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L'orchidée noire

De
192 pages
Ce roman est le deuxième volet d'un diptyque, il fait suite à Azizé. La compagne éponyme d'Azizé quitte l'alter ego de Louis Charbonneau et lui procure une jeune remplaçante. Pionnier dans la forêt où il profite du prestige du Blanc, il n'est pourtant qu'un pion pour le maîtres de la compagnie pour laquelle il travaille. Cet ouvrage traduit la vie de tous les jours en un roman plein de rebondissements et révèle une mentalité largement partagée dans son temps.
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Louis Charbonneau
L’ORCHIDÉE NOIRE Amours tropicales II
Présentation de Roger Little
L’ORCHIDÉE NOIRE
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Louis Charbonneau L’ORCHIDÉE NOIREROMAN Présentation de Roger Little L’HARMATTAN
En couverture : Scuplture byeri (détail) : collection particulière
© L’Harmattan, 20145-7, ruede l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02772-2 EAN : 9782343027722
INTRODUCTION par Roger Little
Du même auteur sur la représentation du NoirComme auteur : Between Totem and Taboo : Black Man, White Woman in Francographic Literature, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2001 (texte anglais) Nègres blancs: représentations de l’autre autre, Paris: L’Harmattan, 1995Comme éditeur intellectuel : Louis Charbonneau,Azizé, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 97, Paris: L’Har-mattan, 2014Louis Charbonneau,Fièvres d’Afrique:de trois récits inédits suiviLa Duchesse,La RecluseetMinne Water: Lac d’amour(extraits), présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 94, Paris: L’Harmattan, 2014Louis Charbonneau,Contes d’A.É.F. 1888-1910, ouvrage inédit accompagné de documents inédits, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 93, Paris: L’Harmattan, 2014Louis Charbonneau,Mambu et son amour, avec de nombreux documents inédits, présen-tation de R.L., coll. Autrement Mêmes 92, Paris: L’Harmattan, 2014Raymond Escholier,Mahmadou Fofana, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 90, Paris: L’Harmattan, 2013Alfred Séguin,Le Robinson noir, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 88, Paris : L’Harmattan, 2013Pierre Mille,L’Illustre Partonneau, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 84, Paris : L’Harmattan, 2013JulieGouraud,Les Deux Enfants de Saint-Domingue, suivi de Michel Möring,L’Esclave de Saint-Domingue, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 82, Paris :L’Harmattan, 2012Nouvelles du héros noir: anthologie 1769-1847. Textes réunis et présentés par R. L., Autrement Mêmes 50, Paris : L’Harmattan, 2009Lucie Cousturier, les tirailleurs sénégalais et la question coloniale: actes du colloque international tenu à Fréjus les 13 et 14 juin 2008, augmentés de lettres adressées à Paul Signac et à Léon Werth. Textes réunis et présentés par R. L.,Paris : L’Harmattan, 2008Gaspard Théodore Mollien,Voyage dans l’intérieur de l’Afrique, aux sources du Ségégal et de la Gambie, fait en 1818,présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 41, Paris : L’Harmattan, 2007Louise Faure-Favier,Blanche et Noir, présentation de R.L., avec la collaboration de Laurent de Freitas, coll. Autrement Mêmes 28, Paris : L’Harmattan, 2006Anonyme,Histoire de Moulay Abelmeula, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 12, Paris : L’Harmattan, 2003Lucie Cousturier,Mes inconnus chez eux, t. 1 :Mon amie Fatou, citadine; t. 2 :Mon ami Soumaré, laptot, suivi d’un Rapport sur le milieu familial en Afrique occidentale, présentation de R.L., avec des textes de René Maran et de Léon Werth, coll. Autrement Mêmes 9, Paris : L’Harmattan, 2003Aperçus du Noir: regards blancs sur l’Autre, n° spécial d’Interculturel Francophonies[Lecce, Italie], 2 (juin-juillet 2002), éd. R.L. Lucie Cousturier,Des inconnus chez moi, présentation de R.L., préface de René Maran, coll. Autrement Mêmes 1, Paris : L’Harmattan, 2001Pigault-Lebrun,Le Blanc et le Noir, présentation de R.L., Autrement Mêmes 4, Paris : L’Harmattan, 2001 Anonyme,Histoire de Louis Anniaba, présentation de R.L., Textes littéraires CVIII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2000 Black Accents : Writing in French from Africa, Mauritius and the Caribbean.Actes du colloque ASCALF tenu à Dublin, 810 avril 1995, éd. J. P. Little et R.L., Londres : Grant et Cutler, 1997 (textes anglais et français) Jean-François de Saint-Lambert,Contes américains: L’Abenaki, Ziméo, Les Deux Amis, présentation de R.L., Textes littéraires XCIX, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1997Bernardin de Saint-Pierre,Empsaël et Zoraïde, ou les Blancs esclaves des Noirs à Maroc,présentation de R.L., Textes littéraires XCII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1995 Claire de Durfort, duchesse de Duras,Ourika, présentation et étude de R.L., Textes littéraires e LXXXIV, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1993 ; 2tirage, 1993 ; nouvelle édition revue et augmentée, Textes littéraires CV, 1998 ; édition mise à jour, 2005
INTRODUCTION L’Orchidée noires’inscrit dans la continuité d’Azizéà la où,n, Malola, le chef du village qui porte son nom, annonce d’une part l’invasion des territoires balingui par les M’Fans et d’autre part son offreà Tala N’Zavode sa petite-fille, N’Dya, « femme depuis cinq 1 lunes » , pour remplacer Azizé partie se marier. Fin stratège, il veut ainsi s’associer l’auteur des carnets,pour défendre son ethnie et éventuellement chercher un appui parmi les explorateurs et coloni-sateurs blancs. En l’occurrence –et le titre de la première partie de L’Orchidée noirevend la mècheon choisit l’exode.La présentation de Tala N’Zavo au tout débutd’Azizéne laisse guère de doute sur son identité : Qui ça, Tala N’Zavo? Peu importe! Ces notes, quim’ont été remises par l’ami très cher, jetteront un jour curieux sur la vie qu’aux temps déjà lointains de la création de notre Afrique Équatoriale, menèrent nombre de jeunes hommes aventureux et hardis, véritables 2 pionniers de l’influence française.La techniquenarrative on ne peut plus rebattue de la découverte d’un manuscrit permettant au véritable auteur de se masquer ne tient pas longtemps la route. L’identification entre Tala et Louis Charbonneau s’établit clairement, autant dansL’Orchidéenoire quedansAzizé. Situant l’action du livre, dès son avant-propos, dans la réalité précise de l’«Afrique équatoriale, entre le deuxième et le troisième parallèle nord de l’équateur», où Charbonneau a en effet évolué, il fait montre de sa connaissance de l’histoire de la région et n’hésite pas ensuite à déclarer que Tala, « le pionnier français [] traitait bois, gomme et ivoire chez les Balinguis de l’Utongodepuis 1888 (p. 5 ci- » dessous), c’est-à-dire à la date où Charbonneau lui-même, dans le 3 même but, était arrivé dans la région . 1 Azizé, p. 105. Toutes les références aux œuvres de Charbonneau renvoient à nos éditions ou rééditions de 2014. 2 Ibid., p. [3]. 3 Date confirmée lorsqu’on lit dans l’entrée de juin 1893 que l’auteur des carnets comme du roman est installé « depuis près de cinq ans » (p. 117 ci-dessous). vii
Né en 1865 dans un Morvan dont il garde la nostalgie, l’auteur de ces récits, comme des carnets d’où ils sont tirés, était passé pour ses études au petit séminaire de Nevers, mais paraît séduit par la 1 morale relâchée que lui propose « Malola-Épicure» : « Prendre de la vie ce qu’elle a de meilleur, sans nuire à son voisin, et pour le reste, tâcher d’avoir la force de le jeter par-dessus l’épaule! » Tala-Charbonneau reviendra à plusieurs reprises à cette philosophie facile quil ne trouve que trop attirante.Il sort parfois d’autres apophtegmesqui suggèrent un laisser-aller analogue et semble affectionner de tels dictons et proverbes. DansMambu et son amour, par exemple, il répèteun proverbe fiote: «Au fil de l’eau on finit par arriver à la 2 mer » . DansAzizé, « Iln’est pas bon que l’homme reste seul dans la forêt ! » (p. 109) répète la généralisation émise par le même Malola : «M’Boko to molomolo a benassa.Littéralement: “Il n’est pas bon pour un homme d’être seul”(p. 21). Dans »L’Orchidée noire, on trouve entre autres dictons, souvent répétés : « Ventre plein ne songe à rien » (p. 9) ; « Prendre le meilleur de la vie et jeter le reste par-dessus l’épaule» (p. 11) ; « Sers-toi de la femme, mais n’en deviens pas l’esclave » (p. 44).C’est la loi dela facilité qui prime. Une morale si peu exigeante permettra sans doute à Tala de faire son commerce, sa chasse et sa cour dans la solitude de la forêt. Solitude toute relative, bien entendu, puisqu’il est toujours entouré des gens du village, de ses domestiques de case, des bras de sa concubine. Lui manque la société blanche, et même s’il se fait à la vie indigène, ses rencontres avec les Européens venus de la côte le rendent immanquablement heureux. Ce qu’il apprend auprès des Balinguis ou, plus tard, des M’Fans, lui est certainement précieux dans sa vie quotidienne, mais c’est auprès de Willou de Lopez,qu’il prend conscience de son ignorance en matière de minéralogie ou d’arboriculture (cf. p. 79-85). Charbonneau est au début de son long séjour en Afrique équa-toriale française.AzizéetL’Orchidéenoireont été publiés en 1928, aprèsMambu et son amourdont les événements sont (1924) postérieurs,les dates s’échelonnant de 1903 à 1907. Il y restera, avec quelques congés en Europe, jusqu’en 1922, se mariant en 1894 avec 1 Pour peu justifiée que soit la référence à Épicure, Charbonneau écrit « Malola-Épicure » dansAzizé, p. 34 et dansL’Orchidéenoire, p. 44. 2 Mambu et son amour, p. 19. viii
une Brugeoise, s’installant en Belgique à partir de 1936 et mourant 1 à Bruxelles en 1951 . Un nouveau Moïse Intituler «L’Exode» la première partie deL’Orchidéenoire, dire de Tala N’Zavo que, «organisateur de l’exode, il conduit les débris d’un peuple, qui fut grand, au-delà dueuve Éyo, vers la paix et la tranquillité» (p. 5), lui faire dire : « je conduis ce peuple » (p. 15), c’est fatalement faire référence à l’exode biblique etle faire marcher symboliquement dans les pas de Moïse.En l’occurrence, d’après le texte,il s’arrêteà Médouma, peu après avoir traversé leeuve Éyo, 2 autrement dit celui qui s’appelle aujourd’hui le Bénito ou le Mbini. …Dans la région des hauts plateaux où j’aiconduit mes Balinguis, Médouma est un gros village installé sur la rive gauche de la Man-diocoué, à proximité des chutes en gradins par lesquelles cette rivière gagne l’Éyo tout proche. Avec l’appoint des familles de Malola, ce village étant appelé selonmoi à devenir un centre commercial, j’ai décidé de m’y établir. (p. 29)Mu par ses intérêts commerciaux,Tala N’Zavo semble partagé entre le mépris et l’admirationdevant le phénomène du renoncement des Balinguislorsqu’il évoque le départ: Voici maintenant le troupeau des Balinguis. Ah! ceux-là, en les entendant jacasser et rire, on ne se douterait guère qu’ils sont sur la route de l’exil! Je reconnais bien chez eux la mentalité de Malola, le vieux chef décédé : « Ne pas se tourmenter pour des chosesqu’on ne peut éviter ! Prendre le meilleur de la vie et jeter le reste par-dessus l’épaule.» Et, de fait, une fois leur décision arrêtée, ils l’ont jetée par-dessus l’épaule, la perte de leur pays !(p. 11) Dans quelle mesure s’agit-il d’une« collaboration imposée » (p. 14)? Tala y voit son intérêt, et c’est un intérêt commercial plutôt que 1  Pourde plus amples informations sur la biographie de Charbonneau, voir J[oseph]-M[arie] Jadot, « Louis Charbonneau (1865-1951), un romancier fran-çais du Mayumbe belge »,Bulletin des séances, Académie royale des sciences coloniales [Bruxelles], n.s. III, 4 (1957), p. 774-795 : http://www.sudoc.abes. fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=101742711 ; voir aussi notre introduction à la réédition deMambu et son amour. 2 On peut suivre son parcours de Malola au Yové, en faisant escale à Médouma, en se référant à la carte que nous reproduisons p. xi.
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