La Brigade des Loups - Episode 5

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2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société. Sous certaines restrictions.

Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.

On les appelle les Brigades des loups.



Pendant que Mikaï et Vasile fuient à travers la Roumanie, Yakov et Pavel se retrouvent en Moldavie. Chacun de leur côté, ils vont découvrir une bien sinistre situation. Qui sont ces loups géants, portés par la rage, qui attaquent sans relâche les lignes de défense de l’armée ? Y a-t-il seulement un moyen pour les membres de la Brigade de survivre à la Moldavie ?
Publié le : lundi 6 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752689
Nombre de pages : 49
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Extrait


« Dacà ràul e în fatà, alergam ca sa-l prindem ; dacà este in spate stàm sà-l asteptàm. »

« Si le mal est devant, on court le rattraper ; s'il est derrière, on s'arrête pour l'attendre. », proverbe roumain.



Pavel, expert informatique de la Brigade des loups.

Rejoindre la Moldavie à pied est une idée folle. Insensée. En même temps, j’ai pas trop le choix : le gros des troupes est aéroporté. J’aurais pas pu squatter un avion militaire, les soldats y sont comptés, vérifiés, recomptés, au départ, durant le vol, à l’arrivée, bref, tout le temps.
Du coup, je les regarde me survoler, comme s’ils me narguaient.
Une partie du matériel est convoyé par la route. Surveillé par des troupes. M’incruster est l’unique chance dont je dispose. Maigre, mais possible. Je suis les camions à l’odeur, marchant d’un bon pas, tandis que mon cerveau boucle. Antonescu. Les autres. Antonescu. Où sont-ils ? Antonescu. Que font-ils ?

Vengeance et inquiétude se mélangent et me donnent l’impression de devenir fou. Quand la tension est trop forte, que je sens que mon crâne va exploser, je laisse mon loup prendre le dessus. Son calme apaise mes mains qui tremblent et mon cœur qui me frappe trop fort.
Après deux jours de marche, je tombe sur des bidasses qui pissent le long de la route. Je me transforme en loup, abandonne mon équipement et m’approche.
— Hey, matez les gars ! balance l’un d’eux.
Je me dirige vers la remorque. À l’intérieur, d’autres soldats patientent. Je renifle. Ça sent les armes, la sueur, les cigarettes réglementaires.
Ces mêmes cigarettes.
— Il veut monter on dirait ?
Les mecs se marrent.
— Quelqu’un à quelque chose à lui filer ?
Un des gars me balance un morceau de viande séchée. Le bout roule sur le sol et m’arrive au niveau de la patte. Je le bouffe avec dégoût, histoire de donner le change.
Un gradé quitte la cabine du camion et vient voir ce qui se trame.
— On l’emmène sergent ?
— Hors de question.

— Allez…
— Nous allons au front, pas nous amuser.
Le soldat hésite à ajouter quelque chose, lorsque le sergent s’approche et lui chuchote :
— Imaginez deux secondes que ce soit un lupo-positif.
Le soldat me considère. Il hésite. J’ai pas intérêt à la ramener.
— On repart ! Tous dans la remorque !
Les mecs referment leurs braguettes, avant de remonter dans le véhicule.

Le moteur démarre.
Le sergent se tire.
Le soldat me siffle.
Je cours et saute le rejoindre. Il me caresse le crâne comme un bon toutou. Je m’allonge à ses pieds. Il me file un nouveau morceau de viande, que je bouffe, à contrecœur.
— Le sergent va te foutre au gnouf ! balance un des soldats.
— Y a rien à craindre. Je viens du Nord et là-bas, les loups, on les dresse pour la chasse.
Un autre me caresse.
Et un autre.
Je suis en train de devenir leur mascotte.
— Je vais le dresser, balance le soldat aux autres. Vous verrez.
Me dresser… Il mériterait que je lui arrache la gorge.

Le camion s’ébranle et se met à rouler. C’est un truc énorme, vieux, un peu déglingué. Ça pue l’huile de moteur, l’essence et la rouille. Les jeunes soldats sont détendus. Ils se chambrent, rigolent, comme des ados attardés. S’ils savaient ce qu’est la guerre, ils rentreraient au pays.

On roule tout droit vers l’est. On traverse la frontière, que plus rien ne marque, sans même s’arrêter. La bâche du camion virevolte. Quand elle s’ouvre, on voit les environs, vides. Les montagnes, les forêts, un paysage tout en en angle et agressif.
La route est de terre battue, trouée, caillouteuse, mauvaise. La Moldavie est toujours aussi sauvage.
Le camion nous secoue fort. Quand on traverse des villages, la tronche des soldats change : ces lieux silencieux, sans vie, sont juste flippants.
Les gamins se tiennent aux sangles de la remorque comme pour s’accrocher à quelque chose de rassurant. Mais la guerre, c’est pas vraiment rassurant.

Certains empoignent leur AK-14. Ce fusil d’assaut dernier cri leur file du courage. De la force. Ils ignorent encore qu’il fera d’eux des monstres.
Pauvres gosses.
On roule six heures, pressés, tendus. On s’enfonce un peu plus dans les montagnes. On croise des postes armés où des soldats fatigués nous saluent. Ils s’empressent d’annoncer à la radio qu’on approche.
Le sang frais est attendu.
Enfin, on arrive dans une ville occupée par l’armée. Là encore, aucun Moldave. Que des Roumains en uniforme, armés, certains recouverts de terre, d’autres portant des pansements et quelques-uns buvant de la vodka au goulot. Tous s’arrêtent pour nous mater. Les jeunes les observent également.
— Ils ont l’air… commence « mon dresseur ».
— Détruits ? dit un autre.
— Quelque chose du genre, ouais.
Les autres la ferment.
Le camion se gare enfin et les gars descendent fissa. Ensuite, ils s’agglutinent, se réarrangent et recomposent leur compagnie.
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