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La guerre de N'Djamena

De
152 pages
Il s'agit du récit de la guerre que le Tchad a connue en 1979 et qui s'est prolongée jusqu'en 2006. Le narrateur de ce roman, témoin oculaire de cette guerre, relate ses tribulations et celles de ses compatriotes durant cette folie meurtrière. Ayant lui-même échappé de justesse à la mort, il raconte comment les obus et les balles tuaient et comment l'homme en venait lui aussi à égorger et tuer par plaisir.
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NOTE DE L’AUTEUR
Je dédie cet ouvrage à tous les orphelins, les veuves, les veufs du Tchad, du Rwanda, de la Sierra Leone, du Liberia, de la RDC, du Proche-Orient, du monde entier, à tous ceux qui ont vécu les affres de la guerre et qui souffrent maintenant dans leur corps, physiquement et mentalement. Je le dédie à toute ma famille, à mes amis :Youssouf Awada, Lachiver Régis, Philippe Arnoux et Mbernodji Loïs, aux hommes et femmes épris de paix, de liberté, d'égalité et de justice, aux organisations nationales et internationales des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui, chaque jour, se sacrifient pour le droit, en vue d’un monde meilleur. Un monde sans armes, sans injustice, un monde de paix tout court. Un monde qui appartient à l’Homme, sans discrimination, sans xénophobie. Mes pensées vont aux APLFT, ATNV, LTDH. Mes remerciements vont à mon ami et frère M. Djimbaye Ousmane Kakolé, professeur de français au collège Charles Lwanga de Sarh au Tchad qui s’est investi pour la réussite de cet essai. Je ne saurais oublier M. Moussa Kadam, mon professeur de français. Toute ma gratitude à Lydie Béassoumda et à Assingar Dobiang.
Enfin, mon principal souci dans cet ouvrage est uniquement de montrer à la génération qui me suit comment les armes ont mis à genoux le Tchad et divisé tout un peuple qui croupit dans la misère la plus affreuse du monde. Ma seule prière :« Que les armes se taisent, que les puissantes usines dans le monde, qui fabriquent les engins de mort se ferment et se tournent vers les peuples qui souffrent sur cette planète de la famine, de la soif, de la malaria, du sida…, en leur apportant seulement un demi-verre d’eau, un grain de blé, un grain de maïs chaque jour de vie, plutôt que d’entretenir des guerres. Je me pose toujours cette question : combien coûte une guerre ?» Oumar Nadji
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Préface
Le Tchad. Quand on entend le nom de ce pays, l’image, la première qui arrive dans la mémoire, est celle des macabres souvenirs : des enfants, des hommes et des femmes éventrés, des corps humains jonchant la rue à la merci des chiens et autres oiseaux… Autre chose, des déchirements entre citoyens d’un même pays, la haine, la division...
L’auteur de ce livre, au moment du déroulement des tristes événements dont il fait le récit, était un jeune Tchadien. Il rentrait à peine de France où il avait fait des études techniques. C’est avec de grands projets d’avenir qu’il a repris son service au sein de sa société, la STEE (Société Tchadienne d’Eau et d’Electricité). Mais ces projets, comme une mousse de savon, se sont volatilisés à cause de la guerre. Non seulement son avenir était incertain, mais il était en plus au bord du traumatisme devant des assassinats gratuits, et lui-même à failli laisser sa vie simplement parce qu’il n’appartenait pas à une ethnie. Dieu a-t-il mal fait de créer des ethnies ?
Ce livre mérite d’être lu. Que chaque Tchadien, chaque Africain, chaque homme, peu importe son pays et son continent, le lise et le fasse lire à sa progéniture. Il est temps que l’humanité commence à maîtriser les petits conflits et à les régler sans attendre. Le conflit ne vient pas sans signe annonciateur. On voit toujours venir un conflit. C’est pourquoi chacun, partout où il vit, doit veiller à travailler pour la paix.
Ce livre a pour seul but d’inviter le lecteur à haïr la guerre, ce monstre qui déstabilise notre terre et augmente le nombre des orphelins, des veufs, des veuves… Les misérables se comptent par milliers. Courage à Oumar Nadji pour cette initiative louable. Il a montré par ce premier livre qu’on n’a pas besoin d’avoir fait de grandes
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études de lettres pour écrire. L’essentiel est de partager les choses qu’on a vécues de manière à ce qu’elles servent d’objet de réflexion aux lecteurs. C’est aussi cela la culture. Sankara Senen Siou
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1. Le « gala » du 11 février 1979
Au quartier Sara-Moursal, la bière gala ; le goût du bonheur coule à flot à la buvette Kaï-a-maï entre Tadjion Blaise et moi. Ce « petit coin », comme l’appellent les habitués, est un lieu de retrouvailles dominicales des fonctionnaires de la capitale. Il abonde toujours de clients assis sur des casiers, autour de vieilles tablettes en bois sur lesquelles sont hérissées des bouteilles de bière, et les causeries vont bon train. Mais, chose bizarre en ce dimanche 11 février 1979, il compte beaucoup moins de clients que d’habitude. Il est presque à moitié désert. Aucune silhouette de «femme de joie » n’est perceptible. Une foule d’interrogations se saisit de nous et se mue progressivement en inquiétudes. Minuit sonne. La buvette, ouverte à dix heures ce matin, ferme ses portes. Quelques chiens vadrouillent encore devant le caniveau qui borde ce débit de boisson, cherchant des carcasses de poissons jetés par les clients. Blaise et moi sommes pratiquement les derniers clients ce jour là à nous aventurer si tard. Nous quittons précipitamment le lieu sur un CG125 (un scooter de fabrication japonaise) pour nos domiciles. Il fait noir. Les lampadaires de la voie publique sont en panne depuis une semaine et personne n’a osé les réparer. Seule la lumière de notre phare perce cette nuit profonde. Il nous a fallu une quinzaine de minutes pour arriver dans notre quartier, le quartier Kabalaye. Nos maisons ne sont pas distantes l’une de l’autre. «A demain et fais de beaux rêves », me lâche Tadjion. « Merci quand même, mais seulement elle ne vient pas ce soir », lui dis-je, l’air goguenard. Nous sommes tous deux fiancés à des jeunes lycéennes sur lesquelles nous comptions beaucoup, et pensions un jour nous marier avec elles. L’alcool aidant, je sombre tranquillement dans un sommeil profond sans pour autant me débarrasser de mes vêtements et mes chaussures. Et c’est seulement le matin que je m’en aperçois.
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L’ivresse a contribué à mettre temporairement un terme aux tracas de la veille. Ce lundi 12 février, tôt à 6 heures, nous regagnons notre lieu de travail ; la STEE (la Société Tchadienne d’Eau et d’Electricité). Il fait un petit peu froid et le soleil, caché par une brume matinale, laisse filtrer quelques timides rayons violets et scintillants sur la cime des arbres. La ville s’éveille et grouille de ses occupations quotidiennes. Nous nous arrêtons pour prendre un verre de thé, accompagné de quelques beignets de riz chez le vendeur de thé et de café au pied du Centre culturel tchadien. A 6h20, c’est la reprise du boulot. Nous faisons notre entrée dans l’atelier des électriciens proche du fleuve. Certains collègues sont déjà présents. Nous leurs tendons la main, le temps de leur demander comment ça va, et des rumeurs inquiétantes vont bon train: un soulèvement serait en gestation et peut-être qu’un coup d’État se préparerait. Par la radio trottoir on apprend aussi que des partisans de l’ancien rebelle Hissein Habré ont distribué des tracts pendant la nuit dans la ville. D’aucuns font état d’une imminente réaction musclée du gouvernement. En dépit de ces contrariétés, susceptibles de nous décontenancer, nous nous occupons à notre travail sans nous soucier de quoi que ce soit. Le chef de l’atelier, Antoine Many, distribue les tâches et les instructions de la journée. Une équipe d’électriciens, composée de Hissein Goni, Hissein Adoum, Djorbaye Koumdaïta, le vieux Tagui Djanga et moi- même, est chargée de dépanner l’alternateur du groupe électrogène numéro Un, endommagé la veille par une variation brusque de charge électrique. Personne parmi nous ne s’attendait à ce dur travail. Munis de notre caisse à outils et en bleu de travail, nous nous mettons à l’œuvre dès 7 heures. Une tâche qui prendra certainement plusieurs jours. Le groupe électrogène une fois consigné, pour interdire tout démarrage accidentel par des agents de la centrale et aussi pour éviter les accidents et l’électrocution de ceux qui travaillent sur
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