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La commune sous les manguiers

De
191 pages
Sayo, fils de cultivateur malien sans grand charisme, est entré à l'âge adulte convaincu que l'école est inutile et que l'argent peut tout. Manipulateur et ambitieux, il est à l'heure de la décentralisation le jouet d'intrigues de pouvoir. Un homme tel que Sayo peut-il réellement se voir catapulté maire d'une commune ? La mise en scène des motivations triviales des acteurs locaux et des mécanismes d'accession au pouvoir provoque tantôt le rire, tantôt le grincement de dents...
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la commune sous les manguiers
Faco Donki DIARRA
LA COMMUNESOUS LES MANGUIERS
Facoh Donki DIARRA
sommaire
La maison du père et le deors Capitre 1 ............................................................................ 9 Capitre 2 .......................................................................... 23
Le besoin d’immortalitÉ Capitre 1 .......................................................................... 51 Capitre 2 .......................................................................... 65
Une fácerie Capitre 1 ........................................................................ 109 Capitre 2 ........................................................................ 149
là MàISON dU pèRE Et LE dEHORS
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Un omme ne coisissant ni son lieu ni sa date de naissance, Sayo – ou Sadio selon les zones – Était nÉ à Dladiè par asard. D’un père cultivateur et d’une mère mÉnagère, bien Évidemment, et suivant un État civil de fortune Établi très tardivement et donc peu fiable. Ainsi que l’indiquait son prÉnom, qui signifiait « cadet des jumeaux », il Était venu au monde après de très beaux jumeaux, maleureusement morts en bas áge, quelques mois seulement après leur naissance. À ce propos, de vieilles femmes du village, ses grands-mères en quelque sorte, respectueuses d’une tradition bien rodÉe dans ce milieu, le taquinaient en le rendant responsable de la mort de ses deux aînÉs ; sur le même ton de plaisanterie et d’une voix Égale, pour leur rendre la monnaie, il se dÉfendait de ce crime qu’il n’avait pu commettre en se trouvant dans le village de sa mère, autrement dit alors qu’il n’Était pas nÉ. Ces scènes, communes entre grands-parents et petits-enfants, faisaient rire les gens comme de bons enfants lorsqu’elles surve-naient, et l’occasion Était alors bonne de disserter sur le taux ÉlevÉ de la mortalitÉ infantile en brousse et sur l’impuissance des parents à vaincre ce flÉau. Depuis les violentes conquêtes musulmanes des deux siècles prÉcÉdant la colonisation europÉenne, dans les pays de la savane, l’abitude Était restÉe de donner aux enfants des prÉnoms arabes affreusement dÉformÉs, correspondant à des titres et gra-des civils reconnus abituellement à certaines personnalitÉs de la 1 sociÉtÉ arabe. Mais gÉnÉralement, dans le monde bamanan , l’im-pact de l’islam s’arrêtait à ce port accidentel du prÉnom supposÉ musulman. Car ce peuple, dans son áme, avait ÉtÉ peu ou pas du
1. Bambara.
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Facoh Donki Diarra
tout toucÉ par cette bourrasque qui, sous d’autres cieux, avait fait tellement de dÉgáts que certains individus ne savaient plus d’où ils venaient ni qui ils Étaient. La famille de son père avait eu dans le passÉ beaucoup d’en-fants, mais jamais de jumeaux avant ceux qui Étaient dÉcÉdÉs. Aussi leur mort subite avait-elle ÉtÉ ressentie comme un grand dÉsastre, une Énorme perte, semblable à celle d’une grande personne faucÉe dans la fleur de l’áge. D’autant que donner naissance à des jumeaux Était un ÉvÉnement qui ne survenait pas dans n’importe quelle fa-mille, du moins dans l’imaginaire populaire. Beaucoup de gens s’imaginaient d’ailleurs que les jumeaux naissaient de prÉfÉrence dans les familles Élues de Dieu, et qu’ils descendaient de parents dotÉs de qualitÉs morales et spirituelles in-contestables. Et dans bien des cas, leur disparition mystÉrieuse en bas áge Était assimilÉe à un dÉficit de baraka, un signal fort envoyÉ par le bon Dieu pour signifier aux parents que pour des raisons connues de Lui seul, Il leur reprenait les deux petits êtres en bonne et due forme. Mais dans le cas de la famille de Sayo, les jumeaux à peine retournÉs cez eux, leur cadet s’Était prÉsentÉ, urlant sa rage de vivre. D’entrÉe de jeu, ses premiers cris avaient ÉtÉ ceux du mále dÉterminÉ à rester après des aînÉs qui avaient prÉcocement dÉlaissÉ l’existence terrestre, devinant sans doute qu’elle ne leur serait pas favorable.
Son père s’appelait Samakoro et il Était classÉ parmi les cefs de famille en l’absence desquels le conseil des anciens ne pouvait se rÉunir et dÉlibÉrer valablement. Ici comme partout ailleurs, l’im-portance sociale de l’individu restant fortement dÉpendante de son poids Économique, il faisait partie des notables du village. Et ici plus qu’ailleurs, la ricesse se rÉsumant aux produits tirÉs de la ter-re, il Était membre de ce petit cercle de paysans qui disposaient de greniers de mil capables de les faire tenir d’une annÉe à l’autre sans aide extÉrieure. Pendant la colonisation, il avait passÉ une partie de sa jeunesse à tromper les commerçants français en leur faisant
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