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Sommaire
Destinées La première gloire d'André Despérine André Despérine contre les chats La dernière enquête d’André Despérine Antériorités La Pathologie Deux francs Urbanités Du sang, et de la salive Sous la ville Le gnome de Mexico Retombées
Extrait : “Émile Delcroix et l'ombre sur Paris” Dans la même collection Sur le net Crédits
Destinées
L’extraordinaire, le surnaturel et le fantastique sont tout autour de nous. Les forces d’un monde que nous ne connaissons pas joutent en silence dans notre dos, tentant de pénétrer nos vies, notre réalité. L’extraordinaire, le surnaturel et le fantastique se fardent de l’incompréhension de l’Homme. Lorsqu’ils passent enfin la frêle porte qui sépare nos deux mondes, nous peinons à les reconnaitre. Nous sommes abusés, piégés. Mais, parfois, nous tirons profit de ces forces occultes. À quel prix ?
Lapremière gloire d'aNdré DespériNe
L’automne s’était abattu sur le Valdecèze comme retom be un lourd manteau sur des épaules. Il avait étouffé le petit département sous un couvert de nuages gris qui filtrait à peine la lumière du soleil et rendait le s maisons de la ville de Sacqueroy ternes et sans vie. Toute la semaine, il avait plu et la chaleur de l’été avait définitivement disparu. André Despérine sortait à peine de l’École supérieure des inspecteurs de la police nationale et, déjà, ses supérieurs hiérarchiques l’avaient envoyé acheter croissants et cafés au bistrot du coin de la rue Lesoule. C’est avec une maladresse certaine qu’il arpentait le trottoir, trois tasses serrées entre ses doigts et un sac en papier rempli de pâtisseries coincé entre ses dents. Il zigzaguait e ntre les flaques d’eau, marchant à petits pas pressés pour que le café ne refroidisse pas, mais tout en prenant garde à ne pas en perdre une seule goutte. Il arriva très vite au numéro 21 pour s’apercevoir, après avoir traversé le petit jardin, qu’il était dans l’ incapacité de frapper à la porte ou d’actionner la cloche. — Nom de nom de nom, murmura-t-il. Il hésita un moment, fixant d’un regard perplexe le seuil de la porte, puis donna trois coups de pied qui laissèrent des traces de boue sur le bois peint en rouge. Dans la seconde, l’inspecteur Hébiart lui ouvrit. — Despérine, vous avez tardé. Hébiart ne l’aida pas pour autant en le délestant des tasses ou du sac de croissants. Il retourna directement au séjour où il s’installa, après un léger flottement, dans un fauteuil de velours mauve, aux côtés de l’inspecteu r Mélion et de l’inspecteur principal, M. Gontan, installés sur un sofa vert épinard. Ils interrogeaient tous trois la propriétaire de la maison : une petite vieille aux cheveux bouclés qui, recroquevillée sur un tabouret instable, paraissait mal à l’aise. L’aspirant-inspecteur Despérine pénétra dans la pièce toujours à petits pas, déposa les trois tasses et les croissants sur la table basse et retourna fermer la porte d’entrée sous les regards pesants de ses collègues muets, attendant qu’il cesse de s’activer pour reprendre le cours de leur interrogatoire. — Bien, Mme Morille, où en étions-nous ? Vous nous avez indiqué que vous n’étiez pas aux abords de l’école Saint-Ange jeudi dernier, à l’heure de la sortie des classes, exposa Gontan. Vous assurez donc avoir un alibi pou r l’enlèvement du jeune Théo Juvignan, 7 ans.
La vieille dame hoqueta. De sa main gauche, portée à son cou, elle triturait un châle de laine rouge à grosse maille. Son autre mai n froissait sa robe au niveau des genoux, remontant l’étoffe dès que ses doigts se cr ispaient et laissant entrevoir ses chevilles nues au-dessus de petits chaussons. — J’étais au parc. — Parc Montcalm ? — Celui en centre-ville, oui. Avec ces grands arbres vraiment beaux. — Qu’importent, la coupa Gontan. Il nota quelques lignes sur un calepin avant de sec ouer, d’un coup de nez adroit, son épaisse moustache, comme il avait l’habitude de le faire chaque fois qu’il n’était pas convaincu. — Et que faisiez-vous à Montcalm ? — Je cueillais des aromates : je trouve ces plantes entre les arbres pour confectionner mes infusions. Gontan respira un grand coup. À sa droite, Mélion r egardait fixement Mme Morille sans bouger d’un poil. Hébiart était perdu dans la contemplation d’un hibou empaillé qui trônait sur un guéridon. — Cela a un rapport avec votre… activité professionnelle ? poursuivit Gontan. — En tant que guérisseuse, je conseille souvent à mes quelques clients de boire des
infusions de plantes médicinales… — Que vous cueillez sous les platanes du parc Montcalm. L’inspecteur principal eut un mouvement imperceptible des paupières, il ne croyait pas à ce charlatanisme. Il rangea son calepin dans la poche intérieure de son imperméable et se releva d’un bond. — Bien ! Je crois que nous en avons terminé avec vous pour le moment. — Et le café ? s’étonna soudain Mélion. — Merde, oui : le café. Gontan se rassit, tira une tasse vers lui, prit un croissant dans le sac et en trempa le bout deux fois dans la boisson chaude. Il jeta ensu ite un coup d’œil interloqué à son aspirant-inspecteur, planté comme un piquet dans un coin du salon. — Eh bien, Despérine : ne restez pas debout ! Asseyez-vous ! André Despérine regarda tout autour de lui ; il n’y avait plus de fauteuils disponibles et il aurait été, selon lui, mal élevé de s’intercaler sur le sofa entre ses deux supérieurs. La vieille Morille lui désigna, avec un sourire timide, un petit coussin rembourré, poussé contre le mur. Il s’y installa et se retrouva le menton dans les genoux, mais resta les bras croisés à observer les autres prendre leur petit déjeuner. Alors qu’ils enfournaient leurs premières bouchées, la guérisseuse de Sacqueroy se redressa, les regardant soudain de haut, les yeux mis-clos et le visage grave. — Mangez bien, car vous aussi serez mangés ! Tous ici, c’est votre destiné. Elle prophétisa ces mots d’une voix venue d'outre-t ombe qui ne lui appartenait pas. Gontan, dérouté, stoppa net sa mastication, Hé biart, manquant de s’étouffer, déglutit son café avec difficulté, et Mme Morille, recouvrant un regard lucide, retrouva
l’attitude soumise et recroquevillée qu’elle afficha it une poignée de secondes auparavant. Mélion reposa sa tasse avec une lenteur calculée, puis il interpella l’inspecteur principal avec un signe de la tête. Ce dernier hésita.
— Bien, bien, bien… Nous devons interroger d’autres suspects. En attendant, je vous prierais de bien vouloir rester dans votre charmant domicile. Les policiers se relevèrent et regagnèrent le seuil. Mme Morille fut la seule à rester devant la table basse de son séjour avec l’air d’être dépassée par les évènements. André Despérine s’apprêta à franchir le pas-de-porte quand Gontan le repoussa à l’intérieur. L’inspecteur en chef s’adressa à lui avec le ton co ndescendant qu’il employait avec toutes les nouvelles recrues, tout en considérant avec dédain l’imperméable beige dans lequel flottait Despérine. — Non, pas vous. Vous, vous restez là. J’ai un gros doute concernant cette siphonnée du bocal — Gontan fit jouer sa moustache — donc, vous restez. Vous ne venez pas. André Despérine se pencha légèrement en avant et finit par accrocher du regard celui de son supérieur. Gontan ressaisit alors l’essence de ses explications. — Vous restez là pour la surveiller, mais si vous avez un moment dans l’après-midi — oui, il est déjà midi passé — vous rapporterez les tasses au bistrot du coin. Croyant que l’inspecteur principal en avait fini avec lui, Despérine voulut refermer la porte, mais Gontan l’arrêta de nouveau. — Oh ! Et une question, Aspirant Despérine : savez- vous quel est l’avantage de vivre à Sacqueroy ? Le jeune inspecteur, encore vert derrière les oreilles, ne sut que répondre. — Valdecèze est le plus petit département de France ; si petit qu’il ne contient qu’une ville, trois hameaux et des vaches. Ce n’est pas Paris : ici, tout se sait très vite. Les incompétents sont très vite remerciés de même q ue les meilleurs sont très vite glorifiés. Alors je vous le dis franchement : ne jo uez pas au plus malin avec nous, et faites votre part du boulot. En serez-vous capable ? André Despérine opina trois fois du chef. La moustache de Gontan s’excita sous ses narines gonflées, puis le bonhomme s’éloigna pour rejoindre, de l’autre côté de la rue, ses subalternes qui l’attendaient dans la voiture de police. Une fois la porte refermée, Despérine sursauta en sentant la main de Mme Morill e glisser dans la sienne. Elle s’était levée de son petit tabouret sans qu’il s’en rende compte et se collait maintenant à lui, plaquant fermement, mais avec une certaine douceur, sa poitrine contre le dos de l’aspirant-inspecteur. — Vous restez ? Despérine s’écarta avec vivacité, manquant de faire tomber un cadre accroché au mur. — Je reste, ordre de l’inspecteur principal.Nom de dieu, que fait-elle ? — Vous avez une intuition ? Mme Morille lui caressait la paume de la main.Nom de nom de nom… — Vous me prenez pour celle qui a enlevé le petit Théo ? Je n’ai jamais fait ça, mais
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