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La Fleur de verre

De
320 pages
Un mystérieux artefact qui permet de changer de corps... au prix d’un sacrifice terrible.Une étrange auberge où l’on croise de curieux voyageurs... mais où personne n’est ce qu’il prétend être.Des enlèvements inexpliqués...Une ancienne petite amie un peu trop envahissante...Une lutte entre le Bien et le Mal digne des meilleurs pulps des années 1950...Les nouvelles de George R. R. Martin sont autant de redoutables récits à l’écriture implacable, où se côtoient horreur, fantastique et science-fiction. Célèbre grâce à sa série au long cours Le Trône de fer (Game of Thrones), il excelle également dans le format court. Avec La Fleur de verre, cinquième titre de l’auteur aux éditions Actusf, découvrez l’autre facette de ce conteur hors pair. Contient « Le Régime du singe », prix Locus.
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La Fleur de verre
George R. R. Martin
Note de l’éditeur...................................................................................................................................4
Fleur de verre........................................................................................................................................6
Une Nuit au Chalet du Lac.................................................................................................................39
Cette bonne vieille Mélodie................................................................................................................64
Le Régime du singe............................................................................................................................78
Les Hommes aux aiguilles..................................................................................................................96
Y a que les gosses qui ont peur du noir............................................................................................110
On ferme !.........................................................................................................................................121
Interview...........................................................................................................................................130
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George R. R. Martin -La Fleur de verre
Note de l’éditeur
C’est une belle journée de juillet. Parce que nous avons publié plusieurs livres (deux courts romans, Le Volcryn etSkin Trade, et trois recueils de nouvelles), nous avons obtenu un rendez-vous avec George R. R. Martin lui-même. Le soleil brille, nous sommes dans un palace en Suisse avec vue sur le lac et, plus qu’à ses livres, il semble s’intéresser surtout à notre traduction de son anthologieChansons de la Terre mourante, qui rend hommage à Jack Vance. Son œil brille en parcourant les pages. L’anecdote a son importance. Elle confirme son admiration pour l’auteur ducycle de Tchaï, qui reste son écrivain préféré hier comme aujourd’hui comme il nous le dit dans l’interview que vous trouverez à la fin deLa Fleur de verre(et réalisée sur place). À bien y réfléchir, ce n’est pas tout à fait étonnant. On trouve dans son œuvre (bien cachée derrière le succès duTrône de Fer) le même foisonnement que chez son immense aîné, un même goût pour l’exotisme et l’hybridation. Car chez George R. R. Martin, la notion de genre importe peu. Tous les styles l’intéressent. On connaît son intérêt pour lafantasyet le roman historique grâce à sa célèbre série. Mais il se balade avec le même talent et le même brio chez les loups-garous (Skin Trade), les vampires (Riverdream) ou lespace opera (Le Voyage de Haviland Tuf). Et dans le recueilAu fil du temps, on avait découvert des textes évoquant le voyage temporel, l’histoire (celle de la Suède notamment) ou bien les compétitions d’échecs. C’est un peu le hasard (quoique), mais il est vrai queLa Fleur de verre est un recueil avec un goût « vancien ». D’abord parce que la nouvelle éponyme fleure bon lespace operad’antan avec ce cyborg venant jouer sur une planète lointaine sa vie et son âme (l’exotisme est ici omniprésent). Ensuite parce qu’il y a sa nouvelle en hommage à laTerre mouranteUne Nuit au Chalet du: « Lac », un récit particulièrement savoureux, férocement drôle, dans l’univers de Cugel l’astucieux. On notera que c’est un texte assez récent, l’un des rares qu’il se soit autorisés en dehors duTrône de Fer. Et avec quel bonheur. Voilà qui prouve qu’il n’a rien perdu de sa capacité à être aussi percutant dans la forme courte que dans le roman. Et sans doute cela laisse-t-il entrevoir d’autres textes une fois qu’il aura refermé son immense saga. Le reste du recueil met en avant son goût pour le fantastique. Un fantastique plutôt glauque, avec ce qu’il faut pour avoir quelques frissons dans le dos, mais de délicieux frissons, dans la lignée de certains de ses meilleurs textes comme « L’Homme en forme de poire » ou « Portrait de famille » (toutes les deux dansDragon de glace). Ajoutez-y un brin de malice et vous obtiendrez de véritables gourmandises à déguster. Comme dans « On ferme ! », où George Martin tourne en dérision les histoires de fin du monde et provoque la sienne de manière complètement loufoque. Quant au personnage central de « Cette bonne vieille Mélodie » qui n’arrive pas à se dépêtrer d’une ancienne amie particulièrement collante, si l’on s’amuse à première vue d’une situation qui nous parle à tous, l’horreur n’est jamais bien loin. George R. R. Martin a l’humour bien noir. On y découvrira également l’une de ses toutes premières nouvelles : « Y a que les gosses qui ont peur du noir ». Elle date de 1967 alors que George R. R. Martin n’a que 19 ans. Publiée à l’époque
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George R. R. Martin -La Fleur de verre
dans un fanzine, elle fut ressortie des tiroirs à l’occasion de la parution de l’anthologie Dreamsongs: A RRetrospective,montrant ainsi que c’est par le comics que l’auteur duTrône de fer est arrivé à l’écriture. Un petit mot enfin sur « Les Hommes aux aiguilles ». Ici, le fantastique se fait « sociétal » ce qui est plutôt rare chez lui. Un peu comme pour « Et la mort est son héritage… » paru dansAu fil du temps, on y sent l’influence de son époque. Il s’empare d’une légende urbaine racontant comment des étudiants en médecine enlèvent de pauvres hères pour mieux les disséquer ensuite. Quelques paragraphes lui suffisent pour en faire un récit glaçant… On le voit, résumer George Martin au seulTrône de Fer serait une grosse erreur. Évidemment cette série est son chef-d’œuvre, un vrai monument de lafantasyet un phénomène mondial qui n’est pas près de retomber. Mais George R. R. Martin est également un auteur talentueux et protéiforme. Un auteur qui, on l’a dit, se soucie peu des genres tant qu’il y a une bonne histoire à raconter. Ce livre en est la preuve, comme les quatre précédents que nous avons publiés chez Actusf, tout comme ceux que vous pourrez retrouver chez Folio SF, Denoël, Mnémos et J’ai lu. On parle beaucoup du Trône de Fer, il est grand temps de découvrir et de redécouvrir l’écrivain dans toutes ses dimensions. Et elles sont nombreuses !
Jérôme Vincent, août 2014
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George R. R. Martin -La Fleur de verre
Fleur de verre
Un jour, alors que je n’étais encore qu’une jouvencelle dans la pleine gloire de ma véritable jeunesse, un garçon m’offrit une fleur de verre en gage de son amour. Je l’avoue, il y a bien longtemps que j’ai oublié comment il s’appelait, bien qu’il fût un jeune homme remarquable et raffiné. Le présent qu’il me fit était à son image. Si, sur les mondes d’acier et de plastique où j’ai passé mes vies, l’art ancestral des souffleurs de verre s’est perdu, l’artisan anonyme qui façonna ma fleur s’en souvenait, lui, parfaitement. Sa fine tige de verre, longue et délicate, s’incurve, gracile, pour éclore en une corolle aux impossibles détails de la taille de mon poing. Tout y est, capturé, figé pour l’éternité dans le cristal. Les pétales longs ou fins s’y chevauchent, explosant autour du cœur dans un lent chaos transparent posé sur une couronne de six larges feuilles tombantes aux veinures intactes, toutes uniques. On aurait pu croire qu’un alchimiste qui se serait promené un jour dans un jardin avait, par simple jeu, transmuté en verre une fleur plus grande et plus belle que les autres. Il ne lui manquait que la vie. Je l’ai conservée pendant près de deux cents ans ; bien longtemps après que j’eus quitté ce garçon et le monde sur lequel il me l’avait offerte. Au fil des différents chapitres de ma vie, elle m’a toujours accompagnée. J’aimais la conserver dans un vase de bois poli que je plaçais près d’une fenêtre. Et dans l’éclat du soleil, les feuilles et les pétales brillaient parfois de mille feux. Mais, il leur arrivait parfois de filtrer la lumière et de la décomposer pour éclabousser le sol d’arcs-en-ciel confus. Souvent, au crépuscule, lorsque le monde s’éteignait, la fleur semblait disparaître totalement et je restais alors assise devant ce vase vide. Et puis, au matin, elle était de nouveau là. Fidèle, comme toujours.
Cette fleur de verre était terriblement fragile, mais il ne lui arriva jamais rien. J’en ai toujours pris grand soin. Plus, sans doute, que de n’importe quoi – ou de n’importe qui. Elle a survécu à une douzaine d’amants, des dizaines de professions et plus de mondes ou d’amis que je ne pourrais m’en souvenir. Elle était avec moi durant mes jeunes années sur Ash, Erikan et Shamdizar, puis plus tard sur Espoir de la Flibuste et Vagabond et encore après, alors que passaient les années, sur Dam Tullian, Lilith et Gulliver. Et lorsqu’enfin je quittai pour de bon les limites de notre espace, laissant derrière moi toutes mes vies et les mondes des hommes pour recouvrer une nouvelle jeunesse, la fleur de verre m’accompagna encore. Jusque dans mon château sur pilotis, théâtre de mes affres et de ma renaissance ; là où se joue le jeu des esprits, au milieu des marais et de la puanteur de Croan’dhenni, bien loin de là où les dernières âmes errantes de l’humanité songeraient à venir me chercher. Oui, elle était encore là, ma fleur de verre, le jour où Kleronomas débarqua.
* * *
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