//img.uscri.be/pth/34399d2a74102b308dbe606a3b5b3bb05eacf554
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La Belgique imaginaire (Tome 1)

De
292 pages
L'esprit de la Belgique, petit pays de contrastes, présenté par 32 auteurs contemporains pour un panorama de l'Imaginaire bien vivant et fertile passant de la fantasy au fantastique, de la science-fiction au surréalisme, l'absurde voire poussant jusqu'au thriller. Mais avec cette petite touche d'autodérision, un certain goût de l'exotisme et un voyage entre rêve(s) et réalité(s) toujours surprenant sous des plumes aguerries qu'on ne présente plus ou d'autres à découvrir sans modération.
Voir plus Voir moins
Marc Bailly présente La Belgique imaginaire Anthologie • Tome 1
Nouvelles
La Belgique imaginaire
Livres libres collection dirigée parMarc Bailly
Une collection où vivent plaisir, liberté, imaginaire et qualité. Le plaisir de la lecture.Trop souvent oublié dans un monde qui file à la vitesse du numérique, le plaisir de la lecture offre pourtant une fenêtre sans limite sur le monde qui nous entoure. Pour certains synonyme d’apprentissage, d’élitisme, de difficulté, la lecture plaisir a trouvé sa collection. La liberté. De ton, de style, de genre, d’écriture. Une collection qui se veut sans barrière, sans limite, sans étiquette. Les auteurs seront libres de développer leur univers, d’exploiter leurs idées, de faire naître aux détours des pages, des galeries de personnages fascinants… Pour des lecteurs qui pourront, en toute liberté se plonger dans des récits riches, joyeux, tristes, dangereux, excitants, bondissants, drôle, terrifiants… L’Imaginaire au pouvoir ! Qu’estce que l’Imaginaire ? Mais finalement, qu’estce qui n’est PAS Imaginaire. Une collection qui se permet tout, ne se refuse rien et qui ouvre grandes les portes d’une véritable aventure littéraire aux parfums exquis ! La qualité. Livres Libres se veut une collection de qualité et exigeante, qui ne publiera que le meilleur, au service d’une littérature de qualité (mais accessible), et d’un lectorat tout aussi exigeant... Livres Libres propose des ouvrages inédits d’auteurs belges qui partagent une volonté tant de qualité que de divertissement. Livres Libres, finalement n’est pas une collection ! C’est une expérience littéraire.
Déjà paru dans la collection :
Superflus, Hugo Poliart, 2015.
Anthologie choisie et présentée par MARC BAILLY
La Belgique imaginaire
A N T H O L O G I E
Tome I
La collectionvivent plaisir, liberté et imaginaire.
Pour les nouvelles de Gudule et de Delsemme : Malgré nos efforts nous n’avons pas pu identifier les détenteurs des droits, ils peuvent nous contacter à leur meilleure convenance.
D/2015/4910/54
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN9782806102584
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Préface
L’Imaginaire belge est mort… On vous prouve le contraire avec cette anthologie qui comptera trois volumes bien remplis. Vous tenez là ce qui s’écrit de mieux en littérature belge de l’Imaginaire, je puis vous l’assurer. Plus de trente auteurs tous sortis de la terre ensemen-cée par nos Jean Ray, Thomas Owen, Jean Muno, Gérard Prévot, Jacques Sternberg et autres Michel de Ghelderode ou Henri Vernes. L’Imaginaire belge est mort… Non, non et non. Disons que ce sont les éditeurs belges qui n’ont pas vraiment suivi. En effet, quel est l’édi-teur belge de ces vingt dernières années qui nous propose régulière-ment ce genre littéraire ? Oh certes, il y a quelques incursions trop brèves pour mériter le titre d’éditeur d’Imaginaire. Et pourtant, le public est baigné de science-fiction, de fantasy, de fantastique. Il suffit de regarder autour de soi pour s’en convaincre. Les publicités en usent et en abusent, les plus gros succès au cinéma et même en littérature. Alors oui, cette anthologie est là pour prouver que l’Imaginaire belge xisrion, de fantastique, de fantasy, de surréalisme… Car l’Imagi-naire belge est difficile à définir, et c’est ce qui fait sa richesse et sa beauté. Plus de trente auteurs ici, auxquels j’ai demandé un texte inédit et un texte qui les représentait le mieux. Ce qui nous donne un som -maire épais et de qualité. En pensant ces trois tomes, je ne me suis arrêté qu’aux écrivains vivants ou presque. Quatre auteurs disparus, dont deux en cours d’élaboration de cette anthologie, se retrouvent au sommaire. Je rends donc hommage à Gudule et à Dominique Leruth qui nous ont quittés avant de voir une partie de leurs œuvres publiées. Deux grandes dames que nous n’oublierons pas et vous non plus, j’en suis certain. Alors non, l’Imaginaire belge n’est pas mort. Vous n’aurez qu’à lire ces trois volumes, qui sortiront chacun six mois d’intervalle, pour vous en convaincre. Chaucndesauteursprésstneuasvarsuochenteanr, vous prouver que les Grands Anciens ne sont pas les seuls à porter la littérature belge au sommet de la qualité. Les auteurs vivants et actuels existent et il faut les lire.
MarcBAILLY
5
NicolasANCION
Né à Liège, en 1971, dans le théâtre de marionnettes de ses parents, Nicolas Ancion est un auteur toutterrain. Il écrit dans tous les genres et sous toutes les formes, aussi volontiers pour les adultes que pour la jeunesse. Toujours à cheval entre deux genres, moitié engagé moitié dégagé, il considère l’humour comme une forme de politesse. Ses livres ont remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix des Lycéens pourQuatrième étageet le Prix Rossel des Jeunes pourL’homme qui valait 35 milliards,aujourd’hui adapté au théâtre et bientôt au cinéma.
Pour grands enfants
Invisibles et Remuants, MaesltrÖm RéEvolution, 2015. L’ours invisible, Éditions de l’Hèbe, 2015. New York 24h Chrono, Didier FLE, coll. Mondes en VF, 2014. La cravate de Simenon, Didier FLE coll. Mondes en VF, 2012.
Pour petits adultes
En mille morceaux, Éditions Mijade, 2015. J’arrête quand je veux, Éditions Jourdan, 2013.
Pour les amateurs de poésie toutterrain
Retrouver ses facultés, Éditions de l’université de Liège, 2009. Métro boulot dodo, L’Arbre à Paroles, Amay, 2006. Le poète fait sa pub, Maelström (coll. Booklegs), Bruxelles, 2006, Prix Gros Sel 2006. Le dortoir, Éditions le Fram, Liège, 2004. Édition revue du recueil publié en ligne sur le site : Mot@Mot, décembre 1998. Septante raisons de péter en public, Éditions de l’Heure, Charleroi, 1999. 39 doigts et 4 oreilles, illustrations de Frédéric Hainaut, Les éperonniers (coll. Plein les doigts), Bruxelles, 1998.
v
« Comme une fusée sans jambe » a été écrit il y a une dizaine d’années, dans un grand élan (vite arrêté) de croiser les genres qui ne se rencontraient que rarement et, du coup, d’écrire de la poésie de science-fiction. L’envie n’est pas tarie, loin de là, je suis encore convaincu qu’on peut écrire des choses très sensibles et notamment nostal-giques à partir de l’imaginaire de la conquête spatiale, des engins volants et des
7
8
explorations planétaires. C’était le programme de cet ensemble de textes, partielle-ment publiés dans le deuxième numéro de la défunte revue « Le Fram ».
Comme une fusée sans jambes
Première arrivée en ville Pour autant que je puisse m’en souvenir, il y avait d’abord les por-teurs d’eau, avec leurs oreilles qui tombaient comme des pommes, puis les laveurs de nez, recouverts de poils de tabourets. Sur la gauche du cortège, on reconnaissait les pseudo-papes à leurs barbes en carton et les lits pliants à leurs oreillers de plumes. La fanfare, qui précédait tout ça d’un pas alerte, était placée sur un char à roulettes, lui-même posé sur un traîneau à patins de métal, eux-mêmes soudés sur la quille d’un navire de poche. Le tout était enfermé dans une boîte à épingles et il fallait s’approcher vraiment très très près pour entendre la grosse caisse et le hautbois. La trom-pette, par contre, était dispensée pour cause de maladie.
Dans la cabine
Le capitaine du vaisseau ennemi, celui qui s’était approché pour nous offrir l’entonnoir, se tenait à présentplafond d’une seule au main. Ses compagnons d’équipage, de gros hommes-grenouilles vêtus de pagnes en brosses à dents, l’entouraient en lui lançant des clins d’œil complices. L’un des hommes de bord, un grand chauve qui ne buvait que des cigares et dormait depuis plus de deux ans, se leva alors et se rassit brusquement. Il n’en fallait pas plus. La plupart des extraterrestres se mirent à rougir derrière leurs pagnes et nous présentèrent leurs excuses. Ce n’est pas ça qui allait recoudre les jambes et les bras qu’ils venaient de nous arracher.
Nouvelle planète Sur la surface, en apparence, tout semblait lisse, luisant et presque artificiel. Mais dès que l’on prenait la peine d’un peu soulever la croûte de la planète, il fallait se rendre à l’évidence : un abominable monstre venait se soulager dans ce coin précis de la galaxie. L’odeur, la couleur, le goût, tout y était : on aurait pu croire que les entrailles de ce corps céleste étaient le gigantesque intestin d’un cadavre en décomposition. La vérité n’était pas loin de cette hypothèse, bien sûr. Il s’agissait d’une simple erreur de protocole. Le vice-roi avait voulu nous faire servir du potage et nous convier à une partie de mégaballe, mais
l’ordinateur central avait la tête ailleurs. Les sept Touaregs loués pour l’occasion, leurs tentes berbères en kevlar, les narghilés miniatures et l’oasis à propulsion avaient fait déborder la fosse septique. On nous a fourni des gants de cuisine en caoutchouc, des masques à gaz et des bottes de pêche, mais le module d’atterrissage s’embour-bait à chaque tentative. Nous n’avons jamais pu établir le camp d’ambassade sur cette terre inculte. Nous sommes repartis à la pre-mière éclipse lunaire et je dois bien avouer que personne n’a pensé à s’en plaindre.
Pieds nus dans l’herbe fraîche Certains peuples, voyez-vous, avaient pour habitude de disparaître dès qu’on souhaitait leur adresser la parole ou leur offrir un biscuit. Cela ne manquait pas d’être fâcheux. Impossible de comptabiliser quoi que ce soit pour le recensement galactique, incapacité générale à informatiser les relations interplanétaires. Un soir que je débattais à ce propos sur le ponton avant de notre vaisseau, en compagnie du Grand Accordéoniste et de trois de ses sbires, notre lampe à pétrole se mit à fumer et à ressembler étrange-ment à une casserole de saucisson abandonnée sur le poêle à charbon. Le Grand Accordéoniste, qui avait passé sa jeunesse dans les mines d’enterrement, ne manqua pas de faire le rapport. En trois exemplaires. Je me couchai tôt cette nuit-là. J’avais envie de me promener pieds nus dans l’herbe fraîche.
Un peu de repos Le chien était sorti le premier. Il avait couru, sur ses trois pattes, jusqu’à l’échelle d’aluminium qui descendait de notre fusée. Il avait glapi, jappé, uriné, puis il était entré dans son igloo. Nous avons attendu deux ou trois ans, les pieds coincés dans le sas de dépressuri-sation, puis nous sommes sortis à notre tour. C’était une toute petite planète, pas beaucoup plus grande qu’un autobus ou un bateau de plaisance. L’air était lourd, presque vert foncé. Comme nous l’avions imaginé, il n’y avait pas grand-chose à visiter. Deux trois cailloux, l’igloo du chien et une réplique de l’Ato-mium à l’échelle un dixième. Nous n’avons pas quitté l’hôtel de tout le séjour. J’avais oublié mon maillot et mes semelles de ping-pong. Nous sommes restés là deux semaines et, après trois minutes à peine, nous nous emmerdions déjà ferme.
Cette annéelà Le commandant de bord, cette année-là, n’arrêtait pas de nous par-ler de crêpes. Nous étions depuis plus de huit mois limités à notre
9