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LA DAME AUX LEVRES ROUGES (1888)

De
80 pages
Parue en feuilleton en 1888 dans " l'Écho de Paris ", cette nouvelle du grand chroniqueur parisien, alors hanté par l'esprit de décadence, constitue un authentique petit bijou de la littérature finiséculaire.
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JEAN

LORRAIN

la Dame aux lèvres rouges
(1888)
Établissement du texte, postface, notice biographique, bibliographie et notes par Pascal NOIR

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Les Introuvables dirigée par Thierry Paquot et Sylvie Carnet

La collection Les Introuvables désigne son projet à travers son titre même. Les grands absents du Catalogue Général de la Librairie retrouvent ici vitalité et existence. Disparus des éventaires depuis des années, bien des ouvrages font défaut au lecteur sans qu'on puisse expliquer toujours rationnellement leur éclipse. Oeuvres littéraires, historiques, culturelles, qui se désignent par leur solidité théorique, leur qualité stylistique, ou se présentent parfois comme des objets de curiosité pour l'amateur, toutes peuvent susciter une intéressante réédition. L 'Harmattan propose au public un fac-similé de textes anciens réduisant de ce fait l'écart entre le lecteur contemporain et le lecteur d'autrefois comme réunis par une mise en page, une typographie, une approche au caractère désuet et quelque peu nostalgique.
.

LORRAIN J., L'école des vieilles femmes, 1995. Le livre d'or de la comtesse Diane, 1993. OLLIVIER E., Thiers à l'Académie et dans l'histoire, 1995. OLLIVIER E., Principes et conduites, 1997. Physiologie de I 'homme de loi, 1997. PLUCHONNEAU A., Physiologie du franc-maçon, 1998. PROUDHON P.-J., Théorie de la propriété, 1997. QUINET E., Mes vacances en Espagne, 1998. ROBERT H., Des habitations des classes ouvrières, 1998. ROBERT G., Delrez et Cadoux, 1997. ROUSSEAU J., Physiologie de la portière, 1998. STENDHAL, Racine et Shakespeare. Etudes sur le romantisme, 1993. VOLTAIRE, Facéties, 1998. TOZI P., L'art du chant, 1995. VEXLIARD A., Introduction à la sociologie du vagabondage, 1997. ZOLA E., Les quatre évangiles, 3 Tomes, 1994.

Note sur la présente
Le vendredi figure cet encadré:

édition
de Paris,

9 mars 1888, à la une de L'Écho

Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que nous commencerons demain VENDREDI* en feuilleton: LA DAME AUX LEVRES ROUGES par
JEAN LORRAIN

un des jeunes écrivains qui, par son talent original, a su se créer une place dans la littérature contemporaine. LA DAME AUX LEVRES ROUGES est le récit poignant d'un de ces scandaleux épisodes du Paris Mystérieux que le procès Pranzini a mis en relief.
Il s'agit de la toute première collaboration de Jean Lorrain à L'Écho de Paris - collaboration ne devenant régulière qu'à partir de 1890 et s'achevant en 1895. La nouvelle parait les 10, 11, 12, 13, 15, 16 et 20 mars 1888. Lorrain l'édite, trois ans plus tard, sous un autre titre: "L'Inconnue" (in Sonyeuse, recueil de nouvelles, Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891, pp.141-194). La présente édition est fidèle au texte original publié dans L'Écho de Paris; l'orthographe n'a pas été modifiée, pas plus que la ponctuation. Seuls les noms référentiels ont été modernisés (ex: Mme Sabatier, Salpêtrière, originellement orthographiés l'un avec deux "t", l'autre avec un accent aigu). Nous avons, en revanche, uniformisé l'orthographe du nom du lutteur: concurremment, à partir du milieu de la nouvelle, alternaient "Lebarroil" et "Lebarrail". La nette prépondérance des occurrences de "Lebarroil" nous a autorisé à adopter cette graphie. * L'Écho de Paris, à cette époque, est un journal du soir: les lecteurs peuvent se procurer le journal daté du samedi dès le vendredi soir. Le feuilleton de Lorrain commence dans le numéro daté du samedi 10.

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1010-7

PREMIERE

PARTIE

Au dernier bal de l'Opéra, vers une heure et demie du matin: déjà las de quatre tours dans la salle et de je ne sais combien d'allées et venues dans le foyer et le couloir des loges, nous nous étions échoués, Inotey, le peintre impressionniste et moi, près du grand escalier dans une des loggias du pourtour et là, à demi assis sur la rampe de marbre, dans un des entrecolonnements étageant sur nos têtes ses frises à double fût, nous causions, le dos presque tourné au public, tout en taquinant du bout de nos cannes de soirée la pointe exagérée de nos souliers vernis: oui, assez indifférents en somme à la promenade incessante et nous frôlant presque des femmes en mantille et des sifflets d'ébène1 en quête de Francillons2, nous causions et de la beauté de plus en plus introuvable aujourd'hui chez des femmes dites de plaisir et surtout du manque absolu d'imprévu et de neuf de la galanterie moderne, la galanterie aux taux réglés et débattus d'avance comme ceux d'un compte de fournisseur. - Moi, je me contente de mes modèles, voilà où j'en suis arrivé, concluait Inotey entre deux mesures de valse nous arrivant par bouffées du foyer, où une trôlée de gommeux bostonnait3 aux sons de l'orchestre de Broustet. La séance donnée,
1 L'habit noir, appelé ainsi à cause de sa forme et de sa couleur. 2 Mise en abyme de la situation (le bal de l'Opéra). Cf. Francillon, comédie de Dumas fils donnée il y a peu (en 1887) au ThéâtreFrançais. FrancilIon aime son époux, Lucien de Ri verolIe, mais elle le met en garde: s'il la trompe, elle en fera de même. Lucien va rejoindre, au bal de l'Opéra, son ancienne maîtresse, et Francillon qui le suit, pour se venger, emmène souper un inconnu à la Maison-d'Or. 3 Une trôlée : une bande. Un gommeux: élégant mais ridicule Inalgré lui; jeune oisif prétentieux. Bostonner: danser le boston.

quand l'envie m'en démange, je pousse la fille sur un divan, dans un coin d'atelier... puis je paie la pose double... Elles sont bien faites au moins, celles-là, et presque saines. Je sais ce que je prends... oui, de beaux corps, les mâtines, mais parfois de fichues gueules... Enfin' Et cet enfin résumait si bien ma propre impression, l'obligatoire et morne résignation de l'artiste de l'an 1888 dans l'à-peu-près de la vie, l'àpeu-près de la beauté et l'à-peu-près de l'amour, que je ne relevais pas le mot: un grand silence tombait entre nous deux, un silence coupé d'airs de danse et de retentissantes sonorités de cuivre et, le front bas sous nos gibus repoussés en arrière, nous nous étions remis à taquiner avec le bout de nos cannes la pointe exagérée de nos escarpins de soirée, offrant aux gens le repoussant aspect de deux qui s'embêtent à mort, quand d'un bond, Inotey était debout, enfilait brusquement le couloir des loges de droite et disparaissait dans la foule. Je m'étais levé, moi aussi, et rajustant mon chapeau sur la tête, me mettais en devoir de le poursuivre. Tout à coup, un bras se glissait sous le mien et : "Me voilà, viens, par ici, suis-moi", murmurait la voix d'Inotey, Inotey lui-même qui soudainement surgit à mes côtés, revenu je ne sais comment et de je ne sais où, m'emmenait dans la direction des loges de droite, dans le couloir où je venais de le voir disparaître, à la minute même, et m'y entraînait à son tour. Ah ça , qu'est-ce qui te prend? M'expliqueras-tu? - Tout à l'heure. - Une femme? - Une femme, oui: une femme que j'ai cru reconnaître et qui est entrée là... Je ne sais plus au juste, là ou là. Il me désignait la série des loges 30, 32, 34 et 36, nous étions du côté pair: il avait les traits 8