement philosophique,vol. 53, Paris, 2003. Une lecture duDiable et le Bon Dieupar Ricur,inÉtudes sartriennes, Paris, 2009. Roman
Noir sur blanc et blanc sur noir,Mon Petit Éditeur, Paris, 2010.  Poésie  Chemins poétiques,Édilivre, Paris, 2010. Outre-Occident,Édilivre, Paris, 2010.  Nouvelles  Nouvelles métaphysiques,Édilivre, Paris, 2010.
Robert Tirvaudey
Lombre de lhomme
nouvelles
LHarmattan
 
 
I France. La pluie. Bien entendu. Que de leau. Depuis quinze jours. À froisser les nerfs. De leau, que de leau. Même pour un marin, leau était de trop. Après danciens combats de la Tunisie au Maroc, en Algérie, en Éthiopie, les marins venaient de rentrer sinon chez eux, du moins près de la France dite libérée. Autour, emmurés, regroupés autour du poêle anémique, le froid était en eux. Leau, même des mers chaudes était toujours en eux, dans la froidure. Le sel. Le sel de leau froide, des eaux chaudes. Ils grelottaient  dérisoirement  devant leurs souvenirs de lAfrique Du . soleil et du sable. Lun deux dit soudain :  Leclerc doit être à Paris, à présent. Et tous sur la carte dépliée de mesurer le chemin parcouru.  Marin Legrand, fit Lucas, en posant lindex sur la carte, au-dessous de cette tache bleue en forme de cur quest la mer Méditerranée. Vous souvenez-vous de la cantine de lhôtel de la Marine ?
Histoire humaine
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Au-dessus de la table, il y avait une vieille affiche de propagande. Conçue pour les temps de guerre, elle avait fini par se parer dun sens mortel pour nous : le regard confiant dun homme noir, le fusil à hauteur, le sourire blanchi, sur fond dun irrémédiable jaune sable. Le béret de la marine. Blanc, évidemment. « Rejoignez les Forces de la France libre », voyait-on en dessous, en caractères bleus. Nous ne pouvions nous empêcher tous de penser à tous les camarades qui lavaient regardée, cette affiche, qui un jour étaient partis  sous leau  et nétaient jamais revenus sur terre   Orangea nest pas sur la carte, comme de juste, coupa T. Et pourtant, cest un port duquel nous pourrions tout attaquer par louest, maîtriser lest. Cétait un petit port, sous un trop grand drapeau, un port minuscule, des voiliers, de lhuile de petits bateaux à moteur. Le jour, il y avait la chaleur. La nuit, il y avait des étoiles. Un ciel plein détoiles. Cest de là quun matin trois destroyers sont partis vers le nord, au-dessous de la brume « la plus épaisse du monde », comme aiment à dire les journaux dont les journalistes ny sont jamais allés. Un seul destroyer, quatre heures plus tard, bombardait la petite ville de..., détruisant les hangars, mitraillant les avions au sol. Le deuxième, celui de R., sétait accroché sur le sable fin, faute de carburant. Au beau milieu des obus et de la mitraille. « Les moteurs ont lâché », précise T. Il faut retrouver Y. Lui et tout léquipage. Mais personne na jamais su ce quétait devenu le troisième destroyer. On enregistrera plusieurs messages pendant une demi-heure environ : « Nous coulons. Sommes perdus. Nous sommes perdus »
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Et puis le silence. Plus aucun mot. Ils avaient la force de vivre. Des canots, des vivres, de leau pour trois jours. Après Le lendemain matin, quatre autres destroyers attaquaient, R. bombardait le port de ... Le radio vouait toutes les mitrailleuses de lendroit à les suivre de leurs crachats, avec la double douleur quil y avait des centaines et de centaines de civils, et quil était personnellement visé. Son micro est sectionné par une balle explosive. Un lourd morceau de plomb vient sencastrer silencieusement dans sa narine. Et F. de renifler toute lhorreur de la guerre. Il en faut peu pour sentir lodeur de la guerre.  Je naime pas, interrompit F., que lon dise du  mal des absents ! Ce sont ceux qui ont toujours raison. Car sils ne sont pas là, cest toujours pour une bonne raison. Échapper à la mort en est une bonne, de raison. F., prétentieux mais non pas vantard, ne la jamais enlevé : pour lui, entre ses narines, ce petit morceau dacier, cest quelque chose comme une croix de guerre, plus forte que toutes les croix. En plein combat. Pas avant. Pas après. Mais pendant. Il profère désormais des sons creux, caverneux. Il faut comprendre. Tous les regards se portent sur lune des narines de F. Qui crache. Qui crache de toutes ses narines. E., dans la chaleur de la camaraderie, détourne lattention :  Le puits de Mona nest pas non plus sur la carte. Vous vous souvenez : nous lappelions le puits de la Mort. Il est censé se trouver par là. Voyez. Par là. Il y a une
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légende sur le puits. Presque un mythe. Ou un conte pour marins ; on disait que cétait une création de lAutre de Dieu pour faire songer les marins Qui croyaient en un Ailleurs de douceur  Ce nest pas un mythe. G. sy est engouffré. Un jour, sur un voilier. Il y a longtemps. Ça a presque disparu de la mémoire des hommes.  G. est un homme de confiance. Il a toute raison. Un homme rationnel plus que raisonnable, relève dignement A. Lhomme qui ne se raconte pas dhistoires. Trop longtemps dans la marine pour réciter des fables sur les contrées rencontrées.  En tout cas, peu avant la prise du port, le puits dit de la Mort a sauvé la vie à deux Anglais. Bien avant la guerre. Il est vrai, il en a tué trois. Nos marins avaient réussi à sortir des griffes de Rommel. Qui voulait tout contrôler. La terre, leau et le ciel. Ils avaient réussi à sévanouir dun bordel  les mots manquent  où les Allemands les avaient poussés. Deux litres deau pour trois, quatre cents kilomètres à parcourir à pied, pour des marins, un point minuscule à trouver, quelque part au milieu de lailleurs. On se trouvait par là, fort occupé à baliser une terre deau de secours, de recours. On ne saura jamais ce quil a dit en voyant jaillir de leau bleue, verte, des trois alouettes chancelantes.  Il na rien dit. Il na rien pu dire, coupe Q. Il était bien trop occupé à lutter avec le reste des bonhommes. Il a pu en empêcher deux de se suicider, mais le troisième fut plus prompt. Il se rua dans leau. Prit trois,
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