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L'OPÉRA DE L'AU-DELÀ - VOLUME 3

De
93 pages
Le retour de Nechtan dans une épopée spatiale qui le conduira jusqu'aux confins de l'univers
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Publié via Bookelis A Charlot, Juju, Rodoudou, Nono, Pierrot et Fifi Chapitre 1 Tombé du ciel La cité de Kantopolis, la capitale de l'empire kantien, se réveillait lentement ; le soleil dardait ses rayons matinaux sur les toits et façades des bâtiments. La ville tentaculaire reprenait vie ; les navettes envahissaient le ciel et se croisaient dans un joyeux désordre. Les citadins inondaient les rues dans une sorte d'improvisation calculée. Les commerçants ouvraient leurs boutiques en faisant grincer les rideaux métalliques des devantures. Le cycle de la vie reprenait son cours inéluctable et rien ni personne ne semblait en mesure de l'interrompre. Au milieu de cette fourmilière humaine, de ce marasme incroyable, de cette agitation naissante, un véhicule noir aux formes effilées et aux lignes parfaites filaient à vive allure. Cette voiture volante, uneaulac dernier modèle, remontait l'avenue du Tricorne à toute berzingue en direction du palais impérial. Ses vitres teintées ne permettaient pas de distinguer ses occupants, des hommes importants très probablement. La progression du véhicule fut bientôt ralentie, puis stoppée, par les embouteillages matinaux. Visiblement pressé par le temps, son conducteur activa les rétrofusées si bien le véhicule s'éleva dans les airs, à environ quatre mètres du sol, dominant ainsi l'ensemble du trafic. Le chauffeur n'en avait que faire du code de la route qui interdisait à tout engin de planer à plus d'un mètre du sol ; il pressa la pédale d'accélérateur et laaulacremonta toute la file de voitures, à la grande surprise des Kantopolisiens prisonniers des bouchons. A l'angle de deux rues, une voiture de police, une berline bleue peinte aux couleurs de l'empire, toutes sirènes hurlantes, brillante de mille feux, déboula du ciel et s'arrêta à hauteur du véhicule rebelle, l'invitant à cesser sa course et à subir un contrôle en règle. Le contrevenant obtempéra et arrêta son bolide juste au-dessus de la rue bondée de monde. Les vitres s'ouvrirent simultanément ; d'un côté, on avait un jeune policier aux cheveux blonds coiffés en brosse, de l'autre, un type entre deux âges au visage patibulaire. Les deux hommes s'observèrent pendant quelques secondes. - Il est interdit de circuler à plus d'un mètre du sol, lança avec assurance le fonctionnaire. Veuillez me présenter les papiers du véhicule ainsi que votre permis. Le chauffard, visiblement peu impressionné par ce contrôle inopiné, s'exécuta sans broncher ; il plongea la main dans la poche intérieure de sa veste grise et en sortit un porte-cartes en cuir. D'un geste délicat, il ouvrit l'étui et arbora sous le nez du policier un étrange document, une carte supportant les insignes impériaux. - Une voiture impériale, s'exclama l'agent en blêmissant. A la fois surpris et désemparé, il fit signe au contrevenant, qui bénéficiait de facto d'une immunité totale, de poursuivre sa route. Le conducteur de l'appareil gouvernemental ne se fit pas prier et reprit sa progression vers le palais. Le policier abandonna sa position et se réinséra dans le flux de circulation à la recherche d'éventuels auteurs d'infractions au code routier. La voiture noire traversa donc impunément l'espace urbain à toute vitesse, évitant bouchons, ralentissements et camions de livraison. Kantopolis, victime d'un véritable essor de modernité et d'une urbanisation galopante, avait perdu de son charme ancestral. Les majestueux immeubles aux façades blanches, les beaux pavillons à étages, les bâtiments officiels construits dans le style classique, les longues et larges avenues, les vitrines décorées des échoppes et les nombreux espaces verts avaient cédé leur place à une architecture urbaine beaucoup plus sobre et géométrique. Les rues étroites et sombres étaient bordées par des édifices construits selon un même modèle, le style post-impérial ; les effets luxueux, les exubérances architecturales et autres éléments décoratifs avaient disparu au profit d'une austérité maladive où l'utile primait sur l'agréable. Des lignes de force très prononcées dominaient les façades percées d'une multitude de fenêtres rectangulaires. Même les balcons, qui faisaient autrefois tout le charme du centre-ville, n'existaient plus. Les pierres extraites des mines du nord et utilisées pour la construction donnaient aux bâtiments une teinte bleutée, noircie par les gaz d'échappement. Seuls quelques vieux édifices branlants venus du fond des âges rappelaient au visiteur et au riverain que Kantopolis fut autrefois une ville d'art. De même, l'âme paisible de la cité semblait s'être évanouie au milieu du bruit des moteurs, des klaxons, des sirènes de police et de pompiers, des cris et des moteurs industriels. Le Kantopolisien, autrefois si calme et serein, était devenu un homme pressé, vivant au rythme d'une société hyper capitaliste avilissante. Le conducteur de laaulacarriva enfin en vue de la cité impériale. Cet espace sacré, qui s'étendait sur plusieurs hectares, renfermait un certain nombre de bâtiments, le palais de l'empereur, une caserne et le siège de la chambre des députés notamment. Gardé par une myriade de soldats et ceinturé par une épaisse muraille, l'endroit était souvent qualifié d'État dans l'État. Seuls quelques privilégiés, contrôlés, fouillés et questionnés à l'entrée, avaient l'honneur d'entrer dans ce lieu et d'approcher le cercle très fermé des dirigeants. La voiture noire s'arrêta devant la barrière d'entrée, laquelle était gardée par une bonne dizaine de militaires portant l'uniforme bleu de l'armée impériale et armés de pistolets-mitrailleurs, de matraques et de grenades défensives. Un officier sortit de l'aubette, une petite casemate de béton jouxtant le barrage, et s'arrêta à hauteur de la aulac. Son conducteur ouvrit la vitre ; le gradé lança un coup d'œil dans l'habitacle et se focalisa sur l'homme assis à l'arrière. L'individu, vêtu d'un élégant complet gris, avait le visage serein et détendu ; il inclina la tête
devant l'officier en signe de salut. -Bonjour monsieur Mascapole, lança le militaire à son intention. Vous êtes en avance. -Les affaires de l'État n'attendent pas, répondit l'intéressé en montrant une sacoche en cuir posée à ses côtés. L'officier esquissa un sourire et fit un geste de la main à son subalterne chargé de l'ouverture de la barrière. Aussitôt, la voiture s'engouffra dans la cité impériale sous le regard bienveillant des militaires. L'architecture du site relevait du monumental. Une large allée centrale dallée, bordée par les statues géantes des anciens dirigeants de l'empire et par une vingtaine de mâts au sommet desquels flottaient les couleurs de la nation, conduisait à la place centrale. Cette dernière, magnifique ensemble architectural de forme rectangulaire, était entourée par une série de bâtiments officiels. Sur son flanc droit s'étirait la caserne, un bâtiment tout en longueur parcouru d'une galerie couverte. Sur sa gauche se trouvait le siège de la chambre impériale, un édifice grandiose qui ressemblait à la fois à un hôtel particulier et à une forteresse. Enfin, la place s'ouvrait sur le palais, construit sur les bases de l'ancien siège officiel du Grand kantien. Sa façade avait très peu changé ; elle était composée d'un unique portail surmonté d'un tympan sculpté et soutenu par d'imposantes colonnes doriques. Le corps du bâtiment avait quant à lui été totalement transformé et réaménagé par les empereurs successifs. L'architecture extérieure du bâtiment, autrefois subtile et raffinée, était aujourd'hui d'une grande froideur martiale ; la seule décoration notable consistait en une série de drapeaux qui pendaient le long des parois. Le bâtiment était dominé par un édifice circulaire percé de nombreuses fenêtres, une sorte de donjon renfermant la résidence du souverain. Une multitude de personnes, des soldats, des fonctionnaires, des politiciens et des anonymes évoluaient dans cet univers magique où régnait, malgré cette vive agitation, une sorte de silence religieux. A travers la vitre de laaulac, Mascapole vit les statues des empereurs défiler devant ses beaux yeux bleus. Chaque souverain avait une posture particulière ; si l'empereur Daumier I était représenté vêtu d'un simple costume de ville aux côtés de son vautroux apprivoisé, Bétine II était figé dans son somptueux costume impérial et coiffé d'une magnifique couronne. Le regard de Mascapole s'arrêta particulièrement sur la statue de Bétine I, héros de la guerre contre le G.T.K. et fondateur du régime, matérialisé dans son uniforme d'officier avec un fusil à la main ; le sculpteur lui avait donné une posture digne, le regard tourné vers l'horizon. La voiture se posa sur le parking jouxtant le palais au milieu desaulac, des falatraneautres berlines de luxe. Les deux hommes s'engagèrent pédestrement dans l'allée qui menait au et palais. Mascapole, qui tenait à la main une précieuse sacoche, marchait d'un pas ferme et décidé ; il était suivi par son chauffeur, qui occupait aussi la fonction de garde du corps et dont le pistolet dépassait de sa redingote. Ils escaladèrent les quelques marches de granite bleu qui les séparaient du parvis et se présentèrent aux gardes chargés de contrôler l'entrée principale. Mascapole, habitué à la procédure, donna la sacoche à un soldat et leva les bras au ciel. Tandis qu'un militaire s'assurait qu'il n'était porteur d'aucune arme à l'aide d'un détecteur à ondes magnétiques, un autre se livrait à la fouille méthodique du sac. Le garde du corps fut également fouillé et contraint de laisser son pistolet aux gardes, personne n'étant autorisé à pénétrer dans l'édifice avec une arme. Le périple sécuritaire des deux visiteurs n'était pas terminé pour autant car il leur fallait dorénavant emprunter le sas d'entrée doté d'un système anti-intrusion ultra perfectionné. Lorsque la porte coulissante s'ouvrit, Mascapole et son acolyte entrèrent dans une petite salle aux parois de verre au milieu de laquelle se trouvait un étrange pupitre. Ils s'approchèrent de l'installation ; Mascapole lêcha le bout de son pouce et le posa sur une excroissance lisse dépassant de l'appareil. L'agent de sécurité imita son patron dans la foulée. Aussitôt, une voix féminine et électronique surgit d'un haut-parleur et retentit la pièce. «Bonjour, messieurs Mascapole et Baripolasse, bienvenu au palais impérial, dit la voix sur un ton monocorde et sans émotion.Votre accès est autorisé ». La porte de verre coulissa dans un léger sifflement. Les deux hommes firent quelques pas et se retrouvèrent dans le hall d'accueil, une vaste salle subtilement décorée et aménagée. Le haut plafond, orné de nombreuses peintures allégoriques, était soutenu par d'imposants piliers ioniques aux chapiteaux stylisés. Le sol était constitué de grandes dalles granitiques aux teintes bleues. Les parois étaient occupées soit par des aquarelles, soit par d'impressionnants drapeaux impériaux. Au centre se trouvait un guichet d'accueil où était installée, devant l'écran d'un ordinateur, une élégante fonctionnaire aux longs cheveux blonds. Les deux visiteurs se présentèrent à elle, inclinant légèrement la tête en guise de bonjour. -Bonjour messieurs, dit la belle secrétaire en affichant un large sourire. Vous êtes très en avance, monsieur Mascapole. -En effet. J'aimerais m'entretenir avec l'empereur avant la séance gouvernementale, répondit-il en montrant la sacoche qu'il portait à la main. -Je ne sais pas si sa majesté pourra vous recevoir car elle est actuellement dans la salle de sport. Mascapole, persuadé que le monarque acceptera de le rencontrer, haussa les épaules et se tourna vers son acolyte. - Je vais aller à la rencontre de l'empereur, lui dit-il. Je vous libère provisoirement de vos obligations, monsieur Baripolasse. Toutefois, restez dans le coin, je vous biperai en cas de besoin. L'intéressé, pas mécontent de ce quartier libre, remercia son maître et s'éloigna d'un pas tranquille, empruntant le chemin de la grande bibliothèque. Mascapole, quant à lui, salua la secrétaire et tourna les talons, se dirigeant vers l'escalier de marbre blanc qui descendait au sous-sol.
Dans les sous-sols du palais avait été aménagé un véritable complexe sportif réservé à l'empereur et sa famille. Il comprenait une salle de musculation, un court dejajal, un jeu de ballon originaire de Gex, un dojo pour les arts martiaux, un sauna et surtout une piscine olympique. Mascapole traversa le complexe d'un pas rapide et apparut sur le seuil de la piscine. La salle était grande et fermée, sans aucune ouverture sur l'extérieur. Des néons diffusaient une lumière criarde, presque désagréable pour les yeux. Quatre soldats en armes, dispersés aux quatre coins de la pièce, montaient stoïquement la garde. Au milieu s'étirait un bassin empli d'une eau claire et limpide dans lequel évoluait un nageur. Mascapole s'avança jusqu'au rebord et s'immobilisa à côté du plongeoir. Le sportif atteignit le bord, stoppa sa course, posa une main sur la faïence, reprit son souffle et leva les yeux vers le visiteur. L'athlète, qui n'était autre qu'un adolescent de seize ans, avait un visage amical ; des mèches noires tombaient sur son front tandis que des gouttes perlaient le long de sa peau laiteuse. Ses yeux verts s'illuminèrent lorsqu'il aperçut le fonctionnaire. -Bonjour, monsieur Mascapole, dit-il en s'agrippant au parapet. Je ne vous attendais pas à cette heure matinale. -Bonjour, votre majesté, il est vrai que je suis un peu en avance, concéda l'intéressé en serrant la sacoche contre sa poitrine. Je voulais m'entretenir personnellement avec vous avant la séance de cet après-midi. -Quelque chose de grave ? s'inquiéta le monarque qui prit la direction de l'échelle en gardant la tête hors de l'eau. -Aucunement votre majesté, juste quelques points que je voulais développer avec vous. L'empereur sortit de l'eau et déploya un corps impressionnant, taillé en V, très musclé au niveau des bras et des épaules, ce qui plaisait énormément aux filles du peuple comme aux bourgeoises. Il rejoignit le banc, y ramassa une serviette de bain et commença à s'essuyer énergiquement le corps sous le regard bienveillant de son conseiller. -Je n'aime pas vous savoir seul ici, votre majesté, enchaîna Mascapole en lançant des regards nerveux aux alentours. -Que voulez-vous qu'il m'arrive ? répliqua le monarque du tac au tac en finissant de se sécher. Il y a des gardes qui veillent en permanence sur ma sécurité. -Je m'inquiète pour ce qu'il pourrait se produire dans l'eau. Vous pourriez être pris d'un malaise et… -Cessez de me materner, monsieur Mascapole, interrompit le souverain en enfilant un t-shirt portant l'emblème duClub impérial de jajal. -Je ne vous materne pas, se justifia le fonctionnaire, je suis juste prudent et inquiet pour votre sécurité. Votre famille a connu beaucoup de malheurs ces dernières années et je ne supporterai pas qu'il vous arrive une pareille chose. Le garçon, très touché par la sollicitude de son ami, lui lança un regard amical puis lui asséna une petite tape sur le bras. -Arrêtez de vous inquiéter pour moi, rassura l'adolescent. Ce qui est arrivé à mes parents n'arrivera plus car vous avez pris toutes les mesures nécessaires. Parlez-moi plutôt de ce qui vous amène de si bon matin. L'empereur ramassa ses quelques affaires éparpillées sur le banc et prit la direction de la sortie ; Mascapole sortit une feuille de sa sacoche et le rejoignit au pas de course. -Jesouhaiteraiaborderlessujetsquiserontdéveloppéscetaprès-midilorsdelaséance gouvernementale, enchaîna-t-il. Il faut que nous discutions de l'entrée de la République de Mar Arno dans l'empire, de l'envoi d'une aide humanitaire et financière dans les pays défavorisés, du règlement du conflit frontalier opposant la république de Bastor-sur-mer au royaume du Prince-Édouard, du maintien 1 de l'armée impériale dans la zone de… - Vous m'embrouillez l'esprit, coupa le garçon en portant la main à son front. Allons discuter de tout cela autour d'un bon petit-déjeuner. Le conseiller politique se laissa gagner par l'insouciance de son jeune maître ; il abandonna la lecture de son document et approuva l'invitation par un signe de la tête. Les deux hommes quittèrent les lieux qui retrouvèrent leur calme ancestral. * La république démocratique d'Antor était un pays pauvre, un des plus pauvres de la planète d'ailleurs. Née de l'éclatement de la province d'Antor, cette nation était déchirée depuis plusieurs décennies par une guerre civile opposant différentes factions politiques. Elle n'avait de république que le nom car elle était gouvernée par des présidents autoproclamés ou élus dans des conditions très troubles, l'assassinat, la corruption et les complots étant devenus des pratiques courantes à la tête de l'État. L'empire était intervenu à maintes reprises, envoyant des troupes pour calmer les tensions, fournissant des denrées et autres produits de première nécessité ou arbitrant les conflits entre les différentes équipes politiques. En vain. Antor, autrefois province rayonnante et prospère, était aujourd'hui un micro État loqueteux et sans avenir politique. La population était
maintenue dans un état de dénuement total, s'agglutinant dans les bidonvilles de la banlieue misérable d'Antor, la capitale. Dans l'arrière-pays, la situation n'était pas plus avantageuse ; les paysans pratiquaient une agriculture de subsistance, revendant leur production à bas prix sur les marchés de la cité. Rien ne semblait pouvoir endiguer cette misère croissante et le naufrage de cette nation. Malgré tout, ce pays allait être le théâtre d'un événement extraordinaire qui allait bouleverser la destinée du peuple kantien. Il était bientôt midi et, à Antor, l'activité humaine était à son paroxysme. Tandis que les véhicules, des voitures roulantes délabrées pour la plupart, s'entassaient dans les rues sombres du centre-ville, les hommes et les femmes traînaient leur misère sur les trottoirs à la recherche d'une hypothétique source de revenus. La mendicité, le vol et la vente illégale de produits de contrefaçon étaient les activités les plus lucratives pour le petit peuple. La désolation se lisait sur ces êtres aux visages creusés, aux membres décharnés et aux vêtements usés ; ils erraient tels des zombies parmi les déchets, les débris et les ordures puantes encombrant la rue. Il n'y avait aucune trace de modernité ou d'évolution dans cette civilisation de gueux. Parfois, une fourgonnette de l'armée, montée par des soldats aux uniformes rapiécés, traversait la rue à toute vitesse et se frayait un chemin dans la foule en menaçant d'ouvrir le feu çà et là. L'ordre, la sécurité et la dignité s'étaient évanouis des rues antoriennes dont les bâtiments ancestraux, rafistolés à la hâte par des apprentis maçons, menaçaient de s'effondrer à tout moment. Tout à coup, une secousse sismique, continue et croissante en intensité, vint perturber ce petit monde ; tandis qu'un grondement sourd se fit entendre, les murs branlants des édifices s'agitèrent. Des vitres volèrent en éclats. Des tuiles, arrachées des toits, s'écrasèrent sur le sol. Quelques cabanes du marché s'écroulèrent. Certains badauds se réfugièrent sous les porches des immeubles, d'autres restèrent dans les rues, immobiles et indécis, attendant la fin du séisme. Soudain, un phénomène atmosphérique inhabituel se produisit dans le ciel ; une boule de feu, suivie d'une longue traînée de flammes et de fumée, traversa l'espace aérien à une vitesse vertigineuse en direction de la province. Le projectile disparut à l'horizon dans un halo de lumière, ce qui mit instantanément fin au séisme. Les Antoriens, un peu sonnés, s'échangèrent alors leurs premières impressions sur ce phénomène que beaucoup qualifiaient déjà de chute météoritique. * Dans les couloirs du service d'études astronomiques de l'université de Ratisbonne, le phénomène n'était pas passé inaperçu. Depuis l'événement, il y régnait une certaine effervescence. Le docteur Chartre, un grand homme maigre vêtu d'une blouse blanche, remonta le couloir principal au pas de course jusqu'au bureau du professeur Bartimon, le chef du service. Après avoir frappé à la porte, le scientifique entra vivement dans la petite pièce qui comprenait pour seul mobilier une lourde table en chêne massif, une grande bibliothèque et une vitrine dans laquelle étaient rangés des échantillons de minéraux. Bartimon, un vieux chercheur aux cheveux blancs et au visage ridé, se leva pour accueillir son subalterne et, après l'avoir salué d'une molle poignée de main, l'invita à s'asseoir en face à lui. Le visiteur, excité et à bout de souffle, s'exécuta et s'installa dans un confortable fauteuil, dans la ligne de mire de son patron. -Que me vaut l'honneur de votre visite, docteur Chartre ? commença le vieillard en se rasseyant sur son trône. -Professeur, il vient de se passer quelque chose d'extraordinaire à Antor, rapporta le jeune scientifique en accompagnant son récit de grands gestes. Une météorite de type C est entrée dans l'atmosphère et s'est écrasée il y a une heure environ. -Une météorite de type C, s'étonna l'érudit. Êtes-vous certain de ce que vous avancez ? -Je suis catégorique, assura Chartre. Les satellitesCosmos II etGalaxie IV nous ont transmis des images indiquant que l'objet mesurait plusieurs d'un mètre de diamètre lors du crash. Les images satellitaires montrent également que cet objet a perdu très peu de matière lors de son entrée atmosphérique et de son échauffement. Il pourrait donc s'agir d'un métal lourd comme le vitrium ou le proximium. -Voilà qui est intéressant. Il y a plusieurs années qu'un objet céleste aussi prometteur n'était pas tombé sur la planète. Avez-vous déterminé le lieu d'impact ? -Assurément, dit le docteur d'un air victorieux et en se tournant vers une carte mondiale punaisée au mur adjacent. L'objet s'est crashé dans une zone rurale située à environ cent kilomètres à l'ouest d'Antor. -A environ cent kilomètres à l'ouest d'Antor, répéta Bartimon en affichant un air déçu. Il baissa les yeux vers le sol, visiblement très contrarié par cette annonce. -Quelque chose ne va pas ? s'enquit le jeune chercheur qui avait perçu le malaise de son maître. -Si cet objet est réellement tombé à Antor, vous pouvez définitivement l'oublier et abandonner tout espoir d'analyse scientifique. -Que voulez-vous dire, professeur ? -La république démocratique d'Antor est le dernier endroit au monde où j'enverrai une expédition scientifique, de surcroît s'il s'agit d'une expédition originaire de l'empire. Antor est le pays le plus pauvre du monde et connaît une guerre civile effroyable, voilà pourquoi je vous recommande de laisser tomber
l'étude de cette météorite. -Mais l'intérêt scientifique doit transcender les conflits politiques de notre monde, s'indigna Chartre en haussant le ton. Il faut dépêcher une équipe d'experts sur place le plus rapidement possible et la faire escorter par un contingent de soldats si cela est nécessaire. Cet objet est l'occasion pour nous de… -Je comprends votre enthousiasme, docteur Chartre, interrompit le sage en le désignant d'un doigt accusateur. Toutefois, nous sommes également soumis aux aléas politiques de notre temps. -J'insiste, professeur Bartimon. Il faut sensibiliser le gouvernement impérial sur la nécessité d'étudier cette roche stellaire qui pourrait nous apporter de nouvelles connaissances. -Libre à vous, mon cher docteur Chartre, de faire un rapport à la section scientifique de la chambre impériale, se résigna l'ancien. Mais ne soyez pas trop surpris par leur réponse qui, à mon humble avis, sera négative. -Je vais rédiger cette demande de ce pas, dit le fougueux jeune homme en se levant d'un trait et en détalant vers la sortie. -Attendez docteur, lança Bartimon avant que son interlocuteur ne quitte la pièce. Je vous conseille encore une fois de laisser tomber cette affaire. Au mieux, les Antoriens enverront une équipe de scientifiques locaux sur place et nous transmettront un bilan synthétique. Au pire, ils ne feront rien et laisseront cet objet d'étude sombrer dans l'oubli. Vous savez docteur, il n'y a rien à attendre d'Antor et de ses habitants. Ces petits États ne font que semer la guerre et la destruction dans la péninsule antorienne ; ils ne méritent même pas notre considération. N'allez pas gratter dans ces pays corrompus et tenons notre empire bien-aimé loin de ces guérillas de paysans. Ce monologue, teinté de xénophobie, ne surprit pas le docteur Chartre, conscient que l'administration universitaire était pleinement acquise à la cause de l'empire. Il se contenta d'acquiescer d'un signe de la tête puis sortit de la pièce. * La séance de la chambre impériale était, comme d'habitude, interminable et ennuyeuse. Depuis près de trois heures, l'empereur voyait ses députés se déchirer sur des sujets brûlants tels que la colonisation spatiale, l'entrée de nouveaux États dans l'empire, l'envoi d'une aide humanitaire et financière dans les pays défavorisés, le règlement des grands conflits internationaux, le financement des caisses de l'État et le déploiement de l'armée impériale sur la planète. Tous avaient conscience que cette assemblée était un organe gouvernemental inutile et désuet, l'empereur étant le décisionnaire suprême. Toutefois, ce parlement élu, dernier vestige de la période démocratique, donnait au peuple l'illusion d'être détenteur d'une partie des pouvoirs étatiques. A dix-huit heures précises, alors que les débats semblaient définitivement stériles, l'empereur décida de lever la séance. Il se leva de son trône et s'avança jusqu'au pupitre sous l'attention particulière de monsieur Ororar, le président de la chambre. Le souverain portait la tenue des grands jours, à savoir l'uniforme de grand officier composé de chaussures en cuir, d'un pantalon blanc plissé, d'une veste bleue et d'une casquette sur laquelle était épinglée l'insigne impérial. Bien qu'encore jeune, le souverain était très impressionnant dans cet ensemble majestueux qui accentuait à son charisme naturel. Tous se turent et l'écoutèrent silencieusement parler à la tribune. Dans son discours de clôture, il réitéra son attachement pour les valeurs démocratiques et renouvela sa volonté de respecter les droits de l'homme à tous les niveaux. Une fois l'intervention impériale terminée, les parlementaires se séparèrent et l'hémicycle se vida dans un léger brouhaha. Le jeune souverain, accompagné de Mascapole, de ses ministres et d'une poignée de gardes, se dirigea à son tour vers la sortie. Le groupe fut alors rattrapé par monsieur Maculaire, le président de la section scientifique de la chambre impériale. Personne n'étant autorisé à s'adresser directement à l'empereur, Mascapole se planta devant le parlementaire. - Monsieur Maculaire, que voulez-vous ? demanda Mascapole, intrigué. - Je souhaiterai porter un fait à la connaissance de sa majesté, répondit le député en se penchant vers le monarque qui attendait en retrait. - Faites vite, enchaîna avec dédain Mascapole. Sa majesté a eu une longue et dure journée et elle souhaite à présent se reposer. - Je serai bref, répondit l'intéressé en baissant les yeux, comme s'il venait de se faire réprimander. L'université de Ratisbonne demande l'autorisation d'envoyer une expédition scientifique pour analyser une météorite de type C qui s'est crashée aujourd'hui à proximité d'Antor. - Nous avons été informé de cette affaire et il est hors de question que l'empire envoie ses ressortissants à Antor, répliqua cash Mascapole. - Puis-je vous demander pour quelle raison ? se risqua Maculaire. - Pour des raisons sécuritaires et…politiques. Avez-vous oublié ce qu'il s'est produit la dernière fois que nous avons envoyé un contingent à Antor pour régler le conflit frontalier entre les Saint-Pauliens et les Antoriens ? - Les choses étaient différentes car il s'agissait alors d'une expédition militaire, insista Maculaire. Je vous parle aujourd'hui d'une mission scientifique et pacifique.
-Iln'yariendepacifiquedanslapéninsuleantoirenne.Rejetezlarequêtedesuniversitaires ratisbonniens et enterrez rapidement cette affaire, conclut Mascapole en se tournant vers l'empereur. Le monarque, qui avait toute confiance en son conseiller, approuva sa décision d'un signe de la tête, ce qui mit un terme définitif à la discussion. Le groupe reprit sa route et sortit de la pièce en discutant, laissant le parlementaire à sa déception. * Marc des Bedottes était un humaniste, à la fois proche de ses semblables et impliqué dans la défense des indigents. Citoyen de l'empire, ex-chirurgien de l'hôpital central de Nechtanpolis et très intéressé par la politique de développement des pays pauvres, des Bedottes s'était engagé, il y a dix ans, dans une mission humanitaire impériale chargée de porter assistance aux citoyens d'Antor. Il n'en était jamais reparti ; il s'était attaché à cette population miséreuse et avait renoncé à son ancienne vie de petit nobliau nechtanpolisien. Installé dans le centre-ville d'Antor, dans un des rares immeubles encore debout, le « docteur du cœur », comme le surnommait la population, prodiguait aux Antoriens des soins gratuits. Grâce à son activité et son implication dans le développement de la cité, il jouissait d'un grand prestige auprès de la population, faisant à la fois office de guérisseur, d'enseignant, de scientifique et de guide spirituel. Face à la vacance des pouvoirs publics, les Antoriens s'étaient tournés vers cet homme charismatique et porteur d'espoir. Les autorités ne voyaient pas d'un très bon œil ce petit seigneur local mais elles le laissaient tranquille, du moins tant qu'il n'agissait pas contre les intérêts du pouvoir en place. Cela n'allait hélas pas durer… Une vielleaulacdéfoncée et à la peinture écaillée remontait la rue centrale. Elle avait du mal à se frayer un chemin entre les badauds, les stands de forains, les débris qui jonchaient la rue et les trous dans la chaussée. Finalement, elle s'arrêta devant un vieil immeuble à la façade délavée qui s'avérait être un ancien hôtel de luxe. Un individu d'une trentaine d'années, habillé d'un pantalon noir et d'une veste grise, sortit du véhicule et leva les yeux vers l'édifice qui n'était plus qu'un amas de pierres sans âme. Il poussa timidement la porte d'entrée et s'engagea dans le bâtiment. Il se retrouva dans un grand hall totalement délabré qui portait encore les traces de son ancienne activité. Il y avait là un ancien guichet d'accueil totalement rongé par l'humidité, quelques lustres poussiéreux et moites encore accrochés au plafond, les autres reposant sur le sol, ainsi que des chaises brisées et moisies. Plusieurs poutres du plafond s'étaient rompues et avaient entraîné dans leur chute une partie du plancher. Quelques pans de tapisserie tenaient encore aux parois humides et salies. « Cet endroit devait être magnifique autrefois » se dit le visiteur en progressant parmi les débris épars. L'homme s'engagea dans un étroit corridor et se dirigea vers une porte entrouverte située au fond de celui-ci. « Docteur des Bedottes » lança-t-il à haute voix dans le couloir en ralentissant son pas. Il n'y eut aucune réponse. Trop concentré sur sa progression, le visiteur n'entendit pas l'homme se glisser derrière lui et poser délicatement le canon d'une arme longue sur sa nuque. L'intrus se figea et leva instinctivement les mains au ciel, n'osant même pas se retourner pour identifier son agresseur. -Que voulez-vous au docteur des Bedottes ? interrogea l'individu armé. -Je…je désire discuter…avec lui, bégaya l'intéressé en proie à une crise de panique. -Vous n'êtes donc pas venu pour le tuer, n'est-ce pas ? -Aucunement, je ne suis même pas armé, répondit le visiteur tout tremblant en relevant sa veste pour découvrir son ceinturon. Le mystérieux assaillant se détendit d'un coup et baissa sa garde, autorisant son prisonnier à se mouvoir. Ce dernier se retourna et découvrit le maître des lieux, un grand homme de race blanche d'une trentaine d'années, les yeux bleus, les cheveux noirs hirsutes, vêtu d'une chemise froissée et d'un pantalon sale, tenant un fusil laser à la main. -Où se trouve le docteur ? demanda le visiteur. -Il se trouve devant vous, répliqua avec assurance des Bedottes en désactivant le système de mise à feu de son arme. -Je suis enchanté docteur… de vous rencontrer…lui dit l'homme qui se remettait lentement de ses émotions. Le type lui tendit la main ; le toubib ne la serra pas, ne sachant à qui il avait à faire. Il le fixa dans le blanc des yeux pour le mettre mal à l'aise et surtout identifier ses intentions. -Qui êtes-vous ? demanda l'occupant des lieux. -Je suis Étienne Briand, le P.D.G. d'Antor Énergie, le premier fournisseur en électricité à Antor. -Je sais qui vous êtes, monsieur Briand, et dites-vous bien que je n'ai pas l'habitude de traiter avec les gens de votre espèce, répondit sèchement des Bedottes. Vous vous engraissez pendant que la population sombre un peu plus chaque jour dans la misère. Vous tirez profit de la pauvreté en payant vos employés une solde de misère et de l'instabilité politique de ce pays en négociant à prix d'or vos contrats avec ses dirigeants véreux. -Ne vous emballez pas, monsieur des Bedottes, enchaîna l'industriel. Je constate que vous avez une mauvaise opinion de moi. Vous oubliez que mon entreprise garantit l'acheminement de l'électricité dans
la cité, ce qui n'était pas le cas il y a dix ans. -Épargnez-moi vos justifications et dites-moi plutôt l'objet de votre visite. -Je souhaiterai discuter avec vous en privé, dit-il en lançant quelques regards méfiants autour de lui. Des Bedottes réfléchit quelques instants, ne sachant encore s'il devait accepter cette entrevue. Finalement, il indiqua la cage d'escalier et les deux hommes s'y engagèrent aussitôt. Comme le hall, l'escalier était dans un état lamentable. Les marches en bois étaient pour la plupart pourries et menaçaient de céder à tout moment. Les murs étaient recouverts de moisissure et de graffitis, preuve que l'endroit fut autrefois un squat. Les deux hommes montèrent silencieusement les six étages de l'immeuble et arrivèrent dans un long couloir qui, lui, était plutôt bien entretenu. Le sol, dont la moquette originelle avait disparu, était une surface bétonnée froide et grise mais relativement propre. Les parois, épargnées par l'humidité, étaient encore à peu près saines. Les deux hommes remontèrent le couloir d'un pas tranquille, passèrent devant les portes des anciennes chambres de l'hôtel dont certaines étaient encore numérotées et entrèrent dans la soixante-sept. La chambre, relativement petite, avait été réaménagée en appartement. Un grand lit occupait le centre. Une commode et une armoire massive étaient reléguées contre le mur du fond. Une table en bois entourée de quatre chaises servait à la prise des repas. La salle de bain, qui communiquait directement avec la chambre, faisait également office de cuisine, les appareils électroménagers occupant le moindre espace disponible. La décoration était fournie ; des posters, des photographies, des articles de journaux, des tableaux et des divers souvenirs recouvraient les murs. Si l'endroit n'était pas luxueux, il n'en demeurait pas moins chaleureux. Des Bedottes invita Briandà s'asseoir à la table, ce qu'il fit sans plus attendre. Le docteur sortit deux verres et une bouteille de vin d'Antor de la grande armoire ; il les déposa sur la table, juste sous le nez de l'industriel. Après avoir rempli les deux récipients et trinqué ironiquement à la santé de l'empereur, la discussion s'engagea. - A présent que nous sommes tranquilles, allez-vous me dire ce qui vous amène ici, commença le médecin après avoir avalé une grande gorgée de vin. - J'ai une proposition à vous faire, docteur des Bedottes, répondit le bourgeois juste avant d'ingurgiter à son tour une lampée d'alcool. Êtes-vous au courant de la météorite qui s'est crashée aujourd'hui non loin d'Antor ? - Euh, oui, hésita le toubib qui ne s'attendait pas à une telle amorce. J'ai ressenti le séisme et j'ai appris la nouvelle à la radio, comme tout le monde. - Eh bien, cet objet céleste, une roche de plus d'une tonne selon les experts, s'est écrasé à cent kilomètres à l'ouest d'Antor, dans la zone rurale située entre Talassoudénie et Daridira. - Je ne vois pas en quoi cela me concerne, répliqua le médecin qui ne voyait toujours pas où son interlocuteur voulait en venir. - Un ami bien placé au gouvernement impérial m'a fait savoir que l'empire avait refusé l'envoi d'une expédition scientifique en raison de l'insécurité résiduelle dans cette zone. Je crois qu'ils n'ont jamais digéré l'échec de leur tentative de pacification du conflit frontalier entre les deux Antor, il y a trois ans. Bref, dans la mesure où l'empire s'est retiré de ce projet, je vous propose d'organiser, avec votre aide, une expédition scientifique pour analyser cet objet céleste. Des Bedottes, intéressé par la tournure de la discussion, se redressa et fixa son interlocuteur, y cherchant ses véritables intentions. - J'ai du mal à vous suivre, enchaîna ce dernier. Vous voulez organiser une expédition scientifique pour aller à Tallasoudénie et analyser un morceau de météorite. Ne me dites pas que vous êtes soudain devenu un féru de sciences naturelles. - Ce n'est pas pour la science que je projette cette entreprise, concéda l'industriel juste avant de vider son verre. J'ai ouï dire que les scientifiques impériaux sont frustrés par la décision de l'empereur car ils auraient aimé analyser cette pierre, peut-être porteuse d'un nouveau minerai. Aussi… - Je crois avoir deviné la suite, interrompit le médecin en se levant et en se dirigeant vers la fenêtre. Vous voulez récupérer cette météorite et la revendre aux scientifiques impériaux, n'est-ce pas ? - C'est cela, reconnut Briand en affichant un franc sourire. Et si cette météorite renferme un nouveau minerai, comme le supposent les chercheurs impériaux, nous pourrons tirer un gros paquet d'argent de cette entreprise. - Nous ? Qu'est-ce qui vous dit que je vais accepter ? demanda des Bedottes en jetant un coup d'œil dans la rue à travers la vitre. Je suis de noble lignage et j'ai une grande fortune qui m'attend dans l'empire. L'argent ne m'intéresse pas. - Je crois savoir que l'empire a interdit l'exportation des fonds et capitaux monétaires depuis quelques mois, pour éviter notamment que des fonds privés ne financent les guérillas locales. Cette mesure vous prive de votre argent et fait de vous un citoyen pauvre de la cité d'Antor. Je suis persuadé que vous ne refuseriez pas un peu d'argent frais et honnêtement gagné, n'est-ce pas, docteur ? L'intéressé ne répondit pas et se concentra sur le spectacle de la rue. De son appartement, il voyait les bidonvilles et la misère qui s'étendaient à perte de vue jusqu'aux confins de la banlieue. Des hommes, des femmes et des enfants vêtus de guenilles erraient dans les artères terreuses, entre les cabanes confectionnées à la hâte avec de la ferraille, des morceaux de bois et d'autres matériaux de récupération. Des Bedottes ne supportait plus cette misère humaine, cette vision d'apocalypse, cette chute vers le chaos. Il n'y