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La ferme des dragons - tome 2

De
301 pages

La Ferme Ordinaire est menacée ! Tyler et Lucinda vont devoir tout mettre en oeuvre pour la sauver.
Tyler et Lucinda sont de retour à la Ferme Ordinaire, en état de siège. Le milliardaire Ed Stillman, grand rival de leur grand-père, semble en effet décidé à s'emparer de la ferme... et il n'est pas le seul. Lorsque leur oncle Gédéon disparaît, la menace se précise : la ferme vole en éclats et les créatures sont terrifiées. Tyler et Lucinda parviendront-ils à sauver la Ferme Ordinaire ?



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:
Tad Williams et Deborah Beale
titre
Livre 2
Les secrets de la Ferme Ordinaire
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Emmanuel Chastellière
Pour madame Isabel Lapidus, une star parmi les critiques
Et pour Matt Bialer et Lenora Lapidus, un peu de lecture pour le soir. Amitiés.
PROLOGUE
COMME UN CHIEN
— Vite ! Utilise ta magie plus vite !
M. Walkwell était bougon, ce qui n’était pas surprenant. M. Walkwell n’aimait pas beaucoup Colin et le lui faisait clairement comprendre chaque jour.
— Les enfants seront là dans quelques heures et Gédéon veut que tout soit prêt.
Colin Needle fit la grimace mais ne dit rien, se contentant de se pencher davantage sur son ordinateur portable. Le tonnerre grondait dans les collines au loin. L’air était chaud, lourd, étouffant. « Les enfants-ci, les enfants-ça »… Il en avait tellement assez d’entendre parler d’eux ! Tout le monde à la Ferme Ordinaire, à part Colin et sa mère, semblait penser que Lucinda et Tyler Jenkins étaient merveilleux. En réalité, ce n’étaient que des fauteurs de troubles. L’été dernier, en quelques semaines seulement, les enfants Jenkins avaient réussi à faire échouer tous les plans de Colin destinés à améliorer le sort de la Ferme Ordinaire et voilà qu’ils revenaient pour l’été. Lucinda et Tyler, Tyler et Lucinda… Il en avait assez d’entendre leurs noms et assez que tout le monde à la ferme fasse de leur retour un tel événement.
Le tonnerre gronda de nouveau. Une grosse goutte d’eau tomba sur l’écran de Colin. Depuis le début du printemps, le temps était bizarre. Les journées, aussi chaudes que d’habitude, se révélaient également humides, nuageuses, parfois orageuses. Colin Needle n’avait jamais visité de pays au climat tropical, mais il imaginait qu’il devait un peu ressembler à ce qu’il vivait dans cette partie de la Californie.
Ragnar avait fini d’installer une nouvelle porte sur la grange en adobe et essuyait son front couvert de sueur avec son énorme avant-bras.
— Pourquoi tu n’as pas encore fini, Needle ? lui demanda le grand Scandinave. Nous nous sommes chargés du plus difficile, mon garçon ! Lance donc tes sorts, histoire que l’on puisse aller boire quelque chose de frais !
— Ce n’est pas de la magie et ce ne sont pas des sorts, répliqua Colin, les dents serrées. J’essaie de relier les nouvelles portes et les clôtures à un réseau informatique pour que nous puissions tout gérer à distance. Je te l’ai déjà expliqué plusieurs fois.
— Tu m’as dit que ta boîte plate fait marcher les choses avec des éclairs invisibles qui passent par l’air. Et ce n’est pas de la magie ?
Colin fronça les sourcils. Personne d’autre ici n’était très au fait de l’électricité et des ordinateurs, sans parler des réseaux sans fil – la plupart de ceux qui vivaient à la ferme étaient nés des siècles avant de telles inventions. Même sa mère, qui avait appris à utiliser internet et à conserver ses enregistrements sur ordinateur, était encore bien loin du niveau de Colin. Un jour, Gédéon disparaîtrait et Colin Needle prendrait sa place. Lucinda et Tyler Jenkins devraient faire exactement ce qu’il dirait, s’il leur permettait même de venir ici.
Et sa propre mère, si effrayante qu’elle soit, devrait lui obéir…
Un grognement grave et grinçant de l’autre côté de la grange le fit tressaillir. Ragnar rit et se tapa sur la cuisse ; lui non plus n’aimait pas Colin.
— Ne sursaute pas comme ça, mon garçon ! C’est seulement les manticores qui en ont assez d’être enfermées. Elles veulent sortir et jouer avec toi !
— Très drôle, répliqua Colin, qui tremblait. Ces bêtes sont hyper dangereuses.
— Et qui a convaincu Gédéon de penser à protéger la ferme de cette façon ? fit M. Walkwell en désignant une clôture électrique coulissante qu’ils s’efforçaient de mettre en place. Qui a fait venir les ennemis de Gédéon sur nos terres ?
— Laissez-moi tranquille, d’accord ? J’ai dit et répété que j’étais désolé ! Au moins mille fois !
En vérité, Colin pensait que la nouvelle obsession de Gédéon au sujet de la sécurité était l’idée la plus intelligente que le vieil homme ait eue depuis des années. Cela toutefois ne signifiait pas qu’il voulait s’attarder près de ces monstres en cage. Il y avait dans leur regard orange quelque chose de si froid et de si vif
— Vous avez affirmé que leurs cages étaient sûres, n’est-ce pas ? demanda-t-il aux deux hommes. N’est-ce pas ? Alors poussez-vous et laissez-moi essayer ça.
Colin cliqua sur le bouton OPEN de son écran. À quelques pas de là, le moteur grinça un instant. Puis les lourdes portes en métal de la grange cliquetèrent en commençant à glisser lentement. C’était vraiment magique, pensa Colin Needle avec fierté. Les manticores entendirent le bruit et se mirent à grogner et à aboyer. Colin était soulagé que ces créatures sauvages soient emprisonnés derrière de lourdes portes d’acier : leurs longues dents jaunes, leurs doigts griffus et leurs yeux étrangement intelligents mais vides de toute émotion avaient hanté ses cauchemars ces derniers temps.
Une brève rafale de pluie moucheta la poussière et s’écrasa dans le cou de Colin. Il ouvrit et referma les portes plusieurs fois pour s’assurer que tout était installé correctement, puis ferma le programme tandis que Ragnar et M. Walkwell réglaient les derniers détails de leur côté.
Simos Walkwell siffla à son intention et Colin se hérissa – l’appeler comme s’il était un chien !
— Needle, dit-il, prends le bout de cette corde de métal pendant que j’enroule le reste.
M. Walkwell ne semblait pas transpirer même quand le temps était étouffant, mais il ôta son chapeau et fit courir ses doigts dans ses cheveux tout en examinant le rouleau de fil de fer recouvert de plastique entre ses mains. Il n’avait pas poncé ses cornes depuis plusieurs jours et elles ressemblaient à de minuscules souches d’arbres poussant juste au-dessus de ses tempes.
— Ce n’est pas une corde de métal, marmonna Colin. C’est du fil de fer. On dit du fil de fer.
Le vieux Grec rit jaune.
— Tu m’as très bien compris. Alors rends-toi utile, mon garçon. Tiens la corde de métal et ferme la bouche. Dans les deux cas, ça nous aidera.
Colin ravala une réponse amère.
« Vous verrez, pensa-t-il. Je dirigerai cette ferme un jour, peu importe ce que vous ou ces enfants bêcheurs pensez. Et tout sera différent. Très, très différent. »
L’orage d’été était déjà passé de l’autre côté de la vallée tandis que les dernières traces d’humidité disparaissaient dans la poussière. Alors que le tonnerre s’éloignait, Colin entendit finalement les cris venant de la grange, de l’autre côté des nouvelles portes – les cris impatients de grosses créatures affamées attendant qu’on les libère.
CHAPITRE 1
GUERRE FROIDE
— Je n’arrive pas à croire que tu sois venu nous chercher, oncle Gédéon !
Lucinda, âgée de quatorze ans, se tourna vers son petit frère.
— C’est pas génial ? Nous sommes de retour !
Pour une fois, Tyler lui-même ne tenta pas de faire croire qu’il était trop cool pour acquiescer.
— Ouais, dit-il en souriant. C’est super, vraiment.
C’était amusant de voir sa sœur tellement contente – une fille qui pensait que Planétoïde, le meilleur jeu vidéo du monde, était « bidon ». En fait, Tyler se sentait lui aussi très heureux ; même le temps étrangement humide était excitant.
Oncle Gédéon paraissait ravi de les voir lui aussi, ce qui représentait un changement bienvenu par rapport à l’été dernier, quand il se comportait comme s’il regrettait de les avoir invités dans son étonnante ferme. Gédéon Goldring était apparemment en meilleure forme que l’an passé – il avait même renoncé à son éternelle robe de chambre. Ses cheveux blancs étaient mal peignés, comme d’habitude, mais ils étaient propres et sa peau était bronzée comme s’il avait passé du temps au soleil.
— Et c’est bon de vous avoir tous les deux ici ! répondit leur grand-oncle en riant. Maintenant, dépêchez-vous, les enfants ! Nous avons une longue route devant nous et tout le monde a hâte de vous voir.
Simos Walkwell, le bras droit de Gédéon – avec son chapeau et ses bottes, il avait l’air d’un homme, même si Tyler et sa sœur savaient que ce n’était pas le cas –, hocha la tête et aurait même pu sourire, sauf qu’il n’était pas du genre à se laisser aller aux effusions. Il jeta les deux grosses valises sur le chariot comme si elles n’étaient pas plus lourdes que des coussins, puis bondit sur le banc. Lucinda se hissa sur le chariot à son tour, suivie de Tyler.
Lucinda était si excitée qu’elle ne pouvait rester tranquille.
— Wahou, c’est génial d’être là ! Comment vont les autres ? Et les animaux ? Oh, comment va le bébé dragon ? Ta dernière lettre disait qu’elle avait grossi maintenant ! (La dernière lettre de Gédéon remontait à des mois. Lucinda avait rendu fou son frère depuis.) Elle va bien ?
Gédéon gloussa.
— Oui, mon enfant, oui, tous les animaux vont bien. Tout le monde va bien !
M. Walkwell remonta sur le banc et claqua la langue. Culpepper, le cheval, renifla, puis tira le chariot pour lui faire exécuter un grand demi-tour sur la route principale. Quelques passants sur le trottoir d’en face levèrent les yeux et un ou deux leur firent un signe de la main. C’était de toute évidence un morne samedi de plus dans la Vallée Banale.
Gédéon baissa la voix.
— Vous n’avez parlé de rien à personne chez vous, n’est-ce pas ? Au sujet de la ferme.
— Non, oncle Gédéon ! s’écrièrent en chœur les deux enfants.
— On n’aurait pas fait ça. On a promis, ajouta Tyler.
— Et comment. (Gédéon s’installa confortablement sur le banc.) Parce que c’est la règle numéro un. En fait, c’est pratiquement la seule !
« Pas tout à fait, pensa Tyler, amusé. Tu en as d’autres : Ne pas poser trop de questions au sujet des animaux. Ne pas poser de questions par rapport à la Faille, d’où viennent les animaux. Ne pas poser de questions sur ce qui est arrivé à ta femme, Grace. Et surtout ne pas poser de questions sur le fait d’avoir une sorcière comme gouvernante. » Mais évidemment, Tyler ne dit rien. Il avait vécu un été incroyablement merveilleux et incroyablement dangereux à la Ferme Ordinaire l’année précédente et s’il avait appris une chose, c’était que si Gédéon Goldring était de bonne humeur, il valait mieux se taire et en profiter.
Et leur grand-oncle était indéniablement de bonne humeur, comme si les enfants lui avaient manqué presque autant que la ferme leur avait manqué à eux. Contrairement à sa sœur, Tyler n’avait pas passé son année scolaire à compter les secondes les séparant de ce retour, mais il s’était montré impatient. Il s’était inquiété également. Tant de secrets – tant de secrets fous et dangereux !
« Et maintenant, tout recommence », pensa-t-il. Dix semaines entières. Tout était possible !
— Wahou. Nous sommes vraiment de retour, dit Lucinda, baissant les yeux sur la vallée. C’était tellement dur d’attendre !
— Est-ce que tout est pareil ? demanda Gédéon. Comme dans votre souvenir ?
— Mieux. Quand pourrai-je voir les dragons ? (Tyler savait qu’elle mourait d’envie de bavarder avec eux, après avoir découvert qu’elle pouvait le faire à la fin de l’été dernier – elle n’avait pas parlé de grand-chose d’autre sur le chemin aujourd’hui.) Je peux les voir maintenant, oncle Gédéon ? Avant d’aller à la maison ? Le bâtiment des reptiles est tout près !
M. Walkwell grogna pour manifester son désaccord, mais Gédéon était toujours de bonne humeur.
— J’imagine que oui, une minute, si vous vous tenez à carreau !
— Oui, oui ! Oh, merci, oncle Gédéon !
Le vieil homme souriait.
— Ne le dites pas à Mme Needle, c’est tout. Elle n’aime pas que je modifie le programme.
— Elle n’aime rien qui ait un pouls, marmonna Tyler, mais il savait qu’en cet instant Lucinda se serait bien moquée de voir Patience Needle arriver sur un balai.
Après avoir descendu la colline, ils franchirent un pont de bois qui enjambait un ruisseau, puis suivirent la nouvelle et impressionnante clôture qui courait le long de la propriété. Tyler ne put également s’empêcher de remarquer les panneaux indiquant : DANGER – CLÔTURE ÉLECTRIFIÉE.
— C’est vraiment électrique ?
— Pas assez pour tuer quelqu’un, dit Gédéon, juste pour empêcher les visiteurs non désirés de passer par-dessus. Et s’ils essaient de passer autrement, eh bien… (Il pointa du doigt un petit objet en forme de dôme en haut d’un poteau de clôture.) Nous avons des caméras, qui fonctionnent aussi la nuit ! (Gédéon gloussa.) C’est beaucoup moins de travail pour M. Walkwell maintenant. N’est-ce pas, Simos ?
— Je n’ai pas demandé ça, maugréa M. Walkwell, visiblement mécontent. Mes oreilles et mon nez valent toujours mieux que n’importe quelle boîte de vision.
— Oui, mais même toi tu ne peux pas savoir tout ce qui se passe dans la vallée. (Gédéon semblait amusé par le mauvais caractère de son contremaître.) Ce sera bien pour toi, Simos. Tu ne rajeunis pas.
— Périclès m’a dit ça lui aussi.
M. Walkwell se retourna. Ils approchaient d’un grand portail également apparu depuis l’été dernier.
— Il n’a jamais connu Périclès, dit Gédéon en aparté. C’est de la pure exagération.
Tyler ne connaissait pas cette personne et se contenta de hausser les épaules.
— Alors, c’est le nouveau portail ?
— L’un d’entre eux, oui.
— Mais pourquoi ?
Lucinda paraissait inquiète et Tyler ne pouvait pas l’en blâmer. Les collines et la vallée n’avaient pas changé, mais ce n’était pas le cas ici, avec l’apparition de portes d’acier de trois mètres de haut. On aurait dit l’entrée d’une forteresse… ou d’une prison.
— Je vous l’ai annoncé dans la lettre que je vous ai écrite pour Noël, dit Gédéon. Je vous avais prévenus que vous ne pourriez pas venir parce que nous faisions des travaux. Eh bien, en voilà une partie. Nous avons de nouvelles clôtures et de nouvelles portes pour toute la ferme – en fait, nous avons un tout nouveau système de sécurité !
— C’est plutôt étrange, déclara Lucinda. On dirait… On dirait…
— Berlin-Est, acheva Tyler, qui venait juste de terminer la guerre froide en cours d’histoire.
Gédéon secoua la tête avec emphase, sa bonne humeur envolée.
— Ne soyez pas idiots ! Le mur de Berlin était destiné à empêcher les gens de sortir. Je me protège contre les gens qui voudraient entrer en douce chez moi et me voler mes secrets. Ce n’est pas du tout pareil ! (Il jeta un regard noir aux enfants.) Ou bien vous avez oublié ce qui s’est passé l’été dernier ?
Tyler se dit qu’il était peut-être temps de ne plus parler des portes.
— Non, oncle Gédéon.
— Bien sûr que non, oncle Gédéon, renchérit Lucinda. Nous comprenons.
Tyler contempla la clôture, qui s’étirait dans toutes les directions.
— Elle a l’air… Hum… très sûre.
Gédéon eut un rire dur.
— Il vaudrait mieux ! Sais-tu combien ça coûte de construire des clôtures et d’installer des caméras sur cinq mille hectares ? Cela a ponctionné la plus grande partie de l’argent qu’Ed Stillman avait utilisé pour tenter de corrompre Simos ! Et c’était un sacré paquet de blé !
Si ce n’était que l’argent n’avait pas vraiment été un pot-de-vin, comme le savait Tyler. Le milliardaire Ed Stillman avait tenté d’acheter un œuf de dragon à Colin Needle, un forfait que Tyler et Lucinda avaient contribué à empêcher. Mais ils n’en avaient rien dit à leur grand-oncle.
Gédéon descendit du chariot et tapa quelques chiffres sur un pavé numérique à côté de la clôture. Une serrure s’ouvrit en cliquetant et la lourde porte roula sur de petites roues. Lorsqu’ils l’eurent franchie, elle se referma automatiquement.
— C’est pour être sûr que personne ne laisse ouvert le portail par erreur, expliqua Gédéon. Une amélioration formidable et il y en a d’autres que vous n’avez pas encore vues ! Nous sommes fin prêts maintenant. Que les hommes de main de Stillman tentent donc de se faufiler ici !
Lucinda elle-même avait fini par se taire. Alors qu’ils contournaient le bâtiment des reptiles, la grande ombre de la porte s’étirait très loin sur la route devant eux.
CHAPITRE 2
MOLLARD ENFLAMMÉ
Ils s’arrêtèrent devant la grange et Lucinda crut entendre quelqu’un les appeler. M. Walkwell devait avoir entendu quelque chose lui aussi, car il pivota en direction de la ferme. Un objet étrange s’approchait d’eux, suivi d’un nuage de poussière.
— Oh, beurk, dit Tyler. Lui.
Colin Needle avançait péniblement dans la poussière, juché sur une vieille bicyclette noire.
Tyler rit.
— Hé, jolie chevauchée, Needle ! C’est le vélo de ta mère ?
— Oh, c’est bon de te revoir aussi, Jenkins, dit Colin avec un sourire tendu et tout sauf convaincant en s’arrêtant à côté d’eux en un dernier soubresaut. Salut, Lucinda. Content de te revoir à la ferme.
Il semblait penser sincèrement cette dernière phrase.
Lucinda le trouva plus grand et plus mince que l’été précédent. Il portait une drôle de veste mal coupée et un pantalon assorti ; avec ses cheveux ébouriffés, il avait l’air d’un épouvantail à roues.
— Salut, Colin, dit-elle. Ton costume te va bien.
Ce n’était pas tout à fait vrai, mais Lucinda voulait commencer l’été en se montrant amicale cette fois – elle était convaincue que Colin Needle n’était pas tout à fait mauvais. Tyler renifla. Colin et Lucinda l’ignorèrent.
— Merci. (Colin se tourna rapidement vers Gédéon, comme s’il était maintenant embarrassé de croiser le regard de Lucinda.) Ma mère vous a vus vous diriger par ici et elle voulait que je vous rappelle que Sarah a travaillé toute la journée pour nous faire un repas chaud mais qu’il ne va pas le rester longtemps.
— Elle nous a vus ? Elle a dû utiliser mes jumelles, déclara Gédéon, qui se tourna vers Tyler et Lucinda. Cela veut dire qu’on ferait mieux de se dépêcher, j’imagine. (Il avait l’air aussi content qu’un petit garçon devant se plier aux règles.) Avant que Patience ne perde patience !
Même Lucinda avec la meilleure volonté du monde n’aurait pu dire qu’il s’agissait d’une bonne plaisanterie, mais elle gloussa du mieux possible.
— Viens avec moi, Colin, dit-elle. Je vais juste voir les dragons. J’en ai pour une minute.
Colin, qui commençait à descendre de son vélo, s’arrêta brusquement.
— Mmmm… Non, merci. Vas-y. Je vais attendre ici.
— Ne sois pas idiot ! Tu pourras me raconter ce que tu as fait depuis l’été dernier. (Lucinda faillit lui prendre le bras, puis changea d’avis. Elle voulait être plus gentille avec le grand garçon gauche cette année, mais pas lui donner des idées.) Viens !
Colin, à contrecœur, se joignit au petit groupe tandis que M. Walkwell poussait les lourdes portes.