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La Belgique imaginaire

De
287 pages
La Belgique Imaginaire est de retour ! Mais est-elle jamais vraiment partie ? Avec ce deuxième volume, retrouvez une fois de plus toute la richesse, l'imagination, la diversité des univers de vingt-trois auteurs belges francophones. Dans la droite ligne de Thomas Owen, Jean Ray ou Henri Vernes, dégustez avec plaisir ce délicieux florilège de nouvelles qui vous feront vibrer, frissonner, rire, pleurer… En un mot, comme en cent, vous évader !
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b
Marc Bailly présente
La Belgique imaginaire Anthologie • Tome 2
Nouvelles
La Belgique imaginaire
Livres libres collection dirigée parMarc Bailly
Une collection où vivent plaisir, liberté, imaginaire et qualité. Le plaisir de la lecture. Trop souvent oublié dans un monde qui file à la vitesse du numérique, le plaisir de la lecture offre pourtant une fenêtre sans limite sur le monde qui nous entoure. Pour certains, synonyme d’apprentissage, d’élitisme, de difficulté, la lecture plaisir a trouvé sa collection. La liberté. De ton, de style, de genre, d’écriture. Une collection qui se veut sans barrière, sans limite, sans étiquette. Les auteurs seront libres de développer leur univers, d’exploiter leurs idées, de faire naître au détour des pages, des galeries de personnages fasci nants… Pour des lecteurs qui pourront, en toute liberté, se plonger dans des récits riches, joyeux, tristes, dangereux, excitants, bondissants, drôles, terrifiants… L’Imaginaire au pouvoir ! Qu’estce que l’Imaginaire ? Mais finalement, qu’estce qui n’est PAS Imaginaire. Une collection qui se permet tout, ne se refuse rien et qui ouvre grandes les portes d’une véritable aventure littéraire aux parfums exquis ! La qualité. Livres Libres se veut une collection de qualité et exigeante, qui ne publiera que le meilleur, au service d’une littérature de qualité (mais accessible), et d’un lectorat tout aussi exigeant… « Livres Libres » propose des ouvrages inédits d’auteurs belges qui partagent une volonté tant de qualité que de divertissement. « Livres Libres », finalement n’est pas une collection ! C’est une expérience littéraire.
Déjà parus :
• Hugo Poliart,Superflus, 2015. • Marc Bailly (sous la dir.),La Belgique imaginaire – Anthologie tome 1, 2016. • MariePaule Eskénazi,Walter ou Naïm, héros ou assassin, 2016. • Sophie et Jacques Mercier,Toute une vie d’amour, 2016. • Pierre Mainguet,Le silence ne répond jamais, 2016. • Monique Bernier,La magie du frangipanier, 2016.
Anthologie choisie et présentée par MARC BAILLY
La Belgique imaginaire
A N T H O L O G I E
Tome II
La collectionvivent plaisir, liberté et imaginaire.
D/2016/4910/35
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN 9782806102928
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Préface
En 1988 paraissait le n° 15 de la revuePhénixqui publiait 21 écri-vains de notre beau pays. Presque trente ans après, voici cette antho-logie en trois tomes. Que de temps passé, que d’évolution dans le monde de l’édition durant ces trois décennies. Que reste-t-il de ces vingt et un auteurs de l’époque ? Certains ont complètement disparu, mais quelques-uns publient toujours et sont bien présents. Heureusement, de nombreux autres auteurs ont vu le jour durant toute cette période. Les Jean Ray, Thomas Owen, Jean Muno ou autre Michel de Ghelderode sont toujours là en tant qu’icônes, mais les Alain Dartevelle, Nadine Monfils, Jean-Baptiste Baronian, Frédéric Livyns ou Christophe Collins représentent haut les couleurs de cette Belgique imaginaire, et c’est tant mieux. Les auteurs varient, changent, évoluent, mais le monde de l’édition aussi. Les grandes maisons font toujours les beaux jours des librairies et sont toujours les premières en chiffres de vente, mais… De nom -breuses petites maisons d’édition sont nées et font du très bon travail. Peut-être sont-elles trop nombreuses, mais un écrémage se fera dans les années à venir pour arriver à un juste milieu. Cela permet àde nombreux auteurs de publier et aux lecteurs de découvrir autant de nouveaux talents qui, sans cette émergence, ne pourraient exister. Depuis 1988, les techniques d’impression ont beaucoup évolué. Fini l’offset à tout va, maintenant on travaille avec l’impression à la demande. Les coûts diminuent ; les possibilités augmentent et l’offre se diversifie. Le numérique se développe petit à petit, pas autant qu’aux États-Unis, car en Francophonie, il ne représente qu’un faible pourcentage des ventes. Est-ce dû aux prix de vente encore élevés des ebooks ? Aux habitudes plus traditionnelles des consommateurs ici, en Europe ? Allez savoir… Ce qui est certain, c’est que cette technique n’en est encore qu’à ses balbutiements et que de nombreuses surprises se préparent pour l’avenir. En ce qui concerne les auteurs repris dans ces trois tomes, augu-rons que la plupart d’entre eux seront encore présents dans trente ans, car ils le méritent, tous autant qu’ils sont, vu la qualité de ce qu’ils nous proposent. Je suis fier, en tout cas, de vous les présenter ici, comme j’étais fier de l’anthologie dePhénixen 1988. MarcBAILLY
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JeanBaptisteBARONIAN
JeanBaptiste Baronian est né à Anvers en 1942, dans une famille arménienne. Après avoir obtenu son diplôme de docteur en droit à l’UCL, il entre aux éditions Marabout en 1970 et en assure la direction littéraire jusqu’en 1977. Par la suite, il travaille pour diverses maisons d’édition :Le Livre de Poche, Le Masque, Néo, 1018, Le Fleuve noir– qu’il dirige à Paris durant plus de quatre ans –,Omnibus. Il écrit d’innombrables articles de critique littéraire dans la presse, notamment pourLe Magazine littéraireetLe Vif/L’Express. Il est à ce jour l’auteur de plus septante livres : romans, recueils de contes et de nouvelles, essais, biographies (dont celles de Baudelaire, de Verlaine et de Rimbaud dans la collection « Folio » de Gallimard), anthologies, albums pour enfants. Il se déclare volontiers bibliophile, œnophile et mélomane. Il est le président de l’association internationaleLes Amis de Georges Simenon et, depuis octobre 2002, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 2015, il a publié chez Plon unDictionnaire amoureux de la Belgiquea qui obtenu une presse considérable et un très beau succès de librairie.
v
J’ai eu l’idée de cette nouvelle au crématorium d’Uccle, là où, effectivement, elle débute, après avoir remarqué dans l’assistance un homme d’une cinquantaine d’années qui, me semblait-il, n’avait pas l’air affecté, mais qui semblait avoir peur, atrocement peur. Comme si… Comme si… Des faits concrets, tangibles et palpables sont souvent à la base de mes nouvelles insolites et de mes textes policiers. Mais ce que je raconte ensuite relève toujours de l'Imaginaire qui est le mien.
Margaret
C’est au crématorium que lui vint l’idée de vider sa maison, très précisément lorsque le cercueil de Margaret fut tout à coup la proie des f lammes – des f lammes qu’il ne vit danser sous ses yeux qu’une demi-douzaine de secondes. Les f lammes de l’enfer, pensa-t-il, et il se demanda au même moment pourquoi cette drôle de métaphore venait de lui traverser l’esprit, lui qui ne croyait ni à Dieu ni au diable,
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lui qui ne manquait jamais une occasion pour dire qu’il était matéria-liste, matérialiste jusqu’au bout des ongles, et que le matérialisme était sa seule, son uniquereligion. À moins que la mort de Margaret n’ait provoqué un violent déclic… Est-ce que ce ne serait pas par hasard un miracle ? Après les civilités d’usage, l’épuisant et interminable rituel des condoléances, il rentra directement chez lui. Il habitait une petite mai-son datant des années 1920, rue des Cottages, un quartier d’Uccle plu-tôt tranquille, le quartier où Margaret était née. C’était à deux pas, rue des Carmélites et, chose étonnante, Margaret se plaisait toujours à rap-peler quand des amis venaient leur rendre visite. Cette maison était la réplique presque exacte de celle où ils avaient vécu ensemble durant près de vingt-quatre ans. Vingt-quatre ou vingt-cinq ? Voire vingt-six si on comptait aussi la longue année de leurs fiançailles. Aucune importance. Aucune. Qu’est-ce qui avait encore de l’impor-tance, maintenant que Margaret n’était plus ? Plus dece monde ? Ce qui laisserait supposer qu’il y en aurait un autre ? Absurde. Le contrecoup de l’émotion, du stress. De la tragédie. Il gagna le living –leurliving – et promena ses regards de gauche à droite et de droite à gauche, comme s’il voyait cette pièce pour la pre-mière fois et qu’il n’y avait jamais mis les pieds auparavant. Tout, tout sans exception évoquait Margaret. Tout la rendait atroce-ment présente, sinistrement vivante. Pas un meuble, pas un tableau accroché sur les murs, pas un bibelot qu’elle n’eût acheté ou qui ne provînt de sa famille, justement de la rue des Carmélites, de la maison jumelle où sa mère était restée jusqu’à son dernier souff le, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, le jour même de l’incroyable effondrement des deux tours jumelles à New York ! Un rapport entre les maisons jumelles et les tours jumelles ? Non, pas un objet qui ne fût passé entre les mains de Margaret ! Ce chat hiératique en craquelé blanc crème sur la cheminée de marbre, cette boîte en placage de palissandre, avec des incrustations de nacre et de bronze, qu’elle avait ramenée d’un voyage en Andalousie, cette eau-forte si suave, si lascive, de Félicien Rops, ce pastel de Camille de Taeye qui montrait la poitrine nue d’une femme sans tête au milieu d’un paysage de montagnes alpestres et dont elle prétendait qu’elle aurait pu être le modèle, ce vase noir de Boom dans lequel, de loin en loin, il lui arrivait de mettre un bouquet de tulipes rouges, les f leurs qu’elle préférait, cette petite desserte roulante sur laquelle elle déposait toujours les numéros d’Elleet deMarie-Claire,
et puis tous ces livres sur l’étagère en acajou, ces poètes romantiquesqu’elle lisait avec délice, en général à voix haute, et parfois la gorge serrée, Hugo, Musset, Desbordes-Valmore, Lamartine, Nerval, Heine, des écrivains qu’il n’avait, lui, jamais lus et dont il se demandait sou-vent qui, en dehors de Margaret, continuait de les lire, et même qui, quel illuminé, quel couillon, les connaissait encore… Par quoi commencer ? Par ces livres, ces tas de rêves lacunaires, de chimères fracassées ? Est-ce qu’ils ne formaient pas, tous ensemble, une des parts les plus intimes de Margaret ? Un jour, il avait entendu quelqu’un déclarer à la télévision, l’air de parler de la pluie et du beau temps : « Lire, c’est dévorer. C’est man-ger la pensée d’un autre, c’est un acte anthropophage. » Comment Margaret avait-elle réagi ? Sans trop réf léchir, il alla à la cuisine chercher des sacs de plas-tique. Ensuite, de retour dans le living, il commença à retirer des livres de l’étagère et, d’un geste mécanique, à les jeter les uns après les autres dans les sacs. Il en remplit quatorze. Il en bourra encore un quinzième et un seizième avec des numéros d’Elleet deMarie-Claire. Et, un peu plus tard, un dix-septième et un dix-huitième avec toute une série de lettres, de factures, de bordereaux et de papiers rangés dans les tiroirs du secrétaire de Margaret – un joli meuble marqueté Napoléon III auquel elle tenait comme à la prunelle de ses yeux et qu’elle disait avoir toujours vu chez sa mère, aussi loin que remon-taient ses souvenirs. Il considéra un long moment le secrétaire, se demanda s’il devait le débarrasser tel quel ou, au contraire, le débiter et en faire du petit bois. Et quid de l’étagère en acajou ? Et de la boîte de placage de palissandre ? Et des autres objets ? Et tous les vêtements que Margaret avait portés et qui étaient ran-gés dans les placards de leur chambre à coucher, au premier étage ? Sans oublier ses bijoux, cette collection de bimbeloteries dont elle adorait se parer et qui était un des rares luxes qu’elle s’accordait, ses f lacons de parfum, ses tubes de crème, ses maquillages, ses peignes, ses vernis à ongles, ses limes… Mettre les meubles, les tableaux et les bibelots en vente publique ? Les vendre chez Troc ou chez un brocanteur de la rue Haute ? Les don-ner aux Petits Riens ou à Emmaüs ? Les jeter à la poubelle ? Les trans-porter à la déchetterie ? Ou alors opérer un tri méthodique et procéder ensuite à une venti-lation : ce qu’on vend et chez qui, ce qu’on donne et à qui, ce qu’on jette et où… Il finit par repousser l’idée de vendre. Puis, très vite, celle de donner et, bientôt, celle de jeter. Cela exigerait trop de temps, trop d’effort.
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