La Brigade des Loups - Episode 4

De
Publié par

2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.

Sous certaines restrictions.

Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.

On les appelle les Brigades des loups.



Mikaï et Vasile, capitaine de la Brigade, fuient à travers la Roumanie, aidés par la Résistance. Le procès de Vasile sert de prétexte au gouvernement pour augmenter la pression sur les lupins, et surtout sur les Brigades des loups. La Roumanie, terre de refuge des lupins, le restera-t-elle encore longtemps ?
Publié le : samedi 1 février 2014
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752221
Nombre de pages : 45
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
La Brigade des loups - Épisode 4


Mikaï, membre de la Brigade des loups.
Tout autour de Bucarest, des champs. Moissonnés. À ras.
Impossible de s’y cacher.
Ensuite, des bois. Malades. Des troncs minces. Espacés. Des branches fines. Acérées. Qui griffent le visage.
Enfin, la glaise. Lourde. Boueuse. Jaune. Mauvaise.
J’évite les routes. Je vais de ferme en ferme. D’usine en entrepôt. Les chiens aboient. Les hommes jettent des coups d’œil. Je me tapis. J’attends. Ils s’en vont. Je reprends ma course. Dans la nuit. Sous la pluie. Trempé. Mais libre. Enfin libre. Avec la police de la capitale à mes trousses.
Je les sens. Une vingtaine d’hommes. Et des chiens. Et l’huile. L’huile de leurs armes à feu. Pistolets. Fusils. C’est une traque. Une chasse au loup.
Je porte toujours le cap’. Il soupire. Il divague. Il grogne. Mais il ne bouge pas. Il est dans ses cauchemars.
Parfois, il tremble. Comme sous l’effet d’une fièvre. Il doit être malade.
Je suis blessé. Je ne saigne plus. La douleur est bien là. Mais supportable. J’ai retiré les balles. Puis je suis reparti. D’ici quelques heures, j’aurai cicatrisé. En attendant, j’avance. Direction la vieille Europe. Ses zones de non-droits. Son chaos. Son anarchie. Idéal pour se cacher. On ne nous retrouvera pas là-bas. Mais comment y parvenir ? Par quels moyens ? Rien n’était vraiment préparé. Comme la première fois. Lorsque nous avons quitté le laboratoire. Sauf que les temps ont changé. Le pays aussi. Les Roumains nous voudront vivants. Enfin je crois.
Mais je ne dois tuer personne. Pas cette fois.
La température a baissé. Les nuages se sont dispersés. Le soleil ne va pas tarder à se lever. J’ignore où l’on est. Mais nous avons besoin de repos. Au moins le temps de se sécher.

Je ne sens plus la police. Bon ou mauvais signe. Difficile de le dire.
Nous entrons dans une grange. J’allonge le cap’. Il se recroqueville sur la paille. Comme un nourrisson. Je deviens un loup. Et me roule en boule pour avoir chaud. Juste quelques minutes. Le temps de récupérer.
Je ferme les yeux. Le visage d’Hanz m’apparaît. Des années que je n’avais pas pensé à lui. Hanz… Il s’est sacrifié pour que je m’en sorte.
Je somnole.
À l’affût.

Hiver 1991.
Les bois sont denses. Les feuilles vertes. Des odeurs se mêlent. Humus. Champignons. Fougères. La vie. Et derrière nous, la mort. Les soldats courent. Ils tirent à vue. Les balles filent. Traversent des bosquets. Finissent dans les troncs.
Hanz part à droite. Il emprunte un sentier. Un chemin de chasseur. Il court aussi vite qu’il le peut. Je le suis tout juste. Ma poitrine me brûle. Mon cœur va exploser.
Nous sommes faibles. À cause des privations. Et des mauvais traitements.
D’un coup, il tombe. Il roule sur lui-même. Et il heurte un sapin. Je prends la forme semi-lupine. L’attrape. Et file à nouveau.

En contrebas, un ruisseau. Nous le traversons.
Puis plus loin, une cabane. Je passe la porte. Je jette Hanz. Et je nous enferme.
Je me plaque contre le bois. J’écoute.
Les soldats poursuivent. Le long du ruisseau. Je me retourne. Deux Allemands sont là. Un père et son fils. Ils sont dans un coin. Ils se blottissent l’un contre l’autre.
Pas le temps de réfléchir. La peur dicte mes gestes. L’horreur du laboratoire aussi. Je suis prêt à tout pour ne pas y retourner. À ne prendre aucun risque.
Et ils sont un risque.

— Va me chercher le tracteur !
Le propriétaire sans doute.
— On n’a pas la journée !
Je me dresse.
Derrière la porte, des chiens grondent. Le temps est venu de repartir.
J’attrape le cap’. Nous reculons par l’arrière.
— Qu’est-ce qu’ils ont à gueuler ces clébards ?
Un coup vole. Le chien gémit. L’autre se tait. Méfiant.
Nous nous éloignons. Jusqu’à un sentier. Le tracteur démarre. Des voix de paysans. Ils ne nous ont pas vus. Ils râlent.
Nous filons plein ouest.
Et nous nous reposons. Toutes les huit heures.
Je somnole encore. Pour continuer la nuit. Des petits repos. Pour éviter de dormir. Mais la fatigue est là. Et mes souvenirs aussi.
Je ferme les yeux.
Et le passé revient.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.