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La Croix du Nord

De
242 pages
En avril 2020, Roman Marsky, adolescent surdoué, grâce à une mutation intracérébrale fortuite, meurt brutalement. Pendant sa courte vie, il s'était beaucoup interrogé sur les conséquences sociales de la "modernité" qui ne sait pas où elle va, mais nous y entraîne. Elle bouscule violemment nos traditions, et fait preuve d'une complexité normative. Les peuples se sentent trahis par des élites converties à un mondialisme utopique et autoritaire, pseudo libéral et peu social, appuyé sur un humanisme nébuleux. Après une adolescence oisive à Abidjan, Jean-Pierre Bex devient chirurgien cardio-vasculaire à Paris. Allergique au prêt-à-penser "correct", il a voulu, pour son premier roman, être prédatif et subjectif, avec une pointe de dérision et d'humour décapant !
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JeanPierre BEX La croix du Nord Roman futuriste
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A mon clan. « Dans une procession, il y a ceux qui chantent et ceux qui portent la croix. »Dicton italien.
« Ne pas prévoir, c’est déjà gémir. »
Léonard de Vinci
« Celui qui ne s’attend pas à l’inattendu ne trouvera pas la vérité. »
Blaise Pascal
« Ces réflexions ont exercé sur moi une profonde action alors que je les écrivais et elles l’exercent encore quand je les relis ». Confessions. Saint Augustin
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CHAPITRE I CEREMONIE FUNERAIRE ..................................................................................... 9 CHAPITRE II TRANCHE DE VIE : LA RUE, LES RUMEURS, LA TELEVISION INTERACTIVE ET LES JOURNALISTES ............................................................ 23 CHAPITRE III LA CONFERENCE DE PRESSE ............................................................................ 43 CHAPITRE IV ELLE ET LUI........................................................................................................... 67 CHANT V DISCOURS DE LA METHODE ET DEUX NOUVELLES DIMENSIONS ARTIFICIELLES ..................................................................................................... 85
CHANT VI COMPLEXITE, INCOHERENCES, CONTRADICTIONS ET ABSURDITE CROISSANTES DE LA MODERNITE ................................................................ 107 CHAPITRE VII LE MILLENAIRE ET LE PHOENIX.................................................................... 133 CHANT VIII EN AVANT ? OUI ! MAIS VERS OU ? ............................................................... 147 CHANT IX NO PASARAN ! EN TOUT CAS, PAS SI VITE !................................................ 173 CHAPITRE X L’ETINCELLE....................................................................................................... 191 CHANT XI LA MALEDICTION DU PETIT BLANC ............................................................. 213 CHANT XII MAWASHI GERI .................................................................................................. 229 CHANT XIII DUO FINAL DE SOPHIE ET CHRISLEE............................................................ 239
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L’aurore grelottante en robe rose et verte S’avançait lentement sur la Seine déserte, Et le sombre Paris, en se frottant les yeux, Empoignait ses outils, vieillard laborieux. Baudelaire. Les fleurs du mal. « Le crépuscule du matin ». En ce vendredi 10 avril 2020, vers 8 heures 30 du matin, une petite foule hétéroclite et colorée se forme, s’agite lentement et s’organise sans bruit, dans le petit jardin public, situé quai de la Rapée, à Paris, devant l’Institut MédicoĀLégal. Le silence qui en émane est lourd, profond et même impressionnant, contrastant avec les mille bruits d’une ville qui s’éveille. Les bulletins météorologiques des chaînes de la télévision interactive avaient annoncé la veille, cartes isobares à l’appui et photos satellitaires comme preuves, du beau temps pour l’Europe de l’Ouest avec une température encore fraîche le matin, 4° C sous abri à Paris, atteignant 15° C vers midi avec un léger vent de NordĀOuest. Ciel clair malgré la petite brume de pollution, qui estompe comme toujours la vision lointaine dans les grandes villes. Les météomaniaques étaient donc assez tranquilles, bien que des tornades aient été annoncées dans la région de Shanghaï. Mondialisme oblige ! Peu d’Européens y avaient prêté attention ! En fait, il suffisait de lever les yeux, ce matin, pour savoir que le temps de la journée serait agréable et qu’il n’y avait pas lieu de se munir d’un parapluie. Mais, en 2020, les yeux du citadin moderne sont plus souvent fixés sur un écran cathodique que sur le ciel. Les Parisiens vivent encore dans une des plus belles villes du monde, mais ne le savent pas ou l'ont oublié. Allant à leur travail, en citadins bien dressés, ils ne lèvent plus la tête, depuis belle lurette, pour voir ce qui les entoure. Ils sont dans leur cocon, plongés dans leur petit monde, concentrés sur leur entourage immédiat et ne remarquent même pas le soleil levant, légèrement voilé, qui commence à réchauffer les rues. Pourtant les oisifs sont nombreux dans les villes : retraités, chômeurs de
longue durée, invalides, assistés divers, flâneurs mais aussi beaucoup de touristes et quelques actifs profitant de leurs loisirs professionnels … Autour du petit square Albert Tournaire, une vingtaine de badauds, intrigués par ce rassemblement matinal insolite, sont déjà appuyés contre la balustrade de fer forgé, devant le jardin. En effet, notre attroupement est inhabituel : il y a très peu d’agitation, pas de cris, pas d’éclats de rire. On ne perçoit ni convivialité, ni ambiance festive ou chaleureuse, pour parodier le style journalistique de notre époque. Ce n’est pas non plus une manifestation : il n’y a pas de drapeaux rouges, pas de banderoles chargées de slogans, pas de casquettes bariolées de sigles syndicaux, pas de badges ou d’étiquettes adhésives sur les habits, pas de mégaphone, pas de bruit… D’ailleurs, les manifestations politiques, syndicales ou autres, de plus de cinquante personnes, sont interdites dans Paris depuis quelques années. Le déploiement d’importantes forces de sécurité publique pour les contrôler nuisait à l’image de Paris, qui se veut agréable, frivole, primesautière, pour mériter encore son titre de première ville touristique du monde. Et pourtant notre rassemblement augmente… on dépasse déjà la cinquantaine ! Sur les allées de fin gravier du parc, une sérénité diffuse baigne l’assemblée peutĀêtre à cause du recueillement et de l’impassibilité des participants ; leurs gestes sont rares et lents, comme s’ils étaient filmés au ralenti et, par mimétisme, par imbibition, les mouvements du petit groupe de spectateurs sont devenus mesurés et se sont réduits au minimum. Les platanes, en feuillage de printemps, dominent ce petit jardin biscornu, qui semble mordu par la voie ferrée de la ligne 5 du métro, plongeant sous terre iciĀmême. Quelques buissons essaient de masquer l’entaille métallique qu’impose la technique industrielle humaine à cet îlot de verdure urbaine. Au fond de l’allée asphaltée, l’entrée principale de l’Institut MédicoĀLégal, soulignée par deux colonnes latérales, est surmontée d’un drapeau européen flanqué de l’emblème national tricolore bleu, blanc, rouge et du pavillon blanc fleurdelisé de la Région Européenne IleĀdeĀ France. Quelques marches de pierre donnent accès à ce bâtiment, parallélépipédique, austère et peu engageant. Il est consacré à une spécialité de la médecine administrative qui n’a jamais soulevé l’enthousiasme des foules : la médecine des morts. De l’extérieur, on remarque sur cet immeuble la superposition de trois niveaux disparates : en bas, un soubassement de pierres grises salies par la pollution de la voie rapide, qui le longe et le sépare de la Seine. « Voie rapide » est un terme ancien consacré par l’usage, mais il est inadapté car les engins motorisés ne peuvent maintenant y dépasser le 30 km/h légal ! Au dessus, un étage dans le style habituel des hôpitaux parisiens construits au XIX° siècle : brique ocreĀ rouge avec de petites fenêtres blanches et, pour coiffer le tout, une superstructure préfabriquée, d’un blanc délavé, probablement rajoutée à moindres frais au
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