La Dimension oubliée

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Alors que sur Terre, nous bâtissions la Grande Pyramide, sur la planète Pendora, les physiciens découvraient la relativité. Ox, un jeune homme de cette planète va devoir aller sur Terre pour comprendre pourquoi ses compatriotes n’ont pas réussi à éviter le naufrage du Titanic en manipulant le temps.
Sa mission sera bien plus difficile que prévu. Un odieux personnage lui dérobera sa machine à voyager dans le temps et dans l’espace. En plein désert de l’Arizona de 1871, des légionnaires romains, des Grenadiers de l’Empire et l’équipage d’un sous-marin américain de 1944, devront unir leurs efforts et sceller leur amitié pour réintégrer leurs époques respectives. Cathy, la petite fille du célèbre professeur Yarco, sera malgré elle, entraînée dans cette aventure et ne laissera pas Ox indifférent.


Publié le : lundi 17 mars 2014
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EAN13 : 9782332662224
Nombre de pages : 272
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-66220-0

 

© Edilivre, 2014

Chapitre 21
Les premiers tests

– Nous allons effectuer le premier test. J’ai placé un chiffon rouge à l’endroit où le lapin doit réapparaître. Nathalie veux-tu bien aller te poster à cet endroit ?

– Oui, bien sûr.

– Nathalie, prends un petit pistolet.

– Tu as peur que les lapins se jettent sur moi ? S’étonna Nathalie en riant.

– Tu comprendras bientôt !

Le premier lapin avait été introduit dans la cage, sous le catalyseur ionique. Théodore lisait à haute voix des séries de chiffres qu’Ox utilisait afin de modifier certains paramètres. Au bout de quelques minutes, des diodes vertes s’allumèrent, confirmant que le transfert pouvait avoir lieu. Nathalie était partie se poster à l’endroit indiqué, munie d’un petit 22. Ox appuya sur la commande. Le lapin fut parcouru de flashs de lumière et disparu. Il se passa quinze bonnes secondes avant que l’on entende deux coups de feu. Immédiatement Théodore se rendit au côté de Nathalie, qui était livide. Elle tenait encore le pistolet à la main et désigna du canon, une boule de poil ensanglantée.

– C’est horrible. Cette chose s’est matérialisée là. La tête était à la place d’une patte arrière et une autre sortait de son dos en s’agitant. J’ai tiré pour abréger la souffrance de cette pauvre bête. Ox tu savais ce qu’il allait arriver.

– Oui. C’est inévitable. Tu me demandais si la précision était importante. Tu viens de voir une des conséquences possibles. Nous allons refaire un test dans une heure, le temps que je réaligne certains paramètres. Je peux compter sur toi Nathalie ? Elle fit oui de la tête.

Un deuxième lapin, fut rematérialisé. Quelques secondes plus tard, on entendit de nouveau, plusieurs coups de feu. Comme précédemment, Théodore et Ox se précipitèrent au côté de Nathalie qui était en train de rendre. Elle était pâle comme la mort. Ox lui tendit un verre d’eau qu’elle but et qu’elle rejeta presque immédiatement. Ox et Théodore tournèrent la tête pour voir ce qui avait ainsi pu rendre Nathalie malade, elle, qui pourtant en avait vu des dures dans sa vie. A leur tour, ils eurent des hauts le cœur quand ils virent que le lapin s’était bien matérialisé mais qu’il était retourné comme un gant. Toutes ses entrailles étaient à l’extérieur.

– C’était affreux, il avançait vers moi et je… Nathalie se plia en deux, essayant de vomir, mais plus rien ne vint.

Ils durent sacrifier encore deux poulets avant que ceux-ci réapparaissent normalement reconstitués ou presque. L’un se tua en se cognant la tête volontairement sur des arbres, l’autre survécu pendant plusieurs minutes avant de s’écrouler sur place, agité de spasmes.

En fin de journée, ils firent un dernier test sur le dernier poulet. Une fois matérialisé il paraissait presque normal à part le fait qu’il était figé, pratiquement incapable de bouger. Justes quelques caquètements prouvaient qu’il était encore vivant.

– Et tu veux nous faire voyager avec cet engin !!!

– C’est presque au point. Demain nous ferons des tests sur des distances plus importantes et avec les balises.

Le lendemain, Nathalie s’était rendue à plusieurs kilomètres du point de départ en ayant pris soin d’emporter son téléphone portable afin de rester en liaison avec « le labo ». A l’heure H, c’est-à-dire dans un peu moins de trois minutes à sa montre, un lapin devait se matérialiser devant elle. Plus que quatre secondes avant le transfert. A l’instant fatidique, le lapin se matérialisa à deux mètres de Nathalie et trottina gentiment vers elle.

Notre lapin vient d’arriver. Apparemment il est en très bonne santé. Je le récupère et je vais à Lézignan, au point n° 2 disposer les trois balises et attendre nos deux derniers lapins.

Comme précédemment, les tests furent concluants. Nathalie prit le chemin du retour, heureuse de ne pas avoir revécu les scènes d’horreur de la veille. Une fois rentrée, elle présenta « ses lapins » à Ox et Théodore qui souriaient et cela ne leur était pas arrivé depuis longtemps.

– Demain nous pratiquerons l’avant dernier test. Nathalie ira à une centaine de kilomètres dans l’Ariège munie des trois balises. Le télétransporteur devra localiser automatiquement le lieu et effectuer son transfert de lapins sauf que…

– Oh maintenant, ils sont habitués ! Voyez comme ils sautent. Ils sont en bonne santé. Nous pourrons bientôt partir chercher ma petite Cathy.

– Théodore, demain nous serons obligés d’utiliser « quelqu’un » de plus volumineux et nous devrons mettre Blanky à contribution.

– Ox, ce n’est pas possible. Et si ça tourne mal ! Ce chien est l’amour de Cathy. On ne peut pas faire ça.

– Théodore, Ox a raison. Nous devons être certains que tout fonctionne parfaitement. Tu as dit avant dernière expérience. Quelle sera la dernière ?

– Je ferai l’expérience sur moi. Théo a compris comment fonctionnait la machine. Toi, Nathalie tu m’attendras dans un coin de la Montagne Noire.

– C’est de la folie. Ox je ne veux pas que tu fasses çà. C’est trop dangereux, dit Théodore.

Nathalie attendait anxieuse que l’heure du transfert arrive. Quand l’aiguille des secondes arriva sur le douze, elle ferma les yeux, inquiète pour ce chien qu’elle affectionnait. Un silence total se prolongeait. Elle comprit que quelque chose s’était mal passé. Elle tenait fermement son pistolet dans sa poche et décida de compter jusqu’à dix avant d’ouvrir les yeux. Elle s’attendait à découvrir encore une vision cauchemardesque. Elle respira un grand coup et ouvrit les yeux. L’emplacement délimité par les trois balises était vide.

– Ici Cathy. Que se passe-t-il ? Blanky n’est pas apparu.

– Ne t’inquiète pas. Au moment de prendre place sous l’appareil, il a sauté sur sa balle pour jouer. Il la tient dans sa gueule. Théo lui fait reprendre sa place et le caresse pour le calmer. Nathalie le télétransporteur vient de localiser les balises et la séquence de départ est enclenchée. Le transfert est imminent. Nathalie, Blanky vient de disparaître.

– Ici Nathalie. Je le vois. Il se rematérialise. Tout va bien, il me regarde avec un air un peu surpris. Il vient vers moi avec sa balle. Il veut jouer. C’est fantastique. Il vient de se matérialiser et il veut jouer comme si de rien n’était. Vous m’entendez, ça marche !

– Nathalie, je te rejoins dans quelques secondes.

Nathalie venait tout juste de comprendre que c’était Ox qu’elle venait d’avoir au téléphone quand il se matérialisa devant elle.

Ox tenait ses deux bras à l’horizontale contre sa poitrine. Ses mains tremblaient. Il louchait et tirait la langue sur le côté. Elle s’approcha de lui, inquiète.

– Ox gaga. Ox gaga, répétait Ox sans arrêt.

Elle le regardait, se demandant ce qu’elle devait faire et il éclata de rire.

– Imbécile, tu m’as fait peur ! Elle le sera contre elle.

– Théodore. Ici Nathalie. Tout, c’est bien passé, mais je me demande si maintenant Blanky n’est pas plus intelligent qu’Ox. Elle lui raconta ses simagrées.

Chapitre 22
Monument Valley

Nathalie et Théodore avaient, à leur tour, fait l’expérience d’un télétransfert, afin que la machine puisse garder en mémoire leurs caractéristiques moléculaires, ce qui d’après Ox, augmentait les chances de ne pas se matérialiser dans un corps étranger.

– Comme nous l’avons convenu, nous allons envoyer notre première balise suivie des trois autres dans un lieu situé à quatre kilomètres du repère de Polinius, puis nous marcherons. Nous emporterons chacun un sac à dos avec des armes et des munitions. J’ai ajouté dans nos paquetages des talkies walkies pour communiquer. Nous avons des barres de céréales, des fruits secs, des aliments lyophilisés et de l’eau. N’oublions pas que Monument Valley est très touristique, que nous ne serons qu’à une dizaine de kilomètres d’une route, donc nous ne serons jamais en danger.

– Justement, plus j’y pense moins je comprends Polinius. Pourquoi est-il allé dans une zone aussi touristique ?

– J’avoue que je me suis aussi posé la question, renchérit Théodore. Le fait qu’il soit une ordure ne lui ôte pas son intelligence. Pour un premier essai il n’a probablement pas voulu prendre trop de risques. Même là-bas, si son aventure tourne mal, la civilisation n’est pas loin et le connaissant, je suis prêt à parier qu’il a placé un paquet de dollars dans une banque américaine. Finalement c’est un assez bon compromis.

– Ou alors il mijote autre chose. Mais quoi ?

– Je pense qu’il n’a pas l’intention d’y rester longtemps, suggéra Ox.

– Et où pourrait-il aller ?

– Pas où mais quand !

– Ox, j’ai une question. Lorsque vous êtes partis tous les trois visiter Carcassonne au XIIIe siècle, tu nous as bien dit que le translateur était resté ici, à Palaja ?

– Oui c’est exact.

– Alors comment se fait-il que l’appareil ait suivi Polinius aux Etats-Unis ? Il aurait dû rester à Villerouge-Termènes.

– C’est vrai. Nathalie a raison.

– Par défaut et par sécurité, les translateurs suivent dans les voyages car beaucoup d’individus sont angoissés à l’idée de partir dans l’inconnu sans leur translateur. Certaines personnes préfèrent même manipuler directement sur le translateur sans utiliser sa télécommande, ce qui est dans un sens, un peu plus rassurant. Par contre, lors d’une exploration, il n’est pas pratique de se coltiner cet engin et on peut désactiver cette option d’auto-transfert. C’est ce que j’avais fait pour notre escapade sur la Cité de Carcassonne. Lorsqu’il a neutralisé le translateur en enlevant le haut de la pyramide, il a réinitialisé les sécurités.

– Polinius ne connaissant pas cette option d’auto-transfert, il a dû être surpris de voir le translateur apparaître peu de temps après eux.

– Ox ! Ox ! Viens vite voir. Regarde les courbes qui étaient toutes confondues dans un petit cercle, commencent à se dilater et à se disperser. Qu’est-ce que cela signifie ?

– Oh merde, il fout le camp. Soit cet enfoiré a fait une connerie, soit il a trouvé le moyen de se translater. Je pense que nous devrions partir maintenant.

Théodore avait fermé la maison et vérifié que tous les appareils fonctionnant au gaz étaient éteints, puis il descendit à son tour dans la cave et prit place sur l’un des sièges situés sous le télétransporteur. Pour l’occasion, Blanky était fermement tenu en laisse. Ox vérifia quelques tableaux, abaissa un disjoncteur et vint prendre place sur son siège, tenant le simulateur sur ses genoux. Nathalie qui se souvenait du sort tragique des lapins, tenait Théodore par la main.

– Restons bien groupés, j’ai actionné la procédure automatique de départ. Le télétransporteur se charge en énergie. Probablement qu’EDF doit se poser des questions. Les canaux de transfert sont ouverts et les sécurités se déverrouillent normalement. Le départ est imminent. Tout au plus une quinzaine de secondes. Essayez de ne penser à rien.

Un cercle luminescent apparu au-dessus d’eux. C’était comme un énorme hublot donnant sur un ciel nuageux. Au fur et à mesure que le cercle descendait, les « nuages » allaient de plus en plus vite et la pièce se déformait dans tous les sens. On aurait dit que les portes de l’enfer venaient de s’ouvrir, tant le vacarme était assourdissant. Puis le cercle les engloba et ils furent catapultés dans un long tube de lumière pendant que le bruit s’amenuisait. Ils pouvaient se voir les uns les autres, tournoyant sur eux-mêmes dans un silence total, comme aspirés dans un aspirateur titanesque. Comme le temps n’existait plus, il leur fut impossible d’évaluer la durée de leur voyage. Au bout d’une seconde, d’une heure, d’un siècle un point lumineux apparu au bout du tunnel, signifiant la fin du trajet.

Il faisait encore nuit quand Ox et ses amis se matérialisèrent sur un sol sableux. Par sécurité, ils décidèrent d’attendre le lever du jour avant d’entreprendre la marche qui devait les mener à Polinius. Par acquit de conscience, Ox avait rallumé le simulateur et avait pu constater que l’émission des signaux avait encore diminué. Ce qui n’était pas bon signe.

L’aube se levait, découvrant les collines de couleurs ocre de Monument Valley. Les signaux émis par le translateur avaient pratiquement disparu et seuls, leurs échos étaient encore visibles. Ox sorti la carte de son sac, vérifia la direction à l’aide de sa boussole et désigna le cap à suivre à ses amis. Ils marchèrent pendant deux heures, suivis de Blanky, avant d’arriver à proximité du lieu désigné par le simulateur. Après s’être arrêtés quelques minutes pour se reposer et se désaltérer, ils reprirent leur marche, vérifiant de temps en temps, que la zone ne dissimulait pas de présence hostile. Une demi-heure plus tard, ils arrivèrent au pied d’un sentier qui montait en pente raide, menant à une grotte située à une cinquantaine de mètres plus haut. Ils patientèrent quelques minutes, épiant tout signe de présence humaine, puis commencèrent à emprunter le sentier qui montait. Prudemment, ils se dirigèrent ensuite, vers l’entrée sombre, l’arme à la main.

– C’est une ancienne mine. On voit encore les rails des wagonnets.

– La faiblesse des signaux peut-elle signifier que Polinius se serait enfoncé dans la grotte ?

– Non. Ils n’auraient pas disparu à ce point-là.

– Pourtant, il était bien là. On voit des traces de pas dans la boue et voici deux bouteilles vides en plastique. Elles proviennent bien du sud de la France et je ne pense pas que cette marque locale soit exportée aux Etats-Unis.

– Continuons notre exploration.

La galerie descendait en pente douce, soutenue par des étaiements ayant beaucoup souffert de l’humidité. D’anciennes lampes à pétrole utilisées par les mineurs de l’époque, étaient encore accrochées aux poutres supérieures, recouvertes de poussière. Après avoir parcouru une centaine de mètres depuis l’entrée de la grotte, ils atteignirent des couloirs desservant diverses salles creusées dans la roche. Certaines étaient de petite dimension et elles auraient pu être les cellules d’un monastère, d’autres plus importantes auraient pu contenir une quinzaine de personnes chacune. Une autre cavité faisait penser à un réfectoire ou une cuisine car on voyait des auges creusées dans le rocher et une petite ouverture verticale, faisant office de cheminée, débouchait à l’air libre, plusieurs dizaines de mètres au-dessus d’eux. Ayant exploré ces cavités sans rien découvrir de particulier, ils décidèrent de rejoindre la galerie principale et de poursuivre l’exploration de la grotte qui continuait de s’enfoncer dans les entrailles de la terre.

Alors qu’ils avaient parcouru cinq cents mètres environ, ils débouchèrent sur une énorme cavité naturelle creusée dans la roche. La température avoisinait à peine les treize degrés et ils durent se vêtir plus chaudement. Ils continuèrent leur progression, s’enfonçant de plus en plus profondément sous terre. Au bout d’une heure de marche, Ox et ses amis débouchèrent sur un petit lac, inondant la caverne.

– Voilà fin de la visite. La caverne disparaît au fond de l’eau et sans scaphandre, impossible de continuer, commenta Nathalie.

– Remontons, on n’en découvrira pas plus, dit Théodore, dépité par le sort qui s’acharnait sur eux.

Ils apprécièrent de retrouver la chaleur du soleil. Quelques minutes plus tard, Blanky se mit à aboyer furieusement. Instinctivement Ox et ses amis, se dissimulèrent derrière les rochers, prêts à se défendre. Ils avaient le soleil de face, les empêchant de distinguer nettement la silhouette qui approchait. Un jeune homme s’était arrêté à une dizaine de mètres d’eux et semblait attendre qu’ils veuillent bien se montrer. Comme il n’avait pas l’air menaçant, Théodore fut le premier à sortir, suivi d’Ox et de Nathalie. L’homme était de race indienne, âgé d’une vingtaine d’années au maximum, vêtu d’un jeans et d’une chemise en gros coton à carreaux. On devinait son regard perçant derrière ses lunettes de soleil. Il les laissa s’approcher et leur dit avec un profond accent du sud, qu’ils n’avaient rien à craindre, qu’il voulait leur parler. Il s’assit en tailleur par terre et leur fit signe d’approcher et d’en faire autant. Il sortit des gobelets en plastique et leur offrit du café contenu dans un thermos.

– Bonjour. Nous vous attendions depuis plusieurs semaines.

– Vous nous attendiez depuis plusieurs semaines ?

– Oui. Mon père m’a chargé de venir vous accueillir. Tout cela était écrit sur le sable. Ox et ses amis se regardèrent. Je me nomme Hok’ee et je suis de la tribu des Navajos. Mon père, Niyol, est un vieil « homme-médecine » qui sait parler avec les Esprits. Ceux-ci lui ont dit qu’un homme blanc avait ouvert des portes interdites et qu’il fallait absolument les refermer, sinon un immense danger s’abattrait sur nous. Le temps presse, nous devons nous dépêcher. Si vous voulez bien me suivre, mon père vous expliquera cela bien mieux que moi. Je serai votre interprète car il ne parle pas l’anglais.

Ox et ses amis, étaient montés dans la cabine d’un pick-up après avoir fait monter Blanky à l’arrière, puis le véhicule avait emprunté une piste sableuse pour rejoindre le camp des Navajos, situé à plusieurs kilomètres. Pendant le trajet, personne ne dit un mot. A leur arrivée beaucoup d’Indiens, hommes et femmes, les attendaient, les regardant d’un air sévère. Le chef du village, Bidziil les firent entrer dans son hogan, une construction circulaire recouverte de terre avec une seule porte. Quelques instants plus tard, Sahkyo, l’épouse de Bidziil vint les rejoindre, leur apportant des rafraîchissements sur un plateau. Bidziil parlait parfaitement l’anglais. Il leur expliqua que Niyol était un homme d’une grande sagesse respecté par de nombreuses tribus indiennes et qu’il était aussi le père adoptif du jeune Hok’ee qui veut dire justement « adopté » en langue Navajo.

– Ce soir, Niyol désire rester seul pour purifier son esprit avant de vous emmener demain matin écouter l’oreille du vent. Il m’a demandé de vous recevoir en son nom, ce qui est un grand honneur pour moi. Il y a trois semaines, Niyol a consulté les esprits en créant un dessin sur le sable que l’on appelle « iikààh ». Alors que le soleil était au zénith et sans qu’il y ait le moindre souffle de vent, les esprits ont détruit le dessin, signifiant que « l’hozho », l’harmonie était détruite. Alors Niyol a réuni les chefs des villages pour nous prévenir que les esprits des Anciens étaient très en colère mais qu’un homme venant des étoiles viendrait rétablir l’harmonie. Voici Sahkyo qui nous amène notre repas. Des galettes Navajos avec du bœuf et des haricots.

– To’ ? demanda-t-elle.

– Sahkyo demande si vous voulez de l’eau ?

– Oui, merci bien.

Ox et ses amis, avaient passé la nuit dans le hogan du chef du village. Le lendemain matin Sahkyo leur avait préparé des tacos au miel qu’ils savourèrent en compagnie de Bidziil et de Hok’ee.

– Mon père est parti à l’aube et nous attend. Nous irons à cheval, puis à pieds, car c’est un lieu sacré où reposent beaucoup d’Indiens. Votre chien devra vous attendre ici au village.

Ox n’était jamais monté sur un cheval et Théodore n’avait pas posé son postérieur sur une selle depuis une éternité, aussi furent-ils ravis quand ils arrivèrent au bout de cette randonnée équestre. Ils continuèrent à pieds par des chemins caillouteux qui montaient sans arrêt. D’où ils étaient, ils pouvaient admirer un superbe panorama de Monument Valley.

– Très peu d’hommes blancs ont eu le privilège de venir ici et Niyol a dû demander la permission aux Anciens.

Niyol les attendait assis dans une ouverture creusée dans un rocher de couleur ocre, dans laquelle, un homme à cheval aurait pu se tenir. Il avait allumé un feu psalmodiant des incantations incompréhensibles pour le commun des mortels, les mains posées sur ses genoux. La fumée blanche était aspirée par l’ouverture puis s’élevait majestueusement dans le ciel. En passant à travers l’ouverture, le vent provoquait un son semblable à un long gémissement continu.

– Voici l’« Ear of the Wind » – l’Oreille du Vent – où mon père vient parler avec les esprits.

Nathalie regarda tour à tour Ox et Théodore en leur expliquant ce qu’elle venait de penser.

– Ear of the Wind ! Emilie Polinius parlait mal l’anglais et phonétiquement cela donne un son se rapprochant de « Irwin ». Cette ouverture aurait donc aussi un rapport avec Polinius.

– Ça se tient comme raisonnement, admit Théodore.

Hok’ee leur avait demandé de rester là et d’attendre que son père leur fasse signe de s’avancer. Les minutes passèrent, puis Niyol leur fit signe d’approcher et de s’asseoir sur les pierres noires disposées aux quatre points cardinaux. Il demanda à Hok’ee de traduire les paroles qu’il allait prononcer.

– Mon père dit qu’il va vous raconter une vieille légende qui se transmet de génération en génération et dont l’origine se perd dans la nuit des temps.

– Dans le monde d’avant, les hommes et les femmes se sont séparées… arrivées dans ce monde-ci, elles ont enfanté des monstres qui attiraient les gens pour les tuer et les dévorer… afin de protéger les humains de ces monstres, des divinités invisibles ont posé les rochers de Monument Valley… Ces rochers constituent une ligne de prières qui sauvegardent les Indiens… Si l’on est ouvert à ces perceptions, on peut entendre les mots qui les habitent.

Niyol marqua un silence et reprit.

– Jadis, des monstres ont failli anéantir les humains mais des hommes nés de nulle part, réussirent à les tuer… Pour nous rappeler qu’il existe une vie spirituelle élevée, les divinités ont érigé West et East Mitten… qui ressemblent à deux mains dressées vers le ciel… Elles sont là pour nous rappeler que si nous nous détournons de la vie spirituelle, un esprit punira les hommes et viendra nous châtier… La légende dit aussi que ces deux mains appartenaient à un des monstres abattus. Puis Niyol s’adressa à Hok’ee.

– Mon père ajoute qu’à un endroit nommé Many Hand, demeure la trace d’un peuple mystérieux appelé les Anasazi qui ont disparu… Les Anasazi ont posé l’empreinte blanche de leurs mains, par dizaines sur la muraille de pierre… et ont dessiné d’étranges formes d’humains et d’animaux… L’esprit des Anasazi est toujours là et ils nous mettent en garde car l’homme blanc que vous recherchez, cherche à rouvrir le chemin menant à ces monstres. Les esprits disent qu’ils vous aideront à lutter contre ces forces gigantesques.

– Ton père peut-il préciser le lieu où est parti se cacher Polinius ? Hok’ee traduisit à son père. Niyol ferma les yeux et reprit son récit.

– … Les esprits m’ont raconté ce qu’il s’est passé, il y a bien longtemps. Des Européens commandés par Francisco Vásquez de Coronado, sont venus explorer nos terres… Leurs soldats étaient équipés de fusils et n’hésitaient pas à prendre des Indiens comme esclaves, alors nous nous sommes battus contre lui… Les esprits m’ont dit que les conquistadors avaient bien trouvé Cibola, la cité mythique remplie de richesses, qu’ils avaient des chariots entiers remplis d’or… C’est au cours d’une attaque que Coronado a décidé de cacher son trésor dans la grotte que vous connaissez puis ensuite de faire sauter l’entrée avec de la poudre… Plusieurs mois se sont écoulés avant qu’il ne revienne accompagné d’une poignée d’hommes… Derrière moi, se trouve « le Trou du Coyote », c’est un long boyau qui communique avec la caverne principale… Lui et ses hommes sont passés par là et sont ressortis le lendemain avec des objets en or pour les présenter à leur roi… Il pensait revenir plus tard avec encore plus de soldats et de navires pour tout ramener en Espagne. Il n’est jamais revenu.

– Nous sommes allés jusqu’au fond où la caverne disparaît dans un lac et nous n’avons trouvé aucun trésor, expliqua Ox. Hok’ee traduisit.

– … A cette époque, le lac n’existait pas. Presque au fond de la caverne, un peu en hauteur, un boyau communique avec une autre grotte… c’est dans celle-ci que Coronado a caché le trésor de Cibola.

– Mais des fouilles ont été faites, puis que cette mine existe avec des rails.

– … En 1860 l’armée a laissé croire que c’était une mine et a entrepris d’effectuer des fouilles pour rechercher le trésor. Les rails et les wagonnets de la mine datent de cette époque. Pensant que le lac était naturel et qu’il existait déjà au temps de Coronado, ils l’ont sondé mais n’ont rien trouvé. Alors l’armée en a conclu que ce trésor était une légende et les fouilles ont été abandonnées. D’autres aventuriers sont venus à différentes époques, pensant que l’or était dans la roche. Ils ont creusé mais aucun n’a jamais trouvé la moindre pépite. Puis la légende de la mine d’or est retombée dans l’oubli. Jusqu’à ce jour.

– Mais alors ce lac, d’où vient-il ? demanda Théodore.

– … Les Anciens connaissaient cette caverne bien avant que les conquistadors arrivent dans cette contrée. Les vieilles traditions indiennes disaient qu’un jeune guerrier qui voulait trouver une épouse devait aller déposer une offrande au fond de cette caverne et ressortir par le « Trou du Coyote ». On dit qu’un jeune guerrier y entrant à l’aube n’en ressortait qu’au coucher du soleil, tant la caverne était profonde. On pense que c’est Coronado qui aurait provoqué des fissures dans la roche en faisant exploser l’entrée. Les eaux se sont ensuite infiltrées et ont inondé la grotte au fil des années.

– Alors personne n’a rien trouvé et le trésor y est encore.

– … Absolument !

– Maintenant on sait ce que recherche Polinius. Et dire que ce salopard n’a pas hésité à enlever Cathy et à tuer sa propre sœur pour arriver à ses fins.

– … On dit aussi que beaucoup de jeunes guerriers ne sont jamais ressortis car cette grotte est pleine de dangers. Mes amis, le Grand Esprit m’a dit de vous donner cette pierre noire. C’est un talisman qui vient de la nuit des temps. On dit que c’est une très grande divinité qui l’avait donnée aux premiers Indiens vivant sur cette terre. Le Grand Esprit m’a dit que ce talisman vous protégera des mauvais esprits et qu’il fera apparaître la lumière dans l’esprit de son peuple.

Ox, Théodore et Nathalie avaient rejoint le camp des Navajos avant de retourner à la mine, comme ils avaient surnommé l’endroit où était Polinius.

– Je désirerais redescendre dans la caverne pour vérifier certaines choses, annonça Nathalie.

– Les jeunes, si vous voulez bien, je vous attendrai dehors avec Blanky. Je suis un peu trop vieux pour ce genre d’exercice.

Ox et Nathalie étaient redescendus dans la grotte, laissant Théodore préparer le repas du soir. Elle avait expliqué à Ox, une certaine hypothèse qu’elle voulait vérifier.

– Tu vois Ox, j’avais raison, on remarque ici des traces d’eau sur les parois et nous sommes plusieurs mètres au-dessus de la surface du lac situé au fond de la grotte. On va poser une première balise ici.

Ils marchèrent pendant un bon quart d’heure avant d’atteindre le lac.

– Posons maintenant la deuxième balise. Ox ne comprenait toujours pas ce qu’elle voulait vérifier. Tu m’as bien dit qu’avec le simulateur, on pouvait grâce aux balises déterminer des coordonnées exactes ?

– Oui, tout à fait.

– Peux-tu déterminer la différence d’altimétrie entre les deux balises s’il te plaît.

Ox, alluma le simulateur, et actionna quelques touches puis lut un chiffre.

– La différence est de 32,24 m vingt-quatre.

– Tu es certain de ce chiffre ?

– Oui absolument, 32 m et 24 cm. Si tu veux je peux te donner plus de décimales.

– Non, ce ne sera pas la peine. J’ai presque la preuve de ce que je pensais.

– Et si tu m’expliquais un peu, ce serait sympa.

– Niyol nous a dit que le lac était probablement dû à l’explosion faite par les conquistadors pour obstruer l’entrée de la grotte. Je me suis demandé si l’eau pouvait provenir du fleuve Colorado qui coule à quelques kilomètres d’ici.

– Pardon, tu peux préciser ?

– Lorsque les conquistadors arrivent vers 1540, la caverne est encore sèche et ils déposent l’or. Trois cents ans plus tard, en 1860 les militaires découvrent que la caverne est en partie immergée. Supposons que l’eau provienne bien du fleuve, le niveau du lac est donc celui qu’avait le Colorado en 1860. Puis en 1980, après avoir construit le barrage de Glen Canyon, le niveau d’eau du Colorado commence à monter pour former le lac Powell que nous connaissons aujourd’hui. Depuis fin 2000, la région souffre d’une grande sécheresse et le lac Powell est actuellement à son niveau le plus bas depuis sa mise en eau. Connais-tu cette différence ?

– Non, répondit Ox qui ne voyait toujours pas où Nathalie voulait en venir.

– Et bien exactement de… 32 mètres.

– La différence entre les deux balises !

– Exact.

– Conclusion l’eau provient bien du Colorado. Remontons annoncer cette info à Théodore, même si elle ne sert pas à grand-chose pour l’instant.

Ils expliquèrent à Théodore comment ils avaient fait pour déterminer les origines des eaux souterraines.

– Moi aussi, j’ai quelque chose à vous montrer. Voici ce que Blanky a déniché dans la grotte. Théodore leur présenta un vieux téléphone portable.

– Vu l’état de l’appareil, c’est un portable perdu par un touriste, il y a plusieurs années.

– C’est ce que je me suis dit, sauf qu’il faut beaucoup plus que quelques années pour détériorer un appareil constitué en grande partie de plastique.

– Puisque le voyage ne nous coûte rien en temps, je vous propose que nous rentrions à Palaja pour regarder d’un peu plus prêt les documents ramenés de Villerouge-Thermenès.

Chapitre 23
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