La confrérie des lumières

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Arrivant d'un autre univers, le narrateur a décidé de lever le voile sur le mystère de la Terre, du Paradis et de l'Enfer. Il en conte l'origine en envoyant un enregistrement à la fille d'un soldat qu'il avait tué ; il n'était alors qu'un enfant soldat, prisonnier de l'horreur bouchère d'une guerre fratricide liée à cette légende. Un conflit organisé par le mal lui-même, un mage noir nommé Sheitan.


Il se rappelle qu'avant l'effroi des tranchées, il rencontra la belle Ellia qui l'aida à surmonter les périodes de pénurie alimentaire qui n'en finissaient pas. Rapidement complices, en jouant ensemble dans leur cave,ils découvriront une table sertie d'émeraudes, et un vieux parchemin qui dévoilera une prophétie inquiétante signée par un membre de la confrérie des lumières. Selon celle-ci, les maçons qui bâtirent ce lieu, moururent emmurés vivants pour ne point en révéler l'emplacement. Cette découverte mènera nos jeunes provençaux, Ellia, Salvatore, Doumé, Pierrot et Jeannot, à la croisée des réalités, dans ce qu'il restait du Monde originel ; un lieu où les créatures de nos contes ne sont pas des légendes, un lieu qui les transformera en apprentis chevaliers et les fera remonter jusqu'à l'origine du plus grand cataclysme de l'histoire de la vie ! Ici était le commencement de tous les maux de l'humanité.


Une histoire qui vous marquera à tout jamais, admirablement illustrée par l'auteur lui-même et Christine PDB.

Publié le : jeudi 20 août 2015
Lecture(s) : 16
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782372222280
Nombre de pages : 125
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LA CONFRÉRIE DES LUMIÈRES

 

 

 

ROMAN  

 

© Pierre Sauveur Paviot

Bookless-editions

Tous droits réservés

Août 2015

 

 

 

 

 

 

Loi du 11 mars 1957. Loi 49-956 du 16 juillet 1949 .

Toutes les représentations ou reproductions, par quelques moyens que ce soit, de l’œuvre, même partielles, d’une expression, d’une image ou d’une analyse, est illicite.

Copyright © / SNAC.

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

PRÉFACE

LE FACTEUR 

ELLIA 

LA TABLE D’ÉMERAUDES 

LES SOCIÉTÉS FANTÔMES 

LA GUERRE DES PAUVRES 

LA SPHÈRE 

LES CHEVALIERS DE L’ORDRE PALADIN 

LE VRAI VISAGE DE LUCIFER 

LES TROIS GLOBES 

LA PESTE DE L’ÂME 

Immundus-dīvīsūra

LA LÉGENDE DE LA PRAIRIE AUX COQUELICOTS 

LA PIÈCE DE L’OUBLI 

L’HÉRITAGE 

LE CŒUR A DES YEUX 

INDEX PROVENÇAL / MARSEILLAIS 

LEXIQUE SE RÉFÉRANT AUX ASTÉRISQUES 

Informations de confort 

PRÉFACE

 

 

 

Biologiquement, les individus du monde ne sont ni égaux ni inégaux, mais comportent seulement des différences superficielles, comme la couleur de peau ou la culture qui n’enlèvent rien au fait, que le fonctionnement de la mécanique humaine reste identique chez chacun d’entre nous. Il n’y a donc pas de gène qui conditionne la transmission d’un caractère racial. Il semblerait là, que l’humanité ait toujours possédé un atout de taille pour cheminer vers la paix en restant une et indivisible. 

C’est pourtant avec une imagination fertile que depuis des millénaires l’Homme s’évertue à créer les divisions favorisant un climat de haine. Les guerres de pouvoir, religions ou politiques décorent la vie d’un triste constat d’horreur ; et bien qu’elles semblent parfois antagoniques, elles convergent toutes en un point, « l’argent ». À lui seul il représente aujourd’hui un critère catégorisant et individualisant pouvant justifier toutes les agressions. Certains voudraient lui donner dimension plus humaine, d’autres souhaiteraient qu’il hérite de plus de pouvoir. Cette masse de divisions qui n’a de cesse de fleurir dans l’esprit humain a fait glisser notre monde dans une situation si conflictuelle, que seule une guerre impliquant toutes les nations du monde semblerait salvatrice.

 

Qu’est devenu l’amour ? Comment l’Homme moderne a-t-il pu écarter le « cœur » au profit de son ego et du monde de la finance ? Est-ce inné chez nous ? Ou peut-être qu’un encodage millénaire est responsable de la plus grosse division qui n’ait jamais existé, celle mère de toutes les autres, « une véritable scission en l’individu ».

Comment aborder un sujet aussi important, qui vogue un tant soit peu vers le social, la philosophie et la religion, sans lasser ou heurter, et surtout en intéressant un certain nombre, afin non pas d’apporter des réponses, mais de soulever des questions.

C’est dans ce contexte que nos jeunes héros ont glissé bien malgré eux, dans une aventure à la croisée des réalités, qui les fera remonter jusqu’à l’origine de ce mal. Entre senteurs du Midi, chevalerie et fantastique, les personnages essaieront de redécouvrir l’Homme en cherchant dans un endroit simple, si simple pour nous adultes qui sommes devenus si compliqués, que nous ne le voyons plus.

 

Pour le confort du lecteur, les faits historiques et mots provençaux ont été repérés par des astérisques qui renvoient vers deux lexiques en fin de recueil.

 

LE FACTEUR

 

 

 

Je vous imagine entendre la voiture du facteur s’arrêter au pied de votre boîte aux lettres pour y déposer ce paquet. Vous devez vous demander qui a pu vous envoyer le disque que vous êtes en train d’écouter. Qui est cet homme ? Que me veut-il ? Autant de questions qui doivent vous tarauder l’esprit.

Il y a des zones d’ombre dans votre vie que je pourrais éclairer en vous contant une aventure, dans laquelle les individus ont tracé l’histoire à la pointe du courage. Si je vous en fais part aujourd’hui, c’est pour que tous« ressentent » un bref instant d’une réalité enfouie. Au préalable, mettez votre esprit à l’abri des intoxications multiples que nous subissons ; érodez vos certitudes jusqu’à les briser. Si c’est impossible aujourd’hui, persévérez, avec le temps, vous percevrez uneporte derrière laquelle il subsiste des espaces où les cœurs sont de vrais livres. Si cette chance se présente, saisissez-la, vous serez surpris d’y voir des milliers de données, tant, qu’elles ne tiendraient pas dans votre ordinateur. C’est drôle, comme parfois un sentiment de quelques secondes peut vous prendre des pages d’écriture ; sans doute parce que l’écriture n’est qu’un code plus ou moins archaïque que nous utilisons pour traduire un procédédumonde vivant bien plus élaboré, « la perception ».

Il me sera impossible de relater tous les détails de cette histoire, peut-être est-ce mieux ainsi. Tous les souvenirs ne sont pas bons à conter ; par pudeur ou parce que l’horreur ne se dit pas, ou tout simplement, parce que vousne le croiriez pas.

Êtes-vous persuadé de connaître l’univers dans lequel vous vivez ? Par expérience, je puis vous dire que la réalité n’est pas toujours ce qu’elle paraît. Nos sens, notre intellect peuvent nous tromper. Même le temps qui passe, vous le verrez, pourra vous surprendre. Aussi, ne vous fiez pas toujours à ce que vous entendez, ne croyez pas toujours ce que vous lisez, et ne prenez pas toujours pour vrai ce que vous voyez. Parfois, le doute est seul raisonnable.

 

ELLIA

 

 

 

Jem’appelle SalvatoreRoiprêt, c’estdusuddelaFrance, unerégionbercéeparlechantdescigales, que je vais vous conter un tournent de l’histoire de l’humanité, ou devrais-je dire, « du monde du vivant ». Maintenant que le temps passé se lit sur mon visage buriné, je puis mesurer l’importance qu’il revêtit. 

 

Il y a de cela bien longtemps, entraînant de nombreux affrontements, les émeutes de la faim avaient secoué bon nombre de pays. Pendant ce temps, les lobbiessoudés aux gouvernements se pensaient à l’abri ; ils ne réagissaient pas, voire entretenaient une misère qui influait en leur faveur sur le cours de l’économie mondiale.

 

Point de convergence des puissances mondiales, un processus densifiait les réseaux spéculatifs et concentrait les organismes de commandement dans tous les domaines. Ainsi l’humanité étouffait sous une nouvelle forme de despotisme. Chaque pensée et chaque action devaient alimenter les rouages d’un mécanisme de compétitivité économique. Le oisif qui vouait sa vie à la philosophie était devenu un désœuvré ; il n’était plus toléré d’exister pour ce que l’Homme représentait, plus toléré de rêver au connais-toi toi-même de Socrate ! La liberté, l’égalité et la fraternité s’évaporaient sous les braises ardentes d’une rentabilité devenue dictature. 

Aucune opposition aux spéculations sur les matières premières, pas de gestion solidaire et durable ! Toutes les nations étaient devenues vulnérables à la volatilité des prix. Aussi, les affres de la crise touchèrent à leur tour les grosbras dece monde,et nous ensubissionslestourments.

L’injustice de cette situation oppressait la population, et faisait assumer aux pauvres l’incohérence du système ; la peur du lendemain donnait naissance à des comportements troublants qui nous ramenaient parfois, dès le plus jeune âge, à une période sombre de notre pays ; regards fixes sur les citoyens d’origine étrangère, insultes raciales, délations multiples aux services étatiques n’étaient plus anodins. 

Des années plus tard,ilyavaitchez nousbeaucoupdemanifestations.Les patrouilles antiémeutes circulaient tant avec les gardes mobiles ou les CRS, que nous aurions pu nouscroireen périodedecouvre-feu. Heureusement, ici, dans les plaines de La Crau, nous nous trouvions presque à l’écart. À quarante-cinq minutes de Marseille, un pays où l’accent est gorgé de soleil, nous vivions dans une ferme du treizième siècle que mes parents rénovaient avec les moyens du bord. Nous étions entourés de pêchers, d’abricotiers et d’un grand potager. Pour l’enfant de douze ans que j’étais, quel bonheur ! À cet âge j’avais encore de beaux cheveux châtains qui surmontaient des yeux clairs et un nez fort hérité de mon père. Je détestais déjà l’injustice et me sentais désarmé devant elle ; elle me faisait réagir maladroitement en prenant des risques mal mesurés. Nous pourrions dire que l’inconscience qui me caractérisait me mettait dans l’embarras ; toutefois, elle me permettait parfois de réaliser des choses impensables. Avec le recul, la chance a fait plus que de me sourire, elle m’a tenu la main. 

 

Non loin de chez nous, en provenance de Londres, s’était installée la famille Bergin, qui avait ouvert une quincaillerie. L’arrivée de visages inconnus n’était pas toujours bien perçue. Ce qui me donna l’occasion de laisser s’exprimer le côté rebelle de la préadolescence, en répétant les propos que j’avais entendus dans la rue :

« Oh, M’man, c’est déjà pas facile pour tous ici, si en plus il en arrive pour nous enlever du travail ! »

MamèresappelaitElohïse.C’étaitunefemmeromantique,pleinedecharme,auxlongscheveuxnoirsqu’elleattachaitsoigneusementavecunvieux foulard de satin rose. Elle était longiligne, peu maquillée et toujours soignée. Elle ne ramenait rien à elle et rêvait de me voir les dépasser en tous termes. Elleme répondaittoujours calmement, mexhortant à méloigner des passions et préjugés, cause,selon elle,dediscordesinutiles. 

« Salvatore, ils viennent de Londres, la vie y est plus dure que chez nous. Et puis, il faut comprendre que notre région se désertifie, ça fait du bien d’avoir des nouveaux.

- Désertifie ? Y a du sable qui arrive ? Il va y avoir des dunes partout !

Monpèrepiquaunfourire. C’était un homme simple, un grandphilosophe qui ne perdait pas une occasion de rire ; car selon lui, l’humour rimait avec amour. Ses éclats de rire n’entamaient pas la grande considération qu’avaient ses amis pour lui. Ses yeux gris-vert protégés par des arcades prononcées ajoutaient du poids à une personnalité qui avait déjà toute notre attention. Lorsqu'il prononçait des phrases, elles étaient toujours simples et vouées au bien d’autrui. Pour l’occasion, puisque je craignais d’être envahi par le sable, il me rassura, notre belle région n’allait pas se transformer en désert, mais tentait de se vider de ses habitants. Les nouveaux venus, comme la famille Bergin, contribuaient à redynamiser l’économie locale. 

« En plus, ils ont une très jolie fille. Ajouta ma mère en observant ma réaction du coin de l’œil.  »

Malgré mes efforts pour garder mon sérieux, imperceptiblement, mes zygomatiques me trahirent. Ce qui fit encore sourire mon père. Néanmoins, le repas terminé, je tentai une sortie honorable.

« Qu’ils aient une jolie fille n’a rien à voir avec l’économie ! »

Fier de ma tirade, j’entamai un retrait stratégique vers mes quartiers lorsqu’il coupa mon élan :

« Oh, Salvatore ! Pour éviter que tu ne te questionnes trop la nuit, car demain il y a du boulot, sache que leur fille s’appelle, Ellia ! »

Avec la suffisance d’un jeune coq, je fis la sourde oreille et filai dans ma chambre le cœur ensemencé des deux syllabes les plus merveilleuses au monde. Ellia, ce prénom résonnait en moi comme les quatre saisons de Vivaldi. Quel prénom, doux et sauvage à la fois, comme une fleur des champs. Je m’endormis plus vite, comme l’avait prédit mon père.

Au petit matin, je me levai pensant être le premier debout et aperçus mon père avec le maçon. Ils déchargeaient une vieille fourgonnette grise et portaient des tas de gros cartons dans la grange. Avant de partir, il interpella mon père :

« Maurice, j’ai une mauvaise sensation, je crois qu’on me file le train.

- T’es sûr ?

- Oui... j’ai confiance en toi, il faut que je te dise quelque chose. Je sais que tu connais la date, mais ce n’est pas la bonne. »

Mon père, tout en avançant la tête, ouvrit de grands yeux ; son visage ne pouvait pas mieux refléter la stupeur.

« Maurice, tu connais l’enjeu ; tu comprends que je ne peux rien te dire. Mais si je venais à disparaitre et si l'on m’en laisse le temps, je te ferais un signe. Ah, au fait ! J’ai toujours aimé le chiffre sept ! conclut-il, énigmatique. »

Le maçon monta dans sa fourgonnette et s’en alla.

Je rejoignis mon père qui fut gêné de me voir. Cependant, bien trop occupé par l’objectif de la journée, « rencontrer Ellia », je n’y prêtai pas vraiment attention ; pas plus qu’à l’état de la grange, parfaitement vide, malgré la livraison dont je venais d’être témoin.

« Salut fiston, déjà debout ? C’est de devoir retourner la parcelle de terre qui te motive autant ? Une autre raison peut-être ? Zou ! Allons prendre le petit déjeuner ! »

Après un verre de lait et deux tartines, mon coup de bêche se révéla exceptionnel ; j’arborai une ardeur et un souci du détail surprenants. Un peu, comme si je voulais être certain de m’en débarrasser au plus vite ; car monpère croyait en lavertudulabeur, « C’estparletravailquel’onprogresse en toutechose »,medisait-il.Àcela ilajoutaitquel’essentielétaitdefairedesonmieux, « Situnyarrivespasfiston,cen’estpasgravedu momentquetune trichespas ! » Hors,ce matin-là,jefuslaperfectionincarnée et sollicitai rapidement mon père pour partir en vadrouille : 

« P’pa,jepeuxallerme […]  

- Tepromenerjusquàlamaison desBergin ? » 

Mes pommettes rougirent, je cherchai vite une parade à ses sous-entendus et lui signifiai qu’il était prévu que j’aille à l’étang des canards lancer la ligne ; si la maison des Bergin était sur le même chemin, je n’y étais pour rien. Pensant m’en être sorti honorablement, je tournai les talons et commençai à marcher tranquillement. 

« Bien sûr Salvatore, bien sûr. Au fait, si tu vas pêcher, pense à prendre tes cannes à pêcheà la main, ça risque d’être compliqué ».

Comment en avait-il déduit que je voulais essayer de rencontrer Ellia ? Cela devait se lire sur mon visage, j’étais vraiment curieux, était-elle belle comme ma mère le disait ? Pris la main dans le sac, j’allai chercher mes cannes et marchai sur un chemin de terre jusqu’à leur maison. Pour l’apercevoir, je restai pendant une bonne heure à côté d’un arbuste sans esquisser le moindre mouvement, comme un garde devant la porte d’un Roi. Si bien que lorsque je décidai de partir, je me retrouvai ankylosé de la tête aux pieds, et à chacun de mes pas, je ressemblais à un pauvre chat tentant d’avancer avec des moufles ficelées au bout de ses pattes. Bon, vraisemblablement je ne la rencontrerais pas aujourd’hui. J’étais contrarié, mais puisque j’avais mes cannes, je décidai de poursuivre jusqu’à l’étang pour compenser ma déception par un bon moment, comme mon père se plaisait à me le répéter, « Essaie de préserver un équilibre en toi ! » Et puis après tout, si par bonheur j’attrapais un poisson, cela me permettrait de justifier le sérieux de cette balade qui évidemment, n’avait rien à voir avec Ellia 

Alors que je passais le dernier virage, je vis au loin le maçon qui avait déchargé la camionnette avec mon père. Il marchait vite tout en regardant derrière lui, à droite, à gauche. Il ramassa un bâton avec lequel il gratta le bord du sentier avant de reprendre sa route en reculant. À la sortie du virage, quatre hommes en uniforme noir fondirent sur lui et l’entraînèrent dans les bosquets. Des claquements de portières déclenchèrent chez moi un bond-réflexe digne d’un cabri ; j’atterris dans les premiers buissons venus. À ce moment, les picotements que je ressentis sur mon auguste derrière me firent réaliser que j’étais dans les ronces. J’étais las de mes considérations fessières, quand un énorme quatre-quatre noir sortit dans un nuage de poussière et fila à vive allure. Le maçon avait dû faire quelque chose de grave, pensai-je. Il allait sans doute être emprisonné.

Parvenuàl’étangdescanards,jeprisladirectionde monpostepréféré ;l’eauyétaitclaire, jepouvaisobserverpar-delàlesroseaux,debeauxrotengles en traindefouillerlefondàlarecherchedenourriture. 

« Alors,ça mord ? »entendis-je. 

Surpris, jefisvolte-facelecœurbattantlachamade. C’était certain, j’allais être arrêté comme le maçon ! Puis instantanément, l’enfercédalaplaceau paradis.Faceau jeunegarçon quej’étaisse dressaituneimagecéleste,unejeunedemoiselledansunerobeblanche,avecunvisage d’ange,lapeaudoréeetdelongscheveuxauburnondulés.L’émotiontroublamavue,jenedistinguaisplusrien autourdesasilhouette,commesiunsoleilblancavaitgomméles traitsdechaquechose. Ellesemità rire ;j’étais statufié,bouchebée avec unregard dahuri. J’avaisvraimentl’airridicule. Ellefitunpasenavantenmetendantlamainpourmesaluer,simultanémentj’enfisunenarrière, celuidetrop. « HoOoOO ». L’onomatopéecorrespondantlemieuxàcetteanecdoteserait,« PLOUF ! », car jefinis àl’eau. Prêteàsalirsajolierobe,lajeunedemoiselleseprécipitapourmevenirenaide,cequejemempressai derefuser, histoirede sauverlafaceenjouantlebaroudeur. 

« Net’inquiètepas,j’ail’habitude !fis-je en fanfaronnant.  

-Tu asl’habitudedetomberàl’eau ? répondit la charmante demoiselle. 

-Mais, non. J’ai l’habitude demesortir de situationsdélicates. grommelai-je. 

 

 

 

-Je voisça. » dit-ellegentiment pouressayerderedorermonblasonunpeuterni. 

Jesortisdel’étangcommesij’avaisvécubienpiresituation.Monpantalonmecollaitauxcuissesetlesmanchesdemonpull pendaientau-delàde mesmains. Tenant un petit panier de salades sauvages, elle me regardait en tentant de retenir son sourire. 

Encoretroublé,jene fisaucunrapprochementaveclafamilleBergin. En l’état, peu m’importait, il était plus raisonnable que je rentre pour me changer ; avant d’y aller, je me présentai : 

« Moi c’estSalvatore,ettoi ? » 

Cesdeuxderniersmots« ettoi ? »mefirentreprendremesesprits. Enattendant sa réponse,mesyeuxs’écarquillaient d’autant plus que le temps s’écoulait, jusqu’à ce qu’ils se ferment à ses mots. 

« Ah,tueslefilsRoiprêt ?Je mappelleEllia. » 

Surcetteconfirmation, après être tombé à l’eaujetombaiendéconfiture ; la honte se lisait sur mon visage. Loin de ces considérations, Ellia m’invita chez elle ; moi qui ne rêvais que de la rencontrer, je fondais tel un morceau de beurre d’anchois sur du pain chaud. Devant ma paralysie faciale elle ajouta : 

« C’est plus près, tu pourras te sécher et manger un bout de pain ».

Monestomac fut mon meilleur allié, il medonna le courage deluidireoui. C’estainsiquejefisconnaissanceavecElliaetsesparents. 

C’étaitdesgenssimples,gentilsetcultivésquiavaientvraisemblablementfuidegrossesdifficultés. Jeremarquaiqu’ilsnesemblaientpastoujourssereins ;ilsavaientunedrôledeconduiteàl’égarddelanourriture,ils lavénéraient.Le manqueen était àl’origine ;ce qui,en cette find’après-midi, me fitprendreconsciencedespropos déplacésquej’avaiseusenverseuxen discutantavecmes parents. Évènement bien sûr qui resta sous silence ; cela aurait pu ternir une belle rencontre dont les liens semblaient se renforcer chaque seconde. Elliaetmoisommestrèsvitedevenuscomplices,d’oùlesurnom à priori barbaredontnousaffublasonpèredèslespremiersinstants,celui-mêmequifutviteadoptéparlesmembresrespectifsde nosfamilles. 

« Oh,lesAgapornis ! Vousvoulezmangerunetranchedepainavec unpeude beurre ?proposamonsieurBergin. 

-Lesquoi ?fit Elliainterloquée. 

-Lesinséparables, situpréfères. 

-T’aspastrouvéautrechosecommesurnom ? 

-Attends, je réfléchis,ben... no! 

-Ha !H! Ha ! Trèsmarrant ! » 

- En effet ! C’est plutôt marrant, ajouta sa mère pour enfoncer le clou. » 

AugranddésarroidEllia,l’idée d’être inséparables me plaisait bien, jetrouvaicelaamusant. Des heures joyeusess’écoulèrent ainsi jusquausoir en compagnie de sa mère, Lehna, une femme empreinte de douceur dont l’intelligence n’avait d’égale que sa beauté. Seslongs cheveux ondulés qui descendaient jusqu’aux reins sublimaient un charme naturel qui avait fait chavirer le cœur de son père, Ali, un homme généreux, filiforme, qui malgré son niveau intellectuel ne se prenait guère au sérieux ; il participait volontiers à entretenir la bonne ambiance, notamment lors de cette merveilleuse soirée. 

C’est le cœur joyeux que je rentrai à la maison. Ce fut tellement agréable, magique, qu’en marchant je me posai des questions sur l’existence d’une puissance supérieure ; Ellia était si belle, si raisonnable qu’elle ne pouvait être qu’un ange. J’étais véritablement tombé sous le charme etnedivulguaiévidemmentriensurcettebellerencontreàmesparents. En rentrantàlamaison,je m’empressai de raconter ma journée plutôt mouvementée, ce qui effacerait d’un trait toutes les boutades lancées par mon père à mon égard.

« Maman, papa ! En allant à la pêche, j’ai vu quatre policiers attraper le maçon.

- Paul ? s’inquiéta mon père.

- J’connais pas son prénom, c’est le monsieur qui est venu rénover la grange.

- Mon Dieu ! s’exclama ma mère la voix étranglée par l’angoisse. »

Mon père insista pour connaître les moindres détails de cet évènement que je livrai rapidement devant l’attitude tendue de mes parents. « Plang ! » La porte d’entrée se referma derrière mon père qui sortit précipitamment.

« Va prendre ta douche Salvatore et va au lit ! ordonna ma mère. »

Ma pauvre mère, bouleversée par cette nouvelle, en oublia de préparer le repas. Peu m’importait alors, jeplanaisdansunmondefaitdepétalesderose ;j’étaisheureux,Elliaetmoiétionsd’accordpouralleràl’école ensemble.C’estpourquoi,tousles matins, jemelevaisfraiscommeungardon.

Après le petit déjeuner, je sortis à grands pas la rejoindre.Nous marchâmes jusqu’à la boulangerie où nous attendaient mes compagnons de toujours. Jeannot le philosophe et ses pites* de rousseur, Pierrot le rocker avec le col de ses chemises toujours levé, et Doumé grand et costaud orné de son pull marin. Les présentations faites, nous passâmes le porche de l'école en ne pensant qu'à la sonnerie de seize heures trente.

Après le dernier cours de la journée sur l’histoire de la chevalerie, c’est en rentrant le long du chemin Chante Coucou, qu’inspiré, Jeannot eut l'idée qui fut à l’origine d’une magnifique histoire :

« Je vous propose de nous réunir après demain soir dans la cabane du vieux chêne. Je demanderai à ma mère de nous faire une tarte dont elle a le secret. » 

Rien qu’en entendant ces cinq lettres « tarte » le ventre de Doumé fit des gazouillis. 

« J’accepte !

-Tu m’étonnes que t’acceptes. C’est bon pour moi aussi. balança Pierrot en mâchouillant un cure-dent.

- ça marche, et toi Ellia ? lui demandai-je. 

- Je vous le dirai demain. Je dois rentrer maintenant, tu viens Salvatore ? » 

Arrivé à la maison je fus submergé par une ambiance lourde ; le repas se fit dans le silence, et chaque fois que je prononçais une syllabe, j’étais coupé dans mon élan.

« Peu […]

- Allez, la nuit porte conseil, au lit ! fit ma mère. »

Quelque chose n’allait pas, ce n’était pas une réaction habituelle chez mes parents ; mais faisant connaissance avec les sentiments, je restai insouciant et montai guilleret dans mes quartiers. Mon cœur était tellement gonflé de bonheur que le sommeil ne pointait pas le bout de son nez. Tout en contemplant une gravure au-dessus de ma porte représentant deux hommes sur un cheval, je cherchais une idée qui ferait plaisir à Ellia et gigotais dans mon lit comme une anguille dans la nasse. Dans l’incapacité de fermer les yeux, je décidai d’aller m’isoler à la cave, lieu de réflexion que je fréquentais souvent.

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