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La femme du maître

De
171 pages
Fasciné par le tableau "Les trois grâces", pour la première fois depuis des années, il décide de se mettre à peindre. Toutefois, le moment venu, il se rend compte que l'inspiration lui fait défaut et repose pinceau et couleurs sur la table couverte de pots et de palettes. Cette obscurité qui le terrifie le désarme et il se met à pleurer longuement tout en répétant: Noura, Noura, Noura...
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La femme du maître

Du même auteur

- Retraite

des ombres, Poèmes, Beyrouth, 1992
1993

- Fuite sans écho, Poèmes, Beyrouth,

- Préludes,

Poèmes, Beyrouth, 1996
Paris, 1999

- Asma, une j"eune fille du Liban, Roman,
L'Harmattan,

Elham CHAMOUN

La femme du maître

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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www.librairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr @L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8750-9 EAN : 9782747587501

Je dédie ce roman à une grande dame, une vieille dame qui a porté les rides de son amour pour nous, partie sans jamais me quitter, qui m'apprit à aimer, à donner sans rien demander en retour, un modèle de dévouement. . . A ma mère.... Décédée le 17 Octobre 2001

Introduction par Dr. Claudia Chamoun Abi-Nader

Le rêve est une pensée en image. Quelquefois, il est extrêmement révélateur, cruel. Il est d'une évidence lumineuse... Le rêve, c'est le drame même
Entre la vie et le rêve Eugène Ionesco Gallimard, page 12/ 1996

Le sort jeté avant les dés, trame romanesque ou ourdissoir dantesque, qui écrit l'autre? La prédiction de la voyante, Oum Fadi, inaugurant le roman, trace la prédictibilité des évènements. Pris au piège d'une candeur dans un monde voué désormais au matérialisme, le lecteur est amené à lire d'un seul trait La Femme du maître. L'écrivaine Elham Chamoun Abdelnour, pétrie de sa « libanité », a osé la simplicité du style et la complexité des évènements. La puissance affective des protagonistes complexifie une fin attendue, cependant entravée de doute. Et pourtant, plein d'indices, quoique rémittents, augurent un crève-cœur affligeant. Depuis la nuit des temps, les hommes déçoivent les femmes. Et l'amour atemporel, fruit défendu à

l'authenticité, subit les avatars d'une sexualité débridée qui fait fausse note dans un romantisme ambiant. Noura, jeune femme délaissée par son mari, Sélim, coureur de jupons, prétentieux infatué et dénué de toute conscience, sort de son union labyrinthique en répondant à l'attrait de Ramzy. Ce peintre, délaissé à son tour par son amie, succombe au charme de Noura, en qui il devine une femme malheureuse.

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La pureté cristalline de leur amour demeure imperméable au sceau de l'adultère. C'est en fait d'un bonheur impossible que trois coups de théatre donnent vie au drame proprement dit. Cécité, viol d'une adolescente et meurtre font précipiter les évènements ou l'avènement d'une fin restée sur sa faim. Installée dans une sentimentalité, dont elle a du mal à se libérer, l'auteur privilégie une écriture luministe qui ne peut laisser le lecteur insensible. Noura, l'héroîne [ dont le radical du nom, Nour, signifie lumière en arabe] cet être « solaire» vibre d'une épaisseur et d'une vérité convaincantes. « La Femme du maître» est un halètement confidentiel, un trop-plein émotif où détours, sinuosités et retours tracent des détails d'un rêve éveillé, soliloqué. Les noms dans ce roman semblent dotés d'un pouvoir talismanique ne faisant qu'un avec les personnes nommées, leur conférant de ce fait une véritable existence. Rarnzy en arabe veut dire symbolique.

Il

Deux ans de la vie d'une femme, un peu moins peutêtre. Quand on n'a que le désespoir pour refuge; ce qui est beau devient sublime, ce qui est pénible devient l'enfer. Dans les tréfonds, des larmes que l'on apprend à refouler, un appel qu'il faut étouffer. Et cette main qui se tend, venue d'on ne sait où... On s'agrippe! On jette hors de soi tout ce qui n'est pas la réalisation du rêve!

Ainsi va la vie...

PROLOGUE

C'était dans la vallée de la Békaa, à Marsana, un village fait de plaines, de champs de blés, de vergers de pommiers, de vignobles, et entouré de montagnes et de hautes collines. On racontait alors que le raisin de la région rivalisait avec les produits des meilleures vignes du monde. Les exportateurs de fruits attendaient septembre, le mois des vendanges, pour passer dans ce village une ou deux semaines chez des familles qu'ils avaient connues au fil des ans et ne quittaient qu'après avoir acheté les fruits qui faisaient la fierté des marsanais. On voyait alors des files de camions s'en aller lentement vers Beyrouth, à travers montagnes et vallées, chargés de tonnes de raisin rouge, flamboyant, et blanc juteux, plus sucré que le miel. Puis le silence s'installait de nouveau pendant que les ménagères s'adonnaient à remplir les greniers de farine et de féculents, de raisin sec, de viande cuite dans le lard, en prévision de chaque hiver blanc qui attendait le moment d'isoler le village du reste du pays. Mais cette année-là, Marsana vivait son hiver le plus lugubre. Le village flottait derrière un brouillard tenace, et, à partir de midi, un ciel d'encre s'étendait sur les maisons basses. Le bruit en cavalcade du fleuve se mêlait au hurlement du vent qui courbait les arbres, balayait les potagers et les basses-cours et s'infiltrait jusque dans les logis, faisant fumer le feu dans les poêles et les cheminées. Pendant les rares accalmies, un silence de plomb prenait possession du village, rompu par le hennissement des

chevaux et l'aboiement des chiens qui sentaient le râle du tonnerre en puissance. Les éclairs alors déchiraient les nuages, et les habitants, qui s'étaient hasardés à sortir, se signaient devant le ciel soudain en feu et se hâtaient vers leurs logis, courbés sous le vent du nord qui les affrontait. Il n'y avait plus que la clôture de cyprès et de chênes du cimetière à donner encore signe de vie. Des planches, démantelées par les tempêtes, avaient tué des brebis dans les bergeries où les voisins se réunissaient, ainsi que dans les étables, réconfortés par la chaleur animale, le bruit familier des bêtes en mouvement. Foin et avoine abondaient, cependant l'inquiétude pesait. Les fermiers préféraient les hivers pluvieux, pleins de vitalité, à ce climat sombre et lourd, et craignaient de ne pouvoir élaguer à temps leurs vignes et leurs pommiers. Seule, Oum Fadi défiait le mauvais temps. Elle piétinait la neige qui durcissait au fil des jours. Dès que les habitants savaient qu'elle cheminait dans les sentiers, ils ouvraient volets et rideaux; ainsi le regard de la voyante tomberait sur de petits souliers usés et les amulettes accrochés à leurs fenêtres et ne leur porterait pas malédiction. * Un bon feu brillait dans la cheminée de la chambre à coucher de Ramzy. Riad Matta enleva son chapeau et son pardessus et les posa sur le divan où il s'assit, faisant ainsi face au jeune aveugle. Une petite fille, qui faisait ses premiers pas, s'approcha de la chaise à bascule et se tint là, sa main sur le genou de l'infirme. Le professeur promena son regard entre les cheveux de l'enfant et ceux de la

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femme du portrait à l'huile, accroché au-dessus du lit. Ils étaient du même blond roux flamboyant. Portant un plateau, Khouriyél entra dans la pièce. Elle déposa une carafe de vin doux et un petit verre devant le visiteur, prit la fillette par la main, sortit avec elle de la chambre et referma la porte, laissant les deux hommes entre eux. M. Matta regarda Ramzy avec désolation. Depuis deux semaines qu'il était installé à Marsana en tant que remplaçant du professeur de mathématiques qui avait démissionné à la suite d'une crise cardiaque, il ne passait pas un jour sans qu'il vienne visiter le jeune homme. Suivant la coutume, il avait consacré sa première visite au curé du village et s'était senti immédiatement attiré par son fils aîné. Le professeur frémit du même sentiment étrange, repoussant en vain l'idée qui lui venait chaque fois qu'il se trouvait en sa présence. En effet, il qualifiait de belle la tristesse du jeune homme. En même temps, il lui semblait que cette tristesse s'était propagée au-delà de la personne de Ramzy, prenant possession de Mars ana. Il savait qu'une tragédie s'était abattue sur la famille d'Abouna Boulos*2 et avait essayé à maintes reprises d'en connaître les détails, mais à chaque tentative, les habitants se montraient réticents et changeaient de sujet. Aujourd'hui sa curiosité serait satisfaite, il en était sûr. La veille, il avait senti que la réticence du jeune homme fléchissait. Un sourire triste effleura les lèvres de Ramzy, ses yeux se posèrent sur le professeur qui eut l'absurde sensation que l'aveugle le voyait. Ce dernier repoussa gentiment la chatte blottie sur ses genoux et passa sa main dans ses cheveux noirs.

1 Epouse du curé. 2 Père Paul. 17