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La Faille - Volume 3 : L'espoir de Victor

De
232 pages
Des siècles se sont écoulés depuis les événements contés dans « Rémoras » et « La Trappe », au cours desquels la face du monde a été profondément transformée.
Plus de place pour l’excentricité ou la contestation, sous peine d’effacement. Mais plus de criminalité, plus de perversion non plus. L’humanité profite désormais d'un monde calme, d’un monde en paix, d’un monde PARFAIT !
Seul un grain de sable persiste. Un petit groupe de femmes et d’hommes – terroriste et criminel aux yeux de la majorité, résistant et libérateur pour une minorité – est prêt à tout pour rendre aux Hommes leur libre arbitre.
Mais perdre le paradis sur Terre, est-ce vraiment souhaitable ?
Victor parviendra-t-il à ouvrir la boîte de Pandore de ce nouveau monde ? La Collecteuse Echo, pièce majeure de cette quête libératrice que très peu souhaitent, réussira-t-elle à échapper au Traqueur Romeo, lancé à sa poursuite ?
Le passé détient peut-être les clefs du futur, mais le remède ne sera-t-il pas pire que le mal ?
Découvrez « L’espoir de Victor », le dernier volume de la trilogie de M.I.A : « La Faille ».
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LA FAILLE
Volume 3 : L’espoir de Victor
M.I.A
© Éditions Hélène Jacob, 2014. CollectionScience-fiction. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-280-4
Chapitre 1 – Victor
Un froid sec et lumineux baignait la ville, donnant à l’hiver des allures trompeuses de printemps précoce. Le soleil éclairait à la verticale le petit groupe s’apprêtant à gravir l’escalier monumental que semblaient fuir la plupart des passants. Placées à une distance respectueuse, les rares personnes qui avaient osé braver les consignes du Conseil suivaient la procession d’un œil curieux, un peu angoissé et parfois peiné. Plus loin encore – derrière les fenêtres des bâtiments alentour, et cachés dans les plis des rideaux frémissants –, on devinait ceux qui avaient opté pour la prudence, sans toutefois réussir à maîtriser leur envie de voir. Des citoyens incapables de résister au désir d’être les témoins d’une scène qui allait conclure des mois de fébrilité publique et, sans doute, marquer la fin d’une période troublée. Ils n’en perdraient pas une miette et resteraient jusqu’à ce que tout soit fini, même s’ils ne pourraient observer le spectacle qu’à travers des jumelles. Les yeux rivés sur ses chevilles entravées, Victor contemplait l’ombre minuscule de son corps projetée sur la pierre de la grande allée, polie par les multiples générations de pieds l’ayant foulée. Dans moins de quinze minutes, il serait midi. L’heure d’entrer dans le Tombeau et de laisser Utopia continuer sans lui. L’heure de dire au revoir à un monde qui allait malgré tout lui manquer. Il examina les trente-neuf marches qui l’attendaient et que le porte-parole du Conseil commençait à grimper, aux côtés d’un Guide de la Foi dont le visage était bien sûr masqué. Il les avait souvent comptées, chaque fois qu’il avait été le Traqueur à qui revenait l’arrestation
du condamné, ce qui l’obligeait aussi à l’accompagner jusqu’à la fin, en tant qu’observateur. Se concentrer sur les marches lui avait toujours permis d’atteindre l’esplanade sans céder à l’envie impérieuse de s’enfuir qui le rongeait, tant il était honteux d’être le témoin privilégié d’une telle scène. Aujourd’hui, aucun homme en noir n’était présent pour son propre effacement. Celui qui avait suivi Echo n’était jamais revenu, lui non plus, d’après ce qu’il en savait, et son arrestation avait été atypique et chaotique, sans Traqueur pour le ramener, sans revendication possible de sa capture. C’était mieux ainsi. Victor préférait que tout cela reste impersonnel. Je n’ai pas envie de rajouter un effacement de plus au compteur d’un type qui n’a pas choisi sa vie, quand bien même il aimerait son métier…
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Souffrant sous le poids et l’inconfort de ses entraves métalliques, il monta lentement les marches, soutenu par deux membres de la garde rapprochée du Conseil. Leur unique mission était de s’assurer qu’il ne chuterait pas durant l’ascension. Le protocole ne souffrirait pas d’ultime incident déplorable et ridicule ; la Présidente l’avait répété par trois fois une heure plus tôt, s’adressant autant à Victor qu’aux hommes chargés de le mener jusqu’au Tombeau. Elle-même marchait en retrait, quelques pas derrière lui. S’il ne pouvait pas la voir, il entendait le bruit régulier de ses talons qui claquaient sur les dalles comme autant de clous scellant son destin. Deux gardes complétaient la procession, protégeant Michelle Gray contre une improbable attaque. Le son de leurs pas était à peine perceptible ; un rythme réglé sur celui de la Présidente, précis et discipliné. Le protocole, toujours le protocole… Cette ville aurait mérité le vent de liberté que j’espérais lui donner… Regardant droit devant lui, il atteignit le parvis, légèrement essoufflé par la montée. Il se sentait étourdi et dut respirer profondément pour ne pas défaillir. L’un des gardes resserra sa prise sur son bras, comme conscient que le condamné pouvait leur faire l’affront d’un évanouissement au pire moment. Victor esquissa un sourire et murmura d’une voix moqueuse : — Pas d’inquiétude à avoir, je ne voudrais pour rien au monde vous gâcher la cérémonie… Il avança de quelques pas afin de prouver que ses jambes ne l’avaient pas abandonné. Michelle Gray et ses deux gardes les avaient entre-temps rejoints. Il la vit se déplacer sur sa droite et s’arrêter, le regard tourné vers lui. Elle attendait une initiative de sa part. Au-dessus de la grande double porte, encastrée dans le mur de pierre grise, une caméra enregistrait la scène, attestant que la procédure se déroulait comme le prévoyait la Loi. Une seconde caméra, embarquée sur une navette qui patrouillait à faible distance, filmerait les derniers instants, lorsque le condamné franchirait le seuil. Les autres membres du Conseil profitaient certainement du spectacle, bien au chaud dans une salle de réunion enfouie au cœur du tribunal. Les yeux fixés sur l’entrée encore fermée du Tombeau, Victor eut alors la même réaction que tous ceux qui l’avaient précédé, lorsqu’ils parvenaient à ce point. Un réflexe auquel il s’était pourtant toujours juré de résister, s’il devait un jour se trouver dans cette situation, ne serait-ce que pour le plaisir de refuser au Conseil ce que la coutume prévoyait. Un comportement qu’il avait toujours considéré comme un aveu de faiblesse, mais qui n’était finalement qu’une preuve d’humanité. Il le comprenait, maintenant. Il se retourna, sans même hésiter.
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Il considéra l’escalier, l’esplanade en bas, la grande avenue du Souvenir qui en partait pour rejoindre les autres quartiers. Le Tombeau était situé dans un coin isolé de la ville, contre le double mur d’enceinte. Il était important que personne n’ait à subir sa présence déprimante au quotidien. Ce bâtiment était certes essentiel, mais sa quasi-invisibilité l’était tout autant. On savait qu’il existait, cela suffisait amplement. Dans son dos, Victor entendit le Guide de la Foi prononcer les paroles rituelles d’adieu au condamné. Il ne l’écouta pas. S’il avait jamais cru à ce que prêchaient les employés de la Pyramide, cette époque était révolue depuis longtemps. Il préféra laisser son regard courir sur les hauts immeubles parfaitement alignés, sur le vol gracieux des navettes qui frôlaient agilement les parois brillantes, sur le ciel bleu qui respirait l’ordre et la pureté ; un ciel au diapason de cette ville qu’il avait aimée, en dépit de tout ce qu’il lui reprochait. Il sourit, satisfait de parvenir si facilement à la quitter en paix. La haine et la colère n’avaient plus leur place, désormais. Le Guide de la Foi en avait terminé avec son oraison. Michelle Gray n’attendit que quelques secondes pour prendre la parole. — Il est presque midi, Victor. Il contempla Utopia une ultime fois, puis la laissa résolument derrière lui. L’immense double porte commençait à s’entrouvrir, chaque moitié coulissant sur son rail et dévoilant peu à peu ce qui se cachait derrière. La Présidente laissa le porte-parole du Conseil donner les dernières instructions. — Citoyen Victor, lorsque vous serez entré dans le Tombeau, vous suivrez la ligne lumineuse rouge, comme cela vous a été expliqué lors de la présentation du protocole… Victor entendit l’homme à la voix monocorde énoncer tout ce qu’il savait déjà. Il avait subi ce discours si souvent. Trop souvent. Combien d’effacements ? Cinquante, cent… ? Si j’ai oublié, c’est sans doute le signe qu’il
vaut mieux pour moi ne pas m’en souvenir… Mais n’est-ce pas un manque de respect pour tous les hommes et femmes qui ont franchi cette porte avant moi et sous mes yeux ? J’aurais dû noter leur nom à chaque fois, honorer leur mémoire à ma manière, plutôt que de nier ma responsabilité… — Citoyen Victor, avez-vous compris tout ce qui vient de vous être dit ? Et souhaitez-vous nous communiquer un dernier message ? Le ton agacé du porte-parole lui rappela soudain qu’il avait, lui aussi, un rôle à jouer dans cette fin de cérémonie. Il s’empressa de satisfaire l’homme contrarié et répondit « oui » puis « non, merci », désireux de montrer sa bonne volonté. Les mots que Michelle Gray lui avait
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assenés la veille étaient gravés dans son esprit. « Si vous acceptez le verdict demain sans causer de nouveaux problèmes, il est tout à fait possible que Margaret Spencer ne connaisse pas le même sort que vous. » Il serait un condamné irréprochable jusqu’au bout. C’était ce qu’il pouvait faire de mieux. Margaret méritait un autre sort que le sien. Deux heures plus tôt, il avait donc accueilli le verdict du Conseil sans sourciller, bien plus calme que le public présent au tribunal. Lorsque la condamnation était tombée, sans surprise pour lui, la salle avait grondé. Était-ce un bruit de colère ou de dépit ? Un signe que la foule le soutenait, ou plutôt qu’elle était mécontente qu’on la prive de son jouet médiatique préféré ? Il n’aurait su le dire avec certitude. Mais il craignait que la seconde hypothèse soit la plus réaliste des deux. — Victor, nous allons procéder au retrait de vos entraves. Il répondit à Michelle Gray par un signe de tête, écartant bras et jambes afin de faciliter le travail des gardes. L’ancien Traqueur et la Présidente fraîchement élue s’observèrent durant quelques secondes, leurs deux regards aussi intenses l’un que l’autre. Elle lui concéda la victoire et baissa les yeux en premier, avec une certaine élégance. Victor comprit qu’il ne s’agissait pas d’un signe de honte, mais plutôt la marque d’une forme de respect.
Maintenant qu’elle a ce qu’elle voulait, elle peut se le permettre… Victor massait ses poignets lorsque la porte massive finit de s’ouvrir. À l’intérieur, on ne distinguait rien au-delà des quelques mètres baignés par la lumière du jour. Seule l’obscurité, totale et parfaite, l’attendait. — Il reste une minute, Victor. Les deux gardes firent mine de lui saisir les bras pour le conduire jusqu’au seuil du Tombeau, mais Michelle Gray les devança et s’approcha de lui. Il comprit qu’elle voulait être celle qui lui ferait franchir l’entrée. Ce désir lui parut parfaitement logique. Ils parcoururent ensemble la courte distance qui les séparait de la porte, épaule contre épaule. Elle se tourna alors vers lui, prit une de ses mains entre les siennes, et Victor sentit qu’elle y glissait un papier plié en deux. Surpris par ce geste qui n’était nullement inscrit au protocole officiel, il entendit la Présidente lui murmurer : — Lorsque le moment viendra, lisez et vous comprendrez. Il hocha la tête, ne sachant pas quoi répondre. Une ultime provocation ? Une petite plaisanterie avant d’en terminer avec moi… ? Mais les yeux bleus ne reflétaient aucune expression moqueuse, aucune cruauté. Victor crut même y déceler une certaine compassion, avant que la Présidente recule et quitte son
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champ de vision. — Adieu, Victor. Et il ne resta plus que le rectangle béant devant lui. Il résista à la tentation de jeter un dernier regard en arrière, respira encore une fois l’air pur et froid d’Utopia, puis fit un pas en avant. Le premier pas de son effacement. Celui qui marquait officiellement la fin du protocole public. Il entendit la double porte se refermer aussi
lentement qu’elle s’était ouverte. Il se demanda si cette absence de rapidité avait pour objectif de tourmenter les condamnés jusqu’au bout, ou au contraire de les laisser en contact avec l’extérieur le plus longtemps possible. Il choisit la réponse la moins cruelle, voulant croire en une certaine miséricorde. Mais ce verrouillage interminable était néanmoins une vraie torture. Il préféra fermer les yeux, plutôt que de contempler la disparition progressive de la lumière à ses pieds. Lorsqu’il entendit le bruit caractéristique de la porte qui se bloquait, Victor patienta encore quelques instants, les paupières toujours closes. C’était maintenant son privilège que de jouer un peu la montre. Plus de gardes pour diriger ses mouvements, plus de consignes particulières. Le protocole avait été suivi, il était désormais hors d’atteinte. Il pouvait très bien rester debout ici, dans l’obscurité, personne n’aurait les moyens de l’en empêcher. Mais seul un imbécile demeurerait dans le noir, le dos à la porte, à retarder l’échéance pour… pour quoi ? Pour mieux supporter ce qui l’attend ? Alors il ouvrit les yeux. À ses pieds, la ligne rouge était déjà activée, traçant un rai lumineux dans l’obscurité. Il renonça à atermoyer et la suivit docilement, restant à distance
des parois invisibles. Le chemin, véritable labyrinthe aléatoire constitué de parties rectilignes et d’angles droits soudains, ne fut pas long. Après seulement une petite minute de marche, Victor aperçut une nouvelle porte, de taille cette fois normale, faiblement éclairée. La ligne rouge s’arrêtait exactement en dessous. Juste ce qu’il faut pour ne pas s’écraser le nez dessus et s’assommer avant d’entrer… Leur système est bien pensé, et ils ont le sens de la mise en scène, il faut le reconnaître… Non munie de poignée, cette seconde porte s’ouvrit automatiquement quand il s’en approcha. L’obscurité était tout aussi absolue de l’autre côté. Il préféra ne pas faire durer inutilement l’attente et continua d’avancer. Alors que le son du verrouillage magnétique lui confirmait la fermeture définitive de l’accès, la lumière jaillit autour de lui. Il cligna des yeux, surpris par l’intensité de l’éclairage, portant la main à son visage pour
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mieux se protéger. Il prit alors conscience qu’il avait oublié la présence du papier, froissé dans son poing crispé. Il déplia légèrement la feuille, encore incertain de vouloir en connaître le contenu. Mais le moment était venu et il savait parfaitement qu’il ne pourrait résister à la curiosité de savoir ce qu’elle lui voulait. Il lui fallait lire les ultimes mots de Michelle Gray, avant que sa propre existence se termine.
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Chapitre 2 – Echo
Elle ouvrit les yeux sur un ciel encore sombre, dépourvu de nuages et traversé par quelques nuées d’oiseaux qu’elle distingua à peine, leurs cris perçant le silence. Couchée sur le dos, son sac toujours accroché à l’épaule, Echo eut des difficultés à se rappeler où elle était.Quandelle était. Pendant un court instant, rien n’eut de sens. Sa vision floue s’accompagnait d’élancements douloureux lui parcourant le crâne. Un goût âcre lui emplissait la bouche et ses lèvres desséchées s’entrouvraient avec difficulté. Sa soif était immense. Elle toussa, tenta de se redresser, porta une main malhabile à son front et fut prise de spasmes. Alors que sa nausée la faisait tressauter et qu’elle essayait de s’agenouiller pour ne pas salir ses vêtements, la mémoire lui revint en partie, par salves brutales. Des images si récentes et pourtant déjà lointaines, emportées par le gouffre temporel qui les séparait d’elle, à présent. Des images d’adieux, de perte et d’abandon. Partagée entre la fatigue et les larmes, elle se laissa retomber sur le sol maculé. Plus loin, elle perçut quelques cris. — Elle est là ! Les bruits de pas s’intensifièrent et elle sentit que des mains la saisissaient, la faisant glisser sur la terre meuble et herbeuse pour l’éloigner de la zone qu’elle venait de souiller. Un linge humide parcourut doucement son visage. Ouvrant à peine les paupières, elle distingua les traits inquiets de Julia. Derrière elle, se découpant sur le ciel bleu, Cassie se mordait la lèvre tout en l’étudiant avec anxiété. — Elle a l’air complètement dans les pommes, Julia. Elle a le teint gris de quelqu’un qui ne va pas tarder à rendre l’âme… — Ne dramatise pas comme ça ! C’est son troisième transfert en quelques mois. Si tu y rajoutes son problème de système interne… enfin, je suppose qu’il fallait s’y attendre. Regarde Romeo, il n’est pas tout frais non plus. — Oui, mais il a réussi à se mettre debout et à dire deux mots, lui. Et sans son aide, on n’aurait pas su dans quelle direction la chercher. Il est tout blanc, mais il fonctionne à peu près… Echo referma les yeux, incapable de supporter la lumière pourtant faible plus longtemps ou de rassurer ses amies par la parole.
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Je voudrais dormir, longtemps… Un sommeil sans rêves, sans mission, sans souvenirs… Dans la confusion de ses pensées, elle entendit d’autres voix. — Alors, Cassie, vous l’avez dégottée ? — Oui, Miles, tu le vois bien. — Ben, qu’est-ce qu’elle fiche ?
— Elle récupère.
— Et ça va prendre combien de temps ? — Le temps que ça prendra ! T’as un rendez-vous urgent ou quoi ? — Ben, j’ai pas envie de porter Soledad toute ma vie, tu vois. Donc, ce serait bien de me dire quand… — Mais t’as qu’à la poser là, bon sang ! Regarde toutes ces pierres couchées, tu vas bien en trouver une pour l’allonger dessus ! Et où est le Traqueur ? — Il suit pas loin. Il est un peu vaseux aussi. Il est pas rapide comme d’habitude. — Tout le monde s’assoit et on attend. Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment que de se reposer et de patienter jusqu’à ce qu’elle se réveille pour de bon. — OK, Julia, c’est toi la chef. Echo discerna vaguement quelques sons d’étoffe déplacée, des raclements de gorge, des murmures indistincts échangés par deux voix féminines, un bruit de pas lourds qui s’approchaient, suivis de grognements confus. Elle renonça à reprendre connaissance et se laissa plonger à nouveau dans une torpeur réconfortante. Sur son front brûlant, une main fraîche allait et venait avec légèreté. Elle perdit le contact avec toute réalité et fut happée par des rêves évoquant son enfance. Victor… Tu me manques… Lorsqu’elle émergea enfin du sommeil, le ciel était plus lumineux. De son esprit confus émergea alors une première pensée logique. C’est le matin… Le matin qui a suivi le Grand Cataclysme… Dans plus de trois siècles, ils sont tous morts… Elle toussa à nouveau et chercha à s’asseoir. Un bras secourable vint la soutenir. — Echo, tu es de retour parmi nous ? Elle tenta de parler, mais une quinte de toux la fit s’étrangler. Sa propre voix lui sembla appartenir à quelqu’un d’autre lorsqu’elle parvint enfin à ouvrir la bouche. — Ce n’est pas la grande forme… mais… mais c’est mieux que rien. Et… et Soledad ? — Elle est toujours inconsciente. Miles a préféré lui redonner une dose de son produit, même si je n’étais pas vraiment d’accord. Il voulait attendre de te retrouver avant de tout lui
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