La Maladie de Sziniarski

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Antoine Belcourt découvre un beau jour que l’utilisation intensive des ordinateurs provoque la maladie de Sziniarsky,
une maladie du cerveau qui se révèle mortelle après une longue période d’incubation.

Afin d’éviter une terrible catastrophe sanitaire, il décide d’alerter l’opinion publique.

Hélas, cette nouvelle dérange trop de monde et risque de saper les fondements de l’économie moderne : traqué par une
redoutable organisation internationale, pourchassé par les services secrets, il doit fuir et se cacher.

Grâce à sa ténacité, il réussit néanmoins à se retrouver sur un porte-avion, en pleine mer, devant l’assemblée du G20
des chefs d’État et de gouvernement, pour tenter d’attirer leur attention. Réussira-t-il à les convaincre ou serons-nous
tous condamnés à vivre avec une bombe à retardement dans la tête ?


Après HEC et un doctorat de Gestion, Alain Seyfried a mené une carrière très sérieuse de cadre supérieur. Il a ensuite
décidé de se consacrer à l’écriture.

À ce jour, il a fait représenter une comédie musicale, publié cinq romans et traduit six livres à partir de l’italien.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 36
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954229218
Nombre de pages : non-communiqué
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1 Le fugitif Appuyé tranquillement sur le comptoir, Antoine souleva précautionneusement sa tasse fumante, ferma les yeux, et laissa couler le précieux liquide le plus lentement possible dans sa bouche. Pour lui c’était un instant unique. Un instant qui resterait à jamais gravé dans sa mémoire : son premier café à Rome. Il en avait certes déjà bu un autre, de café, le matin même, assis sous la treille du jardin de sa nouvelle résidence, un excellent arabica filtré comme il se doit dans un percolateur à haute pression, un vrai nectar avec une belle mousse épaisse, bien à l’abri dans son bol de faïence… mais ce n’était encore là qu’un café « d’avant », un café imprégné de toutes les tensions et de toutes les menaces de ces derniers mois, dans l’atmosphère pesante de la SMS. Aussi, après avoir consciencieusement lavé le bol et l’avoir délicatement posé sur les stries en relief de l’évier, s’était-il longuement essuyé les mains et avait-il décidé de sortir pour rejoindre le bistrot du coin, « chez Beppe », un établissement typiquement romain où l’on doit obligatoirement consommer debout, car il n’y a aucun siège dans la salle. À présent, accoudé paisiblement au bar avec ce goût délicieux en bouche, il en était absolument sûr : la décision qu’il avait prise de fuir Marseille sans laisser d’adresse était la
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meilleure possible. Il avait enfin retrouvé toute sa sérénité. Sans compter que ça lui laissait largement le temps de réfléchir sans pression et de réunir toutes les preuves scientifiques de sa découverte avant de la rendre publique. Une fois dehors, le bruissement du vent dans les feuilles, les conversations entendues sur le seuil des maisons, les Klaxons en provenance de l’avenue voisine, tout lui sembla rassurant. La température, idéale, lui procura même une sensation de rare bien-être. Il changea alors brusquement de direction et descendit la via del Vignola. Comme ça. Sans réfléchir. Mécaniquement. Ce n’est qu’en s’approchant du quai du tramway, au milieu de la via Flaminia, qu’il décida vraiment de sa destination. « À moi le Centre du Monde », murmura-t-il. Intrigués par cet homme de stature moyenne, vêtu avec modestie, apparemment sans grande prestance, mais dont le visage rayonnait d’une façon extraordinaire, les gens qui attendaient là se poussèrent aussitôt pour lui laisser une petite place en bordure de voie. Comme hypnotisés, ils ne pouvaient s’empêcher de l’examiner à la dérobée : avec ses traits réguliers, son visage apaisé, son air de profonde et douce intelligence, et surtout son regard d’un bleu acier proprement magnétique, Antoine était de ceux que l’on n’oublie pas de sitôt. Lorsque la rame s’immobilisa, il grimpa prestement dans le wagon le plus proche. Il était douze heures douze. * * * Le détective Totò Bracci était complètement enfoncé dans son siège. Il avait mis les deux pieds sur la table, jambes tendues, et contemplait à travers la fenêtre les feuillages immobiles qui se
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découpaient sur le bleu du ciel romain. Il n’avait pas à forcer son talent pour se donner des airs de sheriff américain : il avait toujours eu pour idoles des personnages primaires, pour lecture des polars simplistes, et pour règle de vie l’aventure et l’argent. Comme toujours, mais peut-être un peu plus ce jour-là, il régnait dans le bureau du détective un désordre inimaginable. De part et d’autre de ses pieds s’élevaient des piles de livres et de dossiers qui défiaient toutes les lois de l’équilibre. Dans les tiroirs, grand ouverts car on ne pouvait plus les fermer depuis bien longtemps, encore des livres, encore des dossiers. Au-dessus de la cheminée, par les rares brèches qui subsistaient entre les gratte-ciel de documents, on pouvait apercevoir un imposant miroir mural. Soit dit en passant, il était tout à fait impossible de savoir qu’il y avait là également une cheminée si on ne l’avait pas déjà vue quelques années auparavant : elle disparaissait, elle aussi, derrière des monceaux de chemises dé-colorées d’où tentaient de s’échapper des myriades de feuillets jaunis. De chaise libre, point. Le seul espace vide était un petit intervalle inexplicablement oublié sur le dessus de l’une des armoires : c’était le refuge habituel de la chatte Miciolina, un endroit sacré. — Totò, cria une voix lointaine en provenance du couloir, je descends boire un café Chez Beppe. Tu veux venir ? — Non. On ne peut pas s’asseoir, dans ce bar ; ça m’énerve. — Tu veux que je te rapporte quelque chose ? — Mmm, Mmm, grogna le détective, ce qui voulait apparemment dire non. Après une trentaine de secondes au cours desquelles les mouches elles-mêmes semblaient avoir disparu, la porte du bureau s’ouvrit et la magnifique silhouette de Milena se découpa dans la clarté du soleil. Sa blondeur ? Celle des blés. Ses courbes ? Une merveille. Les jambes brunes qui se dessinaient en transparence sous le
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tissu blanc de la jupe ? À vous faire exploser le cerveau. Les hanches ? Il vaut mieux ne rien en dire. Quant aux seins, s’ils restaient prisonniers de son décolleté, ce n’était que pour mieux se tendre éperdument vers la liberté. Il faut savoir, et nul ne s’en étonnera, que Milena Biondi n’était pas femme à passer inaperçue. Depuis sa plus tendre enfance, passée non loin de la petite ville de Manduria, tout au sud de l’Italie, dans les Pouilles, elle avait toujours attiré les regards. Pensez, une blonde aux yeux bleus dans ce pays de femmes fièrement brunes, sauvagement typées, on n’avait encore jamais vu ça ! Mais ce n’était pas là l’essentiel. Dès l’école, elle étonnait déjà tout le monde par son intelligence peu commune. Oh, pas de notes extraordinaires, et même une scolarité assez moyenne, mais une originalité et une vivacité de pensée tout à fait exceptionnelles. Autant dire que cette singularité de corps et d’esprit l’avait tout de suite marginalisée : au village, on la craignait un peu. On avait même souvent peur d’elle. C’est pourquoi, dès qu’elle le put, elle préféra aller chercher du travail bien loin, vers le nord, c’est-à-dire à Rome, où il lui était enfin possible de jouir enfin d’un relatif anonymat ; et plus précisément chez Totò Bracci qui lui offrait, en plus, un travail peu exposé dans le secret d’un bureau. Le détective se retourna lentement. — Dis donc, dit Milena depuis le seuil de la porte, elle t’a fait tellement d’effet, cette Française, ce matin, que tu restes comme ça sans rien faire pendant des heures ? Ma parole, mais elle t’a anesthésié ! — Tu veux parler d’Isabelle de Sainte-Baume, la Marseillaise envoyée par la SMS ? — Tout juste ! Il bondit sur ses pieds en hurlant.
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— Qu’est-ce que tu racontes ? Je lui prends les sous et basta ! — Comment, et basta ? Et pourquoi elle te les donne, les sous ? Tu me prends pour une crétine, ou quoi ? — Mais non, je ne fais rien ! Je l’écoute tranquillement. Elle parle. Elle parle. Elle me donne des papiers, des photos, un tas de choses… Et puis à la fin elle se lève, et elle me demande : « Combien je vous dois ? ». Moi je lui réponds : « Deux mille, comme d’habitude ». Alors, elle ouvre son sac, elle me les donne, et elle s’en va. — Comment deux mille ? Deux mille euros ? — Eh quoi ? Deux mille fèves ? Bien sûr, deux mille euros ! — … — Tiens, les voilà. Mets-les au coffre avec les autres et fiche-moi la paix. — Totò ! — Oui. Quoi encore ? — Qu’est-ce qu’il y a de marqué, sur ta plaque, à l’entrée ? — Où ça ? Sur le palier ? — Évidemment, sur le palier. Pas dans le champ de fèves ! — Bé, y a mon nom ! — Oui. Et sous le nom, il y a « détective privé », pas « psychiatre ». — Et alors ? — Et alors elle ne te paye pas pour que tu l’écoutes, ton Isabelle de Sainte-Baume ; elle te paye pour que tu fasses une enquête, non ? — Peut-être. Mais comment elle peut savoir si je la fais vraiment, l’enquête comme tu dis ? — Écoute, Totò. C’est pas sérieux. Moi j’aime pas ça. Un jour ou l’autre on va morfler. — Mais non ! On dirait que tu ne connais pas les Français, ma parole ! Pas fins pour deux ronds. Ils croient dur comme fer tout ce qu’on leur raconte ! Je lui dis que c’est difficile. Qu’il y a
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des frais. Que son mec, je finirai bien par le trouver, mais qu e Rome c’est pas Marseille. Qu’il y a des centaines de ruelles tortueuses. Que j’avance, mais que ça prendra du temps. Qu’il faut attendre. Qu’on va voir. Est-ce que je sais ? — Tu parles ! Quand elle ira à la police… — Mais elle y est déjà allée à la police, figure-toi ! Et même avant de venir nous trouver, si tu veux le savoir. — Et alors ? — Et alors ils l’ont écoutée poliment, gentiment. Ils ont pris son nom, ses coordonnées, tout ça. Ensuite ils lui ont dit que ce mec-là, Antoine Belcourt, il n’avait rien fait de mal, que même s’ils le trouvaient, ils ne lui diraient pas de revenir, que c’est la liberté de circulation, que c’est l’Europe, blablabla… — Et puis ? — Et puis, quand elle est passée dans le couloir du commissariat, Mario lui a donné mon adresse. Moi, à Mario, je lui ai refilé cinq cents et voilà pourquoi elle est arrivée ici. Capito ? — Donne-moi le dossier, va, au lieu de faire le malin. Totò tendit vaguement le bras vers l’armoire. Une chemise un peu moins poussiéreuse que les autres, posée sur le dessus de la pile, attirait le regard. Milena la prit et l’ouvrit. — Mais, c’est écrit en français, cria-t-elle. On n’y comprend rien ! — Ah bon ? — Comment ah bon ? Tu ne l’as même pas regardé, ce dossier ? — Mais oui. — Comment mais oui ? C’est en français. En français, tu piges ? — Non, justement, je ne pige pas. — Alors donne-le à Sandra !
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