La liberté corse

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Il est un lieu sur la terre épargné des systèmes, des dogmes, des constructions universelles, un lieu affranchi de toutes les servitudes pesantes aussi enflées que creuses. Nous sommes là au centre de la Méditerranée, au coeur de la montagne corse, où l'homme, sur sa terre, contemple en son ciel non pas une promesse au conditionnel venue d'ailleurs mais une éternité acquise qui lui appartient. C'est parmi cette liberté d'origine que les bergers du haut plateau du Coscione chantent la nature d'une Antiquité de granite qui représente la jeunesse du monde.
Publié le : jeudi 2 juillet 2015
Lecture(s) : 40
EAN13 : 9782336385860
Nombre de pages : 200
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corse
Charles VERSINI
La liberté corse
La liberté corse
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06216-7 EAN : 9782343062167
Charles VERSINI
La liberté corse
L’Harmattan
Du même auteur chez L’Harmattan :
Mort à vingt ans, 2012. Un Corse au Maroc, 2011.
Pour Jacques Renucci
I
Marseille s’éloignait au loin, déjà le bateau s’engageait au sud-est vers l’île de Corse. Sanvitus regagnait sa cabine, désireux de ne pas s’attarder dans les coursives ou sur le pont, car ce soir la mer s’annonçait mauvaise en cette nuit d’hiver. Il rentrait au pays après des années passées à tourner les mondes et bien que ga-gnant peu à peu la haute mer, il lui semblait marcher désormais vers une terre et un destin qui l’avaient toujours attendu, tapis dans l’ombre, mais à la lumière du temps. Il était seul maintenant. Il s’allongea sur la couchette et écouta longtemps craquer le bois du navire qui s’efforçait de se frayer le chemin le plus droit parmi les vagues. Il entendait distinctement les paghielle que les Corses autrefois de passage sur la même route marine avaient laissées en suspens, ces Corses chantants dont les fils désormais restaient silencieux, calés dans leur cabine comme dans une chambre d’hôtel ou les yeux tristement rivés vers une télévision comme tous les autres gens. Il savait bien que personne ne l’attendrait sur les quais d’Ajaccio, parce que cette attente familiale, ce rituel quasi ances-tral, n’avait plus cours depuis que les voyages s’étaient multipliés et surtout depuis que la distanciation des familles et le renforce-ment des solitudes avaient eu lieu. Pourtant, sa mémoire s’activait à l’emportement du navire aux prises avec les éléments et cette musique marine de la lutte du bateau parmi les flots lui faisait venir en cortège continu les gé-nérations entières de sa famille. Car il faut savoir que peu de temps après le départ, alors que les falaises blanches de Marseille étaient encore visibles dans la nuit avancée, déjà la Corse s’était
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