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La fille du paysan

De
135 pages
La fille du paysan raconte l'histoire de Ma'amane, de sa naissance à sa vieillesse. Dans le récit, l'existence de l'héroïne se caractérise principalement par les tourmentes et les déceptions qui accompagnent sa vie. Tradition, croyances ancestrales, sorcellerie, violences conjugales, tels sont les thèmes qu'aborde Elisa Nathalie Nyemb dans ce roman.
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La fille du paysan






























































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13187-3
EAN : 9782296131873

Elise Nathalie Nyemb



La fille du paysan



roman
















L’Harmattan



Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen


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AȱmaȱfilleȱLisaȱNgoȱNyembȱȱ

AȱmonȱfilsȱBertinȱJuniorȱNyembȱ

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ȱ
DansȱleȱpetitȱvillageȱdeȱMakondo,ȱtousȱlesȱhabitantsȱ
s’apprêtentȱàȱvaquerȱàȱleursȱdifférentesȱoccupations.ȱDansȱlesȱ
cases,ȱlesȱhommesȱregroupentȱlesȱdifférentsȱoutilsȱdeȱtravailȱ
avantȱdeȱseȱmettreȱenȱrouteȱpourȱleȱcheminȱdeȱlaȱplantation.ȱ
Iciȱonȱchercheȱuneȱmachette,ȱlàȱuneȱhoue,ȱdeȱl’autreȱcôtéȱuneȱ
pioche.ȱLesȱfemmesȱquantȱàȱellesȱréchauffentȱlaȱnourritureȱdeȱ
laȱveilleȱpourȱl’emballerȱdansȱdesȱpetitesȱassiettesȱenȱ
aluminiumȱcarȱelleȱvaȱêtreȱdégustéeȱàȱl’heureȱdeȱlaȱpauseȱàȱlaȱ
plantation.ȱEnȱoutre,ȱcertainesȱd’entreȱellesȱattachentȱleursȱ
enfantsȱsurȱleȱdosȱavecȱdesȱmorceauxȱdeȱpagneȱtandisȱqueȱ
d’autresȱremplissentȱlaȱhotteȱavecȱleȱnécessaireȱpourȱleȱtravailȱ
champêtre.ȱDehorsȱilȱfaitȱencoreȱnoir.ȱIlȱdoitȱêtreȱenvironȱ
quatreȱheuresȱduȱmatin.ȱPourȱcommencerȱleȱtravailȱavantȱqueȱ
leȱsoleilȱneȱseȱlèveȱetȱprofiterȱdeȱl’humiditéȱduȱmatin,ȱlesȱ
travailleursȱdoiventȱseȱrendreȱàȱlaȱplantationȱavantȱleȱleverȱ
duȱjour.ȱPendantȱqueȱcertainsȱs’apprêtentȱàȱprendreȱleȱ
cheminȱdeȱlaȱforêtȱquiȱmèneȱdansȱlesȱplantations,ȱonȱentendȱ
desȱcrisȱquiȱs’étendentȱsurȱtoutȱleȱvillage.ȱCeuxȬciȱdeviennentȱ
deȱplusȱenȱplusȱfortsȱetȱdeȱplusȱenȱplusȱviolents.ȱSoudainȱ
Mahopȱsortȱdeȱsaȱcaseȱenȱcourant.ȱIlȱseȱdirigeȱversȱlaȱcaseȱdeȱ
Njelȱetȱcommenceȱàȱfrapperȱàȱlaȱporte.ȱȱ
-
Njel,ȱNjelȱviensȱvite,ȱviensȱvite….ȱMinaȱaȱmal,ȱjeȱcroisȱ
qu’elleȱveutȱdéjàȱaccoucher.ȱȱ
ȱ
Njelȱc’estȱl’accoucheuseȱduȱvillage.ȱSonȱmétierȱdeȱ
guérisseuseȱluiȱvautȱaussiȱsesȱqualitésȱd’accoucheuse.ȱAuȱ
villageȱtoutȱleȱmondeȱluiȱfaitȱconfiance.ȱElleȱconnaîtȱlesȱ
plantesȱetȱlesȱsciencesȱdeȱlaȱterre.ȱCeȱdon,ȱelleȱl’aȱreçuȱdeȱsaȱ
mèreȱquiȱaȱaussiȱétéȱguérisseuseȱtraditionnelle.ȱMaisȱdepuisȱ

leȱdécèsȱdeȱcetteȱdernière,ȱNjelȱestȱlaȱseuleȱguérisseuseȱduȱ
village.ȱLesȱgensȱviennentȱdesȱvillagesȱvoisinsȱetȱmêmeȱdeȱlaȱ
villeȱpourȱseȱfaireȱsoignerȱparȱelle.ȱC’estȱuneȱfemmeȱmûreȱquiȱ
connaîtȱbienȱlesȱcoutumesȱetȱlesȱtraditionsȱbassa.ȱElleȱvitȱ
seuleȱdansȱsaȱcaseȱcarȱaprèsȱleȱdécèsȱdeȱsonȱmari,ȱNjelȱaȱ
préféréȱresterȱàȱMakondoȱoùȱsesȱservicesȱmédicauxȱsontȱtrèsȱ
demandésȱauȱlieuȱdeȱrejoindreȱsonȱfilsȱquiȱestȱfonctionnaireȱ
enȱville.ȱÀȱl’appelȱdeȱMahop,ȱNjelȱestȱsortieȱdeȱsaȱcaseȱpourȱ
allerȱs’occuperȱdeȱMina.ȱDansȱlaȱcaseȱdeȱMahop,ȱMinaȱestȱ
allongéeȱsurȱunȱlitȱdeȱbambou.ȱCelleȬciȱhurleȱdeȱplusȱenȱplusȱ
auȱmécontentementȱdeȱMahopȱquiȱdéjàȱcommenceȱàȱ
réprimanderȱsaȱfemme:ȱ
-
MaisȱpourquoiȱpleuresȬtuȱsiȱfort?ȱTuȱfaisȱcommeȱsiȱc’étaitȱ
tonȱpremierȱaccouchementȱalorsȱqueȱtuȱasȱdéjàȱdeuxȱenfants.ȱȱ
ȱ
Indifférenteȱauxȱproposȱdeȱsonȱépoux,ȱMinaȱcontinueȱàȱ
manifesterȱsaȱdouleurȱparȱdesȱcrisȱquiȱseȱfontȱdeȱplusȱenȱplusȱ
entendre.ȱDeȱtempsȱenȱtemps,ȱquelquesȱparolesȱsortentȱdeȱsaȱ
boucheȱ:ȱ«AideȬmoiȱNjel.ȱAideȬmoiȱoh!ȱL’enfantȬciȱveutȱmeȱ
tuer.ȱAideȬmoi,ȱaideȬmoi.»ȱMahop,ȱlui,ȱcontinueȱàȱgronderȱsaȱ
femme.ȱȱ
ȬMaisȱcalmeȬtoi,ȱcalmeȬtoiȱ…ȱ
Finalement,ȱc’estȱNjelȱquiȱintervientȱetȱmetȱMahopȱdehors.ȱ
RestéeȱseuleȱavecȱMina,ȱNjelȱs’occupeȱd’elleȱcommeȱonȱ
s’occupeȱd’uneȱpersonneȱqu’onȱaime.ȱNjelȱaȱdeȱl’expérienceȱ
dansȱceȱdomaine.ȱC’estȱelleȱquiȱaȱassistéȱtoutesȱlesȱfemmesȱduȱ
villageȱlorsȱdeȱleursȱaccouchements.ȱȱ
Minaȱcrieȱdeȱplusȱenȱplusȱbel.ȱCetȱaccouchementȱ
s’annonceȱtrèsȱdifficile.ȱC’estȱlaȱpremièreȱfoisȱqueȱMinaȱseȱ
retrouveȱclouéeȱauȱlitȱàȱcauseȱdesȱdouleursȱdeȱl’enfantement.ȱ
Lorsȱdeȱl’accouchementȱdeȱsonȱpremierȱfilsȱJacob,ȱelleȱseȱ

10

trouvaitȱauȱchampȱquandȱlesȱdouleursȱontȱcommencé.ȱIlȱ
s’étaitȱécouléȱàȱpeineȱuneȱheureȱentreȱlesȱpremièresȱ
contractionsȱetȱlaȱnaissanceȱduȱbébé.ȱHeureusementȱqueȱleȱ
champȱdeȱNjelȱseȱtrouveȱàȱquelquesȱminutesȱdeȱceluiȱdeȱ
Mina.ȱÀȱpeineȱMahopȱétaitȱalléȱinformerȱl’accoucheuse,ȱàȱ
peineȱNjelȱétaitȱarrivéeȱauȱchampȱqueȱdéjàȱMinaȱmettaitȱauȱ
mondeȱsonȱpremierȱenfant.ȱEtȱpourȱlaȱnaissanceȱdeȱsaȱfilleȱ
Frida,ȱlesȱchosesȱs’étaientȱpasséesȱdansȱdesȱcirconstancesȱàȱ
peuȱprèsȱpareilles.ȱPartieȱauȱchampȱavecȱunȱventreȱtoutȱrond,ȱ
MinaȱétaitȱrentréeȱàȱlaȱmaisonȱavecȱunȱnouveauȬnéȱdansȱlesȱ
bras.ȱȱ
Cetteȱfoisȱcependant,ȱlesȱchosesȱs’annoncentȱdifficiles.ȱEstȬ
ceȱparceȱqu’ilȱyȱaȱunȱgrandȱécartȱentreȱlaȱnaissanceȱdeȱFridaȱ
etȱcelleȱdeȱl’enfantȱquiȱseȱtrouveȱencoreȱdansȱlesȱentraillesȱdeȱ
Minaȱ?ȱEntreȱJacobȱetȱFridaȱilȱyȱaȱàȱpeineȱdixȬhuitȱmoisȱ
d’écart.ȱOrȱdepuisȱlaȱnaissanceȱdeȱFrida,ȱilȱs’estȱdéjàȱécouléȱ
sixȱans.ȱAlorsȱqueȱMinaȱcontinueȱàȱpousserȱdesȱcris,ȱNjelȱ
continueȱàȱlaȱgaverȱdeȱpotionsȱauȱpouvoirȱmagiqueȱquiȱ
doiventȱprécipiterȱl’accouchement.ȱȱ
MêmeȱMahopȱn’enȱpeutȱplusȱdeȱtournerȱenȱrondȱdansȱsonȱ
champȱdeȱcacao.ȱPourȱs’occuperȱetȱessayerȱdeȱseȱchangerȱlesȱ
idées,ȱilȱs’yȱestȱrenduȱaprèsȱqueȱNjelȱl’aitȱmisȱdehors.ȱ
Finalement,ȱMahopȱréaliseȱviteȱqueȱsaȱplaceȱestȱprèsȱdeȱsonȱ
épouse.ȱDepuisȱqu’ilȱestȱrentréȱdeȱlaȱguerreȱilȱyȱaȱàȱpeineȱunȱ
an,ȱMahopȱneȱs’estȱpasȱsentiȱsiȱmal.ȱCeȱsentimentȱétrangeȱquiȱ
l’habiteȱactuellement,ȱilȱl’aȱressentiȱlaȱdernièreȱfoisȱlàȬbasȱauȱ
paysȱdesȱBlancsȱquandȱilȱestȱalléȱseȱbattreȱpourȱlaȱpuissanceȱ
colonialeȱdeȱsonȱpaysȱcontreȱlesȱAllemands.ȱPendantȱtouteȱlaȱ
périodeȱpasséeȱloinȱdeȱsonȱpaysȱnatal,ȱMahopȱétaitȱ
perpétuellementȱenvahiȱparȱcetteȱinquiétude,ȱcetteȱpeurȱdeȱ
neȱplusȱrevoirȱsaȱfamille,ȱcetteȱpeurȱdeȱmourirȱdansȱunȱpaysȱ
étranger,ȱdansȱunȱcombatȱdontȱilȱneȱconnaissaitȱniȱlesȱ
tenants,ȱniȱlesȱaboutissants.ȱQuandȱleȱcommandantȱavaitȱ
11

annoncéȱlaȱfinȱdeȱlaȱguerre,ȱilȱavaitȱétéȱsoulagéȱseulementȱàȱ
l’idéeȱdeȱrevoirȱsaȱfamille,ȱsaȱMinaȱqu’ilȱn’avaitȱpasȱvueȱ
pendantȱplusieursȱannées,ȱainsiȱqueȱsesȱenfantsȱJacobȱetȱ
Fridaȱqu’ilȱaimaitȱtant.ȱToutȱcommeȱilȱavaitȱcraintȱqueȱlaȱ
guerreȱneȱrendeȱMinaȱveuve,ȱMahopȱcraignaitȱmaintenantȱ
queȱcetȱaccouchementȱn’emporteȱsonȱépouseȱetȱqu’ilȱseȱ
retrouveȱtoutȱseulȱavecȱleurȱprogéniture.ȱEnȱarrivantȱdansȱlaȱ
courȱdeȱsaȱconcession,ȱilȱétaitȱenvahiȱparȱdesȱpenséesȱ
diverses,ȱmaisȱquandȱilȱentenditȱlaȱvoixȱdeȱNjelȱquiȱrépétaitȱàȱ
Minaȱ«Pousse!ȱPousse!ȱJeȱvoisȱdéjàȱlaȱtête»,ȱilȱfutȱrassuréȱàȱ
l’idéeȱqueȱsaȱfemmeȱallaitȱbientôtȱêtreȱsoulagée.ȱIlȱrestaȱdansȱ
laȱcourȱoùȱilȱcontinuaȱàȱtournerȱenȱrond.ȱEtȱc’estȱleȱcriȱdeȱNjelȱ
quiȱleȱfitȱsursauterȱlorsqu’elleȱseȱprécipitaȱdansȱlaȱcourȱenȱ
hurlant:ȱ«Minaȱaȱaccouché,ȱc’estȱuneȱpetiteȱfille,ȱelleȱaȱ
accouché.»Lesȱenfantsȱquiȱétaientȱdansȱlaȱcourȱentrèrentȱdansȱ
laȱcaseȱainsiȱqueȱMahopȱquiȱavaitȱseulementȱfaitȱunȱoufȱdeȱ
soulagement.ȱȱ
Dansȱlaȱcase,ȱauȱchevetȱdeȱMinaȱtouteȱlaȱfamilleȱadmiraitȱ
leȱnouveauȬné.ȱPuisȱMahopȱpritȱleȱbébéȱdansȱcesȱbrasȱetȱdit:ȱ
ȬMaȱpetiteȱfilleȱchérie,ȱtonȱnomȱseraȱMa’amaneȱcarȱtuȱesȱlaȱ
dernièreȬnéeȱdeȱtaȱmère.ȱCetȱaccouchementȱaȱétéȱleȱplusȱ
pénibleȱdeȱsesȱaccouchements.ȱNéanmoins,ȱtuȱrestesȱmonȱ
œ
bébéȱchériȱetȱjeȱteȱdonneraiȱautantȱd’amourȱqu’àȱtaȱs urȱ
aînéeȱFridaȱetȱavantȱelleȱtonȱfrèreȱaînéȱJacob.ȱ
ȱ
AlorsȱqueȱMahopȱs’entretenaitȱencoreȱavecȱl’enfant,ȱNjelȱ
l’interrompit:ȱȱ
ȬL’accouchementȱaȱvraimentȱétéȱtrèsȱdifficile.ȱÀȱunȱ
momentȱj’aiȱcruȱqu’elleȱallaitȱmourirȱmaisȱelleȱaȱcombattuȱetȱ
voiciȱqueȱnousȱavonsȱunȱêtreȱdeȱplusȱdansȱleȱvillage.ȱȱ

12

ȬOnȱdoitȱfêterȱça.ȱCeȱn’estȱpasȱtousȱlesȱjoursȱqueȱDieuȱ
nousȱaccordeȱuneȱtelleȱgrâce.ȱDitȱalorsȱMahopȱenȱseȱtournantȱ
versȱMina.ȱȱ
ȬLaisseȬmoiȱd’abordȱmeȱreposerȱavantȱdeȱparlerȱdeȱfête.ȱJeȱ
n’aiȱpasȱdormiȱdepuisȱdeuxȱjours.ȱAvecȱtoutesȱcesȱdouleursȱjeȱ
œ
neȱpouvaisȱfermerȱl’ il.ȱȱ
ȬAttends,ȱjeȱdoisȱd’abordȱteȱfaireȱunȱmassage.ȱDitȱNjel.ȱȱ
L’accoucheuseȱallaȱàȱlaȱcuisineȱchaufferȱuneȱbassineȱd’eau.ȱ
Dèsȱqueȱl’eauȱbouillit,ȱelleȱretiraȱlaȱbassineȱduȱfeuȱetȱ
commençaȱàȱmasserȱMinaȱquiȱétaitȱallongéeȱtouteȱnueȱsurȱ
sonȱlitȱdeȱbambou.ȱDèsȱqueȱlesȱpremièresȱgouttesȱdeȱl’eauȱ
encoreȱbouillanteȱs’abattirentȱsurȱsaȱpeau,ȱMinaȱseȱmitȱàȱcrierȱ
trèsȱfort.ȱDansȱlaȱcour,ȱMahopȱavaitȱenterréȱleȱcordonȱ
ombilicalȱainsiȱqueȱleȱplacentaȱsousȱleȱpiedȱd’unȱbananierȱ
qu’ilȱvenaitȱd’yȱplanter.ȱIlȱdonnaȱégalementȱleȱnomȱdeȱ
Ma’amaneȱauȱbananierȱcarȱceluiȬciȱsymbolisaitȱlaȱnaissanceȱ
deȱl’enfant.ȱCeȱbananierȱappartenaitȱainsiȱàȱl’enfantȱetȱdevaitȱ
grandirȱavecȱleȱbébé.ȱ
Leȱsoir,ȱlorsqueȱlesȱhabitantsȱdeȱMakondoȱrentrèrentȱdesȱ
plantations,ȱlaȱnouvelleȱs’étaitȱdéjàȱrépandue.ȱEtȱlesȱgensȱ
venaientȱchezȱMahopȱavecȱdesȱprésentsȱdiversȱpourȱvoirȱ
Ma’amane.ȱCertainsȱdonnaientȱdesȱrégimesȱdeȱbananes,ȱ
d’autresȱdesȱchèvresȱetȱdesȱpoules,ȱdȇautresȱencoreȱdesȱsacsȱ
deȱmaïsȱouȱd’arachides.ȱȱ
ȱ
******************************ȱ
ȱ
Petitȱàȱpetit,ȱMinaȱseȱremettaitȱdeȱcetȱaccouchementȱ
difficile.ȱDeuxȱfoisȱparȱjour,ȱelleȱdevaitȱsubirȱlesȱséancesȱdeȱ
massageȱàȱl’eauȱbouillante.ȱEllesȱétaientȱparfoisȱ

13