La belle embellie

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Lors d'un voyage dans le sud pour échapper à la maladie de sa mère, l'auteur au présent devenu difficile va puiser dans son passé. Les évènements du présent trouvent leur écho dans le monde de son enfance. Voyage intérieur où se mêlent les souvenirs, les joies, les peurs, les doutes.
Publié le : lundi 8 février 2016
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782140001475
Nombre de pages : 126
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Anita Carvalho
La belle embellie Roman
Les impliqués É d i t e u r
LA BELLE EMBELLIE
Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Cóic (Youenn),Complot en basse lice, polar d’époque, 2015.
Mbemba (Rudy),Le Mbongi et le devenir de l’être ou du Muuntu chez les Koôgo, 2015.
Fayol Marie-Claude),Sur la route de Ouégoa en Nouvelle-Calédonie, récit, ( 2015.
Doucet (Sonia),Assistantes maternelles, assistants maternels, essai, 2015.
Toh Bi (Emmanuel),Africanités, poésie, 2015.
Sotteau (Christine), Meissonnier (Florence) et André (Michèle), Handicap et fratrie dans un centre d’action médico-sociale précoce, récit, 2015
Marquez-Velasco (Adrien),Nuit orange, roman, 2015.
Bardin (Jacques),Sur mes deux oreilles, récit, 2015.
Piecyk (Maryse),Troubles sexuels et mariages arrangés, récits, 2015.
Guetta (David),Raid sur l’Afrique, roman, 2015.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Anita Carvalho
La belle embellie
Roman
Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2016 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-07804-5 EAN : 9782343078045
Une forte douleur au ventre me réveille. Je me lève pour prendre un médicament. La douleur devient intense, m’oblige à me tenir pliée, me coupe le souffle. J’ai besoin d’une bouffée d’air frais. Subite-ment je me sens partir. Mon corps m'abandonne. Je tombe. Le bruit de ma chute le réveille. Je sens un liquide couler dans mon cou. Il découvre une plaie à la tête. Elle saigne beaucoup. La porte du four est ouverte. Pourquoi ? Je ne me souviens de rien. Il me relève en douceur, me soutient jusqu'à la chambre, puis m'allonge sur le lit. Ce jour-là, ma vie aurait pu basculer par une chute fatale. Mettre des mots pour atténuer les maux devenait nécessaire, indispensable. Le passé devient un exutoire. Le présent la voit peu à peu décliner. Le futur est plein d'incertitudes. Les images défilent dans ma tête. Je les inscris. Peu à peu je tisse la toile, je reconstitue le puzzle. Les odeurs, les couleurs, les sensations se mêlent aux souvenirs. ... Notre cerisier est couvert de fruits. Elle en cueille, les met à la bouche avec beaucoup de plaisir, croque à pleines dents. Le jus coule doucement dans sa gorge. Il rentre du travail avec sa musette, elle l'attend dans la cour. Doux baiser, effleurement de lèvres. Quelques pas, main dans la main jusqu'à la porte d'entrée. Plaisir de se retrouver, d’être ensemble. Je suis prise d’une envie d’écrire pour garder l’image d'autrefois, de ce qu'elle a été et ne sera plus jamais. J'ai envie de redevenir enfant et me laisser bercer par les souvenirs. Sentir l'odeur de son parfum, en-
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tendre son rire si perçant, la voir avec son ventre rond dans la chaise longue pour un repos bien mérité. Je veux rassembler mes souvenirs, les partager, transmettre les douces, les délicieuses images avec l’espoir d’atténuer la douleur du présent. Elle perd pied peu à peu. Je dois profiter de ses moments de lucidité, accepter ses crises de panique. Les événe-ments récents fondent comme neige au soleil, laissent de grands points d'interrogation dans nos conversa-tions. Au téléphone, je jongle avec les mots, accepte une, deux, trois fois de répéter. Elle reste absente de longs moments. Parfois, elle redevient une enfant. J'accepte instinctivement d'inverser les rôles, de deve-nir le parent qui la protège. Mon précédent roman le « Dernier voyage « com-mence par un hommage à ma mère et se termine par quelques lignes sur notre périple dans le Sud, notre premier grand voyage. Là-bas, le soleil se lève sur la colline. Le soleil couchant quant à lui illumine tout, crée une atmosphère particulière, sublime, unique. Les Corbières maritimes c’est la garrigue, le romarin, les cigales, les grillons et bien plus encore si on se laisse aller au rythme de la nature. Le vent fort vient parfois perturber la vie mais, en été, quel plaisir de le sentir souffler doucement ! Dès le petit déjeuner, le soleil inonde la terrasse. Je trouve mon inspiration dans ce village, lieu de sensations, de mélancolie, de senteurs, de bruits am-plifiés par la configuration des lieux. Le personnage du « Dernier voyage « , Noémie, a son âge, son humour passé. Il connaît aussi la soli-tude. J'ai embelli sa vie. J’aurais tellement aimé
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qu’elle se promène, comme sur la couverture de mon roman, sur la plage, avec un chapeau de paille. Je suis souvent fille unique dans l'écriture. Pourtant à la lecture de « la belle embellie « à certains mo-ments mes frères et sœurs retrouveront les vacances dans le Sud, Noël, les cloches de Pâques, la plage et bien plus encore s’ils se laissent aller doucement, simplement aux souvenirs. Les leurs, mêlés aux miens feraient un sacré ouvrage. Un enfant sommeille en chacun de nous. Face au présent devenu difficile, il cherche à resurgir, à émerger. Le temps révolu, les souvenirs, les sensations permettent de mieux suppor-ter le présent, son présent. Elle a beaucoup parlé de ce voyage. Partir, s’échapper, sortir de sa solitude. Ce voyage représen-tait une bouffée d'oxygène dans cette vie devenue difficile, insupportable. Les années s’additionnent, son corps se courbe, son pas ralentit. La maladie bouleverse sa vie, la nôtre. Parfois dans mes rêves elle apparaît comme autre-fois, forte, robuste. Je me sens alors légère, heureuse, soulagée...
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Lors de ce séjour dans le sud, on sillonnait,chaque dimanche, sur les brocantes dans les villages de l’Aude. Elle voulait acheter du linge. Du beau linge, blanc, épais, aux initiales brodées. Ses armoires sont pleines depuis longtemps mais je ne peux, je ne veux pas lui refuser ce plaisir. Les héritiers se débarrassent du contenu des armoires de leurs parents, de leurs grands-parents. Ces biens amassés au prix de sacri-fices, fierté des familles, deviennent ringards, démo-dés. Les descendants, ingrats, irrespectueux, les ven-dent à la première brocante venue. Le nôtre, disparu depuis longtemps, ne sera jamais vendu sur les trottoirs. A la seconde guerre mondiale ma famille fut éva-cuée vers un village de la Loire. Ma grand-mère a caché quelques objets précieux dans le grenier, l'hor-loge, un vase, un plat en faïence, un moulin à café en bois. Le linge est resté dans les armoires, trop lourd, trop encombrant pour ce périple sur les routes de France. La maison fut pillée durant leur absence. Les ar-moires étaient vides. Tout le linge avait disparu même les mouchoirs qui auraient été bien utiles pour essuyer leurs larmes de rage, de désespoir. Vers l'âge de cinquante ans, tous les jeudis, ma mère pédalait en direction du marché pour retrouver Richard, un marchand ambulant dont les casiers en bois étaient remplis de linge. Il la tutoyait, blaguait mais mettait de côté pour elle des trésors inestimables. Leur histoire était faite de cachotteries partagées avec beaucoup de plaisir. Il lui gardait des beaux draps brodés à la main pendant des jours par des femmes habiles aux mains ridées. Après leur dur labeur, elles
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brodaient en chœur, se racontaient les histoires du village, les histoires de famille, voire les secrets, qui n'en étaient plus après ce déferlement de paroles. Maintenant, j’ai pris la relève en sillonnant les bro-cantes à la recherche de vieux draps. Je les découpe pour qu’elle puisse faire des torchons. Des centaines de torchons qui occupent ses journées de solitude et calment ses angoisses. Elle va vite, fait des gros points alors je n’arrive pas à meubler toutes ses jour-nées, toutes ses soirées. Surtout l’hiver car il n’y a plus de brocantes. Il m’arrive parfois d’acheter des draps neufs bon marché mais souvent elle ne les trouve pas assez épais. Notre vie, notre histoire de famille, a tourné autour du linge. Il témoigne de la vie, la mort, les naissances, les saisons, le vent, le soleil, le sang. Les draps de-viennent indispensables, incontournables, usés par le temps, tâchés par les événements. La vie passe mais ils restent dans les armoires bien fermées à clef. Ces draps faisaient partie du trousseau offert à nos mariés pour leur permettre de démarrer dans la vie. Ils devenaient témoins des années d’ébats des couples. On les lavait, à l’ombre du lavoir, en famille ou entre amies. La vie défilait là, à coup de battoirs, d'éclats de voix, de rire, de pleurs. Les paroles coulaient à flots comme l'eau du ruisseau qui, en bruissant, apportait une musique ambiante. Parfois, il fallait le faire bouillir discrètement des heures durant, dans la lessiveuse, pour supprimer les traces, les tâches. L'odeur de savon authentique, à l'huile d'olive, embaumait nos maisons. La blancheur des draps épatait les voisins. Il séchait au soleil, au gré du vent, prenait l'odeur du dehors, de l'air.
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