La cité des hauteurs

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L'auteur nous invite à suivre le personnage de Blaise l'Albigeois, marchand d'objets d'art, qui découvre avec ses amis une communauté réfugiée dans la Cité des hauteurs. Cette fable futuriste riche de propositions se déroule à la manière des contes d'antan.
Publié le : mardi 2 décembre 2014
Lecture(s) : 28
EAN13 : 9782336364612
Nombre de pages : 126
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Hubert de l’Estourbeillon
Blaise l’Albigeois, marchand d’objets d’art,
débarque chez Paulin, peintre céleste, solitaire La Cité
et désenchanté qui lui fait découvrir un village de
rêve, caché, joyau oublié dans la Bretagne rurale.
Habile lanceur de projets, il entraîne chez lui Paulin des hauteurset sa fi lle Léna, leur faisant miroiter des bénéfi ces
qui serviraient à la restauration du village. Léna est
sensible à l’attention que lui porte Géraud, l’adjoint Roman
de Blaise, son double e acé…
Auprès de Brian, initiateur estimé d’une
communauté réfugiée dans la Cité des hauteurs,
Blaise, Géraud et Hervé, leur ami breton, vont
entreprendre un parcours initiatique et mettre
en œuvre l’utopie positive enseignée, fondée sur
l’intention créatrice, le partage et la solidarité.
En terre occitane, un événement inattendu va les
aider à triompher des derniers obstacles.
Cette fable futuriste riche de propositions
se déroule à la manière des contes d’antan.
Hubert de l’Estourbeillon a réalisé des
documents audiovisuels comme aides
pédagogiques pour l’université de Nantes,
des documentaires pour accompagner des
recherches en sociologie, des reportages
pour des artistes et un court-métrage de fi ction.
En couverture :
dessin d’Arnaud de l’Estourbeillon.
ISBN : 978-2-343-04852-9
13,50 €
Rue des Écoles / Romans
Hubert de l’Estourbeillon
La Cité des hauteurs
Rue des Écoles / Romans





La Cité des hauteurs



















Rue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.


Déjà parus

Coutarel (Colette), Promenade romantique à Pôle Emploi, 2014.
Baillet (Dominique), L’absence, 2014.
Zelwer (Charles), Face au miroir sans reflet, 2014.
Flouzat (Denise), Le journal d’E, 2014.
Barraux (Roland), La bicyclette de Hong Kong, 2014.
Lecomte (Emmanuelle), Lafi, récit de vie au Burkina, 2014.
Cambona (Christophe), Apologie du grand âge, 2014.
Girard (Marc), Ces géants qui m’ont précédé, 2014.
Monteil (Pierre), Les mensonges de l’Histoire, Tome 2, 2014.
Duflot (Patricia), La compagnie des ailes, 2014.
Maen, Au cœur de l’Afrique, 2014.
Merlin-Dhaine (Martine), Les masques sont silencieux, 2014.


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Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr Hubert de l’Estourbeillon





La Cité des hauteurs


roman









































© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04852-9
EAN : 9782343048529 À Jean, Jean-Yves, Arnaud et Valentine.

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L’homme reçut chez lui celui qui passait par là, alors
qu’il ne le connaissait pas. La pièce était sombre, cimentée
gris sale avec des taches d’humidité et de suie sur les murs.
La poussière accumulée autour des pattes des meubles
laissait un sentier sinueux entre le lit, la cheminée, la table,
la cuisinière et l’évier. Pour entrer il fallait franchir poules
et canards endormis sur le seuil.
— Tu as faim, reste à manger, je suis seul. J’étais au
bourg ce matin, personne ne sait qui a payé les tournées...
Le mildiou s’est mis dans mes pommes de terre, je
cherchais du produit. Y en a un qui m’a dit que si elles
étaient noires, c’était trop tard. Il faudra que j’aille couper
les feuilles cet après-midi, c’est la seule solution. Allez,
assieds-toi… ah ! tu n’as pas de couteau, c’est toujours la
même chose avec ceux qui viennent ici, ils n’ont jamais de
couteau ! Prends le mien et coupe une tranche de pain.
L’homme se leva de sa chaise et se dirigea vers la
cuisinière, les jambes lourdes, les pieds glissant lentement
sur le sol, les mains appuyées aux meubles pendant son
déplacement. Il prit une fourchette posée sur le bord de la
cuisinière et commença à retourner des pommes de terre qui
rissolaient dans un plat à œufs en aluminium, mais une fois
sur deux il piquait la fourchette à côté du plat et, en la
relevant, manquait de retourner le plat lui-même. Il glissa la
fourchette dans une oreille du plat, prit son mouchoir pour
saisir l’autre oreille et déposa son fricot au milieu de la table
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avec des gestes lents, le laissant là sans y toucher parmi les
assiettes qui ne devaient jamais quitter la table.
— Je ne t’ai pas dit mon nom… C’est Paulin… oui,
Paulin, dit l’homme en se rasseyant.
— Si c’est votre prénom, il est rare.
— En effet, je n’en ai vu qu’un, sur une tombe dans le
Cher. C’est loin pourtant.
— Vous n’avez pas toujours vécu ici ?
— Ah non ! J’ai été parisien. Je transportais de la viande.
Celui qui transporte de la viande c’est le conducteur du
métro. Je n’ai pas fait que ça, j’ai été figurant dans les f ilms
de Sacha Guitry… ah ! si Paris nous était conté… Michèle
Morgan, je l’ai vue de près !… J’ai été huissier à l’Élysée,
les chauffeurs me faisaient des confidences.
— Je ne vous ai pas dit qui j’étais. Je voulais seulement
me renseigner, savoir si…
— Reste là, on a tout notre temps ! Allez sers-toi, prends
la fourchette du plat !
Paulin se tut. Lorsqu’il ne parlait pas, son visage se
figeait, les yeux mi-clos, le regard perdu dans le vague. Il
avait quelques difficultés à retenir la salive qui lui coulait
de la bouche. Tassé sur lui-même, il semblait porter sur ses
épaules toute la fatigue du monde.
Profitant de ce silence, l’inconnu de passage examinait
ce qui l’entourait. Ses yeux s’habituaient à la pénombre,
épaisse malgré l’été commençant. De minuscules gouttes
d’eau perlaient à la partie inférieure des murs, sur une
hauteur d’un mètre sans limite bien définie entre la zone
sèche et la zone humide. Ce lambris misérable ressemblait
à la croupe d’un cheval pommelé. Au fond de la pièce, une
masse sombre barrait un coin. C’était une énorme armoire
nantaise en merisier qui avait dû être blond. Les pieds
s’enroulaient en lourdes volutes, de beaux escargots,
comme disent les brocanteurs, qui donnent de la valeur aux
meubles. Un lit à rouleaux occupait l’autre coin près de la
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cheminée. Le dessus-de-lit cachait mal une couette qui
débordait jusqu’au sol.
— Ah ! tu regardes les meubles… tu n’as pas l’air d’un
anglais, toi ! Ici, les anglais prennent tout, les maisons avec
ce qu’il y a dedans quand il y a quelque chose. Ils achètent
et revendent. Y en a qui ne viennent même pas pendant les
vacances, c’est les sous qui les intéressent.
— Non, je ne suis pas anglais. Les gens m’appellent
Blaise.
— En breton, bleiz ça veut dire loup ! Mais tu n’es pas
d’ici, chez toi ça doit vouloir dire autre chose.
— Chez nous, Blaise est le patron des éleveurs... qui
n’aiment pas trop les loups ! Dans les Pyrénées, à
l’HôpitalSaint-Blaise, il y a un pèlerinage en février. Devant l’église,
le soir, les poils coupés aux queues des animaux sont jetés
dans un feu pour répandre une odeur agréable au saint
protecteur !
Paulin poussa un verre en riant et se mit à verser un
affreux vin rouge violacé. Le goulot de la bouteille heurtait
le bord du verre, mais miraculeusement pas une goutte ne
tomba sur la toile cirée. Il ne remplit qu’à moitié son propre
verre.
— Juste un petit coup… la journée a déjà bien
commencé ! Je n’ai pas de dessert, il n’y a qu’à se partager
le saucisson. Coupe-le et prends ce que tu veux… Tu
cherchais Hervé ?
— Comment savez-vous ?
— Ici, le seul qui a des visites, c’est Hervé. Hier, il est
reparti à Paris.
— Je n’ai pas de chance. Enfin… excusez-moi.
— Dis-moi « tu ». Chez nous, le vous n’existe pas, on
n’est pas habitués à vouvoyer.
— J’ai rencontré Hervé à Paris à un vernissage, il m’a
dit de venir le voir en Bretagne pour me vendre un tableau
auquel il ne tient plus.
9 — Les tableaux t’intéressent ? Attends.
Paulin retrouva ses jambes, sortit chercher une échelle,
l’appuya sous la gerbière et disparut dans le grenier. Après
avoir bousculé quelques vieilleries, il redescendit avec un
tableau qu’il planta sur une chaise, partagé entre
accablement et espoir.
C’était un sujet religieux, sans religiosité, très stylisé
avec quelque chose de primitif ou de médiéval. Un grand
personnage étiré par la spiritualité, avec un visage sans yeux,
légèrement penché en avant, se tient debout près d’une
femme accroupie appuyant une cruche sur son genou dressé.
Grâce à un effet de perspective volontairement incertain, un
feuillage, dominant la scène, semble s’échapper de la
cruche comme une âme qui monte. Un rectangle bleu clair,
placé derrière l’homme pour équilibrer la composition,
semble sortir de sa main comme un étendard.
— C’est Jésus et la Samaritaine, se contenta de dire
Paulin.
— Tu es croyant ? demanda Blaise, tutoyant son hôte
pour la première fois.
— Non, je ne le suis plus. Disons que j’obéis à mon
Maître. J’ai peint cette toile il y a longtemps. Je ne la montre
jamais. Pour moi, la peinture c’est fini, ils m’ont fait trop
de mal.
Blaise n’était pas croyant non plus mais ce tableau lui fit
un choc.
— Et vous faites des choses comme ça en Bretagne ?
— Je te le confie, tu en feras ce que tu voudras, c’est
comme un confetti qui part au vent.
Paulin ne cherchait pas à savoir s’il y avait des vents
mauvais. Pour lui, l’œuvre est au service de l’humanité.
— Il faut que tu ailles voir le village d’à côté, conseilla
Paulin.
— Ah bon ?
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— Il te plaira sûrement. Si tu ne sais pas où aller, reviens
ce soir.
Ils sortirent ensemble en faisant attention de ne pas
marcher sur la volaille qui encombrait toujours le seuil.
Paulin accompagna son nouvel ami pour lui montrer le
chemin. Ils traversèrent la cour de la maison voisine, une
splendide chaumière en granit, nouvellement restaurée.
— Ici, c’est un écossais, il s’est habitué au pays, il
travaille à L. et à Paris. Tu vois cette haie, là-bas, il y a une
trouée et puis un sentier tracé par les curieux à travers les
ronces pour aller d’une maison à l’autre.
— À tout à l’heure, remercia Blaise qui partit presque en
courant.

La haie à peine franchie, un spectacle hallucinant l’arrêta
net dans son élan.
Une douzaine de bosses recouvertes de végétation,
comme des petites collines, étaient éparpillées sur un vaste
terrain en pente. En suivant le fameux chemin des curieux
par quelques brèches dans l’épais manteau végétal on
pouvait contempler de larges portions des façades encore
intactes. C’étaient les plus belles de la Bretagne des champs.
Les arrondis moulurés des portes répondaient
harmonieusement aux linteaux en accolade des fenêtres.
Des symboles sculptés, certains protégeant du mauvais sort,
d’autres désignant le métier du propriétaire par ses outils,
faisaient chanter le granit taillé en blocs réguliers.
Le sentier conduisait à chaque porte et continuait parmi
les herbes folles, les arbustes et le lierre qui envahissaient
les ancestrales demeures. Derrière l’enchevêtrement de la
charpente effondrée, on apercevait les massives cheminées
avec des pieds-droits légèrement recourbés à la base et leurs
hottes immenses toujours en équilibre malgré les trous
creusés par les intempéries.
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