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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54776-6 EAN : 9782296547766
À ma mère
CHAPITRE I Le jour venait à peine de se lever. Comme annoncé depuis des semaines à grand renfort médiatique, Amiral devait se rendre au Palais des conférences à neuf heures. Amiral était un bel homme, coutumier des bacchanales ; du haut de sa soixantaine, il respirait l’aisance : ses joues illustraient à merveille le bonheur qui pouvait caractériser ses jours. Il était parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat exécuté dans les règles de l’art : sans heurt majeur ni bain de sang particulier, quelques anéantissements sommaires, de petits et rapides coups de pistolet et l’emprisonnement d’une vingtaine de ministres de la République. Une fois au pouvoir, Amiral avait légitimé son règne par des referendums successifs aux résultats réglés à l’avance comme une horloge. Après quelques années passées à la cime de la puissance publique, il s’était mué en un véritable patriote, un guide éclairé, un messie somme toute, du moins comme le chantaient ses discours-fleuves stéréotypés diffusés à temps et à contretemps par des organes de presse éternellement placés sous le drapeau. Amiral venait de faire son entrée au Palais des conférences. La séance terminée, il entreprit, comme à l’accoutumée, de prendre un bain de foule, en bon populiste. Quelques mètres après le palais, aux abords du grand marché, une foule impressionnante, faite plus de curieux que de supporteurs véritables, s’était amassée le long de l’artère principale, acclamant son timonier démiurge. Au
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rang des citoyens en transe, un personnage (disons !) bizarre ricanait et gesticulait tel un macaque d’entre-deux-générations. C’était Alenon, un homme aux facultés mentales en dérangement certain ; sous d’autres cieux, on le désignerait par le signifiant « fou », vocable vide de sens en psychologie. Un cache-sexe bien sale, en lambeaux irréguliers, protégeait asymptotiquement son capital d’homme sensible dont l’élément central pendant était pris en otage par de minuscules parasites qui semblaient y trouver un milieu de monoculture expérimentale assez favorable. Alenon était donc de la partie. De temps en temps, il maugréait, invitant, sans grand soin, son voisin, un monsieur au « col blanc », à lui céder le passage. Sur une de ses insistances sans doute malvenue, survint une altercation pour le moins anodine. Fait banal aux conséquences lourdes. L’homme au "col blanc" lui asséna une gifle bien dosée. Mais, qui était cet « éducateur » en vérité ? Achégbé, ainsi l’appelait-on, était un homme de la droite obligatoire, un profiteur qui vivait bien de son métier d’encenseur du régime en place, lequel pourtant grugeait et faisait souffrir le peuple. Victime de ce triste et odieux traitement, Alenon dut battre en retraite en disant : - Privez-moi de tout ce qu’il y a de bon dans le marché. Par cette parabole, il exprimait ne pas vouloir continuer à regarder ce spectacle auquel il devait avoir droit contre sa joue si violemment martyrisée par un vampire du régime d’Amiral. Il se retira, alla s’asseoir bien loin de la foule qu’il tint en aversion, la lorgnant de temps à autre.
Dame Ayato avait suivi cet événement malheureux ; elle accourut alerter Pastor, un homme de Dieu, un évangéliste ; mais, cet apôtre de la Bonne Nouvelle avait une 10
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