La ligne du corail

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Alors qu'ils s'apprêtent à atterrir à Raiatéa, en Polynésie, les pilotes Téva et Erwin repèrent un avion au fond des eaux translucides du lagon. Il s'agit d'un hydravion des années cinquante, le Catalina, appareil de la Route du Corail, une desserte interinsulaire entre cinq archipels. Devançant le "secret défense" du site par l'administration, les deux hommes et leurs amies plongent et explorent l'épave : ils découvrent 14 squelettes, la notice technique de l'avion et un tiki, statuette en ivoire qui cache un parchemin écrit en tahitien ancien.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782336263755
Nombre de pages : 259
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Beau temps sur l’aéroport de Tahiti-Faaa. Les alizés dissipent la fraîcheur de la nuit, réveillent au passage les senteurs de tiaré tièdes et sucrées, les emportent par bouffées, vers la ville toute proche. Ce matin, Teva Van Sam se sent pousser des ailes, ce qui, pour un aviateur, n’est pas incongru. Pourquoi ne pas sourire à une journée qui marque à la fois la vingt-septième année de sa venue au monde, son premier vol de commandant de bord et la présence de la dame de ses pensées parmi l’équipage ? Calme et concentré, le commandant Van Sam reçoit de son copilote assis à sa droite la longue liste des ultimes paramètres de sécurité avant le décollage. Température au sol. Force et direction du vent. Vitesse.
- Nous serons à Bora Bora dans soixante minutes. Auparavant nous nous poserons à Huahine et à Raiatea. Le commandant Van Sam et son équipage vous souhaitent la bienvenue à bord et un excellent vol. Dans sa longue robe tahitienne bleue à fleurs d’hibiscus blanches, boutonnée jusqu’au cou, Hinano Teraeki tient son rôle d’hôtesse avec charme et efficacité. Sa lourde chevelure brune, piquée d’une fleur de tiare,
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encadre un visage cuivré auxpommettes hautes où sourit un étonnant regard clair. Après une annonce répétée en tahitien et en anglais, la jeune femme, par la grâce de ses gestes déliés, transforme la routinière démonstration du bon usage de la brassière de sauvetage, en une sorte de ballet élégant et précis, sous le regard attentif des trente-huit passagers, touristes japonais et américains. Les flashs des appareils photos crépitent pour fixer le souvenir du gracieux spectacle.
- Excellent décollage, commandant, permettezà votre co-pilote de vous en féliciter. La fine moustache blonde auxpointes relevées d’Erwin Johnson s’étire sur un amical sourire. - Vous allezmême voir, monsieur Johnson, qu’un commandant de bord doit être capable, aussi, de poser un avion. L’échange entre les deuxhommes exprime une mutuelle confiance et le détachement affecté, leur maîtrise et un certain refus de se prendre au sérieux. Attitude qui ne les a pas desservis jusqu’à présent. Major de sa promotion à l’Ecole d’Air France à 24 ans, Teva Van Sam a assuré pendant trois ans des vols réguliers comme copilote de la Compagnie Interinsulaire Polynésienne. Un instructeur venu de Paris a supervisé sa formation de commandant et lui a remis la veille son quatrième galon. Erwin Johnson, lui, est sujet de sa gracieuse majesté. Pilote de chasse dans la RAF, à l’issue de la guerre des Malouines, il entreprit un tour du monde sur des cargos de rencontre, en compagnie d’une rousse infirmière militaire originaire de Newcastle. A l’escale de Tahiti, l’infirmière repartit vers l’Angleterre, lui, resta.
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Commença alors pour l’aviateur anglais une errance légère de plusieurs mois ; Moorea, Tahiti,Bora Bora furent pour lui lieux de découverte, de paix et de ressourcement. Après avoir enfoui dans la lumière des îles et la transparence des lagons ses sombres souvenirs de guerre, Erwin éprouva le besoin de reprendre de la hauteur. Il revola. D’île en île, d’atoll en atoll, sous les couleurs de la Compagnie Interinsulaire Polynésienne. Ses états de service à la Royal Air Force l’installèrent sans difficulté auxcommandes de tous les avions de la modeste flotte. Tantôt commandant sur les gros monomoteurs ou les petits bimoteurs ; tantôt copilote, comme aujourd’hui, sur les bimoteurs plus importants. Pour rien au monde Erwin n’aurait cédé sa place sur le siège droit pour assister son ami Teva, le jour de son premier vol de commandant de bord. - Train sorti, volets vérifiés. - Dernier virage. Atterrissage dans deuxminutes. L’avion s’aligne sur l’axe de la piste en étirant la perspective entre les deuxîles sœurs, Huahine-nui au nord, reliée par un pont jeté au-dessus d’un chenal, Huahine sud. - Comme une fleur, commandant. Vous l’avezposé comme une fleur. - Merci, monsieur Johnson, vous n’avezpas été mauvais non plus, et comme disait Laetitia, la mère de Napoléon : « Pourvu que ça doure… »
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