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La femme perdue

De
146 pages
Anna et Philippe forment un couple modèle. Un jour, une femme perdue vient passer une nuit dans leur maison d'hôtes. Elle s'en va le lendemain en laissant sur le lit une enveloppe de mille euros en liquide et un mot à leur intention... La semaine suivante, ils partent en croisière où une surprise encore plus grande les attend : il semblerait que cette femme soit sur le bateau avec eux. Qui est-elle ? Que leur veut-elle ? Une aventure peu banale tirée d'une histoire vraie !
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André Dori
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La femme perdue
André Dori LA FEMME PERDUERoman L’Harmattan
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00327-6 EAN : 9782336003276
 Au volant de son 4x4 BMW X6 flambant neuf, Philippe était encore perdu dans ses pensées. Il allait franchir le portail de sa belle maison, nous étions vendredi, il était officiellement de repos depuis dix-huit heures ce soir, jusqu’au lundi matin. Seulement, il avait perdu la matinée à cause d’une convocation au tribunal. Aussi, dans sa tête, il était encore en train d’insulter le fonctionnaire de l’URSSAF qui lui réclamait des indemnités sur une année où il n’exerçait pas encore. Son seul tort fut de ne pas répondre à temps au courrier recommandé lui réclamant la somme. Il avait donc été déclaré « forclus », un terme juridique incompréhensible pour le commun des mortels mais qui voulait dire qu’il devait payer sans discuter, malgré l’erreur de l’administration. Il se repassait inlassablement la scène du tribunal, comme on rembobine et repasse une séquence sur une cassette vidéo pour mémoriser les moindres détails. Il se revit, demandant au juge d’annuler la procédure puisqu’il avait les preuves sous les yeux. Ce dernier, malgré les regards fuyants de l’avocate de l’URSSAF, lui confirma que le procès était perdu pour lui. Il était déclaré « forclus » et devait être reconduit en appel. Il se répétait cette phrase sans arrêt : - Mais Monsieur le juge, je ne peux pas payer des cotisations sur une année où je n’ai pas exercé. Vous êtes juge, vous n’allez pas renvoyer l’affaire une fois de plus ! Vous voyez bien que j’ai raison ! Et le juge de répondre : - Je sais, c’est un grand mystère mais c’est la loi. C’est comme ça ! Comme chaque fois qu’il était confronté à une faille du système administratif, il avait ce vague sentiment que quelque chose lui échappait. Riposte primaire : fustiger « tous ces administrateurs de m… ». Et même si ses
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insultes virtuelles sur les juges, la loi et l’URSSAF ne servaient à rien, c’était pour lui un défouloir efficace et nécessaire. Philippe avait à peine fait deux pas dans la cour. Un « tioup-tioup » se fit entendre en même temps que s’allumèrent ses clignotants et que les rétroviseurs de sa voiture se rabattirent automatiquement. Fini le temps où il faisait le tour complet de sa vieille Renault 5, sa première voiture d’étudiant, pour vérifier que toutes les portières étaient bien fermées. Il en parlait souvent avec nostalgie, mais il était trop fier de la nouvelle merveille de technologie de son nouveau joujou. Il représentait un peu le fruit de son acharnement aux études, une récompense méritée pour son travail quotidien. Tant pis pour ce que pouvaient dire les voisins, les clients, sa secrétaire et sa belle-mère : tous des jaloux ! Philippe revendiquait son statut de « bobo », traduction : « bourgeois bohême », nouveau mot pour qualifier les bourgeois modernes. Pour lui, ce n’était pas péjoratif, c’était juste une preuve de son accession au barreau supérieur de l'échelle sociale. Il préférait être devenu « bobo », que « caillera », « racaille » en « verlan », l’envers), ce que sont devenus nombre de ses anciens copains de « la cité des cressons » en Haute-Savoie, où il avait grandi.
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Il échappa rapidement à ses préoccupations lorsqu’il aperçu deux voitures inconnues devant l’entrée de sa maison. Il évita lentement une femme qui lui tournait le dos, tandis que son voisin sortait de chez lui pour venir à sa rencontre. « Denis ! Qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ? » ne put-il s’empêcher de penser. Ce n’est pas que Philippe n’aimait pas son voisin, au contraire, mais il était plutôt fatigué et ne se sentait pas vraiment d’humeur à tailler la bavette devant les doubles pastis qu’ils avaient l’habitude de boire ensemble lorsque l’occasion se présentait, c'est-à-dire chaque fois qu’ils se voyaient. - Salut Philippe ! Cette dame cherche un endroit pour passer la nuit. Elle a loué une voiture, tous les vols ont été annulés à cause des nuages de fumées néfastes du volcan islandais. Elle était perdue dans mon lotissement. Comme je sais que vous faites chambre d’hôtes avec Anna… J’ai eu ta femme au téléphone, elle m’a dit de l’installer dans la suite au fond du jardin, et que le premier de vous deux qui arriverait, s’en occuperait. Tu tombes à pic ! J’ai vu ton fils, Daniel, il est au courant…. Ha ! Je ne la connais pas cette dame, je ne sais pas si elle a les moyens ou pas, si elle est honnête, tu verras… Je te la laisse… Allez, salut, je t’embrasse quand même ! Il joignit le geste à la parole. Il tendit la joue à Denis. Denis était son voisin bobo ingénieur en informatique. Ils s’étaient rencontrés à une réunion de parents d’élèves. Ils avaient presque le même âge et leurs deux grands étaient dans la même classe. Ils avaient tout de suite sympathisé. Depuis, ils s’étaient mutuellement rendu maints services et avaient descendu pas mal d’apéros.
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