La Falaise

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Depuis que la vieille Argile m’a annoncé de sa petite voix chevrotante que je suis un « Gris » sans nuance et que je ne volerai jamais, tout ce que je fais c’est rester assis au bord de la falaise…

Publié le : vendredi 25 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782373830071
Nombre de pages : 14
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Extrait

Mes pieds pendent dans le vide. Je suis assis sur le ponton au bord de la falaise. Il vente aujourd’hui, j’aime bien. Mes cheveux trop longs s’emmêlent dans les bourrasques. Eux sont assez légers pour s’envoler. Pas moi. Demain, sûrement. Demain probablement. Demain, peut-être. Demain pour moi n’existe pas. Il n’y a qu’aujourd’hui avec la honte de ces ailes ternes et minuscules. Les autres ont pris leur premier envol depuis longtemps déjà. Tous les jours je reste là à les regarder danser entre les nuages. J’entends les cris extatiques des plus jeunes. Certains s’amusent à se laisser tomber comme des pierres et n’ouvrent leurs ailes qu’au dernier moment. Ce sont les plus hardis. La mer est mortelle aux Volants. S’ils tombent, l’eau salée les avale. C’est déjà arrivé. Parfois je me demande si je ne ferais pas mieux de tomber à mon tour. Demain n’arrivera pas. Mes ailes, mes ridicules petites ailes n’ont pas assez de force pour me faire décoller du sol. Elles ne grandiront pas d’avantage. En plus de me river à la pierre, elles m’ont condamnées à m’appeler Gris quand tous les autres s’appellent  Saphir, Ecarlate, Orange ou Vertendre. Gris, c’est comme Blanc et Noir, c’est très rare. Mais pas dans le bon sens.


Je ne suis lié à personne. Sanglante, Noisette, Rougérable, Palargent… Ceux qui sont nés en même temps que moi sont tous très amis parce qu’ils ont appris à voler ensemble. Moi, ils ne me connaissent plus. Déjà quand on était trop petit pour s’envoler, ils trouvaient la couleur de mes ailes un peu bizarre. Mais ils m’aimaient bien, parce que je savais imaginer comment ça serait là-haut et là-bas. C’était nos grands sujets de conversations : là-haut, là-bas. Forcément, après les avoir vu de leurs propres yeux, mes histoires n’avaient plus beaucoup d’intérêt.
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